‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2 (volume 2)Chapitre 42 sur 168 · LES AUTEURS TRADUITS · texte numérisé non relu

LES AUTEURS TRADUITS

Nous avons vu que le nombre des traducteurs, à nous connus, s'élève à une centaine* Ce chiffre élevé témoigne de l'intensité et de retendue du mouvement intellectuel qui ae produisit h Bagdad. L'énumération des ouvrages traduits nous renseignera sur la nature de ce mouvementp II fut essentiel lement scientifique.

Les Arabes ne demandèrent rien aux poètes de la Grèce ! le génie et la religion des deux peuples étaient trop différents pour qu'ils pussent se rencontrer sur le terrain de la poésie- D'une part, il n'y avait pas de place pour la mythologie grecque dans la langue du Coran : de l'autre les Arabes étaient déjà assez riches de leur propre fonds.

Il en fut à peu près de même pour l'histoire, du moins

102 BISTOIBB DE LA lf£OKClNE AKÂ6E. — LIVRK DECXIÊME.

dans les premiers temps, et nous n'avons pu rencontrer le nom d*un traducteur qui s'en fût occupé.

Les Arabes cependant ne restèrent pas étrangers aux événements historiques de la Grèce, non plus qu'aux faits qui intéressent plus particulièrement Thistoire des sciences, mais ils paraissent avoir puisé bien rarement aux sources origfinales. Ils sont assez abondamment, sinon toujours exactement, renseignés sur tout ce qui intéresse la science et les savants.

Un seul historien de l'Occident paraît avoir passé dans la langue arabe, et ce qui est étrange c'est qu'il s'agit non pas d'un grec mais d'un latin : c'est presque le seul contact connu des deux littératures. Cette traduction paraît devoir être admise. Orose est cité par Ebn Abi Ossaïbiah, dans la notice d'Esculape, de manière à faire croire qu'il le cite de première main. D'ailleurs il figure dans Hadji Khalfa, n* 10,626.

Nous trouvons une citation d'Eusèbe dans la vie de Galien, par Ebn Abi Ossaïbiah. Est-elle directe, cela est possible.

On peut voir, dans les Prairies d'Or, que les Arabes avaient quelques notions sur l'histoire de l'Occident. On en découvrirait davantage encore dans les ouvrages perdus de Maçoudy. Comment ces notions arrivèrent-elles aux Arabes, ce n'est pas le lieu de le rechercher. Nous dirons seulement que les Nestoriens durent composer des écrits historiques en arabe, et que les astronomes grecs livrèrent aux Arabes un certain fonds de chronologie.

Quant aux faits qui intéressent l'histoire des sciences et des savants, nous avons des renseignements plus précis.

Les écrits de Jean le Grammairien sont souvent invoqués en pareille matière. Ensuite les chrétiens, initiateurs des Arabes, écrivirent aussi sur les annales des sciences. Le Fihrist est riche en renseignements sur les savants de la Grèce. Les autorités les plus fréquemment invoquées, tant par Mohammed ben Ishaq que par Djemaleddin et Ebn Abi Ossaïbiah, sont Honein et son fils, Ishaq ben Ali Errohaouy, Obéid Allah ben Djabril et Ebn Bothlan.

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Ce fut donc à peu près exclusivement sur des ouvrages de science que portèrent les traductions provoquées par les Abbassides : elles embrassèrent la médecine, la philosophie, les mathématiques et l'astronomie, et toutes ces sciences gagnèrent à la culture arabe.

Quand on jette un coup d'œil sur l'ensemble de ces traductions, sur les savants qui, pendant cinq siècles, ne cessèrent de s'en inspirer et de les féconder par leurs écrits, on s'étonne que des écrivains modernes aient pu refuser aux Arabes le génie scientifique.

Il nous semble que le génie scientifique se produit de deux manières et se reconnaît à deux signes, d'un côté la classification méthodique d'un ensemble de faits donné, de l'autre la culture des sciences abstraites.

Les Arabes marchèrent dans l'une et l'autre voie.

Quant à la première, nous les voyons de bonne heure préoccupés de classer suivant un ordre systématique, les notions et les faits afférents à la médecine, et c'est dans cet esprit que furent exécutés le Maleky d'Aly ben el Abbas et le Canon d'Avicenne.

Nous les voyous aussi passionnés pour Aristote, le génie scientifique par excellence.

Parmi les philosophes grecs, dit M. Munk, ils choisirent de préférence Aristote, sans doute parce que sa méthode empirique s'accordait mieux que l'idéalisme de Platon avec la tendance scientifique et l'esprit positif des Arabes.

Nous pourrions ajouter à ces paroles que les Arabes eurent des émules, et que la science moderne s'est plus inspirée d' Aristote que de Platon.

Si l'on refusait aux Arabes le génie scientifique, comment expliquer l'ardeur et le succès avec lequel ils cultivèrent les mathématiques et l'astronomie ?

Nous céderons ici la parole à un homme qui fait autorité, à M. Sédillot:

« Ce qui caractérise surtout l'école de Bagdad à son début, c'est l'esprit véritablement scientifique qui présida à ses travaux. Marcher du connu à l'inconnu, se rendre un compte exact dos phénomènes pour remonter ensuite de;i

104 HurroiRB db lêl uiDucinm ababb. — uvrb deuxiémb.

eflétB aux causes, n'admettre comme vrai que ce qui a été démontré par l'expérience, tels sont les principes enseignés par les maîtres. Les Arabes étaient au IX* siècle en possession de cette méthode féconde qui devait être, si longtemps après, entre les mains des modernes, l'instrument de leurs plus belles découvertes. » Prolég. d'Oloug Beg, 23.

Et ailleurs : « L'école de Bagdad marqua son passage par des progrès incontestables : pendant sept siècles elle est à la tète de la civilisation et remplit avec éclat Timmense intervalle qui sépare les écoles d'Athènes et d'Alexandrie de l'école moderne. Les mathématiques pures deviennent l'objet d'études suivies ; des traités ex professo développent les principes de l'arithmétique et des rapports des nombres. L'algèbre perfectionnée s'étend jusqu'aux équations du troisième et du quatrième degré. La trigonométrie se transforme par la substitution des sinus aux cordes et par l'emploi des tangentes dans les calculs. » Lettre à M. de Humboldt, 25.

Une dernière citation :

« De quelque côté qu'on tourne ses regards, on voit toujours les Arabes nous précéder dans les innovations utiles et dans les perfectionnements d'une civilisation avancée. S'ils ont été nos maîtres en algèbre et en géométrie, dans les sciences naturelles, dans les arts mécaniques, si nous leur devons nos chiflFres et notre système décimal, la boussole, le pendule, la poudre à canon, l'alcool, etc., on ne peut s'étonner de retrouver chez eux ces écoles, ces académies, ces correspondances mathématiques qui font la gloire des sociétés modernes, ces encyclopédies qui résument méthodiquement les travaux de plusieurs siècles, ces dictionnaires bibliographiques où les titres de plus de 20,000 ouvrages différents, reproduits avec exactitude nous révèlent l'une des plus vastes littératures qu.e l'on connaisse, trésor inépuisable auquel il n'a manqué que l'imprimerie. »

Les livres et les auteurs dont nous allons parler, nous sont en partie connus par l'histoire des traducteurs. Nous croyons cependant faire plus qu'une répétition oiseuse en classant les ouvrages traduits d'après leurs auteurs*

LEâ AUTKUaS TRADUITE,

Il est bien des détails qui ne conviennent qu^icL Le recensement deà traducteurs ne peut donner une idée nette de Fenserable des écrits livrés aux Arabes dans chaque branche des connaifliiancea humaines, tandis qu'on rembraase parfaitement par la méthode que nous avons adoptée, de claisser les auteurs par catégories.

^ Il est enfin des auteurs dont les écrits furent traduita et dont nous ne connaissons pas les traducteurs : ils vont donc être mis en lumière ici pour la première fois.

Nous diviserons les auteurs en quatre classes ; Plilloaophes et naturalistes, mathématiciens, g^éo^raplies et astronomes, médecins.

Bien que nous ayons pour objet à peu près exclusif Thistoire de la médecine et des sciences accessolreB chez les Arabes, nous n'avons pas cru pouvoir noua borner aux médecins. Jusque présent on 3*est fait des idées fausses ou incomplètes sur lo travail des traductions. Le seul ouvrage qui traite de la matière, celui de Wenrich, ouvrage excellent, n'est pas connu aufiisamment en France, où il n'a pas été traduit, ce qui le re lègue un peu à Técart, Nous n*avous pu résister au désir de le reprendre en sous-œuvre, de le contrôler, de le compléter, de le rectifier parfois, et de le présenter dans un meilleur cadre.

Cet ensemble complet des traductions fera bien mieux connaître le milieu scientifique dans lequel se mouvaient les médecins qui, bien souvent eux aussi, furent de grands philosophes, et qui doivent nous occuper à ce titre.

Après Texposé des auteurs dont les traductions nous sont signalées avec ou sans le nom du traducteur, nous passerons lu revue d'une foule d'auteurs, mentionnés surtout dans le Continent de Razès, que nous croyons en grande partie avoir été traduits en arabe, mais dont quelques-uns peuvent se trouver là cités de seconde main» Quelques-uns de ces noms méritent d'être mis au jour. Malheureusement la Bîbiiothèque de Paris ne possède qu'un misérable fragment du Continent

C'est pour avoir le texte en main que nous avons fait le toyage de l'EscuriaU les traductions latines ne donnant ces

noms que sous une forme le plus souvent travestie et méconnaissable.

Nous pensons que bien des traductions se sont faites obscurément sans avoir été signalées par les biographes. A l'appui de cette opinion, nous avons un passage d'Ebn Âbi Ossaïbiah qui dit que la plupart des médecins qu'il cite après les Alexandrins, furent traduits et se retrouvent chez Razès. On pourrait même s'appuyer sur Djemaleddin et Hadji Khalfa, qui indiquent beaucoup d'ouvrages apparemment traduits, sans indiquer le nom des traducteurs, s'il est vrai que ces deux écrivains n'ont mentionné que les écrits en circulation chez les Arabes.

Il est encore un genre d'écrits qui contribuèrent puissamment à la vulgarisation de la science grecque, ce sont les commentaires. Nous avons déjà dit que le génie différent des deux langues les rendait souvent nécessaires. Nous n'avons pas cru devoir à chaque ouvrage traduit, mentionner le nom des commentateurs, dont la liste est parfois trop longue, à moins qu'il ne s'agisse d'un travail plus qu'ordinaire.

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