ALI BEN MOUSSA ERRIDUA
Bien que cet homme ait peu marqué dans l'histoire de la médecine, nous no pouvons le passer sous silence^ tant à cause de son importance politique, que par la preuve qu'il nous donne de la cons^idératiou qui s'attachait alors h Tétude de la médecine*
Ali était le huitième Imam, et nous avons déjà vu par Texemple d'un de ses aïeux, Djafar Essadiq, que Tétude de la science était héréditaire dans sa famille*
Il composa et dédia au Khalife El Mâmoun le Livre doré de la médecine, mentionné par Hadji Khalfa sous le n' 0220, et dont la Bibliothèque de Florence possède encore un exemplaire. Il écrivit aussi sur la médecine du Prophète,
Ali était né en 770 de notre ère. On sait que les Alîdes, écartés du trùne, avaient conservé la souveraineté morale et religieuse et comptaient de nombreux et dévoués partisans. Màmoun vit dans ce fait un péril pour Tempire, et crut pouvoir le conjurer en associant AU ben Moussa au trône* En Tannée S16 il le déclara solennellement son successeur. Cependant les Abbassides étaient par trop nombreux. On se révolta et Bagrdadélut pour autre Khalife son oncle Ibrahim,
Mrtmouîi et Ali marchèrent contre les rebelles. Mais, à
20S HISTOIRE DE LA MÉDBCIKE ARABB. — LIVRR DEUXIÈME.
Tous, Ali mourut subitement, les uns disent d'une indigestion de raisin, les autres de poison, Taccident ayant trop bien servi la cause des Abbassides.
Ali n'en fut pas moins un objet de vénération. Enterré près de Tous, son tombeau devint un centre de population qui prit dès lors le nom de Mechhed Ali, ou simplement de Mechhed, c'est-à-dire lieu du martyre d'Ali, nom qu'il a conservé, et qui a fait oublier l'ancien ; ce fut dès lors un lieu de pèlerinage plus vénéré même que celui de la Mekke.
Ali mourut en 818. Le surnom d'£rrid/ia, l'agréé, lui fut donné lors de son accession ou trône.
ABOU HANIFA EDDINOURY.
Abou Hanifa Ahmed ben Daoud fut surnommé Eddinoury du nom de sa patrie Dinaouer, localité de l'Iraq persique.
Jusqu'à présent c'est le plus éminent botaniste de l'Orient et nous sommes étonné que l'historien de la médecine Tait oublié.
Nous savons très peu de chose sur son compte , malgré la considération qui s'attache à son nom. Aboulféda, qui l'appelle l'Auteur du Livre des Plantes, fixe la date de sa mort à l'année 282 de l'iiégire, ou 895 de notre ère. Hadji Khalfa, outre cette date, donne celle de 290 et il a été suivi par D'Herbelot et Casiri.
Nous trouvons quelques lignes sur son compte dans un Manuscrit de la Bibliothèque de Paris, n« 1022, supplément arabe. Ce manuscrit est un commentaire de l'Ardjouza d'Avicenne, et l'auteur complète son œuvre par une courte notice sur chacun des auteurs cités. Abou Hanifa, qu'il appelle aussi Abou Abdallah ben Ali el Achchâb, ou l'herboriste, tiendrait le premier rang dans la connaissance des plantes et les propriétés des médicaments. 11 aurait constamment voyagé pour connaître leurs lieux de naissance et leurs noms. La date de sa mort est indéchiffrable.
Hadji Khalfa lui attribue des traités sur la logique, les successions, l'algèbre, l'astronomie, un traité de la substance
L£g DEENIMUi MéûBOlKS, 200
de l'univeri, et enfta le Traité des Plantes qui noua intéresse particulièrement, Casiri lui rapporta aussi un traité d'agriculture et d'art vétérinaire que M. de Sacy croit iden* tique avec le Traité des plantes, ce qui est douteux.
C'est dans Ebn BeitUar que nous pouTons apprécier le mérite d'Abou Hanifa. Nous y trouvons cent vingt citations.
Il est également cité dans Sérapion le Jeune. S'il manque dans le Continent de Razès, cela tient sans doute à ce qu'il fut, ainsi que nous allons le voir, plus botaniste encore que médecin. Il est quelquefois cité par Ebn el Aouâm.
Dans Ebn Beîtliar, tous les cliapi ires commencent par la description des plantes: et c'est toujours en tète que figure Abou Hanifa. Nous ne Ta vous pas rencontré dans la partie thérapeutique proprement dite. Quelquefois il figure aeuL
Parmi ses citations, il en est une cinquantaine concernant des plantes nouvelles, inconnues des anciens, avec lesquels on ne lui reconnaît pas d'attaches apparentes.
Ses articles portent le cachet de robservation directe. Il a Burtout observé dans l'Oman. Il a pris aussi des informations notamment à Sorra. Parmi ses articles originaux nous citerons ceux relatifs à TArak, au Bétel, au Tamarin, au Séné, au Cadi^ au Malmleb, au Bananier, au Coco, àTOuars (Memecylon tinctorium), etc. Il est à remarquer qu'il ne parle jamais que de plantes, et que son nom ne se rattache k aucun médicament des autres règnes. Il se préoccupe des synonymies, et il en donne souvent surtout tirées du persan.
Parfois il est cité sous le nom d'Ahmed ben Daoud, ainsi aux articles Zerneb, Oucchar (Asclépiade), etc.
D'après ce que nous avons dit d'Abou Hanifa, il semblerait qu'il y eût déjà en Orient un certain mouvement scientifique spontané, indépendant et antérieur à celui récemment provoqué par les Grecs, issu peut-être de Djondisabour. On le croirait d'autant plus volontiers que l'on voit aussi Abou Hanifa citer à quatre reprises un de ses devanciers, un botaniste du nom A* Abou Zeyad^ une fois écrit Ebn Zeyad. Ce personnage serait peut être identique avec un certain Abou Abdallah Mohammed ben Zeyad ben el Arabî, cité par Hadji Khalfa comme un polygraphe, et quelquefois aussi
par Ebn Beithar. Nous trouvons une fois dans Abou Hanifa la qualification d'El Araby. Dans Ëbn Beithar les citations ont plutôt trait à des questions de synonymie qu'à des descriptions, ce qui convient bien à un polygraphe.
Quoi qu'il en soit, nous relèverons un mot d'Abou Hanifa, il propos du mélilot. Il dit l'avoir vu dans l'Irak, où les Nabathéens lui donnaient le nom de Handaqouqua. Le nom de Nabathéens s'était donc encore conservé.
Relevons aussi un autre fait relatif au fameux Perséa, dont les Arabes ont fait le Lebakh. Abou Hanifa dit avoir appris d'un homme sûr qu'aux environs d'Encina, dans le Saïd, il eu existait encore quelques échantillons.
Abou Naïm Aliben Hassan Dasry, suivant Hadji Khalfa, releva les fautes du livre d'Abou Hanifa, et le célèbre Abdellatif en rédigea un abrégée.
Abou Hanifa cultiva aussi l'astronomie et à ce sujet on trouve do curieux détails dans un travail de M. Caussin, Notices et extraits, tome XII.
En 335 de l'hégire on montrait à Dinaouer la maison sur laquelle on l'avait vu observer les a'ftres. Il laissa un écrit sur les constellations.
2"* Quelques Médecins de second ordre.
Parmi les médecins dont les noms nous ont été conservés, il en est quelques-uns qui n'ont pas de valeur scientifique, mais auxquels se rattachent certains faits h divers titres intéressants. Nous avons cru devoir leur consacrer une notice sommaire.
DJADRIL ou GABRIEL, OCULISTE DE MAMOUN.
Rien ne prouve que Djabril appartenait à la famille des Bakhtichou. C'était l'oculiste de Mâmoun qui l'aimait à cause de la légèreté de sa main, et lui faisait une solde de mille drachmes par mois. Djabril pénétrait le premier cha-
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que matin auprès du Khalife et prenait soin de ses yeux. Son indiscrétion lui valut une disgrâce. Comme on lui demandait un jour ce que faisait Mftmoun, il répondit qu'il dormait. Le Khalife en fut piqué et lui dit qu'il l'avait pris comme oculiste et non comme nouvelliste. La pension de Djabril fut réduite à cinquante écus.