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Histoire de la médecine arabe v.1, c.2

Ces guerres malheureuses, queMichauil apiiello un pieux délire, apportèrent le trouble et le ravag-e en Orient. Elles eurent nécessairement sur le mouvement scieutifique une influence fâcheuse. Historien des sciences en Orient, c'est-ûdire de l'activité humaine dans ce qu'elle a de plus noble pt de plus élevé, noua devons naturellement, dans ce conflit de la barbarie et de la civilisation, réiervep à celle-ci toutes nos sympathies.

Les guerres de religion sont de toutes les guerres les plus acharnées et les ptus impitoyables, Nous verrons combien la culture intellectuelle apporte de modération dans la lutte et se refuse aux excès du fanatisme.

Nous avons parlé maintes fois de la tolérance des Arabes en matière de religion, et nous en avons donné la raison; leur éducation scientifique s'était faîte par des chrétiens. Les Arabes leur conservèrent une reconnaissance inaltérable, et la confiance mutuelle ne se démentit pas, même b. l'époque des croisades. Sur quinze médecias de Saladin, dont les noms nous sont connus, les deux tiers étaient juifs ou chrétiens. A cette même époque, un chrétien de Bagdad était nommé médecin eu chef, et 6. ce titre avait la police de la profession et faisait subir des examens aux candidats.

L'intolérance d-» l'Orient fut cependant le prétexte des

4 UISTOUIE DB LA. M£DBCIMB AR^BB. — LIVAB CINQUIEME.

croisades. Si Ton examioeles faite, on voit qu'ils ne sont qu'un accident qui n'infirme en rien ce que nousavons dit. Les pèlerinsde la terre sainte eurent h subir dessévices. Les plus graves et sont le fait d'un insensé, le Khalife d'Egypte El Hakem, ne sauraient être portés au compte des musulmans. Les autres sont à la charge d'une race étrangère, les Turcs, maîtres un ins'tant de la Palestine, démembrée de l'empire de Malek Chah. C'est encore un fait privé. Du reste une troupe de sept cents pèlerins avait à cette époque été protégée par les autorités musulmanes : oh lui avait permis d'entrer solennellement dans Jérusalem.

On voit que l'islamisme n'est pas formellement en cause, mais seulement les maîtres actuels de la Palestine, dont les destinées flottantes se mouvaient alors dans un orbite particulier. On ne fit pas moins peser la responsabilité de ces faits sur l'islamisme tout entier, et la guerre se fit essentiellement au nom de la religion.

Les Arabes étaient alors en pleine culture intellectuelle. Cette race intelligente, dont la poésie avait bercé la jeunesse, était arrivée h l'âge viril. Le dépôt des sciences qu'elle avait reçu de la Grèce n'avait cessé de prospérer, alors même que le pouvoir échappé de ses mains était tombé en des mains étrangères. La culture des sciences, non moins que celle des lettres, avait entretenu chez les Arabes l'esprit de tolérance et les instincts généreux qui sont l'apanage de la civilisation.

Il en était autrement en Europe oh depuis des siècles régnaient l'ignorance, le fanatisme et la force brutale. C'était l'époque des siècles de fer.

On saitcomment débutèrent les croisades, par l'incohérence et les excès. Une horde de plusieurs centaines de mille aventuriers ravagea l'Europe avant d'aller se fondre en Asie. Le corps de Godefroy de Bouillon, après des excès commis à Antioche, en commit de plus grands lors de la prise de Jérusalem. Soixante-dix mille juifs ou musulmans furent massacrés. Les chevaux marchaient dans le sang jusqu'à la bride, racontent froidement les chroniqueurs.

Quatre-vingts ans plus tard Jérusalem était reprise par Sa-

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ladin. Le vainqueur lit grâce aux vaincus malgré son serment, après le refus d'une première capitulation. Il en mit en liberté le plus grand nombre, et son frère Malek el Adel payait la rançon de deux mille prisonnier». TeU sont les fruits de la civilisation. Noua avoua vu ceux de la barbarie.

On a parlé des conséquences des croisades. Il en est une que l'on n'apaa assez relevée. Les Francs perdirent de leur sauvagerie au contact des Arabes: les dernières croisades n'eurent plus la férocité des premières. Malheureusement, le naturel revint bientôt sur un autre théâtre. On se croisa contre des hérétiques et on alluma des bûchers. Comme toutes les relig-ions, l'islamisme fut aussi jaloux de conserver son dogme intact, mais il ne briilaque des livres. Un fait de ce genre se produisait alors à Bagdad.

Coïncidence étrange! .Mors même que les Francs, ignorants et barbares, portaient le ravage en Orient, les Arabes versaient à pleines mains sur l'Occident les trésors de leur science. Lue croisade d'uue tout autre nature, qui dura plus d'un siècle, s'était dirigée vers l'Eiipagne. L'archevêque de Tolède, Raimond, né fran(,^aiB, en fut le premier apôtre. Adélard de Bath, Gérard de Crémone, Michel Scot, etc., s'en allèrent demander aux musulmans d'Espagne U science qui manquait aux chrétiens. Gérard passa près d'un demisiècle à Tolède, exploitant les épaves scientifiques des -arabes. Nous connaissons plus de soixante-dix de ses traductions d'ouvrages de philosophie, de mathématiques, d'astronomie et de médecine, parmi lesquelles compte celle du volumineux Canon d'Avicenne. C'était alors aussi que Pierre le vénérable s'en venait faire traduire ii Tolède le Coran, afin de pouvoir le réfuter en connaissance de cause. Ce qui n'avait été qu'ébauché par Constantin se complétait par Gérard et ses successeurs.

Non-seulement l'Europe entraiten jouissance de la science arabe, mais elle prenait une connaissance plus large et plus intime de la science des anciens. Les Arabes payaient ainsi aui chrétiens d'Occident les services qu'ils avaient reçus jadis des chrétiens d'Orient.

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