‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2Chapitre 2 sur 162 · I.e mouvement scieutifique sie ralentit légèrement en · texte numérisé non relu

I.e mouvement scieutifique sie ralentit légèrement en

6 HI0TOIRI OS Lk MÉDKClNS ARABB. -— LIVRS aKQUIÉMB.

Orient pendant le XII* siècle, du moins en ce sens que nous ne rencontrons aucunrhomme supérieur, à moins que Fakhr eddifli Errazy. Par compensation, l'Espagrne produisit un riche faisceau de savants éminents : le XII* siècle est le grand siècle scientifique de TEspaerne musulmane. C'est ainsi que l'équilibre se rétablit dans l'école arabe, au point que le XII* siècle compte peut-être plus de srntnds noms que les siècles précédents. Il faut aussi porter à son actif des institutions qui ne se firent qu'à son déclin, et qui ne portèrent de fhiits que dans le siècle suivant. Nous voulons parler des écoles et des hôpitaux fondés à Damas et au Caire par Nour eddin et par Saladin.

Nous allons passer en revue les différentes contrées musulmanes, ainsi que nous l'avons fait pour les siècles précédants.

La Perse compte un éminent philosophe, Fakhr eddin Errazy, qui fut aussi un médecin. Fécond écrivain, Fakhr eddin Errazy eut un succès prodigieux comme professeur, et laissa de nombreux élèves que nous retrouverons au siècle suivant. A côté de lui on peut citer avec éloge le médecin Djordjany et le mathématicien Samuel ben lahya.

A Bagdad, les Khalifes subalternisés par les Seldjoucides ne s'émancipèrent que dans la seconde moitié du siècle. Deux d'entre eux, Monstandjeb et Nasser, firent revivre les anciennes traditions et créèrent des mosquées, des écoles, des bibliothèques et des hôpitaux. Cependant, parmi une vingtaine de médecins, nous ne pouvons citer que deux noms éminents, et ce sotft ceux d'un chrétien et d'un juif. Le premier, Amin Eddouia ebn Ettelmid, en faveur auprès des Khalifes, fut nommé médecin en chef et renouvela les examens des candidats que nous avons déjà vus à une époque antérieure. L'autre est AboulBarakat, homme distingué, mais ambitieux et remuant, qui embrassa l'islamisme. Entre autres ouvrages, Amin Eddouia écrivit un formulaire qui devint classique. Nous devons en signaler un second. Amin Eddouia, tout chrétien qu'il était, ne dédaigna pas de commenter les traditions du prophète relatives à la médecine. En même temps il enseignait.

BBVUS SOMMAIRE DU DOVUÈVB SIÈCLE. 7

Damas dut aux croisaJea une importance dont la mMecine et les sciences firent leur profit, Nour edilin ot Saladin fiucourag-èreut les savants, et les médecins affluèrent h Damas. Nour eddin fit construire un grand hôpital, qui, do son nom, fut appelé Ennowr^. Il y plaça des médecins distingués et y affecta une riche bibliothèque. Un des premiers médecins fut Aboul Medjed, qui tous les jours, après son service, con sacrait, troia heures à l'enseignement, Parmi les autres médecins qui professaient, nous citerons encore Ebn Ennaqqach et Ebn el Mathran. Ce dernier, le plus éminent de son époque, vivait dans l'intimité de Saladin, C'était un homme hautain, dont les allures ne purent troubler la généreuse sérénité du sultan.

En même temps que la médecine, les sciences et particulièrement les mathématiques étaient cultivées avec .succès, et Damas se préparait au rûle prépondérant qu'elle joua dans le siècle suivant, où elle éclipsa Bagdad et le Caire.

La protection que les Khalifes égyptiens avaient accordée aux sciences leur fut continuée par Saladin. Il fit construire au Caire un hôpital qui, de l'un de ses surnoms, fut appelé Ennacery. Nous remarquons cependant encore en Egypte la même défaillance que dans l'Irak. Presque tous les médecins sont des juifs, soit que la guerre ait ralenti les études, soit que cette race, persécutée en Occident, se soit plus particulièrement réfugiée ou Caire. C'est, du reste, le cas du plus illustre d'entre eux Mairaonide, l'homme le plus éminent de sa race après le législateur. Son activité, ses vastes connaissances lui donnèrent une haute position, tant à la cour que parmi ses coreligionnaires et parmi les savants. On sait le bruit que fit sou principal ouvrage, le More nebouckim, guide des égarés, où il tend ù concilier la raison avec la foi.

Comme médecin, c'est plutôt un érudit qu'un praticien, cepeudant ses ouvrages, compilation méthodique des Grecs, contribuèrent aux progrès de l'art.

Un autre médecin distingué, juif aussi, était Ebn Eddjami, qni composa plusieurs traités ori^''inaii\ et snvaiit-; sur l'hîs-

HISTOIRE DE LA MËORCINE ARABE. — LIVBE CINQUIËHE,

toipa naturelle médicale, (l) Parmi les musulmans noua ne pouvons citer que le Oheikh Sedid, qui fut nommé chef des médecins.

Le Magreb produisit un homme qui s'est fait un grand nom dans la g-éogrraphie, mais qui est aussi revendiqué par la médecine, le Chérif el Édrissy.

Il compo.sa un traité de3 simples, riche d'observations personnelles, qui est cité plus de doux cents fols dans le ^rand ouvrapre d'Ebn el Beîthar.

On sait l'accueil qu'Édriasy reçut à la cour de Sicile. On sait aussi que les princes normand;, au milieu du fanatisme universel, pratiquèrent seula uue habile tolérance et surent se concilier l'affection de leurs sujets musulmans.

Si nous avons observé de l'affaissement en Orient, il en était tout autrement en Espag-ne. Le XII' siècle fut le grand siècle de l'Espagne musulmane, et cependant elle n'était pas moins agitée. Soumise par les Almoravides, qui s'étalent d'abord donnés comme libérateurs, elle ne parvint h s'en défaire que pour retomber sous le joug des Almohades, qui ne lui procurèrent que peu d'années de répit. Lag:uerre était plus vive que jamais avec leurs voisins chrétiens, et les limites changeaient inces-^amment bu gré du flux et du reflux des invasions réciproques.

A la veille d'être bientôt réduite au petit royaume de Grenade, l'Espagne musulmane couronnait cinq siècles d'une civilisation brillante et alorâ sans égale par uu riche épanouissement de philosophes et de médecins. Déchue de sa grandeur politique, elle allait -par eux régner longtemps encore dans le domaine de la pensée. A peine s'était-elle retirée de Tolède que les savants chrétiens venaient s'enrichir de ses dépouilles.

Les Almohades favorisèrent aussi les sciences, mais leur intolérance de néophytes relirait d'une main ce qu'elle donnait de l'autre. Le grand Averroès, soupçonné dans ses croyances, dut subir dos humiliations. Les Juifs, qui com-

(1) Le traité du Li:uon, publié aous le nom d'Ebn el Beitliar, est emprunté h ICbn el Djnmi.

ttVVVB gOMU&IRS DD DDUZISMS BIEOLI. 0

mençaient h prendre une large part dans la mouvement flcientiflque, durent éraigrer, lei uns dans le Languedoc, les autres en Egypte avec Maimonide.

Jamais, cependant, en dépit de ces entmves, la pensée ne prit un aussi libre essor et n'eut de pareilles audaces, témoins Ebn TopliaU, Ebn Badja et surtout Averpoèa, le pius grand philosophe de l'Espagna et l'un des plus grands noms de rislamiame. Par ses travaux philosophiques et ses commentaires sur Aristote, il exerça la plus haute influence sur la marche des idées au moyeu âge et devint aux yeux de la théologie scolastîque la persoouiScation de la libre pensée. Ebea Tophaïl et Eben Badja, vulgairement dit Avempace, furent aussi connus des scolastiques, le dernier surtout. Nous rappellerons du premier le Bay ben Iakdan, traduit par Pococke sous le titre de Philoaophua autodidactua, oii il présente les évolutions successives de la pensée d'un homme isolé dès sa naissance et arrivant par l'observation et te raisonnement aux plus hautes vérités philosophiques et religieuses. Le Régime du solitaire du second est conçu dans le même sens.

La médecine qui les reveudique aussi bien qu'Averroèa, compta d'illustres représentants dans la famille des Avenzoar, qui fournit des médecine pendant trois siècles. Abou Merouan ben Abd el Malek, le plus grdnd de la famille, est l'auteur du Teisiir, un des meilleurs ouvrages sortis de l'école arabe, où l'on voit se produire une expérience riche et indépendante des traditions antiques. Avenzoar est tenu par certains historiens comme le pins grand praticien qu'aient produit les Arabes.

A côté de ces noms, il faut citer ceux d'Errafequy et d'Aboussalt Ommeya, qui publièrent des travaux d'histoire naturelle médicale, et d'Ebn el Aouam auteur de l'Agriculture, récemment traduite en français par M. Clément Mullet, ouvrage remarquable par une vaste érudition non moins que par la pratique, et dont la médecine peut encore faire sou profil.

Il faut remonter aux temps de la première.ferveur pour rencontrer autant de noms émineuts dans un aussi étroit espace.

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Rappelons enfin que l'Espagrne tient une large place dans rhistoire des sciences par les traductions qui s'y firent alors des ouvrages arabes, traductions qui élargirent le champ des études chez les chrétiens.

Si nous sortons du domaine de la médecine, nous verrons que sans jeter partout un vif éclat, les sciences ne furent pas moins cultivées dans la société musulmane si profondément agitée tant en Orient qu'en Occident.

Malgré les troubles politiques et religieux, malgré les difficultés qui en étaient la conséquence inévitable, la géo-« graphie n*en continua pas moins ses progrès. En même temps qu'apparaît un traité général d'un mérite supérieur à ce qui avait paru jusqu'alors, celui d'Édrissy, des voyages lointains s'accomplissent, dont les relations nous ont été conservées.

Ce fut aussi l'Occident, que nous avons déjà vu au premier rang sur le terrain de la médecine, qui mérita le plus de la géographie. Plusieurs Ândalous quittèrent leur pays et voyagèrent à travers l'Orient.

Abou Hamid, qui mourut à Damas en 1170, après avoir voyagé depuis l'intérieur de l'Afrique jusqu'aux embouchures de l'Oxus, publiait une relation qui fut mise à contribution par Kazouiny.

Un autre espagnol, Ebn Djobaïr, publiait aussi la relation d'un voyage en Orient, avec passage, à son retour, à travers la Sicile.

L'œuvre la plus importante du siècle et jusqu'alors de la géographie arabe fut le livre d'Édrissy vulgairement et vi«> cieusement connu sous le nom de Géographie nubienne^ ceuvre riche d'observations ayant trait particulièrement à l'histoire naturelle et qui ne fut surpassée que par Aboul-^ féda.

Zamakhchary, savant polygraphe, qui avait étudié à Boukhara, nous a laissé une sorte de dictionnaire géographique.

C'est à l'Espagne aussi que nous devons le traité d'agriculture d'Ebn el Aouam, qui n'a pas d'égal dans la littérature arabe, vaste répertoire où l'on voit à côté de connais-

BSVCK SOUHAIRE DU DODZIËUE SIÈCLE.

sancea pratiques une riche érudition, qui nous a conservé de précieux documents des littératures antérieures,

La culture des mathématiques et de l'astrouomie était toujours vivace en Espag-ne. C'était l'époque de deux liorames dont les noms sont connus des savants européens. L'un d'eux est Albitroudji, vulg-aîrement Alpetragius, dont on a traduit les traités de la sphère et de l'optique. L'autre, qui eut aussi les honneurs de la traduction latine, est Djaber ben Aflah, que l'on a confondu avec le célèbre alchimiste Géber.

Averroès composa aussi plusieurs écrits sur l'astronomie, |>et Maimonide corrigea un traité de Djaber ben ABah. 1 C'était encore un espagnol que Samuel ben lehouda, qui B'au alla mourir en Orient, h. Mérag-a, ville d'observations astronomiques, et quidéjà, dans son pays natal, avait mérité le surnom d'Astronome.

Dans l'Irak, Hibat Allah, versé dans les mathématiques, appliquait se^ connaissances k la confection d'instruments astronomiques d'une perfection qn'on ne sut plus égaler.

A Bagdad, Mobacherben Ahmed, mathématicien et astronome, était chargé par le Khalife du choix des livres destinés à la Bibliothèque de la Medersa Nidhamya et à celle du palais.

En Perse, El Madany écrivaitsur les mathématiques et l'as^ jtronomie.

La philosophie peut citer, au XII* siècle, des noms glo-

En Orient, nous no relèverons que celui de Fakhr eddïn Errazy; mais en Espagne nous pouvons citer ceux d'Eben Tophaïl, d'Eben Badja, de Maimonide, car c'est là qu'il se fit, enfin le plus grand de tous, Averroès.

En somme, le XII* siècle ne fut inférieur à aucun de ceux qni l'avaient précédé, et c'est k l'Espagne qu'il doit cet équilibre. Si l'Orient fléchit, il faut porter à son actif des encouragements et des institutions fondées par Nour eddin et SalaU eddin (Saladinj qui ne portèrent leurs fruits qu'au siàcle suivant.

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