‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2Chapitre 134 sur 162 · LXXI. Liber anohe et est tanquam sacerdott m ar in arlogium · texte numérisé non relu

LXXI. Liber anohe et est tanquam sacerdott m ar in arlogium

Le Mss. de Rome donne simplement : Liber anohe.

Le titre de cet ouvrage. Liber anoe, ne comporte aucune difficulté, mais les mots qui le suivent sont encore une énigme pour nous.

Les Arabes appelaient anoua les constellations qui prési-

ITOntE DB LA HftOBCniB ARASK. — I.tVRK HCITlftKE.

nx phénomèues météorologriques. Il a'ag'it donc ici

^y K I eiidrier astronomique on d'une sorte d'olmanach.

~ f lis âOinmea tentii de croire que uous avous ici le Liber

tinoe, qu'a publié Libri dans son Histoire des sciences ma-

;héinatiques, et après lui M. Dozy, avec le lexte arabe.

Nous trouvons même, dans la préface de M. Dozy, des raisons il l'appui de notre iu:inière de voir.

« Le texte arabe contient des choses qui ne sont pas dans

le toxte latin, mais, en g;énéral, ce dernier est plus étendu.

On y trouve notamment l'indication des lieux k Cordoue ou

, daoalBToiainagrede cette vi"~, où se célébraient les fôtesdes

saints, indication que autre ste ne donne jamais, et ce

' qui est fort curieux, c e les noms des martys du temps

, des princes Omaiyades ne II, Mohammed et Abdé-

rame III, s'y trouvent, qu'on les cherche en vain

dans l'autre version.

« De tout cela on serait presque tenté de conclura qu'il parler strictement notre calendrier n'est ni celui de Rabi, ni celui d'Arib, mais l'ouvrag-e d'une troisième personne qui, après avoir abrég'é les deux calendriers, les aura fondus eu un seul, Les différences notables entre la version arabe et la version latine font même penser qu'il y a eu deux abrégés, ou deux rédactions d'un seul abrégé. >

Cette troisième personne, dont parle M. Dozy, ne seraitelle pas Gérard de Crémone?

En tout cas il nous semble que les difficultés énoncées par M. Dozy trouvent une explication facile en admettant Gérard comme traducteur.

Outre les traductions inscrites dans notre liste, il en est encore quelques autres attribuées h Gérard de Crémone.

1* On lui attribue généralement la traduction du Traité de perspective d'El Hassan ebn el Heitsam, vulgairement connu sous le nom d'Al Hasen, mais sans apporter de preuves à l'appui. Cotte attribution n'eu est pas moins vraisemblable, d'autant plus que cette traduction ne porte pas de nom, et que Gérard a traduit le Traité des crépusculesdu mâmeaateur. 2° L'ouvrage de maf^ie, connu sous le nom de Kiranides, sur lequel on peut consulter le Dictionnaire historiqvie

m^RARD KE CRIÊMONC. AZl

do Murcliand, est encore attribué ii Géranl de Crémone. 3° M, Boiicompag-ui, dans sa notice sur GérarJ, a (lublié une traduction d'un traité d'algèbre qui commence ainsi :

Incipit liber qui secundum Arabes vocatur algebra et al miicabala, et apud nos liber reatauradonis nominafur, et fuit translaius a Magistro GiurardoCremonense in Tolcto de arabico in latinum.

4" M. Boncompajïni cite encore la traduction d'un traité d'aatrotog'ie d'Al Chabitius, qui existerait à. Oxford soua le nom de Gérard de Crémone. D'autre part, il en existe pluflieura exemplaires a Paris, mais sous le nom de Jean d'Espagne. Ce ne serait pas, du reste, le seul ouvrage traduit par d'autres, que ce traducteur aurait aussi traduit. C'e.^t ainsi que le Secretum secretorum, attribué à Aristote, nous e.st arrivé en traduction latine sous le nom de Jean d'Espagne et sous celui de Philippe de Tripoli.

5° Rappelons encore une autre traduction d'astronomie que noua avons déjà citée îi propos des Tables de Géber ben Aflali, et qui paraît différente de la traduction de ces Tables. Elit" existe fi Oxford soua ce titre; Liber omnium spherarum. celi et compositionis tabularum translatus a Magistro Gerardo Crcmonense de arabico in latinum. L'explicit dit la traduction faite à Tolède.

Tel est dune l'ensemble des traductions de Gérard, h nous connues. Elles montent h, soixante-seize.

Pour mieux faire comprendre l'importance de l'œuvpo accomplie par Gérard, nous allons récapituler ces trailiictions par ordre de matières et par noms d'auteur».

Kn suivant l'ordre établi par notre liste, on trouve qu'elles Be répartissent ainsi :

Dialectique 3

(iéométrie 17

Astrologie (.\8tronomie) 12

Philosophie Il

Physique (Médecine) 21

Alchimie 3

Géomantie 4

ToI;iI 71

Si nous faisons le recensement des auteurs traduits, nous trouverons les noms suivants:

Parmi les Grecs, Aristote largrement représenté, Alexandre d*Aphrodisée, Thémistius, Archimède, Euclide, Theodose, Ménélaûs, Ptolemée, Hypsiclës, Autolycus, Hippocrate et Galien ; et parmi les Arabes, Alfaraby, Tsabet ben Ck>rra, les fils de Moussa ben Ghaker, El Khouarezmy, Send ben Aly, Ennaïrizy, Al Kendy, Alfargan, Géber ben Aflah, Mâcha Allah, Ebn el Heitsam, Sérapion TAncien, Isaac Tlsraélite, Ebn el Guefith, Razès, Abulcasis, Avicenne et Aly ben Rodhouan.

Il nous semble qu'on pouvait faire un choix plus mauvais parmi les philosophes, les mathématiciens, les astronomes et les médecins de Tune et l'autre catégrorie.

Gérard a bien mérité de la science et du moyen ft^ en lui livrant une masse aussi considérable de traités scientifiques alors introuvables ou complètement inconnus.

Pour accomplir un labeur aussi considérable, il fallait rhomme laborieux et dévoué tel que la notice nous le révèle. Sa modestie, qui lui fit dédaig^ner de sierner toutes ses traductions. Ta laissé dans un demi-jour d*où nous nous sommes fait un plaisir de le retirer.

On sait quelle était la pauvreté scientifique du moyen âge quand apparut Gérard de Crémone. Jourdain, qui Ta sig^nalée dans ses Recherches surlestraductionsd' Aristote, ne connaissait de Gérard que vinert traductions sur soixante-seize, dont la moitié relatives à la médecine. D' Aristote, il ne connaissait que celle des Météores et nous en connaissons six autres. Il ignorait absolument celles relatives aux sciences mathématiques et astronomiques. Nul doute qu'il eût autrement apprécié Gérard s'il avait connu, comme nous le connaissons aujourd'hui, son œuvre entière, et qu'il eût autrement jugé lo mouvement scientifique de l'époque. On pourrait en dire autant, relativement h la philosophie, de l'auteur d'Averroés et l'Averroïsme (v. p. 201).

Gérard, à lui seul, mit en circulation une masse plus considérable d'idées que tous ses émules réunis. Si, parmi ses traductions, il en est de proportions exiguës, il en est aussi

GÉRARD DK CRÉUONB.

de grrandiosea, notamment celle du Canon d'Avicenne, qui siiftirait presque à elle ueule pour occuper la vie d'un homme.

Comment s'étonner que ces traductions soient défectueuees, et qu'elles soient écrites dans un latin barbare ? Gérard n'avait pas seulement la langue arabe à apprendre, mais pour ainsi dire l'encyclopédie des sciences k apprendre, car elles sont à peu près toutes, même les plus difficiles et les plus abstraites, comprises dans son œuvre. Pour l'une et l'autre tâche il n'avait pas les ressources que l'on possède aujourd'hui et qui rendent les traductions beaucoup plus faciles. C'est ce qu'ont oublié des critiques sévères, tous plus ou moins incompétents, sans en excepter l'auteur du livre de l'Interprétation, l'illustre Huet. Cette barbariedelangage que l'on reproche à Gérard était fatale, On n'écrivait pas alors comme on écrivit plus tard lors de la Renaissance. Cette barbarie, du reste, noua ne l'avons pas vue reprochée par des hommes spéciaux, tels que les Libh, les Cbasles, les Boncompagni, les Woepcke.

Quant aux équivalents qui lui ont fait défaut, pouvait-il en être autrement, vu l'époque où il vécut et l'immensité de son œuvre 1 Du reste, parmi les termes techniques simplement transcrits, un bon nombre répondaient à des idées nouvelles et sont restés dans l'usage.

La technologie est le côté faible des traductions de Gérard, ce qui les rend plus ou moins incorrectes et leur donne parfois une apparence de barbarie. Si l'on compare la traduction de la Chirurg'ie d'Abalcasis avec celle du Canon d'Avicenne, on ne rencontre pas dans la première ce qui choque dans la seconde. C'est qu'ici la technolog'ie occupe une place importante, particulièrement dans le deuxième livre. Beaucoup d'équivalents devaient nécessairement faire défaut, ayant trait à des substances nouvelles. D'autres étaient d'une détermination difficile, car on sait qu'après tant de commentaires la synonymie des Simples de Dioscorides n'est pas encore irrévocablement établie. La technologie grecque ne parvint à Gérard que défigurée par les copistes arabes, de là tant de transcriptions vicieuses, faciles du reste à rétablir

pour d 'abisans, un grand nombre péchant surtout par la position 1 :ieu8ede3poiat3diacriti(iues.Unetra(Iuctioud'El)a el Beithar, au lieu de Sûrapion le jeune, eût éparg-né bien dea dissertations souvent stériles anx Mattliiole et aux Sauinaise, eti même temps qu'elle eut évité des accusations à l'école arabe, faites par des savants munis de toutes les res< sources modernes.

Avant de traduire, il faut commencer par assurer son texte. Cedutétre difficile à Gérard d'assurer celui d'Avicemif. quand ou song'e que l'édition de Rome, qui parut en des temps beaucoup plus avantageux, pendant criblée de fautes.

Il ue faut donc pas s'étonr encontrer dans les traduc-

tions de Gérard tant d'épaves a technologie arabe, maïs s'étonner qu'un homme ait pu a ffire à tant de traductions diverses, n'ayant, pour établir sa technologie, que l'étudu approfondie des originaux.

La notice biographique de Gérard mentionne exclusivement dea traductions. Elle ne laisse paa màme supposer qu'il ait composé des ouvrages originaux.

Il e?îiste in la Bibliothèque Bodléienno un traité d'arithmétique BOUS ce titre : Algorîamus magistri Gerardî de integria etmînutiis. M. Ghasles s'est demandée! cet ooTrage ne serait pas de Gérard de Crémone. On le rencontre aussi à la Btblîoque nationale, notamment aux n" 7315 et 7202, mais sans nom d'auteur.

Il est encore d'autres ouvrages qui portent le nom de Gérard, que l'on a parfois attribué & Gérard de Crémone, mais qui appartiennent à des homonymes. Ces homonymes sont au nombre de trois.

Le premier qui porte aussi le nom de Gérard de Crémone, est plus connu sous le nom de Gérard de Sabionetta, parce qu'il naquit à. Sabionetta, localité voisine de Crémone. Ce que nous savons de lui atteste qu'il vivait dans le courant du XIII* siècle. Tiraboschi a mis en avant l'hypothèse qu'il pourrait bien être le fîls ou le neveu du premier Gérard, et cette hypothèse a été reproduite. On oubliait que notre Gérard le traducteur était entré dans les ordres, ainsi que nous l'avona TU dans la notice : Nostri gloria cleri, Tiraboschi propose

QiSraKD de CRËMOMIS. -llil

encore tle laiyser nu premier Gérard les traductions, et do rapporter h Gérard de Sabionetta les ouvrages originaux. Cette opinion est erronée. Le seul écrit que l'on puisse attribuer pertinemment à Gérard de Sabionetta est la Theorica Pianctarum, qui fut plusieurs fois imprimée, et dont Régiomontan fît une réfutation.

L'auteur de Tarticle Gérard de Crémone, dans la nouvelle BiograpUie universelle, fait un triage dans les traductions, et attribue les unes au premier Gérard et les autres au second. Nous ne saurions adopter cette manière de voir. La notice que nous avons exhumée après M. Boncompagui nous paraît un document beaucoup plus sûr que tout ce que l'on peut trouver daus les écrivains italiens, qui trop souvent font preuve d'ignorance. C'est ainsi qu'ils prennent le titre d'un livre de Razès, adreiisé à El Mansour, pour en faire le nom d'un grand médei;in arabe. Que Gérard de Sabionetta ait connu l'arabe, ait fait des traductions, nous l'ignorons, et on ne nous en a pas donné d'autres preuves qu'en puisant dans la liste des traductions, qui nous paraissent incontestablement l'œuvre du premier Gérard, pour les attribuer au second. On lit bien dans Cremotia illustrata que, sur l'invitation de Frédéric II, Girard de Sabionetta traduisit Avîcenne de l'arabe eu latin, mais cela nous paraît simplement fabuleux.

Quant aux autres ouvrages attribué.^! à Gérard de Crémone, et qui parfois portent son nom dans les manuscrits, nous renvoyons k la dissertation de M, Littré, insérée dans le tome XXI de l'Histoire littéraire. Noua nous bornerons à dire que M. Littré considère comme de Gérard ou Geraud du Berry la Summa medendt et le commentaire sur le Viatique, etcommo de Gérard de Solo Ylntroductorius. Nous aurions bien quelques observations à faire, mais ce serait sortir de notre sujet.

Il existe à!a Bibliotlièque de la Faculté un Ms. contenant la traduction du commentaire d'Ali ben Rodhouan par Gérard de Crémone, avec la liste de ses écrits et la notice biographique. M. Franklin, dans ses Recherches, p. 143, donne le contenu de ce Ms. Malheureusement on n'a pu jusqu'h pré- •eut nous le présenter.

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