V. — MAGREB
LE CHERIF EL KDRISSY.
Âbou Abdallah Mohammed ben Mohammed el Uosseiny el Ali Billah, dit plus communément le Chérif El Édrissy Essakaliy est très connu comme géographe, mais il Test beaucoup moins comme médecin naturaliste. Le premier rôle a effacé le second, au point que d'un personnage on en avait fait deux.
L'identité est assez bien constatée aujourd'hui pour que nous n'ayons pas & l'établir par une discussion en règle. Du reste» les témoignages & l'appui se présenteront successivement dans le courant de cette notice.
On sait qu'il doit les titres de Chérif et d'Édrissy & ce que le chef de sa famille, Edris, descendait de Mahomet par Fathma. Le surnom d'Essakaly tient & son séjour en Sicile, à la cour de Roger.
Quatremère a pensé que le peu de renseignements laissés sur son compte par les auteurs arabes avait sa cause dans ce séjour chez un prince chrétien. U en existe cependant plus que ne l'avait pensé Quatremère et leur ensemble nous permettra de reconstituer sa biograpnie (1).
Léon l'Africain, qui nous a laisse la notice la plus étendue, le fait naître en Sicile. Nous verrons bientôt qu'il ne saurait
(1) La nomenclature qi^e nous avons donnés eut celle d'Ebn Âbi Ossaïbîali, complétée par Hadji Khalfa.
00 UUtTOlRC UK LA UftDlOlNI AEABI. — X.1VU OlXQIllftlfB.
en être ainsi. Caûri, d*aprè8 des autorités dont il n'articule pas les noms, le fait naître à Ceuta, ce qui paraît TraisemblAble, attendu que le Magreb extrême fut le berceau des Edrissites.
La date de sa naissance n'est pas certaine : ce dut Mre dans les dernières années du onzième siècle de notre ère. rsiiairi donne bien Tannée 1100, mais il ne dit pas d'après quelle autorité. S'il en était ainsi, le Cbérif, ainsi qu'il résulte dHm passage de son livre, se serait trouvé bien jeune en Asie mineure, en 1110.
Son séjour dans le Magreb et dans l'Espagne est accusé par maints endroits de ses écrits, c'est-à-dire de sa Géographie et de son Traité dos simples : ces derniers n'avaient pas encore été signalés.
On voit à la précision des détails semés dans sa géogra^ phie, qu'il a visité bien des lieux qu'il décrit.
n invoque le témoignage de ses yeux à propos d'Annat» de Gonstantine, de Lisbonne, du Détroit de Gilbraltar.
Nous croyons devoir citer ce dernier passage, il dit avoir vu, du côté de l'Esnagne, les restes de la double digue que Ton construisit quand on voulut amener les eaux de TOcéan dans la Méditerranée, pour se garantir contre l'élévation du niveau des eaux qui en résulta.
Son séjour dans ces contrées est pareillement attesté par les citations fréquentes que fait Ebn el Beitliar de son Traité des simples. A l'article Thydn, il dit que la clématite *s'appelle en latin, c'est*èk-dire en espagnolj lerba Doufouqou, herbe de feu.
Quant au Magreb, il parle 80Uventdesesproduits,quelque« fois observés sur place et même donnés sous leurs noms ber-« bères* L'emploi de la Thapsia, tel qu'il le décrit, est encore à peu près identiquement aujourd'hui l'emploi du Bounifa. Comme de son temps, le Talr'ouda, Bunium Bulbocastanum^ ainsi que l'Arum, sont encore consommés à titre d'aliments dans les années de disette.
L'extrait suivant d'Essafady va nous prouver que le Ghérif n'est pas d'origine sicilienne, ainsi que le prétend Léon
l'Africaîu, eu même temps qu'il nous donnera sur sou exiateuce de piécieux reuseig-nementâ. (1)
■ Roger avait beaucoup de ({-oût pour tes étudea philosophiques. Il fit venir des côtes d'Afrique le Chérif El Édrissy ot le chargea Ue construire quelque chose à l'image du monde. Édrissy ayant demandé une masse d'argent, le roi lui St remettra un morceau de minerai qui pesait 400,000 drachmes. Ëdrissy fabriqua un certain nombre de cercles, h l'instar des sphères célestes, et les cercles s'emboîtaient les uns dans les autres. Cet ouvrage n'absorba qu'un peu plus du tiers du métal qui lui avait été confié ; mais le roi lui abandonna tout le reste pour prix de son «èle; il y ajouta même 100,000 pièces d'argent et un navire qui venait d'arriver de Barcelone, chargé des marchandises les plus précieuses.
Ensuite Roger invita Édria^y à demeurer près de sa per- <6onne, disant : Comme tu es issu de la famille des Khalifes, si tu habites un pays mu.sulman, le prince prendra de l'ombrage et cherchera à te faire mourir. Reste dans mes états «t j'aurai soin de ta personne. Ëdrissy s'étant laissé persuader, le roi lui fît un état de prince.
Édrissy se rendait à la cour sur une mule; quand il arrivait, le roi se levait pour lui faire honueur; ensuite ils s'asseyaient ensemble. Un jour le. roi dit & Édrissy : Je voudrais avoir une description de la terre, faite d'après des observations directes et non d'après des livres. Là-dessus le ftoi et Édrissy firent choix de quelques hommes intelligents ret honnêtes. Ces hommes se mirent à voyager à l'Orient, à l'Occident, au Midi et au Nord. On leur avait adjoint des dessinateurs chargés de reproduire d'après nature ce qu'ils remarqueraient de plus intéressant. Les uns et les autres avaient reçu ordre de prendre note de tout, et de ne rien omettredecequi pouvait piquer la curiosité. A mesurequ'un de ces hommes arrivait, Édrissy insérait daus son Traité les remarques qui lui étaient communiquées. Voilà comment fut composé le Nozhat al Mochtac. »
(1) îl^inau'], latrodtiation à la Géograpi)i« des Orieiitauc
08 UISrOlRK DB Lk lIÂDKCiXK ARABE. — LlVIUB CIMQUIÉIIB.
Nozhat al Mochiac, rÂmusement de celui qui désire (parcourir le inonde), tel est en eflèt le titre de cette géographie qui fut publiée d'abord avec la qualification de Nubiensis, parce qu'on avait cru reconnaître que l'auleur y désignait la Nubie comme sa patrie.
La préface de cet ouvrage reproduit avec plus de détails les renseignements d'Essafady sur sa composition.
Nous y apprenons qu'il fut achevé en Tannée 1154.
On y lit aussi que Roger fit couler en argent un planisphère d'une grandeur énorme, du iK)ids de 450 livres romaines. Ce planisphère devait servir de complément k la Géographie d'Édrissy.
L'ouvrage entier a été traduit en français par Jaubert, et le Magreb et l'Espagne par de Goeje et Dozy.
Edrissy, en quelques points, dit M. Reinaud, a plutôt fait rétrograder la science qu'il ne l'a avancée, mais son ouvrage, pris dans son ensemble, est comme celui de Strabon un véritable monument élevé a la géographie.
Edrissy composa pour Guillaume, fils et successeur de Roger, un second ouvrage de géographie, plus étendu que le premier, qui ne nous est pas parvenu.
Léon l'Africain vante les connaissances du Ghérif en philosophie et en médecine, en astronomie et en géographie. Nous avons dit qu'il avait composé un Traité des simples, cité par Ebn Âbi Ossaïbiah. M. Dozy a signalé la mention de cet ouvrage par Ebn Saïd dans Makkari. (1) Ebn el Beithar cite cet ouvrage plus de deux cents fois, sous la rubrique le Chérif el Edrissy ou simplement le Chérif. C'est dans cet ouvrage, plus encore que dans sa Géographie, où cependant il a grand soin de relater les produits d'^s pays, que l'on peut se faire une idée des connaissances du Chérif en histoire naturelle. Meyer, dans son Histoire de la botanique, a pris la Géographie pour base de sa revue, tant elle est riche en observations de ce genre. La comparaison des deux ouvrages suffiraitpour prouver qu'ils furent écrits par le même auteur : ainsi le Bols de serpent, mentionné dans les deux
(1) Voyez la Drcfacc de la traduction, p. IV.
ouvrages, accuse lirideminent une origiue commune. Si l'on ne rencontre pas constamment la même similitude, c'est que les exig'ences d'un traité des simples sont autres que celle d'un traité de géographie.
Nous avons dit que le Traité des simples était cité plus de deux cents fois par Ebn Beithar. Ce qui prouve que le Cliérif était ua observateur de mérite, c'est qu'il est cité une trentaine de fois seul, à l'exclusion de tout autre.
Il paraît s'être occupé tout particulièrement des animaux. Il est cité seul aux articlea thon, homard, civette, sangsue.
Comme nous l'avons déjà fait remarquer, il traite fréquemment des produits du Magreb, et il lui arrive souvent de donner leurs noms berbères. Il connaît aussi les produits du Soudan, et c'est a lui qu'est dû, en partie, l'article sur la maniguette.
I Quant à la thérapeutique, ses articles sont parfois étendus I et remarquables. Nous citerons ceux sur l'aubergine, le lupin, la thapsia, le laurier rose, la grenade, enfin celui sur l'emploi du feu, qui lui appartient exclusivement.
n paraît avoir fait une étude sérieuse de l'Agriculture nabathéenne, fréquemment citée sous son couvert, ce qui a induit en erreur Son thei mer, traducteur allemand d'Ebu Beithar, et lui a fait croire que le Chérif était aussi l'auteur d'un traité d'agriculture. Du reste Sontheimer, entre beaucoup d'autres, a commis plusieurs étourderies de ce genre.
Le Chérif paraît avoir eu quelque connaissance du grec. Il lui arrive de donner des étymologies qui ne trouvent pas toujours grâce devant Ebn Beitbar. Ou sait que le grec se maintint longtemps en Sicile, comme on peut le voir par un travail de N06I Desvergera, inséré au Journal Asiatique de 1845.
Nous ignorons la date de la mort du Chérif. Celle donnée par Léon l'Africain, 1122, est une erreur flagrante, puisque leChérif achevait son traité de géographie en 1154.
Léon l'Africain le fait mourir fe Ceutat (Civitat), Il ajoute Iqu'il laissa plusieurs fils, dont les descendants existent enleoreàFezet à Tunis, et parmi lesquels on rencontre touijonrs quelques médecins.
70 HISTOIRE DE hK UÊDECIXE ARABE. «— LIVBE CIMQCXÉUB.
On iK)urrait peut-être compter parmi ces descendants di Ghérif, un certain Ahmed ben Abdessalem Chérif Essakaly qui ne nous est pas autrement connu que comme auteur d*ui traité de médecine que possède la bibliothèque de Leyde, e qui vécut à Tunis» sous le règne d*Abou-Farez» prince qn proté-geait les savants, savant lui-même, et qui fit construin une bibliothèque publique près de la grande mosquée. Abou Farez mourut en 837-1433.) Elkeirouani, trad. Pellissier, p 256).
I Eouziëme siècle fut pour l'Espagne un siècle d'a^tatiou. Soumise par les Almoravtdes qui s'étaient d'abord donnés comme des auxiliaires, elle ne parvint à s'en défaire que pour retomber sous le joug des Almohades, qui ne lui procurèrent que peu d'années de répit. La guerre était plus vive que jamais entre les chrétiens et les musulmans. Les limites mutuelles changeaient incessamment au gre du flux et du reflux des invasions réciproques.
Ce siècle fut cependant le grand fliècle scientifique de l'Espagne musulmane.
A la veille d'être bientôt réduite au petit royaume de Grenade, l'Espagne musulmane couronnait cinq alèclea d'une civilisation brillante et alors sans égale par un riche épanouissement de philosophes et de médecins.
Déchue de sa grandeur politique, elle allait, par eux, régner longtemps encore dans le domaine de la pensée. A peine s'était-elle retirée do Tolède, que les savants chrétiens Tenaient s'enrichir de ses épaves scientifiques.
Certes, il fallait que les sciences aient eu, en Espagne, des bases solides pour se maintenir et fructlfierau milieu de ces épreuves.Les Almohades lesfavorisèrent un instant, 11 est vrai, mais leur intolérance de néophytes retirait d'une main co qu'ils avaient accordé de l'autre. Le «{-rand philosophe Aver- Toès. soupçonné dans ses croyances, subit de dures humiliations. Les Juifs, qui commençaient h prendre une large part dans le mouvement scientifique, et qui devaient être un
puissant intennédiaire entre les Arabes et les chrétiens, durent quitter cette terre inhospitalière. Les uns s'enfuirent dans le Languedoc, les autres suivirent Maimonide en Egypte.
Jamais cependant, en dépit de ces entraves, la pensée ne prit un aussi libre essor, témoins Ebn ThophaQ, Ebn Badja et surtout Averroës, le plus grand philosophe de l'Espagne et l'un des plus grands noms de l'Islam. Par ses travaux philosophiques et ses commentaires d'Aristote, il exerça la plus haute influence sur la marche des idées au moyen âge et devint, aux yeux de la théologie scolastique, la personnification de la libre pensée.
Quant à la médecine, qui revendique aussi Averroës, elle compta d'aussi dignes représentants dans la famille des Ebn Zohr qui, pendant trois siècles, donna des médecins à l'Espagne. Le plus grand de la famille Abou Merouan Abd el Malek Ebn Zohr, dont nous avons fait Avenzoar, surpassa son père et ne fut pas égalé par son fils, tous deux médecins éminents. Quelques historiens considèrent Avenzoar comme le plus grand médecin de l'école arabe. Ce qui le distingue, c'est une grande indépendance dans la pensée, une riche expérience et la foi dans l'observation plus que dans la tradition. Parlant d'abondance et d'autorité, il traite d'égal à égal avec ces anciens maîtres si vénérés.
A côté de ces noms on peut citer encore Errafequy, Abou Sait Ommeya, qui publièrent des travaux d'histoire naturelle médicale, et Ebn el Aouâm l'auteur du célèbre Traité d'agriculture, récemment traduit en français. Ces travaux préparaient pour le siècle suivant l'avènement d'Aboul Abbas Ennabaty et d'Ebn el Beithar, les deux plus grands botanistes arabes dont les écrits nous soient parvenus.
Il faut remonter aux premiers temps de la ferveur scientifique pour rencontrer un tel concours de savants. Tandis que l'Orient s'affaissait un peu et ne produisait qu'un seul homme véritablement supérieur, Fakhr eddin Errazy, l'Espagne en produisait un riche faisceau et tenait le sceptre tant de la philosophie que de la médecine. Outre la gloire d'avoir produit un riche faisceau de méde-
ESPAGNE. Ti
eins et de pliilosoplies, rEspagriie musulmiiiiG a de plus, au XII* siècle, lin nouveau titre à notre attention.
L'Europa était enfin sortie de aa torpeur. Si, d'une part, elle écoutait la voix du fanatisme et portait le trouble en Orient, de l'autre elle se sentait éprise du besoin de savoir, mais les éléments d'étude lui faisaient défaut. L'Espag-ne musulmane les lui fournit, les chrétiens les trouvèrent en entrant dans Tolède. Son archevêque, dont nous ne pouvons taire l'origine frauçai.se, Raymond, s'adressa aux Arabes pour combler les lacunes de la pénurie latine. Il invita deux savants, Gundisalvi, archidiacre de Ségovie, et Avendauth juif converti, qui prit plus tard lo nom de Jean [de Séville) à traduire en latin tes écrits scientifiques des Arabes, Le premier ig'norait d'abord l'arabe et le deuxième le latin. lisse mirent k deux pour traduire le Traité de l'àme d'Avicenne ; puis ayant appris la connaissance de la langue qui leur était d'abord inconnue, chacun d'eux se mit k traduire dos philosophes, des mathématiciens et des astronomes, de l'arabe en latin.
Ces travaux durent être connus en Europe. Toutefois, on vit alors accourir en Espagne, du Nord et du Midi, Platon de Tibur, Adélard de Bath et Gérard de Crémone, qui continuèrent l'œuvre suscitée par Raymond, Gérard se fixa à Tolède, et, pendant un séjour qui dura peut-être un demisiècle, il ne cessa de traduire de l'arabe en latin, au point que le total de ses traductions atteint le chiffre inouï de 76. Cette fois, co n'était plus seulement aux Arabes que l'on 8'adressait, mais aux Grecs traduits en arabe, et dont les orig'inaux manquaient à l'Occident. Commencé au XII' siècle, le travail des traductions se maintint pendant le XIII*, de telle sorte que la très grande majorité des traductions de l'arabe en latin eut Tolède pour théâtre.
Nous raconterons en détail, dans notre VIII* livre, l'histoire de ces travaux, qui livrèrent à l'Occident appauvri les richesses scientifiques de l'Orient.
74 BrSTOIRG DE LA MÊDBCINB ARABB.— UTRE CUCQUlftlIE.
ABOU 8ALT OMMETA.
Âbou Sait Ommeya ben Âbd el Aziz naquit à Dénia en Tannée 1068, d*oii les aurnoms d'Ed Dânjet d*El Andaioassy.
NonHseulement il étudia la médecine, mais encore la littérature et les mathématiques. D s'adonna même à Fétode et à la pratique de la musique, et composa de nombreoses poésies. Il compte, au dire de son biographe, parmi les méde* cins et les savants éminents.
Vers la fin du XI* siècle il se rendit en Egypte, où loi arri« va l'aventure suivante. Un vaisseau chargé de cuivre avait échoué près du port d'Alexandrie. Abou Sait en rêva le sauvetage, et fit part de son projet au gouverneur. Tout ce qu'il demanda fut mis à sa disposition. Il fit d'abord construire un bâtiment qu'il amena sur le lieu du naufirage, puis il fit fabriquer des câbles renforcés de soie, et au moyen de machines il essaya de soulever le vaisseau naufhîgé. Déjà il apparaissait à la surface de l'eau, quand les cordes s'étant rompues, il retomba de nouveau au fond de la mer. Le Khalife irrité d'avoir fait des dépenses inutiles fit jeter Abou Sait en prison. Quand il en sortit, il employa son temps à l'étude du pays et de ses personnages éminents.
Il songea ensuite à s'en retourner dans son pays. Il s'arrêta en chemin à Mehedya, où il mourut en l'année 520 de l'hégire, 113i de notre ère. Là, il lui naquit un fils, Abd el Aziz, qui fut un bon poète, et mourut à Bougie en l'année
Abou Sait Ommeya laissa plusieurs ouvrages.
Uu traité des médicaments simples. Il est cité une vingtaine de fois dans Ëbn Beitbar, mais ces citations sont génélement courtes et n'offrent pas un grand intérêt.
Une défense de Honein contre les attaques d'Ali ben Rodhouan adressées au livre des Questions.
Ce sont là les deux seuls ouvrages de médecine dont il soit question dans la liste de ses écrits.
Parmi les autres nous citerons :
Un traité da musique.
Un traité de l'astrolabe.
Un traité de log-iqne.
Des poésies.
La Relation de l'iig-ypte, adressée au prince de Mehedya Abou Dhaher lahyaben Temim beti Motiz ben Badîa. Dans cet ouvrage il décrit l'Ég-ypto et mentionne les hommes distingués, médecins, astronomes, poètes, etc., qu'il y a rencontrés.
Aboulfarage a fuit à cet écrit un emprunt de deux pag:ea h propos de certains personnages de l'Egypte. Nous en rappellerons un, l'astrologue Razek Allah. Une femme vint un jour le consulter et il serait à tirer son horoscope et à tracer la position des astres, les décrivant h mesure, tandis que lu femme gardait un silence que l'astrologue trouvait étrange. Enfin il lui dit: Je vois quelque chose disparaître de ta raaipon, tiens-toi sur tes gardes. — Tu as trouvé la vérité, lui dît la femme, et elle lui jeta une pièce d'argent, — N'as-tu pas fait une perte, reprit l'astrologue? — Oui, réponilit la femme, je viens do perdre l'argent que je t'ai donné.
Parmi les écrits d'Abou Sait Ommeya nous citerons encore un ouvrage sur les mathématiques et un autre sur les poètes de l'Espagne.
Quelques-uns de ces écrits existent encore soit b, l'Esc» rtal, soit b la Bibliothèque Bodléenne, et particulièrement les deus relatifs h la médecine.
EBM BAWA (aVENP.\CE).
Abou Dekr Mohammed bon lahya, plus connu nous les noms d'Ebn Essaïr et d'Ebn Badjn, n'est autre que le philosophe vulgairement connu chez nous souale nom d'Arenpocc, corruption d'Ebn Badja.
Il naquit à Saragosse vers la fin du XI* siècle.
.\près avoir habité Séville et Grenade, il passa le détroit, fut pendant vingt ans le vizir d'Iahya bon Tachfin, et mourut jeune encore à Fez, oii il fat enterré, en l'année 1138 de rère chrétienne.
T6 HIffTOmE DE h/k MÉDKCmB ABAQII,— LIVRE CIMQDÎllUE,
C'est à peu près là tout ce que noua aavoas de la vie extérieure d'Ebu Saïr, autrement rlit Ebn Bâdja. En revauclie ai les biographes sont sobres de détails, ils s'accordent à, nous vanter la rare intelligence et les vastes connaissances d'Ebn Badja, eu même temps qu'ils déplorent sa perte prématurée. Ebn Abi Ossaïbiah ne trouve à lui comparer parmi les Arabes qu'El Faraby, et il le place au-dessus d'Avicenue et d'El Gazzaly.
Bien qu'il ait embrassé à peu près toutes les sciences, Ebn Badja fut avant tout un pbilosopbe, et un philosophe indépendant. Il était très versé dans la littérature arabe et Bavait le Coran par cœur. Ses études et ses écrits embrassèrent aussi la médecine, les mathématiques, la géométrie, la musique et même la politique.
Il eut pour disciple Aboul Hassan Ali de Grenade et même, Buîvant Ebn Abi Ossaïbiah, l'illustre Averroès, fait contesté par M. Renan (I).
L'indépendance de sa pensée lui suscita des ennemis. Fateh ben Khaqan de Grenade, l'auteur du Kalaïd el Ikyan, Vaccusa d'immoralité; d'incrédulité, et ne craignit pas de le signaler comme une calamité pour la religion. Ces imputations ameutèrent ta populace, qui mit en danger les jours d'Avenpace. Son ingérence dans la médecine souleva les mêmes passions haineuses, et l'auteur du Kîtab el hokama, Djemal eddin, ne craint pas d'avancer que ses ennemis le firent mourir en l'empoisonnant.
Malgré la brièveté de son existence et le temps qu'il dut consacrer aux affaires, Ebn Badja écrivit beaucoup.
Nous allons parler d'abord de ses ouvrages de médecine.
Discours sur le Traité des simples de Galien.
Livre des deax Expériences, & propos des médicaments d'Ebn Ouafed. Le titre de ce livre tient à ce qu'il fut écrit en collaboration avec Aboul Hassan Sofian el Andaloussy. S'il ne nous est pas parvenu, nous pouvons nous en faire une idée par les nombreuses citations qu'en a faites Ebn el Beithar. Il le cite plus de deux cents fois dans son grand
£1) Averroès narjuit en 1120.
Traité des simples, dans l'immense majorité des cas sous l'aiionyme, une trentaine de fois sous le couvert de SoSan el Andalouasy, et beaucoup moins souvent sous le nom d'Ebn Ëssaïr.
Ces citations se reproduisent, moins nombreuses naturellement, dans un autre ouvrage d'Ebn Beithar, le Morny, et k peu près dans les mêmes conditions. Le livre des expérience» est ici le plus g-éuéralement accompag-né du nom de Sofiau el Andaloussy, mais nous rencontrons relativement de plus nombreuses citations d'Abou Bekr ebn Essaïr l'Andalou. Quant à cet ouvrage, c'est un livre de thérapeutique plutôt que d'histoire naturelle médicale, et nous devous dire que les citations en sont courtes et manquent d'originalité.
Extrait du Haouy ou Continent de Razès.
Des tempéraments au point de vue médical.
De l'amour physique.
Discours sur certains points du Livre des plantes d'Aristote.
Discours sur certaines parties du Livre des météores d'Aristote.
Discours sur la fin du Livre des animaux d'Arïstote.
Il commenta aussi, parmi les ouvrages d'Arïstote, les Livres de la physique ou de l'audition naturelle et celui de l'existence et de la corruption.
Traité des éléments.
Avant de parler des ouvrages de philosophie auxquels Ebu Badja doit particulièrement sou importance, nous citerons encore les suivants :
Discours sur le gouvernement dea villes.
Annotations sur un Traité d'alchimie d'El Faraby.
Lettre adressée en Egypte à son ami lousef ben Ahmed ben Khachday.
Lettre sur les mathématiques, a l'adresse d'Eba el Mohandes.
Pour se faire une juste idée do la philosophie d'Ebn Badja, il faut recourir h l'étude que lui a consacrée Munck dans bob Mélanges de philosophie juive et arabe. C'est d'après cet excellent ouvrage que nous allons en dire quelques mots.
78 HISTOIBB DK LA UÉUKCIKK ARABE. — LIVRE CINQUIÈME.
L*ouvrage le plus remarquable et le plus original d*£bii Badja, dit Munck, est le Régime du solitaire, et il ajoute : malheureusement nous ne le possédons plus. Le catalogue de la Bibliothèque Bodléienne, 1*' volume, 1** partie, sous le n* 257 : Abu becr filius Alsaig, de regimine solitarii, en cite une traduction hébraïque.
Il semble, dit Munck, que, dans cet ouvrage, Ebn Badja avait pour but de faire voir de quelle manière l'homme, par le seul moyen du développement successif de ses facultés, peut s'identifier avec l'intellect bctif.
L'ouvrage intitulé Lettre d'adieu, est conçu dans le môme sens. Il contient des réflexions sur le premier mobile dans l'homme, sur le véritable but de l'existence humaine et de la science, qui est de s'approcher de Dieu et de recevoir l'intellect actif émané de lui. On y reconnaît une tendance à réhabiliter la science et la spéculation philosophique. Il en est de même du livre qui porte pour titre : De la conjonction de l'intellect avec l'homme. Citons encore les Traités sur l'âme, sur la perfection humaine, sur les choses qui sont à la portée de l'intelligence, des Notes sur la philosophie.
La Lettre d'adieu a été traduite en latin et imprimée sous le titre de Epistola expeditionis.
Ses commentaires sur Aristote ont été connus de l'école d'Albert le Grand, dit M. Hauréau, dans son Histoire de la philosophie scolastique, et même le Régime du solitaire. Le nom de notre auteur ne fut pas toujours rendu par Avenpace, et peut-être ne fut-il pas toujours reconnu sous une autre forme. Dans une traduction des commentaires d'Averroès sur le:* Éthiques d'Aristote, nous trouvons le nom d'Ebn Badja sous la forme d'Abou Bekr ebn Esaaïr, rendu en latin de cette manière : Abu Gekrin filins Aurificis. (Jourdain, Ilech. sur les trad. d'Aristote, p. 430).
Il est probable que Jourdain ne so douta pas qu'il avait le nom d' Avenpace sous la main*
SOFIAN EL ANDALOOSSY.
Noua ne le coDiiaiaaons que par la part qu'il prit evec Ehea lîiidja au Livre des deux Expériences, dont nou8 venons de parler.
Nous savons peu de choses sur le compta d'Abou Djafar ben Moliammed ben Ahmed ben Seyd, surnommé Errafequy, probablement pour être né à Rafeq, localité située au Nord de Cordoue.
Eba Abi Osaaïbiah en fait le plus grand éloge.
H le considère comme un dos grands écrivains de l'Espagne et le dit l'homme de son temps le plus versé dans la coDuaissance des simples, de leurs noms et de leurs propriétés. Son livre, dit-il, n'a pas son pareil. Il y a réuni ce que Dioscorides et Galien avaient écrit, avec les découvertes dea auteurs subséquents et les siennes propres.
M. de Sacy, qui lui a consacré quelques lig:nes dans son Abdellatif, le fait mourir, vu le silence d'Ebn Abi Ossaïbiab, vers la fin du V' siècle de l'hégire. WUstenfeld, au contraire, le fait mourir en 560, 1164 de notre ère.
C'est un des auteurs les plus fréquemment mis à contribution par Ebo Beithar. Il vient immédiatementaprès Razès et Avicenna pour plus de deux cents citations. Il donne souvent des nome berbères, ce qui indique un séjour dans le Magreb et ne saurait être le simple résultat de l'Invasion berbère en Espagne.
Parmi les renseignements originaux de ce genre nous citerons les articles relatifs au Djouz ezzendj, Sterculia ; à la maniguette ; au Serrent, Telephium imperati ; b. l'euphorbe, qu'il dit un produit du Daran ou Atlas marocain ; ii la chaussetrape, commune chez les Mrila, etc.
Il donne encore des noms en langage vulgaire de l'Auda-»
80 UISTOIUK OK LA. uiOfiCINE AEÂBB. — UVRK OINQDIÂIU.
loasie, c'est-à-dire eii latin, ainsi à propos de rhyèble et du
sureau.
Il a soin d'assurer ses synonymes, et en cela il mérite l'éloge qu'en fait Ebn Abi Ossalbiah. S'il y a des confusions, il les discute. C'est ainsi qu'il distingue l'alypum de Dioscorides du turbith, le sium du cresson, l'isatis de Dioscorides du nila ou indigo des modernes.
Il revient à deux reprises sur Tidentité du carpesion de Galien et du cubèbe des Arabes. Gaiien, dit-il, parle de •ramuscules, et le cubèbe se compose de graines : il fitut alors admettre que ces ramuscules sont les branches de l'arbre dont le cubèbe est le fruit
Il relève aussi les confusions et les erreurs des médecins qui l'ont précédé, notamment d'Ebn Samadjoun et d'Ebn Ouafed, l'Eben Guéfith des traducteurs latins. Il discute longuement l'opinion de quelques médecins modernes qui accordent à la coriandre des propriétés stupéfiantes.
Quelques paragraphes, relatifs à des produits de l'Espagne, lui appartiennent exclusivement.
Il nous donne de curieux renseignements sur des gisements de l'ambre jaune en. Espagne, sur la préparation du sel ammoniac, etc.
C'est par étourderie que Sontheimer lui attribue la paternité d'un traité d'agriculture, qu'il se borne simplement à citer.
En somme Errafequy fait preuve de critique en même temps que de connaissances étendues et souvent originales, particulièrement en ce qui concerne les produits de l'Espagne et du Magreb.
Il est quelquefois cité dans le Traité d'agriculture qui figure à la Bibliothèque de Paris sous le n* 884.
La Bibliothèque Bodléienne possède deux ouvrages d'Errafequy, sous le n« 632: 1* Traité des tumeurs et des fièvres ; 2* De la^manière d'expulser du corps les humeurs nuisibles.
MOHAMMED BLN QUASSOUM ERRAFEQUY.
Mohammed ben Qassoum beii Aslem Errafequy ne nouH est connu qne par un écrit qui existe h l'EBCurial sous le n' 835, ancien 830.
WHstenfeld le considt'fre comme étant probablement le père d'Errafequy, le botaniste, dont le livre des médicaments simples est fréquemment cité par Ebn Beithar, et qui mourut en 1164. A cela on peut faire une objection. Les ascendants du botaniste sont Mohammed, Ahmed et Saïd, tandis que l'autre, qui s'appelle bien Mohammed, il est vrai, a pour ascendants Qassoum et Aslem. lU peuvent donc être de la même localité comme l'indique leur surnom, sans être pour cela de la même famille.
Quoi qu'il en soit, les auteurs cités par Mohammed ben Qassoum Errafequy, ainsi que nous le verrons tout b. l'heure, lui assîg-nent une place au Xll* siècle. Parmi ces auteurs, nous ne nommerons ici qu'Abulcasis, le dernier eu date, qui mourut dans les commencements du XII* siècle, et Avicenne qui mourut sûrement en 1035.
L'ouvrage d'Errafequy est un traité d'oculistique qui ne contient guère moins de trois cents feuilles. Il est vrai que l'oculistique proprement dite ne commence qu'à la feuille 12-!. Il porte le titre de Morched, ou le Directeur.
L'auteur noua annonce qu'il l'a composé parce qu'il a trouvé incomplets ceux de ses devanciers, et ces devanciers ne sont autres que Ilonein, Ali ben Issa, Razès, Avicenne,
IOmar ben Ali et Aboul Cassem Khahu Ezzahniotiy, autrement dit Abulcasis.
Cet ouvrage se divise en 0 parties.
Lapremière traite du Serment d'Hippocrate et desÉléments, La deuxième de l'anatomie de la tête et de l'œil. La troi:iième de l'hygiène.
La quatrième des maladies eu général.
La cinquième des médicaments et de l'iiyg'iêne de l'fpîl. La sixième des maladies de l'œil et de leur traitement.
82 UISTOIRK DK LA MKDSOIMK ARABK. — LIVRE CINQUIÈME.
Un des caractères de cet ouTrag^, c'est Tintroduction des figrures dans le texte» ce qui paraît particulier à Técole espagnole. On y trouve non-seulement la figure de nombreux instruments» mais on y trouve aussi figurées les directions longitudinale et transversale des fibres des deux tuniques artérielles, les sutures du crâne et le Chiasma des Grecs. A propos d'anatomiéy nous rappellerons qu'en traitant de l'opération de la cataracte» il mentionne Topinion d'Ali ben Issa qui lui donne une enveloppe, et d'Aboul Cassem Ezzahraouy qui la lui refuse.
D'après une opération qu'il pratiqua sur une femme d'Andujaraux environs de Cordoue» où il dut y revenir àplusieun reprises pour maintenir l'abaissement, il conclut avec Abulcasis que la cataracte n'a pas d'enveloppe, par la raison que l'abaissement devrait se maintenir une fois l'enveloppe déchirée.
Il entre dans de grands détails sur les maladies de l'œil et en donne une riche nomenclature. L'opération de la cataracte est particulièrement traitée avec ampleur. Il en distingue onze variétés.
Nous n^avons toutefois remarqué rien d'original à signaler, en dehors de la cataracte.
Nous citerons une de ses observations. On lui présenta à Cordoue une enfant de trois jours affectée d'occlusion des paupières. Il eut d'abord envie de pratiquer une opération, mais il temporisa et, avant la fin de l'année, les paupières s'étaient ouvertes et il rendit grâces à Dieu de n'atoir pas fait un usage inopportun de l'instrument tranchant.
A propos des cautères, il rapporte les paroles d'Abulcasis, que Ton trouve dans le premier livre de sa chirurgie, à savoir que la cautérisation est avantageuse en tout temps, que la cure par le cautère n'est pas une garantie contre une récidive, etc.