‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2Chapitre 28 sur 162 · HISTOIRE DE LX IIÉOECINB ARABC. — LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LX IIÉOECINB ARABC. — LIVRE CINQUIÈME

coufisqués. S*il faut en croire Léon rÂfricain, il subit de dures humiliations. Placé à la porte de la mosquée de Fez, les passants lui crachaient à la face.

En même temps qu'Averroès, la philosophie fut persécutée.

Cependant une réaction survint, et Averroès rentra en faveur auprès dlakoub el Mansour. Mais il en jouit peu de temps et mourut & Maroc, suivant Topinion la plus commune en Tannée 1108.

Ici nous relèverons un lapsus de M. Renan : « Ebn Beithar et Ebn Zohr moururent presque la même année.. » Cette année 1108 serait plutôt celle de la naissance d'Ebn Beithar dont la date ne nous est pas donnée, mais qui mourut en 1248. M. Renan a pris sa date chez Léon l'Africain, mauvais guide comme le sait du reste M. Renan. Si nous relevons cette erreur c'est qu'elle est couverte par un nom considérable et qu'elle a été déjà reproduite à l'article Averroès dans la biographie générale de Didot. avec les réflexions qui l'accompagnent.

Parmi les fables débitées sur le compte d' Averroès nous citerons sa rencontre avec Avicenne, sa traduction d'après le grec des œuvres d'Aristote, sa mort tragique, enfln le portrait odieux que le fanatisme en fit au moyen âge.

Les biographes d' Averroès s'accordent à le donner comme le modèle de toutes les vertus et plus remarquable encore par son caractère que par son intelligence. Celui dont on fit une sorte d'Antéchrist ou de réprouvé, après une vie bien

remplie, subit l'infortune avec la patience de Job.

Écrits d' Averroès.

La carrière d' Averroès fut longue et laborieuse. Malgré ses fonctions de Cadhi, l'étude et la composition l'occupèrent constamment. Il ne passa, dit-on, que deux nuits sans travailler, celle de son mariage et celle de la mort de son père.

Nous donnerons lu liste de ses écrits d'après M. Renan, tout en l'abrégeant un peu en certains points.

Traités philosophiques, 28.

Commentaires sur Aristote. Dans Téditiou des œuvres d' Averroès en onze volumes in-folio, ils en occupent huit.

Averroès avait pour Ariatote une admiration superstitiense.

Destruction de la destruction, en réponae à l'ouvrag-e de Gazzali: Destruction des philosophes.

Delà substance de l'univers.

De l'union de l'intellect séparé avec l'homme.

Questions sur les diverses partie.') de l'Or^anon.

Du syllogisme conditionnel.

Abrégé de logique.

Prolégomènes à la philosophie.

Commentaires sur la République do Platon.

Commentaires sur Alfaraby.

Réfutation de la classification des êtres par Avicenne.

Commentaire sur la métaphysique de Nicolas.

Si Dieu connaît les choses particulières.

Sur l'existence éternelle et sur l'existence temporaire.

Question sur le livre du ciel et du monde, etc.

Les commentaires d'Arlstote sont l'œuvre principale d' Averroès. Ils fureut traduits de bonne heure, an commencement du XIII° siècle par Michel Scot, et peu après cette œuvre fut reprise par Hermanu l'Allemand.

Déjà Guillaume d'Auvergne, mort en 1248, cite Averroès comme un illustre philosophe [Jourdain, 290).

Albert le Grand et Bacon en parlent eu bona ttrmes.

Saint Thomas d'Aquin, tout en le combattant vivement, se laissa imprégner de sa méthode.

Un autre violent adversaire d' Averroès fut Raymond de LuUe.

Tout en restant le grand commentateur, Averroès devint le blasphémateur de toute religion, une sorte d'Antéchrist, et les beaux-arts eux-mêmes le prirent -souvent h partie.

Cependant à Padoue se constituait une école, où les doctrines d'Averroès faisaient le fonds de l'enseignement, et ce fait curieux se prolougea ju.squ'an milieu du XVII* siècle.

Niphus fut le dernier adepte et l'éditeur d'Averroès, et Vives, le précepteur de Charles-Quint, son dernier adversaire.

Au commencement du XYI' siècle on se remit k faire de nouvelles traductions d'Averroès d'après l'hébreu. C'était

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trop tard. On était en pleine Renaissance, et la connaissance du grec allait faire oublier la philosophie et la médecine arabes.

Il nous semble que M. Renan a trop insisté sur ce fait qu'Averroès» qui fit tant de bruit en Occident, en fit si peu en Orient. Cela nous paraît tout naturel. Au XIII* siècle, il restait peu de place en Orient pour la philosophie entre les croisades et l'invasion mongrole, tandis qu'alors la scolastitique était dans toute sa ferveur et sa fécondité. La médecine florissait bien encore et jetait son chant du cygne à Damas et au Caire, mais l'importance médicale d'Averroès était trop faible pour faire impression. Cependant il ne passa pas inaperçu. Ebn el Beithar le cite quelquefois dans ses Moufridat, et plus souvent dans le Momy. Nous avons aussi trouvé des citations d'Averroès dans Ebn el Koff et dans Soueydy, etc. Au XIY* siècle, un médecin commenta, lui aussi, l'Ardjouza d'Avicenne, et il cite Averroès parmi ses devanciers. Ce travail existe à la Bibliothèque de Paris sous le n* 1022 du supplément^ et c'est à tort que M. Renan l'a mis au compte d'Averroès. L'auteur de ce commentaire, Mohammed ben Ismaïl, donne à la fin une courte notice sur chacun des auteurs qu'il a cités. Celle d'Averroès se borne à trois ligrnes et la date de sa mort est portée à l'année 599 de l'hégire.

Enfin le KouUyat, qui a échappé & M. Renan, est mentionné dans Hadji Khalfa au n"" 10,849 de l'édition allemande (1).

A propos des traductions d'Aristote nous avons déjà fait allusion à une assertion de M. Renan sur laquelle c'est ici le moment de revenir.

M. Renan dit à la page 52 : c Ses œuvres n'offirent qu'une traduction latine d*une traduction hébraïque d'un commentaire fait sur une traduction arabe d'une traduction syriaque d'un texte grec. »

(1) Fluegol a commis une erreur, assez commune du reste, en traduisant le mot KouUyat par : Opéra ùfnnia medica. La traduction de M. Renan page 76 est bonne ; à la page 14 il faut supprimer ces mots : IHi corpi humain, et les remplacer par : De la médecine.

Ceci est très iuftsact et des cinq termes on peut généralemeut en supprimer deux, le syriaque et l'iiébreu.

Quant au sjTiaque noua avons prouvé, it propos des traductions (l'Aristùte, que cellesqui sont le fait do traducteurs ignorant le g:rec ne comptent que pour un quart.

Quant à l'hébreu, les commentaires d'Averroès furent traduits de bonne heure et b. Tolède par Michel Scot et Hermann l'allemand, doubleraisonpourqu'ils aient été traduite d'après l'arabe et non d'après l'hébreu. D'ailleurs M. Renan noua apprend que ce fut seulement au XVI' siècle Que l'on révisa les traductions latines d'après les traductions liébraïqufis. Le moyen âge ne connut donc que des traductions faites d'après l'arabe.

En somme l'immense majorité des traductions en arabe et ensuite en latin sont de première main.

Nous avons insisté sur le caractère des traductions parce que l'on ne s'est pas contente d'admettre sans contrôle l'assertion de M. Renan, mais d'aucuns sont allés jusqu'il l'appliquera la g'énéralité des traductions arabes.

Ouvrages de théologie.

M. Renan en cite cinq dont un intitulé : Critique des diverses opinions sur l'accord de la philosophie et de la théologie.

Jurisprudence.

Huit ouvrages, dont un cours complet de jurisprudence existant k l'Escurial, d'après Caair. Toutefois M. Renan n'admet l'authenticité que pour deux, les autres n'étant pas indiqués dans les catalogues.

Astronomie.

Quatre ouvrages dont un abrégé de l'Almat^este.

Grammaire.

Deux ouvrages.

Œuvres médicales.

Le KouUyat ou ColUget,

Ce livre, qui est la principale œuvre médicale d'Averroès, porte en arabe le nom de KouUyat Fittkobb, qui veut dire Généralités de médecine. On peut s'étonner que le mot £^ou{Ii/{if ait été si peu compris même par les orientalistes.

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On y a vu des généralités sur le corps humain (Averroès et TAverroïsme, page 14), un traité complet ou général de médecine (Fluegel et Wttstenfeld), enfin un livre du Tout (Hoœfer), etc.

Il suffisait pourtant de lire le préambule du livre pour comprendre le sens du titre : Incœpl in eo ordinem doctrin» a rébus universalibus, consideravi comprehendere universales régulas hujus scientiœ, et postea intendi ire ab illis ad membrasua et ad partes suas eisalio libro quemcomponam si placuerit Deus : ideo vocavi ipsum Colliget.

Disons de suite que du mot KouUyat on a fait Colliget par rintercalation d'un g, comme il arrive toujours dans les traductions faites en Espagne avant une diphthongue ou entre deux voyelles.

Averroès s'est donc proposé de traiter dans le Colliget des généralités de la médecine, réservant pour un autre livre ses. particularités ou autrement l'histoire de chaque maladie en particulier. Le Colliget répond au premier livre du Canon d'Avicenne, qui a été l'objet de nombreux commentaires sous le titre de commentaires des généralités du Canon d'Avicenne, KouUyat el Kanoun Ebn Sina.

Chemin faisant Averroès changea d'avis, et nous devons franchement l'en féliciter. C'est lui-même qui nous l'apprend à la fin de son livre. Il lui resterait, nous dit-il, après ces généralités, à donner l'histoire de chaque maladie afférente à chaque organe en particulier, ainâi que le font les compendiums de médecine ; mais il en est un, le plus éminent de tous, dont il a lui-même sollicité et provoqué la composition et qui n'est autre que le Teissir d'Abou Merouan Ebn Zohr. C'est donc à l'intervention d' Averroès que nous devons le Teissir, le meilleur ouvrage de médecine pratique composé par les Arabes, ouvrage dégagé de toute préoccupation théorique, frappé au coin de l'originalité et de l'expérience. Assurément Averroès était moins capable qu'Avenzoar de composer le Teissir.

Mais revenons au Colliget.

On y reconnaît un disciple d'Aristote. Pour comprendre

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son lirre, Averroùs dit qu'il faut la connaissancË de la logique et des sciences naturelles.

Telle en est l'ordonnance.

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