III. — SYRIE
Nous avons vu qu'au siècle dernier, Damas était le siège d'un petit groupe de médecins, pratiquant et enseignant la médecine: nous allons voir ces semences porter leurs fruits.
Les révolutions qui agitèrent le pays et le contre-coup des croisades ne firent que donner à Damas une nouvelle importance* dont la médecine et les sciences firent leur profit. Possédé d'abord par les Seldjoucides, il fut conquis par Noureddiu, et devint, dès lors, la capitale d'un grand état. Noureddin et Saladin, son successeur, encouragèrent les savants, et les médecins affluèrent à Damas.
Une institution de Noureddin eut les plus heureuses conséquences. Il fit construire à Damas un grand hôpital qui, de son nom, fut appelé Ennoury. Il y plaça des médecins en renom, et y affecta une bibliothèque richement pourvue d'ouvrages de médecine. Un des premiers médecins futÂbouI Medjed, qui ne pratiqua pas seulement la médecine, mais l'enseigna. Tous les jours, après son service, il se tenait dans la grande cour de l'hôpital, tendue de tapisseries, et y tenait des conférences qui ne duraient pas moins de trois heures. D'autres médecins firsnt aussi des élèves, ainsi £bn Ennaqquach et Ebn el Mathran.
Saladin marcha sur les traces de Noureddin, tant en Syrie qu'en Egypte, et sa générosité rappela les beaux jours des premiers Abbassides. Doué d an esprit supérieur, il admettait toutes les croyances, et, parmi une quinzaine de médecins
attaf.hés à sa personne, dont les noms nous ont été con- , Bervés, presque toua sont juifd ou chrétiens. Ebn Mathrao, le plus émioent de son époque, vécut dans son intimité, et ses allures hautaines trouvèrent grâce devant la sérénité de Saladin.
Parmi les médecins de ce siècle, nous signalerons plusieurs oculistes et un adepte de l'alchimie.
£n même temps que la médecine, les sciences, et notamment les mathématiques, se cultivaient a Damas, qui devait, au siècle suivant surtout, éclipser le Caire et Bag-dad, et devenir le plus brilUnt foyer des sciences en Orient.
En 1127, Etienne d'Antioche traduisait en latin le Maleki d'Ali ben Abbas.
ABOUL HAIUM EL BARLY.
Aboul Hakam Obeïd Allah ben el Modhafferel Bahly culj tivait, en même temps que la médecine, la littérature, la t philosophie, la poésie et la musique. Il donnait d'abord des I consultations à Hébron, puis il visita Bag-dafl, Bassora et I Tint à Damas où il résida jusqu'à sa mort, arrivée en 549 I (1154). Wtlsteafeld le fait naître k Murcie, en Eapag-ne, mais I le Ms. de Paris ne comporte pas cette lecture. Cependant on I la retrouve dans le Kitab et hokama, qui lui donne les sur- Ljiomad'El Aadaloussy etd'El Moursy.
ABODL MEDJED BEM EL HAKAM.
Afdhal Eddoula Aboul Medjed Mohammed ben el Hakam,
Ffila du précédent, apprit la médecine sous son père et sous
l'autre» maîtres. Il était réputé comme un médecin savant
Vet un praticien expérimenté. Il s'occupait aussi de mathé-
limatiques et de musique.
Nouredilin, que nous appelons vulgairement Noradin, le I tenait en grande estime, et quand il fonda à Damas l'iiùpi- I tal qui, de son nom, prit celui d'Ennoury, il y plaça Aboul [ Medjed, et lui fit des appointements.
40 HISTOIRE DE lA MÉDECINE ARABE. — LIVRE CINQUIËMB.
Ebn Âbi Ossaïbiah rapporte qu'il tient d*Âboul Fadhl ben Âbiifaradj l'oculiste, qu'il vit Âboul Medjed dans cet hôpital, où il soignait les malades et où ses ordres étaient religieusement exécutés. Il allait ensuite au Palais où il soignait les grands personnages, puis, retournait à rhOpital, se plaçait dans la grande cour toute tapissée, et y restait trois heures à expliquer des ouvrages de médecine et à conférer avec des élèves et des médecins, avant de retourner à son logis. Nous apprenons dans sa notice que Noureddin avait affecté à l'hôpital Ennoury une bibliothèque renfermant de nombreux ouvrages de médecine.
Ce médecin valait donc mieux que les deux lignes que lui a consacrées Wtistenfeld.
EBN EL BOUDOUH EL MAQREBY.
Âbou Djafar Omar ben Âli ben el Boudouh, dit aussi El Calay, parce qu'il naquit dans une des Calaa du Magreb, nous est donné comme un médecin instruit dans la connaissance des médicaments simples et composés, ainsi que dans celle des maladies et de leur traitement. Il était assidu à la lecture des anciens et écrivit des notes sur Avicenne. Comme l'indiquent ses surnoms, il était né dans le Magreb et il résida longtemps à Damas où il tenait une officine. Quand son grand âge l'eut affaibli, il s'y faisait transporter pour donner ses consultations. C'était aussi un poète et un tradi-^ tionniste. Il mourut en 576 (1180).
HAKIM EZZEMAN.
Aboul Fadhl Abd el Moumen ben Omar el Andaloussy, naquit en Espagne et vint se fixer a Damas, où il se fit une réputation qui est accusée par le surnom de Hakim Ezzeman, le médecin de l'époque. Il pratiquait particulièrement l'oculistique. C'était encore un littérateur et un poète. Il tenait une officine et passait pour s'occuper d'alchimie. Saladîn avait pourlni beaucoup de considération et de bontés. Hakim
SVBIB. il
Ezzeman lui adressade Damas une épître en vers, alors qu'il était devant Sai ntJean-d" Acre assiégré par les Francs. Il fit aussi un récit des conquêtes de Saladin et de la pristi de Jérusalem. Il mourut au commencement du XIII' siècle, dans un âge très-avancé, laissant une description des médicaments simples et composés et des observations sur la médecine.
Uakim Ezzeman laissa un fils, Abd el Moumen, qui fut attaché comme médecin b. Malek el Achraf, fut oculiste et poète, et mourut h. Edesse, en 620 (1223).
HOHADDEB BDDIN BB.\ ENNAQQACH.
Mobaddeb eddin Aboul Hassan Ali ben Abi Abd Allah ebn Ennaqqach naquit à Bagdad, où il apprit la médecine sous Amin Eddoula ebo Ettalmid, et les traditions sous Aboul Cassem ben el Uossein. Il vint ensuite k Damas, oii il exerça la médecine avec distinction et fit de nombreux élèves. Il alla quelque temps habiter le Caire, oii le cheikh Sedid lui odîrit uue gracieuse hospitalité, puis revint h, Damas, où il résida jusqu'à, sa mort, en 517 11178). Il fut attaché comme médecin k la personne de Noureddîn, ainsi qu'à l'hdpital Ennoury, On fait observer qu'il vécut dans le célibat, et que c'était un homme bienfaisant ; et c'est là, peut-être, la cause de son dénûment à Damas, qai le fit aller en Ëf^ypte.
ABOU ZAKAEYA lAUVA EL BAIASSY.
Amio eddin Abon Zakarya lahya ben IsmaU el Andaloussy el Baïaasy naquit en Espag'ne, ainsi que l'indique son surnom d'Andaloussy.
Il se rendit d'abord au Caire, puis à Damas, où il suivit tes leçons de Mohaddeb eddin ebn Ennaqqach, Il était aussi versé dans les mathématiques et la mécanique, et il construisit pour son maître plusieurs instruments de mathématiques. Il était encore bon musicien et enseignait la musique. Saladin se l'attacha comme médecin, le garda quelque temps
42 HISTOIRB »R LA MÉDECINfi ARABE. — LIVRR CINQUIÈME.
avec lui, puis le laissa retourner à Damas avec une pension dont il jouit jusqu'à sa mort. Il passait pour un praticien consommé, et écrivit sur la médecine et les sciences.
AFIF BEN SOKRA.
Âfîf, dont le père, Sokra, était aussi médecin, était un juif d*Âlep, qui passait pour savant et bon praticien.
Plusieurs membres de sa nombreuse famille exerçaient aussi la médecine. Il écrivit un livre sur la colique, adressé h Saladin, en 584 (1188).
CHIUAB EDUIN ESSOHRÂOUARDY.
Essoliraouardy ne tient à notre sujet que par les faibles liens de l'alchimie ; c'était essentiellement un philosophe. Il était doué d'une grande intelligence, mais dénué de jugement.
El Màrdiny, avec lequel il était lié, disait de lui : « Ce jeune homme est ttës intelligent, mais je crains que sa légèreté ne lui soit fatale. » Il en fut malheureusement ainsi. Étant venu à Âlep, recherchant les savants, il s'y fit des ennemis et des détracteurs.
Malek Eddaher, fils de Saladin, voulut se l'attacher, pour être témoin de ses brillantes discussions.- Cependant ses ennemis écrivirent à Saladin qu'il était un impie, et corrompait l'esprit de son fils. Saladin donna l'ordre de le mettre à mort, et Sohraouardy obtint qu'on le laissât mouHr de faim. C'était en 586 (1190), et il n'avait que trentesix ans. Entre autres ouvrages, il laissa un livre sur la philosophie de Platon et un autre sur la secte des Soufis, qui existent à Oxford.