‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2Chapitre 95 sur 162 · HERMANN CONTRACT · texte numérisé non relu

HERMANN CONTRACT

Hermann fut appelé Contract d'une infirmité qui rappelle précisément celle du père d'Ebn el Mocaffa (le contracté).

Il naquit eu 1013 et mourut en 1054. Passionné pour l'étude, il entra chez los Bénédictins pour s'y livrer plus facilement, et habita les monastères de St-Gall et deReicUenau, cultivant la poésie, la musique, la géométrie et l'astronomie. On lui attribue les hymnes Salve regîna et Aima redemptoris mater.

Il nous est arrivé sous son nom un traité de l'astfolabe, qui a soulevé bien des controverses, et lu dernier mot n'est pas encore dit. Que ce traité soit une traduction ou une compilation, la technologie en est arabe. On s'est demanUt^ si Hermaun Contract pouvait avoir connu l'arabe, condamné qu'il était il l'isolement par son infirmité, et ne pouvant aller l'apprendre en Espagne comme tant d'autres le firent plus tard. Il semble qu'il en était alors de l'arabe comme de la montagne de Mahomet, qu'il fallait aller l'apprendre sur place.

354 HISTOIRE DK LA HftOKCIKC ARABK. — LIVUE HUlTliUE.

A propos de Gerbert, qui obtint d'Espagrne la traduction d'uQ ouvrage d'aetrononiie, nous avons rappelé l'ambassade de Jean de Gorze, qui mit en coutact rAUcmag-ne «t l'Espague musulmane. On pourrait rappeler encore qu'à la même époque le Livre des Anoua^ était traduit en latin.

On peut très bien admettre que la traduction latine d'uu traité d'astronoinÎR arabe soit parvenue il Hermaun par une \~oie quelconque, mais il est plus difficile de croire qu'il put obtenir des matériaux suffisants pour apprendre seul la langue arabe.

JourdaJu, qui s'est occupé de cette question, fait observer d'abord que les premiers historiens qui se sont occupés de Hermanu, et qui plus rapprochés de sou temps devaieut être mieux informés, ue disent pas que Hermanu sût l'arabe.

Quaut aux traductions d'Arîstote i^ui lui furent aussi attribuées, Jourdain démontre facilement qu'elles sont l'œuvre d'un autre Hermaun, dit l'Allemand, dont nous aurons à parler.

Jourdain conclut que les écrivains tels que Trithême, qui ont accordé au Contract lu connaissance de l'arabe. Tout confondu avec des homonymes, le Dalmate ou l'Allemand.

Abordant laquestiou du Traité de la composition et de l'u- Hag:e de l'astrolabe, qui nous est donné sous le nom de Hermaun, Jourdaiu se demande si ce traité est du Coutract, et e'il l'a traduit de l'arabe. Il n'ose nier le premier point, et rejette le second. Il n'admet pas que le malingre Hermanu pût apprendre l'arabe sur place, mais il admet que des traitée dérivés de l'arabe pussent alors être en circulation. Les faits que nous avons rappelés sont de nature à corroborer l'opinion de Jourdain.

Pour notre part nous croyons que la composition du traité de l'astrolabe par Hermanu Contract est dans la limite des choses possibles, et nous avons exposé les faits qui autorisent notre manière de voir.

Nous croyons ensuite que ce traité n'est pas une traduction pure et dmple, mais une compilation (I).

(1) Noue ne prenons pas en considé ration l'interp rotation mise en tète du n< 16.Sfl)

A l'appui de notre opîiiiou iious ci Itérons d'alx)i'il le début : HennHQUs Christi ttauperum peripsima (le rebut) et philosophie tironuni asello immo limace tardior asaecla, U. suo Ingeni ? in domino anluteiu. Cum a plurilius sœpe amicis rog-arer ut measuram astrolabii, quœ apud iiosti-ateHt confuKa ac passim mutilata vulgo inveuitur, lucidiiis pleuiuaque scriberetemptarem, îdque hacteima tum proptor inscieiitiam tum etiam propter pediwse cam heu ! niihi fniuiliarein dcsiûiam aubterfugereni, tiuukni a tua potissimum inataiitiii propulsus, etc.

Vers le milieu, il doiiiii! les synoiiymii'a de.4 (^toiles eu arabe et en latin, ce qni semblerait devoir être placé ii part.

Le traité se termine par la doscription des sept climats ot l'énumératiou des villes ou contrées qu'ils nontieunent.

A propos de^ climats nous liaouH: de quorum mutatiouîbus PtolemeuK et Kratostheups satis Incîdc tractant. Marcianus quoquc.

La deBCription des climats prouve qu'elle e«t empruntée a des sources autres que les source» arabes.

C'est ainsi qu'on Ut du 1"; Ambulat per Asiam, ex parte Euri usque ad insulam Taprobane.

Dans le 2' nous trouvons laTripulitaine.dansle 3*laCyrén^'que, dans le 4' Leptîs magna, dans le 5' la Ting-itane, enfin, dans le "•, la mer Egée et la Thessalie.

Evidemment ce ne sont pas là des équivalents mis simplement par un traducteur de l'arabe pour rendre les vdrmesdu tfixte.

Que le traité de l'astrolabe procède plus ou moins de l'arabe, les preuves eu sont multiples. Il suffit de dire que la plupart des termes techniques et que la g'énéralité des noms des étoiles sont donnés en arabe.

En somme, nous croyons que, jusqu'à nouvel ordre, et jusqu'à ce que des documents péremptoires le fassent attribuer à l'un de ses homonymes, on peut continuer à considérer le traité de l'astrolabe comme étant du Contract. Nous croyons que les éléments arabes qu'il renferme ont pu lui arriver de l'Espagne. Nous croyons enfin que son traité est une compilation et non une traduction.

356 HISTOIBB DE LA MÉOBCINS ARABE. — LIVRE HUITiÂlIB.

Les Mss. qui contienueut le traité d*HennaiiD en contiennent un autre qui porte le nom de Gerbert ou Gilebert. Cousin l'attribue à Gerbert, que nous croyons plutôt un importateur qu'un traducteur. Serait-ce dans ce traité que Hermann aurait puisé ses documents arabes ? C'est là une question à laquelle nous ne sommes pas actuellement en état de répon* dre.

CONSTANTIN l' AFRICAIN.

Nous avons laissé Constantin au monastère du Mont-Cassin, nous bornant alors à indiquer sommairement ses travaux et son influence sur le mouvement scientifique en Occident. Il nous a semblé qu'il était plus à propos d'en poursuivre ici le développement, afin de présenter en un seul faisceau tous les emprunts faits par le moyen âge à l'école arabe.

Nous avons vu Constantin quitter l'Afrique après une carrière de quarante années consacrées h l'étude. Que ce soit le choix, le hasard ou la nécessité qui l'ait conduit & Salerne, on l'ignore. Cependant on peut supposer que la renommée de la célèbre école avait passé la mer. Il paraît même que la médecine arabe était déjà connue des médecins de Salerne, ce qui ne doit pas étonner quand on se rappelle l'avènement de Gerbert au pontificat et la proximité des états musulmans de Sicile. Constantin arrivait donc sur ua sol bien préparé pour recevoir la semence qu'il allait y jeter. D'autre part, une certaine culture intellectuelle s'était établie au monastère du Mont-Cassin, comme l'attestent les biographies données pur Pierre Diacre.

Les ouvragées de Constantin sont de deux sortes : des tra* ductions, et des ouvrages plus ou moins originaux. Avant de parler de chacun d'eux en particulier, nous croyons de voir donner la liste de ses écrits, laissée par son biographe*

Dans ce Monastère, dit Pierre Diacre, il traduisit de plusieurs langues un grand nombre d'ouvrages parmi lesquels se distingue le Pantegni, qu'il divisa en douze livres, où il expose tout ce que doit savoir un médecin*

JONSTANTIN L AFKtOAItl. ^57

La Pratique, où il traite de la conservation de la santé et du traitement des maladies, en XII livrée. Lb livre des XII degrés.

Le régime des fièvres, traduit de l'arabe.

Le livre de l'urine,

Des organes internes.

Du coït.

La Viatique, en VII parties (le dénombrement en nst mal ponctué, ce qui entraîne de la confusion).

Les Aphorisraes.

Le Tegni, le Megateg-ni et le Microtegni.

L'Antidotaire.

Des opinions d'IIippocrate et de Platon.

Des médicaments simples.

Du corps et des organes de la femme.

Du pouls.

Des pronostics.

Observations.

Remarques sur les plantes.

Chirurgie.

Traité d'oculistique.

Cette liste est incorrecte en plus d'un endroit.

Le Pantegni et la Pratique sont à tort dédoublés, attendu qu'ils constituent ensemble un même ouvrage.

Sous le titre Aptiorîames, on ne se douterait pas qu'il s'agit du commentaire de Galien.

Il se pourrait que certains numéros ne fussent que des parties du Pantegai.

Le mot tegni, qui précède le megategni et le microtegni, est de trop, h moins qu'on ne lise : Les deux tegni.

On nous dit que Constantin traduisit de nombreux écrits de diverses langues, et on nous signale seulement le traité des fièvres comme traduit de l'arabe,

La notice de Pierre Diacre n'en est pas moins le seul document qui nous soit resté comme biographie de Constantin, mais nous trouvons d'autres renseignements ailleurs, à savoir dans les intéressantes préfaces qni accompagnent un certain nombre de ses écrits. Elles sont adressées à quelques-uns de

358 afaroifti os lx alÉDBotxii àMk»M. ^ uvei Hairiim.

He3 amii», aillai Didiefi abbé da Mont^Gassiu, Al&nus, archevêque de Salerae, Âtto et Jean, ses élèves.

On ne 8*ert pas aam occupé de ces préfiioes dans ces derniers temps, où l'on a fitit beaucoup de bruit autour du nom de Constantin, et Ton a tait des oublis plus grwM encore.

Nous avons remarqué déjà que Pierre Diacre n*a signalé que le livre des fièvres parmi les nombreuses traductions qu'il dit avoir été exécutées par Constantin. Il nous iqiprend ailleurs que Jean, son disciple, mourut à Naples, oà il laissa les écrits de son maître. Jean donna-t-il à ces écrits la tome et les titres sous lesquels ils nous sont parvenus f Nous- Tignorons.

Quoi qu'il en soit, ses traductions ont un caractère qui les distingue de celles de ses successeurs. Dans ses préfluest il ne semble préoccupé que d'une chose, signaler une lacune que son écrit vient de combler. Il lui semble inutile de déclarer explicitement si l'écrit est original ou simplement traduit; c'est asses pour lui qu'il réponde àun besoin général ou particulier. Une fois seulement, il nous donne le nomde Tantour qu'il a traduit. Ailleurs, dans la plus importante de ses traductions, non-«eulement il tait le nom de l'original, mais il met en avant des noms de médecins grecs» comme s'il voulait donner le change. Malgré les réticences de ces préfaces, il n'est pas cependant de ces traductions dont quelques manuscrits n'accusent formellement qu'elles proviennent de l'arabe.

L'attention se porta sur ces faits quand on put comparer la traduction du Maleky d'Ali bea el Abbas par Etienne d'Antioche, avec lePantegni. L'identité fut reconnue et Constantin passa pour un plagiaire.

On a de nouveau, dans ces derniers temps, agité ces questions, mais d'une façon incomplète. On B*est, d'une part, borné à deux traductions de Constantin, le Pautegni et le Viatique, et de l'autre on a négligé il'étudier les préfaces qui accompagnent diverses autres traductions. Avant de formuler l'opinion que nous croyons devoir nous faire sur les procédés de Constantin, nous croyons devoir examiner en

CONaTAUTIM L AFRICAIN. 359

particulier chacune de ses œuvres et recueillir le plus de renseigTiements possibles.

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