‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2Chapitre 98 sur 162 · II. Le Viatique · texte numérisé non relu

II. Le Viatique

Il en est du Viatique ainsi que du Pantegrni. Constantin a passé sous silence le nom de l'auteur arabe Ebn Eddjezzar, tout comme il avait tu celui d'Ali ben el Abbas.

Il y a plus. Il se met lui-même en garde contre les faussaires, qui pourraient lui voler son œuvre. On lit entre autreschoses dans la préface du Viatique :

« Comme dit Tiillius dans la Rhétorique, on peut recher-

CO.VaTiNTIN L AFatCAIN,

cher uue chose pour elle-même ou pour tl'autrea motifs. Quelques-uns penseut que la méJecine doit être reclierchée pour elle-même, et a'attachent à la théorie. D'autres la recherchent pour les dignités auxquelles elle conduit.

« Mui donc, Constantin, moine du Mont-Cassin, travaillant pour le bien de tous, j'ai déjà publié le Pantegni, où les uns trouveront la théorie, et les autres la théorie et la pratique. Pour les commençants, j'ai compo.^é un ouvrage plus facile ; lac vero sugg-entibus formiculam (lisez : miculam), non crustam subministravimus. Que si d'aucuns portent sur mon ouvrage leur dent canine, je les enverrai sommeiller au milieu de leursniaiseries. J'ai cru devoir signer cet écrit, parce que des hommes jaloux du travail d'autrui, quand un ouvrage étranger leur tombe entre les mains, se l'approprient frauduleusement et y mettent leur nom. Je l'ai appelé Viatique, parce que son petit volume fait qu'il n'estni embarraaaant ni gênant pour un voyageur. •

Noua avonssoulignéquelques lignes de cette introduction.

Nous verrons plus tard des fraudes pareilles signalées par le biographe de Gérard de Crémone.

Maisd'oii Constantin pouvait-il redouter ces fraudes? Nous ne voyons que les professeurs de Salerne. Constantin Inimème les rendait possibles en dissimulant la source où il puisait. Pour les prévenir, mieux valait encore que les dénoncer, l'aveu explicite de la provenance arabe.

Telle est peut-être la marche suivie par Constantin. C'est ainsi que l'on pourrait expliquer peut-être comment certains des ouvrages sont donués franchement pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire pour des traduction», alors que las premiers avaient paru comme pouvant être des écrits originaux.

Certains manuscrits du Viatique le donnent formellement comme une traduction da l'arabe, .\insi on lit dans les n" 6889 et 6890 de la Bibliothèque nationale: Liber Viatici quem Constaniimis ex sarraceno in latinum tranaiulit. D'auti-es, ainsi le n" 14,390, portent simplement transtulit.

Dans ses études sur le Viatique, Daremberg a produit quelques assertions que nous devons relever. Il a rencontré des expressions grecques dans le Viatique, et il a cru pouvoir

36S HISTOIBB DK LA UËOSCtKE A.RABS. — UTBE aUTTlÉMe.

les attribuer h la persistance des études grecques en Occident.

S'il avait su cominent se sont faites les traductious du grec en arube, il ne se serait pas lancé dans des voies aventureuses.

La lang-tie arabe ne pouvait évidemment fournir d'équivalents à toutes leâ expressions techniques des livres g-recr;. Il fallut dune se borner iv eu transcrire simplement un certain nombre en attendant mieux. Quelques-unes de ces expressions furent bientôt remplacées. D'autres restèrent alors même que des équivalents étaient connus : il suffisait que le sens de ces mots exotiques fût bien déterminé. Certains traducteurs avouent leur impuissance, et certaines traductions ont subi plusieurs révisions à nous connues ; ainsi la traduction de Dioscorides. Ces faits se produisirent non-seulement sur le terrain de la botanique et de la matière médicale, mais encore sur celui de la pathologie.

Le mot Ilaous (écrit ii tort eilaous, car l'elif arabe ne sert ici que de support à la voyelle), le mot ilaous, mis en avant par Daremberg-, n'accuse aucunement la connaissance du grec che^i Constantin. Il sigui&e simplement que les traducteurs du grec, n'ayant pas trouvé dans l'arabe d'équivalent, ont conservé ce mot. H est employé partout, notamment dans le Continent de Razës et dans le Canon d'Avicenne, sans jamais avoir été remplacé.

Daremberg a discuté la question de savoir si la traduction du Viatique par Constantin avait pu se faire daprès le grec, car nous verrons que l'on traduisit eu grec le Viatique. Il a communiqué ses doutes à M. Renan, qui lui a naturellement répondu qu'à cette époque la connaissance de l'arabe paruu chrétien n'était pas vraisemblable, et M. Renan inclinait avoir une traduction d'après le grec. Mais Daremberg avait oublié de dire à M. Renan que ce chrétien de Constantin l'Africain avait été musulman pendant un demi-siècle.

Daremberg lui-même ignorait le passé de Constantin. Le nom de Pierre Diacre n'apparaît nulle part dans sa longue dissertation. S'il a cherché quelque chose dans les Recherches de Jourdain, ce n'est pas lu biographii! de Constantin. Cela semble étrange, mais cela est tel. Malgré ce lapsus,

CONSTANTIN l'africain. 383

Daremberg ii'ailmet pas moi as que la traduction latine se fit d'après l'arabe.

Nous avons dit que le Viatique avait été traduit en grec sous le nom d'Ephodes. Ce qu'il y a de singulier, c'est que le traducteur porte le uom de Con-stautln, le secrétaire de Reggio. On s'est demandé si ces deux Con.stantin ne faisaient pas un seul personnage. Daremberg-, qui soulève cette question, ne l'a pas tranchée. Vu le passé de Constantin l'Africain, il est bien difficile d'admettre qu'il ait pu apprendre le grec et le latin pendant son séjour au Mont-Caasin. On pourrait tout au plus admettre qu'il a fait cette traduction h deux, ainsi qu'on le fit plus tard en Espagne. Un peut lire dan? le travail de Daremberg de longs détails sur les nombreux manuscrits des Ephodes qui se trouvent dans les bibliothèques européennes.

Le Viatique fut encore traduit en hébreu, et il en existe peut-être bien un fragment à la Ribliothèque nationale, n* 1173, fragment n" 6, Le catalogue donne ce fragment qui traite de la perte de la mémoire comme étant d'Ebn Kddjezzâr, et il ajoute que ce traité n'est pas indiqué par Ebn Abi Ussaïhiah. Mais uu fragment de deux feuilles ne constitue pas un traité. C'est tout au plus un chapitre, et probablement un chapitre du Viatique. Nous vous proposons de le vérifier (1).

IIL Traité des urines, d'Isaac (Ishaq ben Soleiman).

Voici une traduction franchement avouée par Constantin.

» N'ayant pas rencontré, dit-il, dans les livres latins aucun auteur qui ait donné des urines une connaissance certaine et authentique, je me suis adressé à l'arabe, où j'ai trouvé d'admirables renseignements, que j'ai traduits en latin. Cet ouvrage a été écrit par Isaac fîls de Salomon, qui l'a divisé en X sections. ■

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