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CHAPITRE QUATRIEME

Recherches sur V organisation du cerneau et le système nen^eux.

Autant les écrivains du seizième siècle contribuèrent à enrichir l'anatomie du cerveau et des nerfs, autant les progrès de celte partie de l'art furent peu rapides dans le cours du période dont l'histoire nous occupe. Le goût qu'on avait pour les hypothèses et les théories subtiles, empêchait d'étudier la nature froidement et sans partialité. On acquit des idées plus précises sur les parties du cerveau , sur la dis-

fi) Haller. diss. anat. vol. I. p. 638. f 2) 16. p. ^95.

(3) Recherches anatomiques sur la position des glandes. iii-S». Paris,

244 Section douzième , chapitre quatrième. tribution des nerfs et même sur la structure intime des organes des sens ; mais on aurait pu péne'trer encore plus avant dans les mystères de l'économie animale, si on n'eût pas considéré aussitôt les observations nouvelles comme une base suffisante pour établir des théories, sans commencer par les répéter et s'assurer de leur exactitude.

Quant à ce qui concerne l'organisation du cerveau et des nerfs, Jules Casserius, de Plaisance (i), la fit mieux connaître dès le commencement du dixseptième siècle. Cet anatomiste, disciple du grand Fabrice d'Acquapendente, fut moins heureux sous le rapport des descriptions que sous celui des figures dont il enrichit son ouvrage , et qui furent gravées par Fialetti, artiste fort célèbre. Dans les tables que Daniel Bukretius publia après sa mort (a) , on trouve indiquées plusieurs observations intéressantes que d'autres écrivains s'approprièrent ensuite. Ainsi on y voit (3) la membrane arachnoïde, le corps calleux (4) 9 l'entonnoir sous le nom de vulva (5) , le cul-de-sac postérieur des ventricules latéraux (6) , la glande pinéale avec sa pointe penchée en arrière (7), le canal qui conduit du troisième au quatrième ventricule, et qui porte à tort le nom d'aquéduc de Sylvius (8), les couches optiques (9), etc. Ces tables représentent avec beaucoup d'exactitude l'union intime du cerveau à la dure-mère, et les adhérences de cette dernière à la boite du crâne. Dans

(i) Casserius naquit en i545, fut professeur à Padoue , et mourut eu

^(a) Casserii fabulœ anatomicœ. jn-^°. Francof, i632.'

(3) Ib. lib. X. lab. rll. fig. 2. M. M.

(4) Ib. tab. IlI'Jig. I. //. H.

(5) Ib. tab. f^.Jig.'î. D. E.

(6) Ib. N. N. ■ , (y) li. tab. VI. fig. a. J.

(8) Ib. tab. VII. Jig' I. -R-

(g) Ib. tab. Vlll-fig- lU J- >

Recli. sur V organisation du ceiveau , etc. nl^ un endroit seulement ( i ) , on remarque un intervalle entre les lobes antérieurs et la voûte crânienne. Mais la distribution des nerfs est fort ne'gligee, et en partie même inexacte (2).

Son successeur , Adrien Spigel , se contenta d'expliquer ses tables sans ajouter aucune observation qui lui fût propre. Il adopta encore le système des pe'ripatéticiens à l'égard de la doctrine des fonctions du cerveau (3). Dans son traite des nerfs on trouve de même une foule de pre'jugës sur la gaîne que tous ces organes reçoivent de la dure-mère , sur la tension et le relâchement qu'ils éprouvent pendant leur action, etc. (4). U ajouta les nerfs olfactifs déjà découverts aux sept paires des anciens, et par la suite on en compta huit d'après son autorité (5). Il prétend que notre troisième paire envoie des rameaux dé communication aux nerfs optiques (6). Il confond la quatrième paire avec la branche frontale de la cinquième , erreur à laquelle il a , été conduit par la connexion de ces deux nerfs (7). Sa quatrième paire est composée de la seconde et de la troisième branches de notre cinquième. Il envoie la portion dure de sa cinquième dans le pharynx et le nez , ce qui prouve qu'il a confondu les rameaux d'anastomose du nerf facial avec la seconde et la troisième branches de notre cinquième paire (8). Sa sixième paire est formée par le glosso-pharyngien et l'accessoire de Willis (9).

Les recherches physiologiques de Gaspard Hoff-

(1) Casser'ms l.c. tai. p'I.Jig. i. a. a. (1') lè. lib. VII. tab. I—III.

(3) Spigel^ De hummi corp. fabncâ, lib. X. p. ini. h) Ib. lib. VU. p. aSg. ^ f I

(5) Ib. p. 243.

f 8) Ib. p. 2À6.

(9) Ib. p. 246. 347.

246 Section douzième, ^ chapitre quatrième. mann sur le cerveau et les nerfs n'ont pas pour base l'observation de la nature, mais un attachement servile aux principes d'Aristote, dont il chercha à renouveler les ide'es à l'ëgard des organes du sentiment. Le seul fait remarquable dans son ouvrage , c'est qu'il admettait une connexion uniforme entre la dure-mère , le crâne et le cerveau , et refusait par conséquent de croire aux mouvemens propres soit du cerveau , soit des me'ninges (i).

Jean Vesling re'pe'ta de même presque tout ce que ses prëde'cesseurs avaient dit. Il pre'tendait que les esprits se se'crètent dans les plexus choroïdes, que la liqueur des ventricules est excrëmentitielle,mais que l'aii^ sert à rafraîchir les esprits animaux. Les nerfs étaient à ses yeux des canaux , d'oii l'on peut exprimer un fluide particulier sous la forme d'une substance me'duUaire blanche (2).

L'hjpothèse avance'e par Vanhelmont, que le cerveau et les me'ninges ne renferment pas la cause du sentiment et du mouvement, était également la suite de sa doctrine de l'arche'e , et ne reposait sur aucune recherche anatomique (3). Celle de Descartes, qui plaçait le sie'ge de l'âme dans la glande pinëale, et croyait le cerveau de structure tubulaire, e'tait encore le re'sultat de toutes ses opinions philosophiques, dont nous parlerons ailleurs, aussi-bien que de la the'orie de Vanhelmont (4)-

Mais vers le milieu du dix-septième siècle, diffe'rens points de l'histoire du cerveau et des nerfs furent ëclaircis par François Sylvius , qui donna de plusieurs parties de l'ence'phale une description plus exacte que toutes celles de ses prëde'cesseurs. D'a-

(t) Hofmann, in Galen. de nm part. lih. VJll. p. l8i. — -W- 'i" k'enis et cere/jri. in-ri. Lugd. Bat. iGSg. p. IJJ. (1.) Vesling, Syn/agm. anai. p. iy6.

(3) Helmont. de lithia.n , c. 9. n. ^!\. p. 71 5,

(4) Cartes, de hornine, p. 82. 92.

Rech. sur l'organisation du cerveau, etc. 247 bord il distingua plus précisément les sinus de la dure-mère, et dénomma le premier les sinus latéraux et le postérieur (i) : il examina avec soin la scissure longitudinale qui sépare les deux hémisphères du cerveau , adopta la méthode de Varole , celle d'étudier le viscère en commençant par la surface, et l'observa aussi par des coupes perpendiculaires (2). Il apprit à connaître la véritable position et la forme des ventricules latéraux , et la cavité qu'on observe dans la cloison qui les sépare ; il indiqua également les différences que les tubercules quadri-jumeaux présentent à l'égard de leur forme et de leur volume chez l'homme et les animaux (3). Il observa le cordon médullaire qui unit la glande pinéale à ces éminences. Cependant il obéit au préjugé général de son temps en refusant les veines au cerveau, et admettant une communication directe des artères avec les sinus de la dure-mère (4).

Thomas Bartholin adopta toutes les opinions de son maître Sjlvius , et les rendit plus sensibles par de bonnes figures. Le premier il vit le ligament dentelé de la moelle épinière (5) , sur lequel on trouve peu de notices dans les ouvrages anatomiques de ce période.

JNathanaël Highmore donna la première figure d'une coupe verticale du cerveau (6).

Les recherches de Jean -Jacques Wepfer sur le siège de l'apoplexie, firent faire de grands progrès à la connaissance des vaisseaux du cerveau et des diverses parties qui le composent. Au lieu du réseau

(1) Bartholin, Anatom. reform. p. 3ia. 3i3.

(3) Ib. p. 336. — rd. Diss. med. iv. n, i3. . f4) — id. Diss. med. ly. n. 23.

(5^ Bartholin. hisl. anat. cent. III. g. p. ^. ( i"„-8o. Hqfh. iG5-;. ) (6) Highmore, Corp. hum. disquis. tab. XV. p. 2ii. (ifj-8°. Hag. Com.

248 Section douzième , chapitre quatrième. carotidien admirable, ([ue les anciens admellaient, et que les anatomisles du seizième siècle avaient interprète de diflérenles manières, Wepfer décrivit très-exactement les courbures de l'artère carotide dans le canal de l'os temporal (i), et re'futa non-seulement l'existence de ce re'seau admirable, mais encore la seîcre'lion des esprits animaux dans les ventricules de l'ence'phale (2). Il fit voir que le cerveau est rempli de vaisseaux et de veines , et que les sinus de la dure-mère sont eux-mêmes de nature Teineuse (5), de'crivit les vaisseaux qui sortent de l'inte'rieur de la tête au-travers des sutures et des ouvertures du crânfe pour se répandre dans les te'gumens (4) , et prouva par de solides raisons non-seulement qu'il ne s'accumule dans les ventricules aucune humeur destinée à être excrétée , mais encore que dans le coryza il ne s'échappe point de fluides par l'entonnoir, l'ethmoïde et le sphénoïde (5). Conrad-Victor Schneider n'ayant pas tardé à démontrer l'inexactitude de la théorie du coryza adoptée jusqu'alors, les observations anatomiques sur lesquelles il se fonda contribuèrent aussi beaucoup à perfectionner les connaissances qu'on avait sur la structure du cerveau.

Depuis qu'on avait découvert la lymphe et étudié la structure des glandes, on croyait, d'après l'analogie qui existe entre ces dernières et l'organisation du cerveau, pouvoir admettre l'identité des fonctions de ces organes, et au lieu de prétendre que les nerfs, dont on se figurait l'intérieur occupé par une cavité , étaient destinés à charrier les esprits , on les

(i) Wepfer , Olserp. 'mtalom. ex cadaverihus eonim , qiios apople-ria fustulit m-'d°. Scaphits. i658. p. 38. (■2) Ib. p. 5o.

h) Ih. p. Wx.

(5) Ib. p. i3g.

Rech. sur V organisation du cerveau j etc. 249 croyait charges de porter aux glandes une humeur séreuse se'crete'e par le cerveau, et dont une partie était ensuite repompe'e par les lymphatiques. François Glisson se figurait avoir vu cette humeur claire et lymphatique suinter par les plaies des nerfs : il la comparait au suc de la tithymale, et pre'tendait que si elle ne donne point lieu à un gonflement lorsqu'on ligature les nerfs, c'est qu'elle coule alors en sens inverse de celui qu'elle suivait auparavant (i). Thomas Wharton partageait en quelque sorte celte opinion, car il croyait les glandes de texture nerveuse > et les soumettait au cerveau j mais cependant il refusait une structure glanduleuse à cet organe luimême (2).

Thomas Willis, habile anatomiste, mais théoricien des plus subtils, rendit d'ëminens services à l'histoire du cerveau et des nerfs, par son traite de l'ence'phale, le premier et le plus complet qu'on eût posse'de' jusqu'alors (3). Il se loue beaucoup des secours que lui ont fournis l'adresse anatomique de Richard Lower, l'érudition de Thomas Millington, et l'habiletë de Christophe Wren dans l'art du dessin. Ses planches nous offrent diverses remarques nouvelles et qui lui sont propres : la voûte à trois piliers, les procès médullaires, les corps stries , la bandelette semi-circulaire (4), les tubercules médullaires situes auprès de l'entonnoir (5), et qu'il appelle glandes. Il indique parfaitement les variétés que ces parties présentent chez l'homme et chez les animaux : la protubérance annulaire de la moelle allongée est plus grosse chez l'homme que chez les animaux (6). Dans

(i) Glisson, uinat. hepat. -p. 5oo— 5o8. (n) JVharton , Adcnui-raph. c. b. p. n. ' n) JVilUs, Cerebri anatome. in-iî. Amst. iCGî. (4) /'• '3.

y) Y- Y. p. loi.T?^^. 8.

(G) Ib. p. 21. — Jd. de anirnâ brutonim. in-:'f. Gencf. 1G80. p. 36.

230 Section douzième ^ chapitre quatrième. le cerveau de ces derniers, on ne trouve qu'un tubercule médullaire auprès de l'entonnoir (i). Willis décrit avec exactitude les plexus choroïdes : leurs vésicules sont plus prononcées dans le quatrième ventricule que partout ailleurs (2). Chez les animaux , on trouve un peu en arrière de la protubérance annulaire une autre plus petite d'oii sortent les nerfs auditifs qui, chez l'homme, naissent ordinairement des bords de la protubérance par des lignes blanches médullaires propagées jusqu'au quatrième ventricule (5). Le reseau admirable de l'artère carotide manque aussi-bien chez le cheval que chez l'homme : la glande pituitaire reçoit les humeurs par l'entonnoir, mais elle ne les transmet pas dans les fosses nasales (4). Willis range expressément les sinus de la dure-mère parmi les veines (5). La dure-mère est sensible : elle exécute des mouyemens bien évidens j aussi est-elle garnie de forts tendons nerveux (6). Il donne une description exacte des anastomoses qui réunissent les artères et les veines du cerveau , et que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de cercle de Willis (7). Il a figuré le réseau carotidien chez les animaux (8). Quant à l'usage de ce tissu vasculaire, Willis s'en forme une idée très-juste en disant qu'il sert à retenir le sang dans la tête pendante des animaux.

Je passe sous silence sa théorie de la formation et de la nature des esprits animaux, parce que j'aurai encore occasion d'y revenir par la suite : je ferai seulement la remarque que Willis est le premier qui ait

(r Willis , î. c. p, 23.

(2) Ib. p. 26- P' io3. fS) Ib. p. 27. 1261 h) Ib. p. 33.

(fi) Ib. p. 5o. Si.

(-) I/j. p. 55. 96S. 26^.Jig. XIII. JS'

(8) Ib, p. 65. fis. 3.

Rech. sur V organisation du cen>eau,eic, 261 assigne à chacune des parties du cerveau l'une des fonctions de l'âme. Il paraît regarder les corps strie's comme le siège des sensations, et la partie médullaire de l'encéphale comme l'organe de la me'moire et de l'imagination ; l'activité' de l'âme se concentre plus particulièrement dans le centre ovale, ou, pour mieux dire , les idées s'y peignent comme sur un mur blanc (i). Le cervelet sert à mettr-e en jeu les nerfs des organes qui accomplissent les fonctions naturelles (2). Willis sépare le nerf intercostal de la huitième paire, dont la plupart des anatomistes avaient supposé qu'il provient, et le fait avec raison naître de la sixième paire et de la seconde branche de la cinquième (5). Il dit que le nerf auditif envoie à la langue et h. l'os hyoïde une branche, laquelle n'est autre chose que la corde du tympan fournie par le nerf facial , et qui s'anastomose avec le rameau lingual de la cinquième paire (4).

Willis n'émet pas le moindre doute sur l'existence du fluide nerveux (5) : c'est le véhicule des esprits animaux ; un grand nombre de maladies dépendent de ses altérations (6). La première impression des objets extérieurs agit , non pas sur les nerfs eux- ^ mêmes, mais sur les fibres de l'organe (7). La description qu'il donne de la cinquième paire est plus exacte qne toutes celles que ses prédécesseurs ont laissées (8). Il a tracé fidèlement aussi la distribution du nerf de la huitième paire, et des nerfs accessoires qui depuis ont reçu son nom. Il connaissait

fi) JVillis, l. c.p. 80, 95. —Ji, de animâ bnitomm , p. St. 38. (2) Ib. p. ii3. 7 r i

. h) Ib. p. ,24.

(5) ih. p. i/je,

(6) II. p. 157, ,58,

(8) Ib. p. 176. ^

203 Section douzième^ chapitre quatrième. assez bien la branche du nerf facial qui descend derrière l'apophyse styloïde, et au travers du muscle digastrique, pour se réunir au rameau laryngé de la Ijuitième paire (i). Il décrit aussi les ganglions que cette dernière paire forme avec le grana intercostal (2). Les branches que ces deux nerfs envoient pour constituer le plexus qui donne le mouvement aux organes de la poitrine , servent à Willis pour expliquer certains phénomènes dans l'état de santé et de maladie. Il assure que le nerf de la huitième paire se termine dans le ganglion semi-lunaire et dans les plexus de l'estomac et du foie, tandis que presque tous ses prédécesseurs en avaient dérivé les nerfs des viscères du bas - ventre et des extrémités inférieures (3). En disséquant le cadavre dés maniaques, il ne rencontra rien d'extraordinaire dans le cerveau; le seul nerf intercostal était moins gros qu'à l'ordinaire (4). Chez les animaux, le plexus cardiaque reçoit plus de branches de la huitième paire que de l'intercostal j disposition que Willis explique en disant qu'il n'était pas nécessaire d'ouvrir chez eux autant de sources aux passions que chez l'homme (5). Il donne une description exacte des sinus veineux des vertèbres dorsales (6).

L'opinion de Willis sur la génération des esprits vitaux dans le cerveau, et plusieurs autres de ses idées, ne tardèrent pas à être réfutées par Marcel Malpighi et Charles Fracassati, professeur à Bologne. Malpighi examina le premier la structure de la substance corticale du cerveau ; il montra qu'elle se prolonge jusque dans l'intérieur du viscère, et même, chez

(i) Willis , l. c. p. 182. 236.

(a) Ji. p. 1R4.

(3) Ib. p. 30.H.

(4 li. p. 214.

(5) Ib. p. -ii/i.

(6) Ib. p. 25a.

Rech. sur V organisation du cerceau , etc. 12 5 3

certains animaux, jusque clans la moelleallongëe(i), que sa texture est fibreuse, et que ces fibres se re'unissent dans le centre ovale et la moellè allonge'e pour s'e'panouir ensuite dans le cerveau ; d'où il conclut que l'organe doit être considère comme une de'pendance de la moelle e'pinière (2). On ne doit point chercher l'origine des nerfs dans les ventricules, mais presque toujours on observe une portion de substance corticale entre les filets primitifs des, nerfs et les ventricules (3). On trouve peu d'observations dans la re'ponse de Fracassati, mais beaucoup de raisonnemens sur l'ascension de l'air dans les ventricules, sur la texture spongieuse du cerveau , et sur l'opinion que le se'rum coagulé en prend naissance (4).

Peu de temps après , Malpighi appliqua au cerveau ses ide'es sur la structure glanduleuse de tous les viscères. Il croyait avoir vu , à l'aide du microscope , dans la substance corticale, des glandes ovales re'unies ensemble par des fibres qui leur servent de conduits excre'teurs. La meilleure manière d'apercevoir la structure glanduleuse de ce viscère, est de le faire cuire , et on ne saurait mieux le comparer qu'à une grenade ou à une datte remplie de noyaux (5). Les; fibres forment avec les glandes un réseau très-complexe, semblable à celui qu'on voit sur les feuilles des plantes; mais dans les corps stries, les fibres suivent toutes la même direction, et n'en adoptent pas plusieurs, ainsi que l'a prétendu Willis (6).

En i665, Gérard Blaes et Swammerdam étudièrent

(i) Malpighi^ 'Exercit. epistol. de cereiro ad Fracassatwn : in Maneet, bibl. anal. vol. Ij. p, 295, (■}.) Ib. p. 296.

(3) Ib. p. 397.

(4) U.p. 3oo. 3i5.

[ej if '^•g'^^''g^" •■ «îans SCS 0pp. p. 77. 81.

254 Section douzième , chapitre quatrième. et distinguèrent des autres membranes du cerveau , l'arachnoïde, dont nous avons vu qu'on rencontrait déjà (Quelques traces dans Casserius (i). Blaes doiina, l'année suivante , une description assez exacte de la moelle ëpinière : on y trouve entre autres des remarques nouvelles sur la cavité' qu'on observe quelquefois dans la moelle de l'e'pine, et qui tire son origine du quatrième ventricule (2). Blaes fait provenir la plupart des nerfs de la dure-mère (3).

Nicolas Ste'non entrevit les difficultés que pre'sentent l'anatomie du cerveau et la de'termination de l'usage auquel servent ses parties : il de'sirait poursuivre les nerfs jusqu'à leur première origine, re'futa l'idée que Willis s'e'tait formée de la double rangée de fibres dans les corps striés, fixa la position ainsi que la structure de la glande pinéale (4) , et démontra qu'elle n'est pas susceptible des mouvemens que Descartes lui avait accordés, mais que sa pointe est toujours dirigée vers le cervelet. Il blâma aussi avec raison plusieurs figures de Willis comme entièrement inexactes, rejeta les dénominations de nates et de testes, fit connaître le premier la valvule qui recouvre le quatrième ventricule , et prouva que le troisième ventricule ne communique pas avec les deux latéraux (5).

François - Joseph Burrhus s'occupa de l'analyse chimique du cerveau, et trouva que le quart de la masse de ce viscère est composé de graisse ou d'une

(1) Rujsch , Epist. anatom, IX. j). 8.

(2) Blasii anatxnne medullce spinalis. in-vi. Amst. 1666. p. 28. Ifi.

(3) Ib. p. 5i. 5y.

(i'i) Slénon , Discours du cerveau : dans Winslow , Exposition de la Structure du corps, vol. IV. p. 2i4 , et dans Manget. bibl. anat. vol. II. p. 326. — On trouve dans Pet. Tarin , Adversar. anat. prim. lai. IX. fîg. 7. 8. (w-8°. Paris. i^So ) deux tables qui appartiennent à ce traite' , cl repiéscntcnt une coupe verticale du cerveau.

(S) Ib. p. 23o — Charles Drclincourt [prœlud.p. i85.) observa aussi \n valvule î'annce suivante.

Rech. sur V organisation du cerveau , etc. 255 matière analogue au blanc de baleine , ce qui a clé confirmé par les observations des modernes (i).

L'anatomie d'Isbrand de Diémerbroek(2), qui renferme un si petit nombre de remarques nouvelles, est encore, quoiqu'elle ait été publiée en 1672, remplie des anciens préjugés sur le réseau admirable des carotides, sur l'enveloppe lâche que la dure-mèi^ fournit au cerveau, et sur la dislance à laquelle cette membrane se trouve du viscère. Diémerbroek regarde même les prolongemens tuberculeux du lobe antérieur du cerveau comme les conduits excréteurs de la pituite , et non comme les nerfs olfactifs (3).

Les découvertes d'Antoine de Leeuwenhoek sont plus importantes. Ayant étudié la substance corticale du cerveau sur un coq-d'Inde, cet habile anatomistela trouva entièrement vasculaire : les vaisseaux y étaient cinq cent douze fois plus petits que les plus ténues des artères qui renferment encore du sang rouge, et les globules du fluide qui s'écoulait de ces vaisseaux étaient trente-six fois moins volumineux que ceux du sang rouge (4). Il rencontra aussi entre les substances médullaire et corticale, une couche de vaisseaux sanguins qui servent probablement à fournir le sang à la première. Suivant lui , la substance médullaire est composée d'une infinité de globules, qui transsudent de vaisseaux dont aucun ne livre passage à la soixante et quatrième partie d'un globule du sang (5). Dans le cerveau d'une brebis, il trouva les globules entourés d'un réseau très-ténu de vaisseaux et de fibres j mais par la suite, en 1717, il découvrit la structure fibreuse du

(1) Burrhits , De cerehri ortit et itsu. iii-^o. Ha/h. i66f).

(2) Diémerbroek naquit à Monlford en iGoq, lut professeur à Ulreclitet mourut en 1674.

n,) Diémerbroek , Anat. lih. IIJ. c. 2, p. 338. ( Ovp. omnia , in-fol. Vltraj. i685.) \ tr j ^

(4) ll>. c. 8. p. 35g.

{'j) Leeuiveiihoek j Arcan. natur. 3o. 3(, {0pp. tom. I.)

256 Section douzième y cliapilre quatrième, cerveau chez un cochon : les interstices des vaisseaux de l'encéphale sont parcourus par les fibres transversales. Ces fibres sont acconipagne'es de membranes qui paraissent aussi les entourer (i). Leeuwenhoek de'crivit avec le plus grand soin la structure vasculaire de la pie-mère, et celle des nerfs, dont chacun est composé d'une infinité de filamens nerveux qui forment autant de canaux (2). Il indiqua aussi trèsexactement les vaisseaux du névrilème (3).

Je passe sous silence l'introduction à l'anatomie de Léonard Tassin (4)> quoiqu'on j trouve quelques bons procédés pour l'étude des parties du cerveau (5), et l'anatomie de l'encéphale de Jean-Henri Glaser (6), qui ne renferme d'autres idées que celles de Willis et de Diémerbroek , pour passer de suite aux travaux de Raimond Vieussens , et faii-e con- ^ naître les importans services que ce savant a rendus à la doctrine de l'organe encéphalique et des nerfs. Sa théorie est des plus subtiles, son système est depuis long-temps condamné à l'oubli ; mais les recherches anatomiques, auxquelles il fut porté par l'insuffisance de l'ouvrage de Willis, sont immortelles, quoiqu'elles ne soient toutefois pas exemptes d'erreurs (7). En décrivant la dure-mère, Vieussens parle très-précisément de ses nerfs qui sont fournis par la cinquième paire, et de la communication des artères avec le sinus longitudinal supérieur (8). Il décrit les sinus elliptiques qui entourent la selle turcique du

(1) Lèemvenhoek , l.c, p. 3/|.

(2) Id. eprst. phjsiol. S'j. p. 33o. {0pp. /om. II.)

(3) Id. epist, phjsiol. 36. p. S/jQ. 352. ep. .(6. f • 457-

(4) Tassin, premier chirurgien à Macslriclil, mourut en iGS;.

(5) Tassin , Adminislraiions aaalomiques. in-ia. Paris, i6yS.

(G) Glaser, Traclatus de cerelro. in-8°. Basil. j68o. — II e'tail yto--

fcsseuv à Kàlc. , m ? t •

(7) Raini. Vietivsens, Neurographta itmt'crsahs. j»-^o. Io/os. 1775 — ■

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