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Tome IV. 7t

258 Section douzième , chapitre cjuatrième. cerveau (i). En donnant la description de la moelle allongée , il fait pour la première fois mention des e'minences olivaires et pyramidales (2). Il indique parfaitement le passage des cuisses du cerveau à la moelle allonge'e (5). Il pre'cise la forme du ligament dentelé' de la moelle e'pinière, et expose avec soin la terminaison de cette moelle connue sous le nom de queue de cheval (4). Sa description des nerfe en particulier est, à peu de chose près, exacte: il explique les sympathies par l'anastomose et la communication de ces organes.

Dans le même temps Isaac Newton introduisait la the'orie.de la vibration des nerfs, de la solidité de leur tissu,, ainsi que de l'analogie de leurs vibrations avec les oscillations de l'éther , théorie que tous les philosophes anglais adoptèrent (5).

Godefroi Bialoo, me'decin à Amsterdam, aurait pu contribuer beaucoup à perfectionner la connaissauce du cerveau et des nerfs, car il avait le bonheur d'être intimement lie' avec un excellent artiste, Gérard de Lairesse j mais autant les planches que nous lui devons laissent peu à désirer souis le rapport de l'exécution , autant aussi les parties sont en général préparées sans soin , et les descriptions écrites d'une manière superficielle. Probablèment même la figure qui représente la structure glanduleuse du cerveau est tout -à-fait imaginaire (6). L'artiste a très-

(i) Vîeussens , l, c. p. 63. tai. XI, K. XII. (a) Ib. p. 69. tab. XIV. N. ZV. O.

h) Ib.p. 75. tab. XVI. GG. c. c.

(4) Jb. p. 116. tab. XX. XXI.

' \S) Newton, Optice. çd. Clerke. in-^°. Laits, l'j^o. Uh, JII. tfucest^ 12.

' (6) 'sidloo, Anat. corp. human. in-foL Amst. i685. lab. X. Jig. a. — - Bidloo naquit à Amsterdam, en 1649, et mourut en 1713. On a prétendu que Swammerdam était l'auteur de ses tables : Albinus refnto celte assertion, en montrant que Swammerdam n'aurait pu prépfier aussi mal les parties. {Hàllcr. bibl. anat. vol^ I.p. 69?. )

Rech. sur V organisation du cerpeau, etc. bien exprime larachnoïde (i), ei il a figuré l'origine des nerfs avec toute l'exactitude possible (2).

Henri Ridley publia, vers la fin dù dix-septième siècle , un fort bon traité sur le cerveau. Il accorde aussi à la dure-mère , des nef fs qu'il fait provenir de la cinquième paire, et des fibres musculaires qui naissent de la faux. Suivant son opinion , les nerfs sont entourés par la dure-mère (5). Cependant il détermine le mouvement des sinus de cette tnembràtte

{>lus exactement que ses prédécesseurs (4), distingue e premier les sinus elliptiques de la selle turcique de tous les autres , indique leur connexion avec lés sinus caverneux (5) , et parle d'un sinus inconstant entre la glande pituitaire et la partie anlérieùre de la selle (6). Dans la suite il fit plusieurs recherches sur la force avec laquelle la dure -mère se meut (7). Il pense que les deux ventricules latéraux coînmuniquent ensemble au-dessous du cofps calleux (8). Ces cavités ne contiennent pas de fluide, mais elles sont remplies par une vapeur très-téhuê (g). Le quatrième ventricule renferme un pleius choroïde analogue aux autres (10). Uinfuhdibulum est immobile (i i), et les couches optiques présentent des stries comme les corps striés (12). Ridley rie connaissait pas assez la glande pinéale, car il la croyait séparée de la substance médullaire du cerveaui

(x^ Bidîoo , l. c. tàb. p^Jil. Jîg. 5. jTi (•2) lè. tab. X.

(3) Ridlej , Anatomj etc. , c'est-à-dire , Anatomie du celrveâni în-So, Londrés , i6q5. p. 3. 4* 6-.

(4) Ib. p. 5o. ,

(7) Philosophical etc. , c'est-à-dire , Tratisaclichs philosophiques ) An. 1790 — 1720. vol. V. p. 201.

ra) Ridléj ^ Anatomj etc., c'cst-à-dire , Anatomie du cerveau, p. 117.

nSo Section douzième , chapitre quatrième.

Les fibres de la dure-mère, observe'es par Ridley et par plusieurs autres anatomistes , donnèrent lieu à une the'orie des mouvemens de cette membrane et de son influence sur les mouvemens et le sentiment du corps entier, qui se répandit en Italie, et jouit • d'une faveur ge'nérale jusqu'à l'époque oii des observations plus soignées firent mieux connaître la véritable structure de la partie. Quoique Georges Baglivi se soit attribue' le mérite d'avoir inventé cette théorie , cependant il est certain qu'Antoine Pacchioni la présenta le premier sous une-forme systématique. Pacchioni compare en effet la dure - mère , à l'égard de sa texture musculaire, avec le cœur, auquel elle ressemble encore, parce qu'elle partage le cerveau en quatre cavités ou ventricules (i). Ensuite il décrit la direction rayonnante et pyramidale des fibres qu'on aperçoit après avoir soumis la duremère à la coction, et qu'il vit de la manière la plus évidente .chez une femme atteinte d'une plaie de tête(2). 11 cherche à déterminer précisément les adhérences de la dure -mère avec le crâne, et d'après sa porosité, d'après son union intime avec le cerveau au moyen de plusieurs filamens qui traversent la piemère, il lui donne pour usage de favoriser l'afflux du sang vers l'encéphale, et la sécrétion du fluide nerveux dans les tuyaux lâches et mous, et dans les glandes de Malpighi (5). Tous les autres. mouvemens du corps qui sont opérés par les nerfs , reconnaissent pour cause première la force que la dure-mère: communique aux cordons nerveux (4)- Pacchioni; cherche à prouver par un grand nombre d'expé-riences, que cette membrane est douée de sensibilité:

(i) Pacchioni, De durco mcningis Jahricâ et uni, /h-S". Ro7nœ, i^oi. •

(a) Ib. p. 6. 12.

(3) lè. p. 5o. 46.

Rech, surVorganisatloîi du ceweau ^ etc. 261 et d'irritabililë ( i ). Il s'exprime avec plus de prudence, mais d'une manière moins cate'gorique , dans ses dissertations , qui parurent vingt ans plus tard. A la vérité' , il continua d'admettre de lâches adhérences entre la dui'e-mère et le crâne, et pensa que c'est toujours un e'tat contre nature lorsqu'on les trouve plus intimes (2), et que cette membrane peut être conside're'e comme un muscle irigastrique, garni de quatre tendons ( 5 ) j mais il doutait cependant de l'exactitude de sa théorie , n'e'tait pas certain que le sentiment et le mouvement de'rivent originairement de la dure-mère (4) » et s'exprimait avec non moins d'ambiguite à l'e'gard des nerfs de cette dernière (5).

Georges Baglivi (6), très-bon écrivain pour ce qui concerne la me'decine pralicjue, mais iatrosophe dans toute la force du terme , développa hardiment cette ihe'orie comme s'il en eût e'té l'inventeur, quoiqu'il soit plus que vraisemblable qu'il l'avait emprunte'e à son collègue Pacchioni (7), dont il rapporte même en sa faveur les expe'riences et les observations (8). De la structure fibreuse de la dure-mère , et de la grande sensibilité' dont cette membrane jouit en apparence dans les plaies de tête , il conclut qu'en vertu de ses contractions et de ses mouvemens oscillatoires, elle opère la sëcre'tion du fluide nerveux dans les glandes et les tubes du cerveau , qu'on peut par conse'quent la conside'rer comme le cœur du cerveau , et qu'elle et le cœur sont les principales

fij Pacchioni j l. c. p. to^,

y) ■f'^' Diss. anatom. epist. ad Ponton, p. 20. 35. i4i. {V\ Ib. p. i4o.

(4) li. p. 175.

(5) Ib. p. 161.

(6) Baglivi naquit à Lecca, en 1668, fut professeur k Rome, et mourut en 1706.

(7) Bazzano, in comment. Bonon. vol.l.p. 47. ^2:. — Alex, Thomson, Viss. med. de motit , cjuo renitmtur canales in Jluida. m-S», Leid. no5. p. 25. '

(8) Baglivi, Dejibrâ. motrice y p. 272. ( Opp, in-^o, Antwerp. ijiS. )

262 Section douzième , chapitre quatrième. sources de tous les mouvemens du corps entier (i). Comme le cœur se meut en vertu de sa structure particulière , et comme on peut dériver la force dont il jouit de l'organisation qui lui est propre , de même aussi la force de la dure-mère est le simple re'suUat de la texture de ses muscles, et de l'e'quilibre qui existe entre les parties solides et fluides de la fibre simple ; car l'activité de cette dernière ne de'pend que de ce rapport (2). Comme le cœur agit sur les parties remplies de vaisseaux et de sang, de même toutes les parties simples et membraneuses sont soumises à la dure-mère t de là la différence entre les parties humorales et nerveuses (3). Baglivi jpense que la pie-mère est chargée du sentiment, et la dure-mère du mouvement (4).

Jean-Dominique Santorini , médecin à Venise , adopta aussi cette théorie : seulement il avait des idées différentes sur la cause première des mouvemens de la dure-mère, qu'il crojait produits par l'afflux, du sang et par le reflux des sensations des organes sensitifs exteriies ^lu cerveau (5). Mais par la suite il publia sur le cerveau de très-importantes observations, qui le rangent au nombre des meilleurs anatomistes du temps, et réfutent complètement l'opinion qu'il avait d'abord avancée. Il trouva des adhérences si intimes entre le crâne et la dure-mère, qu'on ne pouvait supposer dans cette dernière un mouvement alternatif de contraction et de relâchement (6). Cependant ses fibres musculaires, dont les obliques sontcelles qui s'aperçoivent le plusaisément, paraissent

fi) JBaglici , l. c. ilic{.

(3) Jb. p. 381. 298.

U) Ih. p. 285.

(5) Santorini, De structura et motu Jilrce : in Baglifi , Opp. p. 770..

(6) Idi Ohserflat. anatom. in-l^^, Venet. i^l/j- 3. p. 48. 49'

Rech. sur Vorgatiisatîon du ceweau, etc. 265 agir sur les vaisseaux sanguins, et accélérer la marche du sang ( i ). A celte occasion , Santorini décrivit aussi les vaisseaux qui établissent une communication entre les tégumens de la tête et le cerveau , et qui sont connus sous le nom à'ejnissaria Santorini, puis les sinus poste'rieurs de l'os occipital, et celui qui entoure le grand trou du même nom (2). Il doutait que les glandes de Pacchioni fissent partie du système lymphatique (3), et que le septum lucidum offrit une ouverture pour la communication des deux ventricules (4)- Le sie'ge de l'intelligence lui paraissait devoir être placé dans la partie médullaire du cerveau (5). La glande pinéale est composée de la même matière que cette substance médullaire, de sorte qu'il paraît peu croyable qu'elle exerce les fonctions d'une glande (6). Les origines des nerfs se croisent constamment , ce dont surtout on peut se convaincre en examinant les éminences pyramidales et olivaires (7). Santorini indiqua en général fort exactement ces origines : il vit presque toujours la huitième paire naître du quatrième ventricule, derrière le nerf acoustique (8).

Cependant la doctrine de la structure glanduleuse du cerveau , sur laquelle reposait en grande partie l'opinion de Pacchioni , avait beaucoup perdu de son crédit depuis que Frédéric Ruysch, avec son habileté inimitable , était parvenu à démontrer la tex- •'ture vasculaire de l'encéphale. Dès l'année 1697, Ruysch publia son excellente description de l'arach-

(1) Santorini,!. c. p. 5a.

(a) Ib. p. 5i. ,,5.

(3) Ib.p. 53.

(5) lè. p. 54.

(6) Ib. p. 57.

(8) Ib, p, 68.

a64 Section douzième , chapitre quatrième, noïde et des vaisseaux de cette membrane ( i ) , et en 1699 il prouva sans re'plique que les glandes aper- eues par les Italiens dans la substance corticale du cerveau ne sont autre chose que la substance médullaire coagule'e par la coction dans l'huile, mais qu'on peut poursuivre les vaisseaux jusque dans les plus petites parties de la substance grise (2), et que ces vaisseaux tirent leur origine de la pie-mère.

L'opinion de Pacchioni trouva toutefois un défenseur zélé et célèbre dans la personne de Lancisi, qui donnait pour usage à la dure-mère de comprimer le corps calleux où il plaçait le siège de l'âme raisonnable, et de provoquer ainsi les fonctions de cette dernière. Le corps calleux résulte de la réunion de toutes les fibres médullaires des deux hémisphères , et il est encore fortifié par les fibres transversales (3), dans l'interstice desquelles les nerf^ s'écartent ou se rapprochent en différentes directions, Lancisi accorda aussi à la dure-mère des nerfs provenant du facial (4), Il attribuait h la glande pinéale une grande influcncesur les fonctions de l'âme, et prétendait que la force de la pensée est en rapport avec le volume de ce corps, dans lequel il avait observé des ramifications semblables à celles qui se voient dans le cervelet (5). Lorsqu'on s'applique fortement à un travail quelconque de l'esprit, on éprouve une sensation désagréable à la région du corps calleux, d'oii il est clair qu'on doit placer le siège de l'âme en cet endroit (6). Dans un ouvrage consacré aux ganglions

(i) Rtiysch, Ppisi, anatom.lX.

(3) Id. epist. anat. XII. thesaur. I. 3o. III. 33. IF. 78. F". 44- 73. 121. r/J. 12. I>^III. i3. X. 8. 12. 33. i53. •

(3) Lancisi, De sede cç^itant. anim, p. SoS. Jtg. I. eeee. (Opp. in-4°. Genec. 1718. ) r n

(4) Ib. p. 309.— On trouve cette remarque dans Valsalvai {Deaurê Jttimanâ, p. 55.)

(5) Ihid.

(6) Ib. p. 3i5,

Rech. sur V organisation du cerpeau, etc. ^65

nerveux, Lancisi cherche à prouver que ces corps sont garnis de fibres musculaires, et il donne des détails inte'ressans sur leur structure (i).

Frëde'ric Hoffmann adopta aussi l'opinion de Pacchioni, parce qu'elle s'accordait fort bien avec son système (2).

Celui qui en donna la re'futalion la plus complète est Jean Fantoni , médecin du roi de Sardaigne (5). Il part de la remarque parfaitement juste que la dure-mère adhère de toutes parts au crâne, de sorte qu'il est impossible de supposer en elle le moindre mouvement apparent (4). Cette membrane ne se sépare des os qu'après la mort et par l'effet de la dessiccation (5). Les irritans ordinaires appliqués à sa surface, ne la déterminent pas à se contracter, et c'est un abus que de citer l'action du fer rouge , ou des poisons les plus acres, pour démontrer en elle l'existence de fibres musculaires, car celte expérience répétée sur le tissu cellulaire produirait les mêmes effets (6). Dans un autre ouvrage, Fantoni confirme l'existence, quoique rare, des lymphatiques de la pie-mère, et celle des glandes de Pacchioni (7).

Alexis Littremit au jour en 1707 ses observations relatives à la structure et à l'usage des glandes. Elles répandirent quelque lumière sur l'histoire de certaines parties du cerveau. Suivant cet anatoraiste, la glande pituitaire est située au milieu du sinus elliptique delà selle turcique, qui l'entretient toujours

(i) Lancisi, De gartgUis nervonm : in Morgagiii , Adeers. dmtom. V. p. Jo6.

(a; Hoffhiann y Medic. ration, systemat. in-k°. Hal. iniS. vol. I. P, III. e. I. §. i5. i6. p. 468. 46.).

M naquit, en 1675, à Turin , et mourut en 1754.

(4) fantoni , Jnimadvers. in Pacchioni dissert. in-An, Genef. 1738. », go. io3. 104. T / r

(5) Ib.p. iio.

(6) Ib. p. 60. loi.

(7) Id. Diss. de stnicturâ dnrœ memhranœ, de elaridulis eius. et vxsts lymphatiçis : in Opitsc. îVi-^o. Genec. lySS. • '

^66 Section douzième, chapitre qualrième. chaude, communique avec son lissu intérieur, cl lui envoie du sang dont elle sépare la lymphe. Cette glande est composée de deux parties distinctes, l'une grise, ve'siculeuse et poste'rieure, l'autre rouge, parseme'e de fibres musculaires , et se'parée de la précédente par une cavité (i). La substance rouge sécrète une humeur blanche dans les vésicules glanduleuses : cette humeur se mêle avec la lymphe des ventricules du cerveau, et la rend plus fluide, plus susceptible de se mêler au sang veineux (2).

François Pourfour du Petit , habile chirurgien , botaniste et anatomiste (3), tenta vers la même époque de prouver que toutes les fibres nerveuses se croisent au milieu de la substance médullaire du cerveau, et il assura avoir observé cet entre-croisement d'une manière bien évidente dans la moelle allongée (4). Il remarqua les sinus de l'orbite qui s'abouchent avec celui de la selle turcique ( 5 ) , discerna les stries grisâtres des éminences olivaires, aperçut le passage des fibres des cuisses du cerveau dans ces éminences (6) , réfuta l'opinion que le cervelet est le siège du sentiment , et partagea ce dernier organe en cinq lobes distincts (7). Lui et Jean-Baptiste Morgagni décrivirent la cavité du septum lucidum. Morgagni releva plusieurs opinions inexactes que Manget (8) , induit en erreur par l'autorité de Ridley et autres , avait admises dans sa vaste compilation (9).

fi^ Mém. de TAcad. des sciences de Paris, année 1707. p. i6/{. \jî) Ib. p. i63.

(3) Pourfour du Petit naquit, en 1664, à Paris. Il fut nomme membre de l'Académie des sciences , et mourut en i74''

(i) Lettres d'un médecia des hôpitaux à un autre médecin de ses amis. in-4°. Namur , 1710. p. i^.

(5) Ib. p. 20.

(6) Ih. p. i4- 19*

(7} Ib. p. i3. 3o. ^ • (H) Theatmm aimtomrcum. iii-fol. Genep. 1717. vol. i. 7.. {'9} Morgagni, Adi'ers, anatoin. in-\°. jOitgd, Bat. 174b. fi-

Rech. sur V organisation du cer\^eau , etc. 267 Hermann Boerhaave défendit encore, en 1726, le dogme de la structure glanduleuse de la substance corticale du cerveau; mais il commit la faute d'alle'guer le témoignage de LeeuAvenhoek , quoique cet auteur ait avancé une opinion directement oppose'e à la sienne ( i ). L'autorité de Boerhaave propagea une foule d'erreurs auxquelles ce grand homme savait donner le coloris de la vérité. Ainsi, par exemple, il n'épargna rien pour prouver l'existence des esprits animaux ou du fluide nerveux (2), que Martin Lister et d'autres encore avaient révoquée en doute avant lui (3). Pour y parvenir, il regarda les nerfs comme des cordons solides , et prétendit que l^es seuls chàngemens dont ils soient susceptibles sont la tension et le relâchement. Il soutint aussi que la dure-mère reçoit des nerfs. Cependant il appliqua fort heureusement à l'explication des maladies les connaissances qu'il avait sur l'anatomie du cerveau, des parties de ce viscère et des nerfs (4).

Son élève ;V le grand Albert de Haller, fit également des découvertes précieuses dans cette importante partie de l'anatomie , et signala plusieurs ferreurs qui avant lui étaient généralement admises comme autant de vérités. Il prouva que la dure-mère ne reçoit pas de nerfs, qu'elle est dénuée de sensibilité, et qu'elle ne saurait être la cause d'aucun mouvement (5) ; il décrivit les cornes d'Ammon , point oii le corps calleux se termine postérieurement (6), examina les vaisseaux de l'encéphale avec plus de soin qu'on ne l'avait encore fait , et rnontra

(ij BoeThaave, Prœlect. académie, vol. JI. % aGi

(2) p. 27^. sR/j. ^"

(3) Li^/er, De hiimorih. p. 457. /jh3.

y\) Boerhaape , De morbis nerronmi : ed. van Bcms. m-S". Fnvu o]'. et l'ips. i']6?,.p. i^,. 35.

(5) Ha/ler XHement. phjsfof, vol. IV, p.qo. au

aG8 Section douzième , chapitre quatrième. que les sinus de la dure-mère appartiennent exclusivement au système veineux (i). Il de'termina aussi, d'une manière plus pre'cise, l'origine du nerf" intercostal (2), et de'veloppa la nature des sensations et des cliangemens que les nerfs e'prouvent pendant l'exercice de cette faculté' , en sorte qu'on ne pouvait plus admettre de mouvemens ou de contractions dans les cordons nerveux (3). Alexandre Stuart avait de'jà constaté, quelque temps auparavant, que le ne'vrilème est dépourvu d'élasticité, c'est-à-dire, de force vitale (4).

Nous avons obligation à Pierre Tarin , professeur à Paris, de quelques remarques très - intéressantes sur la structure des parties du cerveau. Ce fut lui qui vit le premier la bandelette transversale destinée à unir les deux couches optiques , et les prolongemens supérieurs du cervelet qui le joignent aux tubercules quadri-jumeaux. Il reconnut que Xinfundihulum n'est point percé dans son fond, et donna de très-bonnes planches, parmi lesquelles on distingue surtout celle qui représente la coupe verticale du cerveau (5).

L'existence du fluide nerveux fut encore une fois soutenue par Claude-Nicolas le Cat (6), et rendue sensible par des figures qui sont le produit de l'imagination de l'auteur (7). Le Cat combattit aussi le dogme de l'insensibilité de la dure-mère et celui de

(i) Haller, 1. c. p. i^o.

(a) Id. Oper. minor. vol. I. p. 5o3.

(4) Philosoplùcal etc. , c'est-à-dire , Transactions philosophiques , an.

i^iia — 1744- vo'- P- 277-

(5) Tarin , Jdversar. anatom. in- Paris , lySo. tah. l'Jtg l' toi. JI. jlj, — Id. Anthropotomie. in-i2. Paris, lySo. p. 267.

(6) Le Cat naquit à Blo'rancourt dans la Picardie, en 1700, devint professent à Rouen , et raourut en 176S.

(7) Diss. sur rexistcnce du Ûuide des nerfs. in-4°- Berlin, i753.

Recherches sur les organes des se?is. 269 l'irritabilité hallérienne ; mais les argumens qu'il alle'gua sont d'une faible valeur (i).

Jean -Frédéric Meckel , digne e'iève du grand Haller (2), décrivit quelques parties du sjstème nerveux avec une clarté sans égale. Il s'attacha d'une manière spéciale à faire connaître la distribution de la cinquième paire (3), celle du nerf facial (4), et la structure des ganglions (5). Ses précieuses recherches lui acquirent une réputation bien méritée, et elles lui ont valu d'être placé parmi les plus grands anatomistes qui aient jamais existé.

Jean-Jacques Huber (6), autre disciple d'Haller , ne se rendit pas moins digne de son immortel maître. Il a enrichi la science d'un traité sur la moelle épinière, auquel il a joint des planches excellentes (7).

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