CHAPITRE CINQUIÈME
Recherches sur les organes des sens.
Pendant le cours du période que nous examinons , les anatomistes firent un grand nombre de découvertes importantes et d'observations utiles sur la structure et les fonctions de l'œil. Le grand ma-
(1) Sidla etc. , c'est-à-dire , Sur l'insensibilité et l'irritabilité' hallériennes : Opuscules de divers auteurs , recueillis par Jacques-Bartholia Fabri. P. II. p. 117.
(a) Meckel naquit à Wetzlar en i-jiS, Il e'tait professeur d'anatomie a Berlin, et mourut on 1774.
(3) Ziidwig, Scriptor. neirolog. min. vol. I, p. i45.
(4) Ib. vol. II, p. 204.
(5) Mémoires de l'académie de Berlin, année 1749. vol. V. p. gj.
(6) Huber naquit à Bàle , en 1707. Il fut professeur d'abord à Got- Ungue , puis à Cassel , et mourut en 1778.
(7) Huber, Disr, de medtiUâ spinali. in-^°. Gott. i-j^i.
270 Section douzième^ chapitre cinquième» thëmaticien Jean Rëpler (i) avait déjà, au commen* cernent du dix-septièrae siècle, étudie avec soin la texture du cristallin , qu'on croyait alors être le siège de la vision. La différence qui existe entre les segmens de sphère représentés par les faces antérieure et postérieure de ce corps, n'échappèrent pas à ;sa sagacité , qui lui apprit aussi que la véritable fonction de la lentille cristalline est de réfracter les rayons lumineux. Il assigna positivement à la rétine l'usage de représenter les images des objets (2), et il crut entrevoir que les procès ciliaires sont destinés à rapprocher ou à éloigner le cristallin de l'expansion du nerf optique (3). Si, disait-il, nous voyons les objets droits , quoiqu'ils se peignent renversés dans l'œil , c'est que l'âme se figure comme étant placé supérieurement ce qui se représente sur la rétine dans un ordre déterminé à l'égard des autres parties de l'objet extérieur (4).
Mais les observations les plus importantes qui aient été faites sur la vision dans le cours de ce période , sont dues à un jésuite nommé Christophe Scheiner, qui vivait à la cour de l'Empereur d'Allemagne. Scheiner démontra jusqu'à l'évidence que la rétine est l'organe proprement dit de la vue, et que le cristallin ainsi que le corps vitré ne servent qu'à briser et réfracter les rayons lumineux qui peignent l'objet sur l'expansion du nerf optique (5). Il fut aussi le premier qui calcula la différence de réfraction imprimée à la lumière par les diverses parties de l'œil, suivant la densité dont chacune d'entre
(i) Kepler naquit à Wiel , dans le pays de Wurtemberg, en iSji, et enseigna quelque tea)ps à Graeti en Styrie. Il fut ensuite nomma niailiémalicien de rErapcreur Rodolphe II, et mourut en i63o.
(■3) Kepler^ Dioptrice. in-^o, ^ug, Vindel. i6ii. prop. 60. p. 22.
f3) Il> pivp. 64. p. 26.
f :,) Jb. prop. 70. p. 29" . • m ■
(5) Scheiner, Ociilus ^ Jioo est jjitndamentiim opticum, in-^°. (Sniponr,
1619. lib. II' P' Ii4-
Recherches sur les organes des sens. a.'jt elles est doue'e, et il reconnutque les rayons lumineux sont brises six fois avant de parvenir à la re'tine (i). En 1626 , ayant enlevë publiquement à Rome les luniques antérieures de l'œil d'un bœuf, il fit voir que l'image des objets se peint sur l'expansion du nerf optique (2). Plusieurs autres remarques intéressantes ne font pas moins d'honneur à sa sagacité et à son jugement. On distingue particulièrement les suivantes : le nerf optique pénètre obliquement dans l'œil (3)j les deux faces du cristallin sont des segînens de sphères inégales (4) ; ce corps se rapproche ou s'éloigne de la rétine suivant la distance de l'objet (5) ; la pupille est susceptible de se resserrer ou de se dilater (6). Du reste, Scheiner faisait encore provenir la sclérotique de la dure-mère , et la choroïde de la pie-mère. Il regardait la capsule du cristallin, ainsi que la membrane hyaloïde, comme des prolongemens de la rétine (7). Il pensait aussi que les procès ciliaires adhèrent à toutes les tuniques de l'œil (8).
Nous devons également à Descartes plusieursbonnes observations sur la réfraction que les rayons lumineux éprouvent dans l'œil , et sur la théorie de la vision. Ce philosophe comparait l'œil à une chambre obscure (9), et je pense qu'il a donné la première explication des changemens intérieurs qui surviennent pendant la vision, et qui sont la suite de la cojxtraction ou du relâchement du cristallin, c'est-àdire, des variations que la forme de cette lentille
(1) Scheiner, 1. c. p. 63. yi.
(2) Sc/wlli ma/^ia wtiversalis. /Vi-Zi", Ileilu'pol, iGSt p 8",
(5) Ib. lib. III, p, ,n3.
(6) U. lib. I. p. -Su
b) ib. p. 4. 5.
y.i) Ib. p. VI.
(y) Caries, dioptrie, c, 5. p. Ql.
272 Section douzième} chapitre cinquième* éprouve. 11 disait expressément que le cristallin agît à la manière d'un muscle (i). De même il expliquait
Ï>ourquoi on discerne les objets simples , quoique eur image se peigne dans chacun des deux yeux , et il comparait la vision au tact, pour se rendre raison de la cause qui fait qu'on ne voit pas les corps environnans dans une position renversée (a).
J'ai déjà fait valoir précédemment les services que Fabrice de Peiresc , sénateur d'Aix en Provence , rendit à l'anatomie. Les recherches sur l'organe proprement dit de la vue lui inspirèrent aussi un tel intérêt , qu'il consacra tous ses soins à l'étude de la structure des yeux chez les différens animaux. Il croyait s'être aperçu que les objets ne se peignent ni su rie cristallin , ni sur la rétine , mais bien sur le corps vitré ; car il lui semblait que les rayons lumineux étant réfractés par la convexité du cristallin, devaient être ensuite réfléchis par la concavité de la rétine (5). C'est de cette manière qu'il parvenait à expliquer comment l'image des objets est droite dans le corps vitré, tandis qu'elle paraît renversée sur l'expansion du nerf optique. L'anatomie comparée , qu'il aimait avec passion, le conduisit à découvrir dans la structure ae l'œil plusieurs variations dont la physiologie pouvait tirer un grand parti (4).
Vopisque-Fortuné Plempius profita des travaux de tous ses prédécesseurs dans son prolixe et scolastique ouvrage sur la structure et les fonctions de l'œil. On trouve fort peu de recherches nouvelles dans ce livre. J'y remarque seulement que, suivant l'auteur, la capsule du cristallin n'a point de vaisseaux apparens, mais que très-probablement elle en possède qui
(z) IbiJ. c. 3. p. 55.
(2) Ibid. c. 6. J>. 69. — Id. de homine , P. III. p. 6i.
(3) Gassendi, Vita Peirescii , lib, F, p. 3i5. 3iô.
Recherches sur les organes des sens. 2^5 sont très - délies , et oui ont pour usage de fournir l'humeur destinée à la structure du cristallin ( i ). D'ailleurs, Plempius adopte toutes les idées de Kepler et de Scheiner.
Je ne puis passer sous silence une dispute inte'ressante et très-célèbre qui s'éleva en 1668 parmi les Français, au sujet du siège de la faculté visuelle. Les observations de Kepler et de Scheiner avaient de'montré que la rétine est d'une nécessité absolue pour l'accomplissement de la vue. Cette vérité, quoique incontestable, fut cependant combattue par Edme Mariotte, prieur du couvent de Saint - Martin - souis- Beaune , et membre de J'Académie des Sciences de Paris. Mariotte s'aperçut que le nerf optique ne s'insère point dans l'œil à l'endroit oii les images se peignent sur la rétine. Cette remarque lui suggéra l'idée d'examiner avec plus de soin l'endroit oui le nerf pénètre le globe de l'œil. Il attacha un morceau de papier rond sur un mur peint en noir, à peu près à la hauteur de ses yeux : deux pieds plus loin, vers la droite , il fixa sur la muraille un second papier placé moins haut que l'autre , afin que les rayons qui en émaneraient pussent frapper le nerf optique de son œil droit pendant qu'il tiendrait le gauche fermé. Alors il se plaça vis-à-vis du premier papier , recula peu à peu en le fixant toujours avec l'œil droit , et lorsqu'il fut parvenu à la distance de dix pieds , il cessa de distinguer le second papier (2). De là Mariotte conclut que puisque l'image de l'objet disparait totalement lorsqu'elle tombe sur l'insertion du nerf
(i) Plemp. ophlhalmographla. in-^ol. Lovan. 1648. lih. I. c. i3. p. i3. c. 17. p. 28. lib. m. c. 14. p. 106. — Dans ce dernier passade , il dit que le cristallin n'est pas indispensable pour la vision, et que ceux auxquels on en a fait l'extraction discernent les objets, quoique confusément.
(-2) Mariolle, Lettre à M. Pecquct, p". 496 (OEuvres de M. iWariotte. in-4o.Leyde, 1717). — Smith, LehrhegnJ elc. , c'est-à-dire, Elcmens d optique, in 40. Allcnbourg, i^SS. p. 36;. — Priestley, Geschichte etc., c est-a-dirc , Histoire de l'optique, in-40. Léipzick , 1776. p. 145.