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CHAPITRE PREMIER

Anatomistes les plus célèbres.

Gabriel Zeubi est le plus ancien anatomiste du seizième siècle, et son traité (i) diÛère si peu de celui de Mondini, quant au goût dans lequel il est écrit, qu'on a peine à concevoir comment l'immortel ouvrage de Vésale a pu paraître quarante ans seulement après un livre aussi barbare. Zerbi, né à Vérone, professa pendant quelque temps à Padoue, et ensuite à Rome (2) ; mais s'étant rendu coupable d'un vol , il se vit contraint de prendre la fuite, pour éviter le

fi) Gabr. de Zeriis , Anrilomia corporis humnni. in-fbl. P^cnet. iSoi. ' l''.) Facciolati , P. II. p.. xo~. ï3;. — M.rffei, rcrona iUusirain^ P. II. p. 248,

'Anatomîstes les plus célèbres. ,,\ 3, juste chdliment que méritait liiie action aussi Jaasse. 11 termina ses joui'S d'une manière malheureuse, et fut mis en pièces par l'ancien domestique d'un pacha turc, qu'il n'avait pli réussir à guérir radicalement (i).

Alexandre Achillini n'e'tait pas moins attache'" que Zerbi à la me'thode et aux pre'juge's de Mondini , mais il joignait encore à ces deux défauts une loquacité scolastiq.ue à peine supportable. Il occupait une chaire à Bologne, défendit la doctrine d'Averrhoës , et se rendit célèbre par ses . disputes avec l'omponazzi (2), Cependant son livre (3) renferme diverses remarques qui ne sont pas dénuées d'intérêt , et prouve, dans plus d'un endroit, que l'auteur avait disséqué un grand nombre de cadavres humains.

On peut en dire autant de Nicolas Massa, dont l'ouvrage (4) offre quelques observations neuves, mais démontre aussi combien l'anatomiste italien e'tait imbu des préjugés dominans à l'époque oia il vivait.

Jean Gonthier d'Andernach n'est point non plus un écrivain bien marquant , et, comme le témoigne son disciple Yésale (5), il consulta peu ou même jamais la nature. On lui attribue des découvertes qu'il n'a certainement pas faites (6).

André Laguna publia un manuel anatomique écrit

(1) Berengar. in Mundin. in-f^°. Bonon, iSar. F. in. h. — Tiraboschi . ■vol. VI. I. p. 397. ' ^ . . ■ : '

(2) aJazzuchdLi, vol. I.p. lox. — Tiraboschi , l. c. p. /(la. :

(3) Achillini , Annotationes anatomicœ in Mundimim. in-fol. Bonon.

f4) Anatomiœ liher introductoiiiis. 1/1-4". ^enet. ■îSSq.

(5) f^es„l. de radie, chjn. epist. p. Gjfi. Tôt mihi modo scctiones in- Jiigi cupio , quot illum in liomine aut inalio briito ( prœterqiiam in mensa) tentantem vidi. - Porlal (vol. I. p. ^G) dit, à l'occasion <le ce pa.ss.nse : « Vesalc reproche à Gonlhicr d'Andernach de s'être plus occupé à dis.se'- « des animaux que des cadavics humains. » C'est un exemple, entre mille , de l'infidélité de cet historien. *

R •/ ^ri'^'-^'-'''- -^ntiernac. analomicanim institutionum ULiiJF. iVi-So. iSastl. i53G.

4 Section onzième y chapitre premier. dans un style métaphorique des plus bizarres, et qui contient toutefois un assez grand nombre de remarques nouvelles (i).

Mais Jacques Be'renger, de Carpi, doit être considéré comme un digne prédécesseur de Vésale. Il fut professeur à Bologne depuis i5o2 jusqu'en iSay , et on cite comme un fait très-remarquable qu'il fit les premiers cours d'anatomie sur un cochon , dans la maison d'Albert Pion , seigneur de Carpi , mais qu'ensuite il disséqua plus de cent cadavres humains (2). On l'accuse aussi d'avoir ouvert des hommes vivans (3) , reproche que le vulgaire a coutume de faire à tous ceux qui se livrent avec ardeur à l'anatomie. Ses grandes et nombreuses découvertes lui acquirent l'estime particulière d'un excellent juge dans cette matière, de Gabriel Fallope (4).

Jacques Dubois ou Sylvius, maître de Vésale, avec lequel il eut cependant à soutenir des disputes fort vives, fit aussi aes découvertes de la plus haute importance (5), Quelques écrivains le désignent comme le premier restaurateur de l'anatomie en France , parce qu'il substitua les cadavres humains aux cochons pour servir à ses démonstrations (&). C'est peut-être lui qui découvrit l'art des injections : au moins est-il le premier qui en fasse mention (7). Sa passion aveugle pour les anciens l'entraîna dans de grossières erreurs. Il observa certaines parties avec exactitude , mais ne les trouvant pas décrites de la môme manière par Galien, il regarda ce qu'il voyait

(i) Andr. Lacunœ anatomica methodus, in-S°. Paris, i535. fa) Tiraboschi , vol. VII. 2, p. 3o.

(3j Syhatic. controc. 74. p. 3i5. — Un passage de Bcrenger (Cowment. in Mundin. f. 5. 6.J , où il paraît défundre les vii>i-seeUunes d'Hcrophile , donnait encore plus de çoids à celle accusation.

(4) Fallop. obserf. anat. p. 3b5.

(5) Sylfii isagoffe anatomiea. in-8°. Genef. i56i.

(6) Hiolan. anthropogr. lib. I. c. 5. p. 2Q.

(7) Sjrly. isagog, p.iiG.

"jinatomistes les plus célèlres. 5 tomme une aberration de l'elat naturel , et ne craignit même pas d'employer un argument ridicule , la dégénérescence de l'espèce humaine, afin d'expliquer pourquoi on rencontre divers organes peu conformes à la description qu'en a donnée le médecin de Pergame. Je ferai bientôt voir par Quelques exemples remarquables, jusqu'à quel point allait son injustice à l'e'gard de Ve'sale (i).

Ce grand génie, André Vésale, dont aucun ami de la science anatomique ne peut prononcer le nom sans éprouver un sentiment profond de vénération , naquit à Bruxelles. Il fit ses études d'abord à Louvain, et ensuite sous Sjlvius , à Paris, où l'ardeur avec laquelle il se livrait aux dissections fut sur le point de lui coûter la vie (2). Au bout d'un certain temps, il servit comme chirurgien militaire dans les armées de l'Empereur, mais ne tarda pas à passer en Italie, où il fit à Padoue ses premiers cours d'anatomie', qui lui attirèrent un nombre prodigieux de disciples (3). Il vécut aussi à Bologne et à Pise avant de donner son grand et immortel ouvrage, après la publication duquel l'empereur Charles-Quint le fit venir à sa cour. Il devint médecin de Philippe II, fils de ce monarque , et , entre autres curés remaruables, il guérit Don Carlos d'une plaie de tête fort angereuse. Enfin, s'étanl rendu dans la Palestine, une tempête, dont il fut assailli à son retour, le jeta sur les cotes de l'île de Zante, où il périt (4). On raconte très - diversement les raisons qui le détermi-

(1) Il a entre autres l'efFronlene de soutenir que Ve'saïe a pille' toutes «es prétendues découvertes dans Galien ( Fesani cujusdam calumn. de» puis. p. 88). ^

(2) f^esal. d« radie, ohyn. p. 63a.

«idLS''"°^''"' ^' ^' ~ " quelquefois jusqu'à cinq cents

(4) Sa Yie se trouve fort an long dans l'édition qu'Albinus a, donnée de «es ottYiages. — Comparez Adami , 12g — Niceron , 1. c. P. Y. p. 3^4.

6 Seetîon onzième ^ chapitre premier.

lièrent à entreprendre ce voyage; mais aujourd'Inu il nouâ ièst' impossible dé décider quelle est, de toutes ces opinions^ celle qui se rapproche le plus de la vërite'(i). Le principal mérite de Vesalefut incontestabl-ement sa critique judicieuse des assertions de Galien, et ■quoiqu'on l'ait accusé d'aVoir quelquefois altéré le texte (2), cependant presque toujours il a découvert heureusement les erreurs du médecin de Pergartie, et démontré combien les anatomistes Avaient agi d'une manière inconséquente en adoptant aveuglément la même marche que lui. Il serait à désirer' que le reproche fait à Galien 'de s'être trop attaché à la dissection des animaux , ne s'appliquât pas à Vésalejmais nous verrons bientôt qii'il le mérite dans plus d'une occasion (5). Un autre grand avanta'ge, qui le distingue éminemment de tous ses prédécesseurs, c'est qu'aidé des célèbres artistes le Titien et Jean de Calcar, il donna des planches anatomiques, les premières qui fussent bonnes, et fidèlement exécutées d'après nature (4). Cependant il eut quelquefois sujet de former des plaintes contre les artistes^ parce que les parties du corps humain ne leur présentaient pas un intérêt asisez vif pour méri-

(1) Languet écrit clans Adami (p. i33) que le truîé cotirt que Vésals avait entrepris ce pèlerinafçe afin, d'e'viler les poursuites de l'inquisition, parce qu'il était persécuté pour avoir disséqué un grand d'Espagne qui donna encore quelques signes de vie à l'ouverture du corps. Paré, qui écrivait peu après cette époque,, rapporte la même anecdote sans nommer Vésale (liv. XXIV. ch. S-j. p. 627). Mai.', Dudith de Horekovicz prétend que la véritable raispn du pèlerinage de Vésale fut la nécessité où il se trouva d'accomplir un vœu qu'il avait formé ( Craton. epist. lib. III. p. 212). Lampillas partage la même opinion {Sa^qio etc., c'est-à-dire , Discours historique et apologétique pour la littérature espagnole, vol. II. p. 3^7 ). * ■ ,

(2) Syiu. vesaiii calnmn. depuis. p.QQ- — Cori. de libr. propr. p. 12S. . (3) Fallop. obserc. anal. p. ^iQ.

(4) Fasari, Vite etc., c'ést-à-dire , Vies des peintres , vol. III. 2. p. 25i. 268.— /WoeAWi BUdnisse etc., c'est-à-dire, Portraits des médecins célèbres , p. 82.

Anatomistes les plus célèbres, j ter toute leur attention (i). Je dis que ces planches sont les premières exactes que nous possédions, car celles que Leonhard de Vinci fit pour Marc-Antoine délia Terre (2), furent dispersées à la mort de ce dernier (3). L'immortel Michel - Ange Buonarotti , qui était, très-verse' dans l'anatomie,, grava aussi des planches qui malheureusement sont toutes perdues aujourd'hui (4).

L'ouvrage.de Vésale produisit la révolution à laquelle on devait naturellement s'attendre qu'il donnerait naissance. Les anatomistes qui succédèrent à re grand homme cherchèrent, les uns, à défendre les droits et l'infaillibilité de Galien, et les autres à s'engager plus avant dans la route que Vésale leur avait tracée : quelques-uns enfin^ demeurèrent copistes serviles de ce qui avait été dit par lui et par ses principaux successeurs. Au nombre des plus zélés défenseurs de l'anatomie de Galien , se range particulièrement François Puteus:, de Verceil , qui , dans, un ouvrage dirigé contre Yésale (5), fait tous ses ef~

(1) f^esaLderadic.chyiKp.FtGT'. -,• ■'• ■■ ,

(2) Délia Torie était professeur à Padoue jet' à Pavîé. rTfit, Tes'pfus grands sacriGces pour avancer les progrèside l'anatoinie, et obtint la permission de la démontrer, non pas sur le livre de Mondini, mais sur celui de Galien. ( Maffei , Veron. illustr. vol. II. p. 384. — Papadopoli , vol.

p. igS. — Moehsen's Sammlung etc., c'est-à-dire^ Collection dé médailles ,P. I. p. 129. )

(3) Vasari,.^. c. vol. III. r. p. i3. — Au commencernent du dix-huitième siècle, Cooper a publié à Londres i en neuf feuilles in-folio, un extrait du livre de Léontiard de Vinci .sur l'anatomie et la mécanique du corps humain. Cet ouvrage porte le titre de. Fragment tP un traité sur Us mouvcniens du corps Kumaiit , et ta mtinièré de dessiner les fit^tiressuruniit les règles, géométriques \Fiorillo' S Geschichle etc. , c'cst.-à-dire, Histoire 'de l'art, P. I. p. 3o;^ ). Lomazzo- dit avoir vu des planclies anatomiqiiis deLéoiihard de \'inci qui étaient dit'i nés. "Le roi d'Angleterre possèdecneore un recueil de dessins originaux de ce grand maître : plusieurs ont clé publiés par Joseph Chamberlaiuc {Imitations etc., c'est-à-dire. Copies des dessins originaux de Léonhard de Vinci, in-fol. Londres. i79r)). L'une de ces planches représente le profil d'un homme et d^lue femme occupés à l'acte vénérien ( Fiorcllo , l. c. p. 3i i ).

(4) Vasari.vol. VI. p. ili. — Mazzuchelli , vol, H. 4- p. i:4'»' {!>) Piitei apolnffapro Galcno. in-H°. fenettiSGi.

8 Section onzième , cliapitfe premier.

forts pour prouver crue le rtiedecin de Pcrgame a re'eUement dissèque' des cadavres humains. Il de'sire qu'au lieu de faire connaître de suite les de'couvertes capables de diminuer l'autorité de son idole , on adopte l'usage suivi par les prêtres du temple de Cos, c'est-à-dire, qu'on les dépose dans un édifice public , afin qu'elles y soient soumises à un examen sévère. Sans doute il n'a pas tout-à-fait tort de prétendre que les planches de Vésale ne sont point toujours d'une exactitude scrupuleuse j mais à cet égard le blâme retombe plutôt sur l'artiste que sur l'écrivain. Vésale se défendit contre Puteus sous le nom de Gabriel Cuneus (i); mais cette apologie n'a pas obtenu le suffrage des Juges équitables, parce que le grand anatomiste y commet trop de répétitions (2). Vésale eut également à soutenir les attaques de Jean Drjander, de la Wetterau , professeur à Marbourg, et partisan outré de Mondini , dont il démontrait l'ouvrage. Dryander ouvrit ses cours en i535, époque à laquelle il paraît aussi que les premières dissections publiques commencèrent à Marbourg (3). Les figures des parties du corps humain qu'il joignit à son traité, ne sont pas moins grossières que celles qui se trouvent dans l'ouvrage de Louis Levasseur, médecin de Châlons-sur-Marne, dont le manuel n'est ^ à proprement parler, qu'un extrait de Galien (4). Charles Etienne, de la famille qui a produit tant de célèbres imprimeurs, directeur lui-même d'une imprimerie à Paris, oia il était en même temps professeur d'anatomie (5) , a bien fait quelques découverte*

(1) Comparez Cariian, de vila propr. p. ^5,

(2) On la trouve dans le recueil de ses œuvres.

(3) F'esaU de radio, chyn. p. GyS, — Dryandri anatomiœ pars priot\ w-40, iT/ari. 1537.

(4) Vasscei in anaiomen corp. hum. tabula quatuor. in-S°. enet^ 1^44" — Comparez Portai , vol. i. p. 368.

(5) Portai, vol. I. p. 3a8.

Anatomistes les plus célèbres. () précieuses et plusieurs remarques înte'ressantes, maïs son attachement à la doctrine de Galien l'empêclia souvent de reconnaître la vérité", et il n'eut point connaissance de certaines observations de'jà recueillies avant lui (i). Le chirurgien Etienne de la Rivière revendique les planches annexe'es à son ou- Trage (2).

Bariholomee Eustache , de Saint-Sëve'rin , près de Salerne, professeur à Rome, et me'decin du cardinal d'Urbino, sut unir ensemble les connaissances les plus profondes en anatomie , et l'attachement le plus outre' aux principes de Galien. On s'aperçoit, dans ses écrits, que sa soumission aveugle aux ide'es du médecin de Pergame est , à chaque instant, aux prises avec la raison et l'observation, et que nialheureusement elle l'emporte presque toujours sur l'évidence. Quoi qu'il en soit, Eustache eut le grand mérite d'allier J'anatomie comparée à celle du corps humain, et de perfectionner par ses excellens écrits plusieurs parties de la science (3), Ce qui a surtout contribué à le rendre célèbre, ce sont les planches qu'il fit graver en ï552 (4), mais qui ne parurent point de son vivant, et passèrent pendant cent cinquante ans pour perdues, lorsqu'enfin le Pape en fit présent à son médecin Lancisi, qui les publia (5). Un chirurgien, nommé Cajétan Pétripli, joignit ensuite à ces tables Aqs Réflexions inintelligibles (6) , et plus tard encore parut l'excellente et classique édition d'Albinus (7), qui n'a point été surpassée même par

ïsifK disseciione partium corpor, human. in-fol. ParUi.

(■i) Recherches sur rorigine et les progrès de la chirurgie, p. 128, ( j) i-ustachu opuscula. in-S". Lugd, Bat, 1707.'

(4) li. de renum stmct. c. 16. p. ii,

(5) In-foL Rom. 1714. ^

(6) In-fal. Rom. 1740.

(7} /«-/o/. L. B. l-ji^. ijGu

10 Section onzième chapitre premier. celle de Bonn, en 1790. Marlène e'crivit aussi des commentaires sur ,ces plancheis (i). Ce me'decin et Jlallér de'lerminèrent avec beaucoup d'exactitude rintentionqui avait guidé Eustache dans son travail, Ils.fireni voir qu^; l'ariatomiste italien avait eu pour biit, non pas de repre'senter toutes ies parties du corps d'après l'ordre dans lequel elles s'offrent à l'observateur, mais de re'futer les opinions de Vésale, et de rendre plus sensibles ses propres de'couvertes. "Nous trouvons souvent' dains ces planches les secours les 'ijlûs précieux pour juger des disputes qui parta- "^eâiient alors les sayans,, et ce qu'il y a de remarquable, cest' que la plupart paraissent avoir e'ié dessinées d'après des cadavres d'individus fort jeunes, observation qui n'a point e'chappë à Albinus (2) ; niais 'éllès ii'eri sont pas moins une source intarissable de 'découvertes dont j'aurai soin bientôt de faire ressortir les plus marquantes.

• L'exemple dé Ve'sale enhardit plusieurs anatomist'es, qui réfléchirent sur les anciens préjugés au 'Heu 'de le.s adopter sèrvilement, et cberchèrent à " donner aux observations faites par ce grand homme l'e degré d'exactitude' et de précision' qui leur manquait encore. Plusieurs le traitèrent sans menage- 'fen'éùt,' parce -qu'ils espéraient fonder leur gloire sur 'îa' rîiinie de ra! sîénhiç ; mais d'autres, agissant avec toute la délicatesse que méritaient son génie et la •pureté de ses sentimèiis, se bornèrent à corriger lacj- ' tement les fautes qui' avaient pù lui échapper. Parmi '^tes' derniers se trouve Jean-Baptiste Cannani, professeur à Ferrare (3), dont j'ai déjà fait connaître précédemment une découverte importante. Il est à regretter que nous ne possédions de son ouvrage sur

(t) 7/2-8°. Edin. 1740.

(u) Prœfat. in e.rpltcnt. tahul. Eiiiinch. p. iC).

(5) Borsetli, Uisivr. gymnas.Feirar. voLlI-P-ioQ.

Anatomistes les plus célèbres. li les muscles , autre chose qu'une simple esquisse annexée par lui aux planches de Jérôme Carpensis. Ce -livre est peut-être le plus rare de tous les ouvrages de .médecine ; j'en: ai sous les yeux un exemplaire conserve dans la bi|)liothèque de, Dresde (i) , et j'indiquerai plus bas les principales observations que j'y ai .rencontre'es (2). : ^rp • , ' • ..

Philippe Ingrassias rectifia'aussi les de'couvertes de . Vesale en oste'ologie, et décrivit les os avec une telle -attention aux plùs petits de'tails, que son ouvrage ne laisse presque. ri en à de'sirer (3), Mais Ve'sale fut trop peu me'nage' par son disciple: Réald Columbus, de Cre'raone, quiluisuccëda dans la chaire de Padoue ,;et ve'cut ensuite à Pise et à Rome (4).Quoique Columbus ait fait un grand nombre de dedouyertes , et que S|On habileté' extrême , puisqu'il disséquait quelquefois jus- -qu'à quinze cadavres par an , le rendît très-capable -d'ajouter des isupplêmens à Galien et à Ve'sale, cependant l'e'goïsrae, qu'il poussait à un point extrême, et l'ambition d'émettre des ide'es nouvelles, lui firent ^souvent négliger la simple ve'rite (5). Ce fut lui qui , dans les dissections d'animaux vivans, employa le premier les chiens à la place des cochons, usités jusqu'alors. ';-

- Gabriel Fallope :(6) fut encore plus graAd que

•,; .(*) Miuculorupi humani cprporis picturaia kissectio per Jo. BfipUCannanum ,Ferrnnensem meâicum, in Bartho/.- mgrisoli ■ Ferran - Patiicil Sratiam nunc pnmum in lucem édita. Ce livre,, sans date et sans. lieu. d'impression ne renferme qu'un petit nombre de pa'ees . et contient vingt- S(pt tables in-40. On lit sur le titre , Sum Andreœ Aurif„bn rratidl.u. IJoct. 1547. Venetus, Haller est presque le seul littérateur qui ait lu ce Uvja,. dont on nense qu'il n'existe pas plus de, trois exeitiplairçs.' p 365} donne aussi de grands éloges à Cannani {Obserc dnat.

pyingrnss. in Galeni libr. de nssibils cominentar. in -fol. Panonn.

p.^.t^S^^"^"^'^'^^' ' c'«^à-dire, Nouveau Recueil, v61. VI.

f5) Columbi de re anntomica Itbrixv. in-S°. FrancoF. iSq3. tb; boa véritable nom de famille étidt Tallopia.

Section onzième y cliapitre premier.

Vesale et qu'Eustache. On trouvait reunies chez lui la modestie la plus aimable, les manières les plus engageantes, une érudition immense, et une connaisïsance profonde de la structure du corps humain. Son style mâle et serré s'éloigne autant de la prolixité que de l'obscurité. L'exemple qu'il donna eut des suites si heureuses, qu'à raison de tous ces avantages, je serais très-disposé à le regarder comme le premier anatomiste du seizième siècle. Il naquit à Modène , étudia sous Vésale, à Padoue, obtint ensuite un canonicat dans sa ville natale, parcourut la France et la Grèce (i), et occupa successivement les chaires •d'anatomie de Ferrare, de Pise et de Padoue (2). Un passage de ses écrits nous apprend que, lorsque les analomistes manquaient de cadavres, ils priaient les princes de leur accorder un criminel qu'ils faisaient périr à leur manière 3 comme dit Fallope, c'està-dire avec l'opium, et qu'ils disséquaient ensuite (3).

Je ne tarderai pas à revenir sur les découvertes de Jules-Gésar Aranzi (4). Cet anatomiste, et Constantin Varole, professeur à Bologne, et médecin du pape, examinèrent scrupuleusement les travaux de Vésale: ils nous ont laissé diverses remarques utiles (5). Varole fut, entre autres, le premier qui étudia d'une manière particulière la base du cerveau et l'origine des nerfs (6). Jean-Baptiste Carcano Léone, professeur à Pavie (7), rectifia aussi Vésale et Fallope sur plusieurs points, et se plaignit surtout de ce que les

fi) Fallop. expostt. in Hipp. de cupit.vuhierib. p. 587. (i) Fallop. obseru. anal. p. Sgo. — Calogicra , t.o., vol. VI. p. iio. — JTacciolati, -vol. IJI. p. 38i.

(3) Fallop. de tumor. prceler natur. c. 1^. p. 632. • i

ly Arantius, de humano fœtu cum observati&nibus. irt-^". Venet.

^ fsj Farolii de nems opticis epimla. in-B'. Fataf. i5';i. Anatomuu. in-'&°. Francof. iSyS.

(6) Id. de //en', opt. S. 11. a.

1,1 J Argelati biblioth, scnpt, mediol. vol,l. a. p. 3oi..

Anatomisles les plus célèbres. i %

anatomistes s'obstinaient à vouloir trouver dans le corps de l'homme les résultats des dissections faites sur les animaux (i). Je ne saurais prononcer avec indifférence le nom de Vol cher Coy ter, de Gronmgue, qui étudia sous Fallope , Euslache , Rondelet et Aldrovande, et servit ensuite en qualité de chirurgien militaire dans les guerres contre la France. Il passa plusieurs années de sa vie à Nuremberg, et non-seulement fit faire de grands progrès à l'anatomie comparée, mais encore laissa d'excellentes observations sur quelques parties du corps humain (2). Salomon Alberti, de Nuremberg, professeur à Wittemberg (3), s'est aussi fait connaître par un assez boiB manuel (4) et par plusieurs remarques intéressantes. Enfin, Jéiôme Fabrice d'Aquapendente termine la. série des bons observateurs. Digne élève et successeur, de Fallope (5) , il imita ce grand maître dans l'em- ■ ploi qu'il fit de l'anatomie comparée pour expliquer les'fonctions du corps. On lui doit aussi diverses découvertes précieuses (6).

Parmi les auteurs qui ont aussi contribué aux progrès de l'anatomie , mais qui présentent moins d'intérêt, et sont, pour la plupart, des compilateurs ou desimpies copistes, je place d'abord Jean Valverde, de Hamusco, espagnol, dont l'ouvrage, qui a été traduis en italien, doit être considéré, à quelques changemens près, comme un simple extrait de Vésale (7),

f\ \ Carcani anaiomiœ lihri JI. in-8°. Ticin. iB-j/^. a) Cnitri extemarum et inlernarum cnrporis humani partium talulœ algue anatomicœ exercitationes obsercationcsque varier, in-fol. J^orib.

(3) Moehsen's Médaille n etc. , c'esl-à-dire. Collection de Médailles, P. I. p. 25.

(4) Alberli , Historia. plerarumque pariium humani corporis. l'/a-S". Viticb. 1601. ,

Tiraboschi, vol, VIT. 2. p. 10 r.

(6) Fabrii ii nperit nmnin anittomica. in-fol. Lips. iri87.

(7) yJnatomia elc, , c'csl-à-dirCj Anatomic du curps humain, ia-fol. Home, lOQo.

i4 Section onzième f chapitre premier.

Guido Guidi donna aussi un manuel d'anatomie, dont les planches sont copie'es de celles de Yesale , et les descriptions tracées d'après ce grand maître (i). Nous posse'dons deux autres ouvrages semblables, écrits par Félix Plater(2) et par Gaspard Bauhin (3). Ce dernier ayant recueilli toutes les synonymies, et inventé de nouveaux noms plus convenables pour les parties connues jusqu'alors , a le grand mérite d'avoir fait disparaître la confusion qui 1 devait nécessairement régner lorsque le même muscle portait chez deux auteurs deux dénominations différentes. Bauhin n'a fait par lui-même aucune dé- I couverte. Il s'attribue même, sans le moindre droit, les planches en bois que Varole avait données sur la structure du cerveau. Jean Posthius , de Gersmersheim dans le Palatinat, disciple de Rondelet et de Joubert, et ensuite médecin de l'évêque de Wurtzbourg et de l'Electeur Palatin, publia quelques additions au manuel de Columbus : je les ai insérées dans mon édition de ce dernier ouvrage. Le même siècle compte encore deux écrivains très - médiocres sur l'anatomie , Archange Piccolhuomini , de Ferrare, et André Dulaurens, d'Arles. Le premier, professeur à Rome, négligea les découvertes de ses prédécesseurs, fit lui-même un grand nombre d'observations inexactes, donna de mauvaises planches représentant des objets déjà connus, et causa une grande confusion dans la science (4). Dulaurens , nomme entièrement dépourvu de goût , était chancelier de l'université de Montpellier (5), premier

(1) Scip . Mercurii , La comniare, lib. I, c, 4. p. 20.

2) De parliuvi corpofis humani structura et usu. in-J'ol. Basil. )5S3.

3) Institutiones antitomicœ. in-S°. Basil. iSga. — Thtalrum anatondcurn, {«-4". Francof. 1621.

(4) Piccolhomin i anatomica; prœlect. in-fol. Bom. i5S5.

(5) Primiiose raconte {de vulgi errorib. lib. I. c. 1. p. 1^) que Tunivcrsitc ne le nomma chancelier que lorsqu'il se fut fait inscrire , cl eut subi les examens de tous les grades exiges pour parvenir à celle dignilc.

Analomistes les plus cclèbres. 1 5

médecin du roi de France , et doyen de la faculté de Paris. Son livre (i) n'est qu'un tissu de préjugés de principes mal dirigés, mal conçus et encore plus mal exposés, sans que l'auteur ait le moins du monde profilé des grandes découvertes faites par ses prédécesseurs et ses contemporains.

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