CHAPITRE SECOND
Découvertes en Ostéologie.
Pour exposer dans un ordre convenable les découvertes essentielles faites pendant le cours du seizième siècle , je commencerai par Fostéologie. La plus intéressante de toutes celles qui ëni'ichirent cette branche del'anatomie, concerne l'organe de l'ouïe. Mondini et ses imitateurs n'ayant jamais scié l'os temporal, n'avaient par conséquent pas eu la moindre connaissance de cet important organe. Alexandre Achillini fut le premier qui, Vers l'aniiée 1480, découvrit l'enclume et le marteau , dont il indiqua même l'usage (2). Bérenger connut mieux l'utilité de ces osselets , décrivit la membrane du tympan , et demeura incertain s'il devait là fairç provenir du nerf auditif lui - même ou des membranes du cerveau (3). Vésale ajouta encore le veslibulé du labyrinthe , qu'il appela forum metallicum (4) , et le manche clu marteau (5), qu'Etienne (6) ne connaissait pas, non plus que les osselets de l'ouïe en gé-
(1) Laurentii histon'a anatnmica. in-8o, Prancof. j6o2.
(2) AJass. episi. 5. f. 55. b.—Eustach. de audit, orsan. p. i3i. y) Comment, in Mundin. f. ^yj. a.b.
(5) De corp. hum. fnbr. lib. I. c. 8, p. 3o.
(6) Stephan. de disfcct. part, corp, hum, p, 7g,
lô Section onzième, chapitre second.
neral. 11 restait encore à observer le troisième de ces os , celui que nous nommons aujourd'hui l'etrier. Ingrassias (i), Eustache (2), Columbus (3) et Louis Collado (4), disciple de Vësale , et professeur à Valence, s'en attribuèrent presque simultanément la de'couverte. Cependant Ingrassias paraît en avoir tout le me'rite : il prétend qu'elle doit lui être attribue'e, parce qu'il démontra cet os dès l'anne'e 1646 dans ses leçons publiques à Naples. Cette assertion acquiert encore plus de probabilité si nous la comparons avec le témoignage de l'équitable Fallope, auquel un disciple d'Ingrassias fit connaître l'e'lrier en 1648 (5). Vésale (6) et Cojler (7) partagent la même opinion , et accordent l'honneur de la de'couverte à Ingrassias. On ne saurait cependant refuser de croire qu Eustache l'observa lui-même de son côté , en sorte que jusqu'à un certain point on peut le regarder comme le second auteur de cette découverte. Quant à Columbus et à Collado , ils vivaient tous deux trop tard pour que leurs prétentions puissent être justifiées : en effet , le livre du dernier ne fut publié qu'en i555. Eustache découvrit les trompes qui portent son nom (8) , aperçut le noyau commun du limaçon (9), et décrivit très-bien la demilame membraneuse de cette cavité. Fallope fut le premier qui assigna le nom qu'elle porte à la membrane du tympan, dont il donna une excellente description. Il connaissait aussi l'aquéduc du vesli-
(i) Comment, in Galen. de ossib. p. 7. 8. fa) L. c.
f 3) Lib. I. c. 7. p. 5o.
(4) Lampillas, i'agg'io etc. , c'est-à-dire , Discours liistoricfne et apolc»géliriue sur la litte'rature espagnole, vol. II. t. -i. p. (5*) Fallop. observ. p. 365.
(61 f^esal. exam. obs. Fallop. p, 770.
(7) Coiter. observât, p. 97.
{&) L. c. p. i36. — Ingrassias les a-t-il IronTs'os ayant lui? ( Commk in Galen. de ow/5«J, p. 57«) (9) Ib. p. 137.
D&couuerles en ostéologîe. 17 Lule, l'ouverture de la pyramide qui livre passage à la corde du tympan, la lame spirale du limaçon, ses rampes, et la fenêtre ovale (1). Aranzi avait également examiné ces parties avec soin, car il décrit déjà l'apophyse arrondie de la branche antérieure de l'enclume ( 3 ). Coyter indique fort bien le canal nerveux de la pyramide; il connaît aussi la fenêtre ronde et ovale, le labyrinthe, les canaux demi-circirculaires, et le manche du marteau (3). On trouve ces parties également bien décrites dans Alberti (4) et Plater (5).
Guido Guidi est le premier qui ait figuré les sinus pétreux (6) ; mais Fallope en avait déjà donné la description (7). Bérenger étudia aussi le premier l'os basilaire, etdécouvritlessinussphénoidauxquis'aboucbenl avec le méat supérieur des fosses nasales , et communiquent souvent avec les ventricules du Cerveau par une ouverture percée dans la selle turcique. Il se servit de cette observation pour expliquer le coryza, dont il regarda l'accumulation de la pituite dans les ventricules du cerveau comme la cause (8)» Vésale av^it , il est vrai , fort bien décrit l'os basilaire avec ses grandes et ses petites ailes, et ses apo* physes ptérygoïdes ; mais il refusait de croire qu'il 5:orarnumquât immédiaten^ent avec les ventricules du cerveau, ce qui en effet n'a lieu que dans un Irèspetit nombre de cas quoique S^lvius ait pré-
(1) FaWo/». otj />. 366. 4o6. '■ ..; .
(2) Arant. ohs. e. 17. p. 63.
(3) L, c..p. loi* 102.
(4) Hist. part. p. 12g.
(b) De part, struct. p. 33.
(6) nd. Fié. lib, lll. tab. 2^.jig.2. \. fi g. p. ïiï.
(7) Obs.p. 4,8.
(8) Berengar.f. 4io. a. 417. a.
(9) De corp. hum.fabr. lib. I. e. 6. p. 27. «t» ni. à. ik . p. 553.^£}UsL de radie, chyn, p. 666.
Tomcir. 2
a 8 Secîîon onzième -, ohapllre second. leiidu le contraire (i). Fallope reconnut enfin que les sinus sphënoïdaux n'existent souvent point chez; les enfans (2) , et ïngrassias donna de l'os basilairo •une description si soignée , qu'il est difficile d'en trouver une meilléure. Il indiqua surtout la fente sphe'no-maxillaire et le trou p te' rj go-palatin (5).
Galien admettait sur la partie externe et ante'rieure de l'os maxillaire supe'rieur, entre les dents incisives, une suture qui se voit effectivement chez les animaux, où elle sépare l'os intermaxillaire du palatin, mais qui ne se rencontre pas chez l'homme. Ve'sale démontra qu'elle n'existe point. Il admit cependant qu'une fissure divise la partie interne de l'apophyse palatine de l'os maxillaire supe'rieur, et vient se perdre dans l'intervalle qui sépare les dents incisives des canines (4). Sjlvius confondit ensuite les deux sutures l'une avec l'autre , et tomba de cette manière dans l'erreur (5). ïngrassias décrivit assez bien les cornets inférieurs (6), et après Bérenger (7), qui fit le premier cette découverte , plusieurs anatomistes prétendirent que l'os ethmoïde n'est pas réellement percé de trous, par lesquels on avait jusqu'alors expliqué le coryza. Guidi figura les coridyles de la mâchoire inférieure (8), et Alberti décrivit le premier les os wormiens (9). Vésale, et tous ceux qui ont copié ses tables , représentèrent l'os hyoïde beaucoup plus gros et plus long qu'il ne l'est réellement, parce qu'ils regardèrent comme en faisant
(i) Vesani cujusdam calumn. depuis, p. 76. — Tagliaeozzi', De curtor^ chirurg, lib. I. c.y, p. 31.
(a^ Tallop. obs. p. 327.
(3^ L. c. p. yS. 76.
(&) Lib. I. c. 9. p. 36. — De radio. chfn.p. 633. h) L.c.p.S'i.
(6) -P. 71. lia.
(8) Lif>. II. tab. '^.fis- 5. 6. 7- > (.9) P. 6»
Découvertes en oste'ologie. 19 partie les petites pièces osseuses qui s>e de'veloppent quelquefois dans ses ligamens chez les personnes àgees (1). Cette erreur ne fut reconnue que lorsque Eustaclie examina les choses de plus près (2).
Ingrassias rejeta les canaux que Galion , induit en erreur par l'ëtude de l'organisation des singes , avait admis dans les vertèbres cervicales ; mais il prouva qu'il existe line e'chancrure à l'atlas pour le passage de l'artère verte'hrale , et que les surfaces articulaires de l'os occipital forment des cavite's par leur union avée celles de la première vertèbre du cou (3). Eustache, au contraire, de'fendit l'opinioii de Galien, en disant qu'il fallait traduire le mot trou par celui d'e'chancrure (4).
Le nombre des pièces du sternum donna lieu, entre Ve'sale et Sylvius , à une dispute qui fut soutenue de part et d'autre avec une e'gale aigreur. Galien avait accorde sept pièces au sternum de l'homme, mais Ve'sale démontra qu'il ne s'en trouve que trois , et que le me'decin de Pergame avait commis cette erreur pour s'être attaché uniquement à l'étude du singe (5). Sylvius objecta que , du temps de Galien , les hommes étant plus gros et plus grands, avaient aussi sept pièces au sternum , mais qu'il était fort possible que dans ce siècle de nains, les hommes n'en eussent pas plus de trois (6). Fallope et Eustache, qui regardaientavec raison cet argument comme étant du dernier ridicule , assuraient cependant que le sternum du fœtus est réellement composé de sept pièces, et qu'on peut justifier Galien en disant qu'il a partagé le sternum unique de l'adulte d'après le
(1) Lib, I. C. l3. p. 4g.
(2) Oss. exam. p. lySv
(3) Comment, in Galen. de oss. p. i65.
(4) Oss, exam. p. 189.
(5) Lib.I. c. 19. /». 79.
(6) Sjrlf. vesan. oalunn. depuis, p. 84.
20 Section onzième j cliapllre second.
nombre des côtes (i). Vésale soutint le premier contre l'anatomiste grec , que la première côte est immobile sur le sternum (a) - mais Columbus défendit une opinion différente, afin de contrarier son maître (3). Syivius observa aussi dans la pièce moyenne du sternum , le grand trou impair qui s'y trouve quelquefois (4)«
L'a tien tioTi des médecins se dirigea également sur le nombre des pièces du sacrum , parce que Galien l'avait fixé à trois, et qu'ils en trouvaient jusqu'à cinq et six. Vésale fit le premier la découverte (5), et Eustache, à cet égard au moins, ne se rangea pas <lu parti de Galien (6). Le premier aussi, Vésale réfuta l'ancienne idée de l'existence d'un os incorruptible dans le cœur (y), et Ingrassias se prononça également contre cette erreur (8). Vésale démontra encore que les os du carpe ne sont pas absolument dépourvus de moelle, comme Galien l'avait prétendu (9) , et Sylvius lui répondit que les os étant plus durs et plus solides chez les anciens, n'avaient par conséquent pas besoin de substance médullaire ( i o).
Au commencement du seizième siècle, les anatomistes n'étaient pas encore d'accord sur le nombi^ des os du tarse. En i5o2 Achillini n'en admettait que cinq, mais l'année suivante il en comptait déjà sept, sans doute parce qu'auparavant il avait regardé les trois cunéiformes comme n'en constituant qu'un seul. Vésale rejeta également la grande courbure que
Ci'\Fallop,olis. p.3'j3. — Eustachii oss, exam. p. . fa) Lib. I. c. 19. p. yg.
(3) Lib, v> 0. 20. p. 255.
(4) De ossib. p. l'i.
{5) Lib. I. ç, iS. p. 72. — i)<j radie, chyn, p. 63^.
lo) Oss. exam. .p. 197.
(7) jtib. I, c. 28. p. 107.
?8) Comment, in Galen, de oss. p.iii,
[Q) Lib. I. c, 27. p- 104.
^10) Kfsan. calumn. depuis. ^ 36$
Décowertea en osféologie. 2. s
Galien avait altribuée à l'humérus et au fëmur(i),. et Sjlvius défendit le médecin grec en disant que l'usage des habillemens étroits avait contribué à redresser les os (2). Il chercha de la même manière à expliquer pourquoi Galien n'a pas décrit les cartilages d'incrustation; car, avançait-il, les os étant alors plus solides , il n'était pas nécessaire que les surfaces articulaires fussent garnies de cartilages (3)» Etienne connaissait et décrivit les glandes synoviales de Havers dans les articulations (4)..