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358 Section douzième i chapitre septième, pas des reproches aussi vifs que ceux de Jean-Jerôme Sbaraglia , qui prétendait qu'on ne peut jamais reconnaître l'organisation des parties avec le secours du microscope, et qui alla jusqu'au point de ne pas vouloir admettre l'existence des papilles nerveuses de la langue décrites par Malpighi (i). Ce dernier fut défendu par deux de sese'lèves , Horace de Florianis, et Lucas Terranuova , qui montrèrent principalement combien le microscope est ne'cessaire pour découvrir la structure interne des parties, et prouvèrent l'existence des papilles nerveuses de la langue, ainsi que le prolongement des nerfs jusqu'à la surface de ce viscère (2). Ces e'crils donnèrent lieu à plusieurs apologies de Sbaraglia, qui toutes sont d'un style peu noble (3).
L'opinion de Malpighi sur la structure glanduleuse de toutes les parties du corps fut adoptée par Wharton dans sa théorie des fonctions animales, et défendue par Bocrhaave (4) ; mais elle céda enfin aux preuves concluantes fournies par les inimitables injections de Rujsch (5). Cet anatomiste soutint que toutes les parties du corps ont une texture vasculaire : ses idées furent dans la suite adoptées presque généralement , et Antoine Ferrein fut le seul qui tenta de défendre le parenchyme propre des organes contre Ruysch et contre Malpighi (6).
(1) Sbaraglia, Oculorum et mentis vigiliœ. in-4°. Bonon. 170;}. p. 100.
(2) Epistola , in qiiâ phisquam i5o errores in libro : oculorum et mentis rigilice , ostenduntur. in-t^o. Rom. 1706. p. iCi. 175. — Comparez G/ornale elc. , c'esl-à-dire , Journal des Savans j vol. IV. p. a^a.
(3) De moralibus critices regulis monita. in-l^°. Colon. 1706. — Rac^ colta etc. , c'est-à-dire, Recueil de questions de bolaoïque, d'analomie^ de plulosophie et de médecine agitées entre Malpighi et Sbaraglia. in-4"» Bologne , i7';!3.
(43 Boerhaai^e , Epistola de Jabricâ glandulanim ad Rujschiicm. in-^°. Leia. i';r2.
(5) Rujsch, De Jabricâ glandularum epistola responsarià ad Boerliaafitim. in 4". Leid. l'^i'i.
(o) Mémoires de l'Acad. des sckuces de Paris, au. 1749* P- 7'°'
Coup d'œil SU7' les cîrconsiancêS > etc. 5^9 Les microscopes usités jusqu'alors furent perfectionnes singulièrement par Robert Hook , arliste rempli de mérite (i), auquel nous devons plusieurs Lonnes observations d'anatomie délicate. Il enseigna le premier à préparer des objectifs sphériques , parce que l'effet du verre est d'autant plus sensible que sa forme se rapproche davantage de celle d'une sphère (2). Il composa aussi un microscope à deux verres pour élargir le champ (5). Les naturalistes de Londres employaient déjà le micromètre en 1680 dans leurs microscopes , et Towalej assure qu'il avait été inventé par Gascoigne, avant le commencement de la guerre civile d'Angleterre, c'est-à-dire vers l'année 1640 (4). Mais on peut aussi reproche? à Hook d'avoir abusé du microscope, ainsi que le prouve sa théorie de la fibre musculaire qu'il assure être composée de vésicules, et son explication subtile des idées matérielles possibles , dont il fait montef le nombre dans le cerveau à trois mille millions (5)* Henri Power fut aussi un des premiers qui se servirént du microscope pour perfectionner l'anatomie. Avec le secours de cet instrument , il reconnut les artères névro-lymphatiques de Vieussens, et fit sur les insectes plusieurs observations qui avaient échappé à ses prédécesseurs (6).
Nicolas Hartsoeker s'attribua dans la suite l'hon'^
(i) Hook naquit à Freshwater dans l'île de Wight, eu i635. Il fut nomme' secréiaire de la société des sciences de Londres , et mourut en i-joi. Ses œuvres posthumes ont été publiées en lyoS à Londres , in-fol. , par Richard Waller.
(a) Hook , Lectures and conjectures. in-\o. London , 1679. P- Q^i- Comparez ^<i?a/72, Essqy etc., c'est-à-dire, lissai sur le microscope. in-4". Londres, 1787. p. 8.
(3^ Adam , /. c. — Priesllcy , l. c. p. 65.
(4) Philosophkartic. , c'est-à-dire , Transactions philosophiques , an.
1700. vol. 1. p. 225.
(5) Birch, History etc., c'esl-Ji-dlre , Histoire de la société rovals, vol. III. p. 396—404. , (6) /'ower, £.r;)cr/>ncn/a/ Ole. , c'est-à-dire, Philosophie exjpérimenule. in-i\o. Londres , 1664' ^9'
34o Secllon douzième, cliapitre sepLième. neur d'avoir perfectionne le microscope simple, prétendant y avoir e'ie conduit par le hasard en 1678. On ne peut lui contester ce mérite, car peut-être ne -connaissait-il pas la découverte de Hook (i). Mais les microscopes de ce dernier étaient alors fort usités en Angleterre , et Leeuwenhoek employa certainement pour ses recherches des verres bien plus parfaits que ceux de la socie'te' de Londres, car le meilleur de ceux-ci augmentait à peine cent soixante fois le diamètre des objets; onne pouvait d'ailleurs pas s'en servir habituellement, parce que les objectifs en étaient immobiles (2). Du reste, ce sont de simples lentilles , mais préparées avec le verre le plus pur, et qui représentent très-nettement les objets. On doit aussi croire que Leeuwenhoek avait un talent particulier pour disposer les objets qu'il voulait examiner au microscope (5). Ce qu'il y a de certain toutefois, c'est que son imagination faisait souvent l'office de cet instrument, et que lorsqu'il prétend avoir disséqué les testicules des vers du fromage oii des animalcules s'offrirent à sa vue, il mérite bien les reproches qui lui ont été adressés par Hartsoeker (4)- H fut également trop empressé d'admettre des rangées de petites sphères formant les globules sanguins , et plusieurs autres de ses observations ne sont pas moins inexactes (5).
A l'égard de la structure des muscles , il est presque impossible de s'en rapporter à lui, quoiqu'il révoque avec raison en doute la dégénérescence des fibres
(1) . Extrait critique des lettres de M. Leeuwenhoek , p. 44- Hartsoeker, Essai de dioptriqne.
(2) Baker, dnns les P/ij/ojop/jjca/cic. , c'est-à-dire, Transactions philosophiques, an. l'j'il — 1744- vol. III. p. 129..
(3) Folkes, dans les Philosophical etc. , c'est-à-dire, Transactions philosophiques , an. 1700 — l'jii. Vol. VI. p. iS^.
(4) Extrait critique des lettres de M. Leeuwenhoek, p. 7.
(5) HalleTy Elem. phjsiol, vol. I, p. 61. 62.
Coup d'œilsurles cîrconstimces , etc. 54 1 musculaires en fibres tendineuses (i). Wyer-Guillaume Muys, professeur à Franoker , fit des observations beaucoup plus justes sur la composition de la fibre musculaire visible, et réfuta ainsi les idées de Borelli relativement à la forme de cette fibre qu'il croyait être analogue à celle d'une plume (2). Mujs montra qu'on peut la diviser en fibres cylindriques enlourées de tissu cellulaire , dont chacune , épaisse du tiei-s d'un cheveu, se partage en deux cents autres filamens dans lesquels ie sang ne trouve plusaccès (5).
Au reste, Leemvenhoek se servait de'jà d^un miroir concave pour e'clairer les objets opaques (4) , et • son micromètre était composé de grains de sable dont il comptait un certain nombre sur la longueur d'un pouce , et ensuite il Gomf>arait un avec l'objet observé au travers du microscope. Il paraît n'avoir pas fait usage du micromètre de Jurin , qui consistait en, un morceau de fil d argent qu'on peut couper en: parcelles bien plus petites que des grains de sable (5), en sorte qjue ses calculs sont, dans tous les cas > forE arbitraires.
Aucun anatomiste du r8^ siècle, disons même personne, n'a porté les observations microscopiques stir les parties du corps animal à uii' point aussi étonnant de perfection que Jean-Nalhanaël Lieberkuhn, professeur à Berlin , et membre de l'académie des sciences de Prusse (6). Personne n'a possédé une plus grande habileté que lui dans l'art d'injecter et de préparer les parties. Celui qui n'a pas vu ses
(1) LeeuwenUoel! , JEpist. physîol. aS. fr. 207. SX p. 320.
(2) Borelli, De mota animal, lih. X. prop. 77. p. i55.
(3) Mitys , Infestigatio Jahricœ , quœ in parlibtis musciilos componentiUits: «xstat. w-40. Leid. 1741. p. 21 — Sa. l'yt"». 177.
(4) Leeiivuenlioelc , Éxperiin. et contempl. cp.&j. p. i8(. (0pp. fom. HT.)-
(5) Smith, ieArJKcA etc. , c'est-à-dire , Eléniens d'oplique , loin. lî;. «. 16. p. 35i.
(6) Lieberkuhn nafiuit à Berlin,, en lyir , et nïourui en 1746.
54a Section douzième j chapitre septième. préparations microscopiques , trouvera ces éloges exagères ; mais je connais les plus belles dont le professeur Beireis, à Helmstaedt, a fait l'acquisition après la mort du fils de l'artiste, et on ne peut établir aucun parallèle entre elles et celles du cabinet de Pe'tersbourg. Lieberkuhn paraît avoir eu principalement en vue de démontrer la structure vasculeuse des parties du corps humain jusque dans les plus petits de'tails, et il y a parfaitement réussi. On en trouve déjà la preuve dans ses écrits (i). En outre , il inventa le microscope solaire , et un autre pour les corps opaques : dans le milieu du miroir concave de ce dernier , il faisait placer un verre poli et saillant qui réfléchissait les rayons lumineux sur l'objet. Il les fit connaître tous deux en Angleterre dans l'année lySS, et Cuff, d'après ses instructions, en prépara de semblables, dont n'approchent pas à beaucoup près les microscopes catadioptriques inventés ep 1709 par Barker (2). Lieberkuhn pouvait surtout démontrer la circulation du sang à l'aide de son microscope solaire , et donner de plus lieu à un grand nombre de découvertes.
Enfin , dans ce période , l'anatomie délicate eut pour la première fois recours aux réactifs chimiques , lorsque les injections , le scalpel et le microscope ne lui suffisaient pas. Cette méthode paraissait être principalement applicable aux parties dures du
(1) LieherJcithn , Hé Jabncâ et aotione villonim intestin, tenutum. !n-^'>' Xieid. 1745. — Haller , bien qu'il ne conniÀt pas encore les chefs-d'œuvre de Lieberkuhn , disait déjà ( Elem. phjsiol. vol. T'II. p. 27 ) : in arlo replendonim vasorum supra omnes f.iebcrkiilmii industria eminuit ; et { Bibl. anat. vol. II. p. 3 16.) artificiosâ manu e.rcel/riit , titm in microscopiis fabricandis , tiun in anaiomicis injectionibiis , qualis omnes suos œmulos su^eravit. — Jean Christophe Bolil , professeur à Krenisberg , parlait dé]à, en 1741 5 ^^ec le même enthousiasme que moi des travaux de Lieberkuhn. [Bohlii via laclea : in Ualler , Diss. anat. vol. l.p. G17. )
(2) Philosophical etc., c'est-à-divc , Transactions philosophiques , aa. ifiq, — vol. Vm. p. laS,
Coup à' œil sur les circonstances j etc. 545 corps, aux os, parce qu'on n'en pouvait reconnaître la structure d'une autre manière. Dominique Gagliardi , professeur à Rome, fut le premier qui com- Lina les deux moyens , le microscope et les réactifs chimiques, pour de'couvrir la texture des os. Cependant il se livra trop aux écarts de son imagination, et vit des figures admirables dans les fibres osseuses dont chacune est unie aux autres par une sorte de mastic. Il y en a qui sont perce'es d'outre en outre et re'unies par des aiguilles coniques (i). Clopton Havers (2) pénétra encore moins dans la structure intime des os , parce qu'il tira des conclusions fausses de ses analyses chimiques par la voie sèche. Jean-Joseph Courtial, professeur à Toulouse, n'e'tudia non plus que l'action des acides sur les os, imita du reste Gagliardi et Havers, regarda les fibres osseuses comme le prolongement des tendineuses, et pensa que toutes forment autant de tuyaux creux (3). Robert Nesbilt essaya de réfuter l'opinion de ceux qui faisaient provenir les os des cartilages, en montrant que par les acides on obtient moins un cartilage qu'un tissu spongieux, et que les vaisseaux sanguins portent au périoste le suc osseux disposé à se solidifier (4). L'excellent naturaliste, Henri-Louis Duhamel du Monceau , démontra l'importance du périoste pour la formation des os, d'après les expériences qu'il fit avec la garance, et l'analogie qu'il établit entre le développement de ces parties et celui des fibres ligneuses des plantes (5). Joseph-Marie de Lasône (6) prouva en même temps, par l'analyse chimique, que les os
(') Gagliardi , jinatome ossium. in-\o J}om. i68g.
(2) Havers, Osteohgia nova. jh-8<>. Francof. ifigu.
(3) Nouvelles observations anatotniques sur les os. in-ia. Paris, 1705. p. a5.
(^) Neshitt, ^umatl elc. , c'est-à-dire, Oste'ologie humaine. in-S», Londres, lyâG. p. ^S. 9,7.
(5) Mémoires de l'Acadcmie des sciences de Paris ,an. 17.') t. p. 4"- 43.
(6) Premier me'decin de la reine de l'Vaace, né en 1717 à Cai i)cniraS,
344 Section douzième ^ chapitre septième. ont une structure fibreuse et vasculaire (i). De semblables expériences, faites avec l'acide nitrique étendu d'eau , parurent constater aux yeux de François- David Hérissant (2) , que les os se résolvent en terre absorbante et en cartilage. Les progrès peu sensibles qu'avaient alors faits la chimie, furent cause qu'on ne fit pas une application plus étendue de cet art utile , pour apprendre h connaître la structure intime des parties du corps,
(1) Mémoires de rAcadémie des scieaces de Paris , an. 1751. 1752» p. vî4o-
(2) I{)id, ann, i^SS. p. .^67.