CHAPITRE II
TRAiNSFORMATIONS DU NATURISME HIPPOCRATIQUK. DU PNEUMATISME
De tous les genres de satiété, le plus funeste, est, sans contredit, celui qui consiste à dégoûter l'esprit et le cœur des vérités iuimua- ^bles de la science, de la morale, de la philosophie et de la vertu. Il est fâcheux d'avoir à le constater, mais, par habitude, l'homme se dégoûte du beau, du bien ou de 1 honnête, et c'est ainsi que les ci- ■ vilisations avancées, riant des choses les plus sérieuses et les plus vraies, touchent de près à la décadence. Après la mort d'Hippocrate, ses doctrines, transmises de génération en génération à Alexandrie , puis à Rome, contestées d'abord par les empiriques, puis un peu plus lard par les méthodistes, finirent par se modifier et par se dénaturer. Sans en perdre tout à fait l'esprit, ceux qui leur restaient fidèles croyaient encore les servir en les perfectionnant, et ils ne se doutaient guère que le mieux est quelquefois Vennemi du bien. Satiété ou progrès, et c'est un point que je ne veux pas ' discuter en ce moment, les dogmes du naturisme hippocratique, Il acceptés d'abord comme des vérités fondamentales, ne tardèrent pas à subir de graves réformes jugées indispensables par les exigences de l'époque. .Sans détruire leur principe, les médecins qui les avaient acceptés s'en servirent comme d'un point de départ obligé dans leurs études, mais ils crurent devoir aller plus loin. C'est ainsi que le pneumatisme prit naissance ; et plus tard, dans le cours des siècles, nous verrons de même apparaître Varchéisme de Paracelse et de Van Helmonl; l'animisme, rendu célèbre par Slahl; le viLalisme de Barlhez; et enfin la doctrine, sur laquelle je me propose d'attirer l'attention, lorsque j'en aurai fini avec l'exposition du passé.
A l'époque où la secte méthodique commençait à se faire connaître, sous Auguste, les idées épicuriennes d'Asclépiade sur la forme et le mouvement des atomes, sur le relâchement et sur le resserrement des pores, avaient presque entièrement banni de la science médicale la doctrine hippocraiique d'un principe conservateur de lo vie réglant les actes de la santé cl les phénomènes de la
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maladie. Le naturisme était relégué au nombre des chimères, et ridiculisé par le plus grand nombre qui l'appelaient une méditation sur la mort. Cependant ceux qui lisaient attentivement les œuvres d'Hippocrate, et qui en même temps observaient des malades, s'aperçurent bientôt qu'il était impossible de ne pas admirer la justesse de ce principe. On le reprit donc , mais en le modifiant d'une façon qui n'est peut-être pas heureuse, et il devint l'origine de la secte pneumatique dont nous allons parler.
Athénée de Silicie fut à Rome, en l'an 60 ou 68 de J. C, l'auteur de cette exhumation, qui n'est en réalité qu'une métamorphose. En effet, le principe de la vie dont parle Hippocrate, c'est-à-dire la nature, cette force bienfaisante qui semble veiller aux actes de l'économie pour la conservation des malades, n'est pas susceptible de s'altérer. Il joue dans la maladie le même rôle que dans l'état de santé, dirigeant les phénomènes morbides jusqu'au moment du retour à l'état normal (vouawv cpuai? ivi-r^ip), mais jamais la perversion de cette force n'a été admise par Hippocrate comme cause des maladies.
C'est l'altération ou la perversion de la force régulatrice de la vie, ou pneuma, qui est pour Athénée le point de départ de sa doctrine, car de cette perversion peut naître la maladie. Tout le pneimatisme est dans ce principe, et la secte pneumatique n'a eu d'autre ambition que la propagation de cette idée fondamentale, qu'on retrouve dans un traité de la collection hippocratique postérieur à Hippocrate, et intitulé Des vents. Là, en eiîet, l'air est considéré comme la cause des maladies pestilentielles, épidémiques, sporadiques, de l'iléus, des fluxions et des hémoptysies, de l'apoplexie, de l'épilepsie, des ruptures, de l'hydropisie, etc.
Dans cette doctrine, le principe de la vie devient pour la première fois un être matériel ; il reçoit le nom de pneuma, et de ses altérations dépend l'état morbide.
Qu'est-ce donc que \e pneuma? De l'air atmosphérique, un cinquième élément, ou une force?
On voit que ce mot a eu des significations bien difl"érenles qu'il importe de connaître. D'abord c'était l'air introduit dans le poumon, et de là dans l'économie, pour se mêler au sang et entretenir la santé ou produire la maladie. C'était l'opinion d'Hippocrate (-epl cpoffwv), et d'Érasistrate, qui, sous ce rapport, pourrait être considéré comme le premier chef des pneumatistes. Au reste, ces médecins n'appelaient pas l'air lepnouma; ils ne lui donnaient ce nom que lorsqu'il était entré dans le corps, distinction plus sublile que vraie, et qui sera toujours très-difficile à comprendre.