APPRÉCIATION DU NATURISME ET DE SES TRANSFORMATION
Après avoir montré ce que c'est que le naturisme médical, auquel se rattache le dogme de la nature mèdicatrice, ainsi que les transformations que ces doctrines ont subies par les recherches d'A-
APPRÉqiATlON DU NATURISMIÎ ET DR SE? TRANSFORMATIONS '»07
Ihénée, deParacelse, de Van Helinonl, de Slahl el de Barlhez, il est I intéresant de rechercher ce qu'elles onl gagné ou perdu dans le cours des siècles. Le Naturisme reste t-il entier, malgré ses adiilté- : rations, et ses métamorphoses ont-elles toujours été heureuses, on bien, dans les perfectionnements qu'on a cru devoir lui apporter, n'a-t-il point été amoindri par ceux qui l'ont modifié? Vaut il aujourd'hui ce qu'il a valu jadis, et ce qu'il vaut encore mérife-t-il .d'être conservé? L'histoire de nos controverses philosophiques réj pond sans peine à toutes ces questions que le médecin doit résoudre • dès qu'il médite un peu sur l'étendue de son pouvoir et sur l'utilité ides ressources dont il dispose.
Sans revenir ici sur la constitution du naturisme que j'ai exposée très-longuement d'abord au point de vue de l'histoire, ensuite à un point de vue tout pratique, d'après l'expérience que j'ai acquise des malades pendant près de trente ans, je dois pour la clarté de cette appréciation les résumer en quelques mots.
Quand Hippocrate a dit : la nature suffit seule aux animaux, pour toutes ces choses; elle sait d'elle-même ce qui leur est nécessaire sans avoir besoin qu'on le lui enseigne et sans l'avoir appris de personne.... Elle est le premier médecin des maladies et ce n'est qu'en favorisant ses efforts qu'on obtient quelques succès. {Traité de l'aliment).... Dans le corps vivant tout concourt, tout conspire... ou bien : le corps vivant est un tout harmonique dont les parties se tiennent dans une dépendance mutuelle, et dont tous les actes sont solidaires les uns des autres ; ou encore, quand pour expliquer le rôle pathogénique des humeurs, il admettait que la maladie résulte d'une fluxion humorale des parties, d'abord à l'état de crudité, subissant ensuite un travail de coction qu'il ne fallait pas troubler violémment pour suspendre l'effort de la nature, et se terminant par une crise salutaire ou fâcheuse, il est évident qu'il considérait la nature comme une puissance directrice du travail pathologique. Cette comparaison du travail morbide à celui de la formation des fruits par la nature, depuis leur état de crudité jusqu'à leur maturation, ne laisse aucun doute sur la pensée d'Hippocrate. Sa thérapeutique adoptée parGalien, disant qu'il ne faut pas troubler le travail de la nature dans la coclion des intempéries humorales, c'est-à-dire de la maladie, met d'ailleurs complètement d'accord la pathogénie et le traitement. Tl y a là un ensemble que l'on peut bien ne pas accepter, que l'on peut môme comballre, comme l'ont fait les adversaires du galénisme et les chimiatres, mais dont il faut reconnaître la réalité sous peine d'ineptie. Je suis encore à comprendre comment un historien qui a tra-
"J'^ HISTOHtK DE LA MÉDECINE
duit liippociale, s'est mis seul contre plusieurs milliers de générations médicales à soutenir que le naturisme n'existe pas. Il dit en effet : « Le naturisme n'est en pratique qu'un vain mot, bien qu'on en fasse grand état en théorie (4); » (Note 2 de la page 909)... et il prétend qu'on attribue àHippocrate ce qu'il n'a pas dit. <^r.... I| semble évident que ces mots : les natures médecins des maladies sont tout simplement un litre marginal passé très- anciennement dans le texte et inscrit par un copiste qui n'aura pas plus compris que les commentateurs l'aphorisme. « La nature trouve par elle-même les voies et moyens. » (Même ouvrage, p. H5.)
On ne refait pas l'histoire avec des suppositions, et je ne puis accepter que, sans preuve, on veuille supprimer un texte qui caracté- 1 rise toute la philosophie d'un médecin comme Hippocrate, et en disant qu'il paraît évident que ce texte est une addition faite par un j copiste. De pareilles choses se démontrent, les anciennes éditions | à la main, et quand on n'a pas de témoignages à fournir à l'appui | d'assertions de ce genre, il serait plus sage de s'abstenir. Où en s serions-nous, si le premier venu pouvait ainsi fausser les anciens j textes en émettant des doutes non justifiés sur leur exactitude. |
Si nous n'avions que ce texte réputé faux pour croire au natu- | risme d'Hippocrate nous serions peut-être fort embarrassés, mais \ l'ensemble des dogmes pathogéniques et la thérapeutique de cet | homme célèbre prouve que nous ne nous sommes pas trompés. Le traducteur d'Hippocrate qui a essayé de dénaturer la phrase qui résume la doctrine n'a pas compris le sens du livre qu'il traduisait, 1 En admettant même que le texte en question soit faux, ou qu'il n'ait ! jamais existé, le naturisme hippocratique n'en resterait pas moins i debout. Une doctrine ne se renferme pas dans un mot. On la trouve i dans toutes les pages d'un livre et tant qu'un érudit n'aura pas i supprimé la théorie pathogénique et thérapeutique des fluxions et des coctions humorales, les médecins devront croire au naturisme d'Hippocrate et au dogme de la nature médicatrice.
Ce qu'il y a de grand dans cette doctrine du naturisme c'est l'impersonnalité de la puissance mise en jeu et le tort de ceux qui l'ont modifiée est d'avoir essayé d'en indiquer l'essence hypothétique. La nature est une force qu'on ne définit pas, et qui est l'ordre des choses de l'univers. C'est la cause et l'effet, le mode et la puissance, le dessein et l'ouvrage, comme dit Buffon. On en saisit parfois le mécanisme mais personne n'en connaît le mystère, et c'est pour cela que le naturisme n'a pas vieilli. — Dès qu'on veut en approfondir la \
(1) Darembei'g — liistoii'u îles sciences médicales, tome 1. !