APPRÉCIATION DU NATURISME ET DE SES TRANSFORMATIONS
cause, et que son principe devient personnel , commence l'hypu- Ihèse. Jusques-là, tout est vrai, mais aussitôt qu'on précise, et qu'à la nature on veut substituer un être déterminé, fictif, tout est mis en question. — J'avais donc raison de dire en commençant cette appréciation qu'il fallait rechercher jusqu'à quel point les adultérations du naturisme lui avaient été avantageuses ou défavorables.
En effet, dans les transformations de cette doctrine, on a essayé de substituer à l'influence de la nature dans les actes de la vie et de la maladie, celle d'une autre force inconnue qui fut le Pneuma pour Athénée, VArchée pour Van Helmont, l'A/z/e pour Stahl, et le Principe Vital pour Barthez. Eh bien, que l'on compare entre elles ces différentes doctrines, en ayant égard à leur notoriété historique, et ou verra bien vite que, sauf le naturisme et la nature médicatrice, les autres ne sont presque plus que des souvenirs.
Le pneumatisme qui reposait sur l'hypothèse du pneuma, élément aérien ou éthéré mal défini, circulant dans les artères avec le sang, n'a rien apporté au naturisme, et n'a fait que l'amoindrir en personnalisant d'une façon imaginaire la force principale d'impulsion de la vie .
Personne ne pourrait définir d'une façon précise ce qu'est cette force ou cet agent ni son rôle dans les actes de la vie normale et de la maladie. Ce que Galien nous en a fait connaître, n'éclaire en rien la question, et il y a loin de là à la doctrine si nette de la nature médicatrice et des intempéries humorales devant passer de la crudité à la coction et à une crise. — Il n'en est rien resté dans la science comme doctrine médicale.
'L'archéisme longtemps considéré comme une rêverie d'insensé a eu le tort de personnifier dans un être de raison qu'il appelait archée principal, ou architecte du corps, et dans une infinité d'archées secondaires, la cause de la vie et le principe des maladies. Peu de personnes ont compris celte hypothèse d'une force disséminée dans tous les organes, pouvant agir sur les ferments qui entretiennent les fonctions, et il a été longtemps difficile de voir dans cette ontologie ce qu'on y découvre aujourd'hui. En elTef, dans la vie individuelle des organes, et dans l'activité vitale des éléments cellulaires, on reconnaît maintenant, sous d'autres noms, ces archées secondaires qui sont sous la dépendance de l'archée principal, et il n'est pas jusqu'aux nombreuses fermentations qui se passent dans les tissus qui ne justifient les vues prescientes de Van Helinonl. Mais, sans vouloir forcer les analogies, ni établir de rapprochement entre la science du xvi" et du xix" siècles, il est certain que Van
IIISTOIKE DE LA MIÏnKCIN'H
Helmoiil a personnifié le principe de la vie el de la maladie dans un être de raison dont le rôle est infiniment moins compréhensible, empiriquement parlant, que celui de la nature d Hippocrate. Sous ce rapport, si l'archéisme a fait entrevoir une vérité qui peut-êlndeviendra plus claire avec le temps, il ne (orme point, en théorie et en pratique, quelque chose d'aussi justifié que le naturisme.
J'en dirai autant de l'animisme qui, restreignant l'étendue du principe naturel des actes de l'organisation, attribue la vie à l'induencr de l'âme, désormais la source des actions morales, intellectuelles el physiques de l'économie. Philosophiquement, la thèse est soulenable, mais dans la pratique médicale le rôle de l'âme dans l'exercice des fonctions; et dans la production des maladies, ne résiste pa à un contrôle sérieux, et l'impersonnalilé du mot de nature donne à la doctrine qui s'y ratlache une tout autre importance. Que l'âme soit le principe de la vie, rien de mieux, mais il ne s'en suit paqu'elle en soit l'agent. Chimiste et physicien de premier ordre comme il l'était, Stahl aurait dû voir qu'entre le principe de la vie el son mécanisme, il y a un intermédiaire à délerminer comme entre l'ingénieur el la locomotive il y a une force qui est l'agent du mécanisme sans en être la cause
Médicalement, le rôle de l'âme dans l'exercice de la vie et dans la production des maladies dérive du naturisme, mais il ne se montre pas avec l'évidence que présente le rôle de la nature, si c'est à ce dernier principe qu'on attribue la succession des phénomènes pathologiques. C'est un point de vue semblable quoique différent, et celui du naturisme me paraît préférable. Nos nécessités de pratique s'en arrangent beaucoup mieux qu'elles ne profitent de l'autre.
Reste enfin le vitalisme de l'école de Montpellier qui, sans se séparer de la tradition Hippocratique, et pour délerminer le principe de la vie en évitant l'écueil de l'animisme, a prétendu découvrir dans un principe vital indéterminé la cause du mécanisme humain. Je n'ai pas à revenir sur l'appréciation que j'ai faite de cette doctrine ontologique, et qu'on trouvera plus haut dans ce livre, mais il me suffira de dire que je ne trouve pas dans ce principe, tel que Barthez l'a constitué, rien qui puisse être rais en parallèle avec la nature médicalrice ni avec le naturisme. Il n'en est que le complément, et comme ses attributs ne sont pas bien déterminés, ni son rôle pathogénique suffisamment établi, je pense qu'il n'ajoute rien à la doctrine hippocratique.
Une seule théorie me paraît compléter le naturisme et révéler son essence sans le charger d'hypothèses, c'est celle du viialisme séminal ou séminal^isme dont j'ai parlé dans mon livre des attributs de
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la vie et dans le chapitre précédent. En effet, la semence esl le principe de la vie physique et de la nature de l'homme . Ses qualités font la forme, la ressemblance, la vigueur, la faiblesse, les diathèses, les maladies innées et les maladies tiéréiiilaires. Par elle, s'expliquent certaines actions vitales, les qualités variables d'un même tissu, les propriétés organiques qui par elles-mêmes ont un rôle propre, et la marche de certaines maladies. Elle n'est pas tout dans la nature de l'homme, mais elle en est l'agent réel, susceptible de maladie appréciable. Enfin ^ plus qu'aucun autre principe de vie, et sans aucune hypothèse, celte cause expérimentale rend compte de bien des états pathologiques observés par le médecin, (le qu'apprend son étude n'est pas le naturisme imagé d'Hippocrate, mais c'en est un des éléments et, à ce titre, elle complète en précisant par l'expérience ce que l'Hippocratisme a de si général et de si élevé.
Ainsi donc, après deux mille ans d'observation, d'expériences et de controverses, le naturisme reste encore debout, non dans son dogme primitif avec sa théorie humorale de la fluxion de la coction et des crises, mais dans le fait clinique si vrai de la nature médicatrice. Le médecin n'est qu'un instrument de guérison; c'est la nature qui guérit, et souvent elle se passe de l'instrument. Qu'a-t-elle de mieux à faire quand l'instrument n'est pas bon ?