CHAPITRE PREMIER
EMPIRISMK ANCIKN
^ L'Empirisme en médecine a précédé la science. Aussi ancien que l'humanité, il n'a perdu ses prérogatives que par le fait même des progrès de la civilisation et de la culture des esprits. A mesure que se développait la philosophie, l'Empirisme dépérissait, et on vovait diminuer de jour en jour les sectateurs de cette méthode scientifique. Ce qui était bon au début de la science ne pouvait lui convenir à l'époque de sa virilité, et si l'Empirisme a vécu c'est parce qu'il est venu s'associer au Rationalisme sans lequel il n'y a pas de science véritable Toujours mal famée, cette doctrine n'a que de rares représentants célèbres dans notre histoire. Le plus ancien de ceux qui soient connus vivait peu avant l'apparition d'Hippocrate au xxxvi'= siècle. (Eloy, dict. Hist. de la méd.) C'est Acron ou Agron, d'Agrigente en Sicile, connu à Athènes où il donnait des leçons de philosophie en même temps qu Empédocle, son concitoyen, c'est le plus ancien de ceux qui aient soutenu l'inutilité du raisonnement dans la médecine et qui ait déclaré qu'on devait s'en tenir uniquement à l'expérience. Pline en a fait pour ce motif le fondateur de la secte Empirique (XXIX, Hist. natur.) qui cependant n'a été vraiment établie comme secte que beaucoup plus tard au xxxviii' siècle par suite des efforts de Philinus de Cos et de Sérapion d'Alexandrie.
Si Acron ne s'est jamais donné pour fondateur de la secte Empirique, il était Empirique à la manière des Asclepiades, ce fui lui, dit-on, qui délivra la ville d'Athènes de la peste qui ravagea la Grèce au commencement de la guerre du Péloponnèse, 4^6 ans avant Jésus-Christ. Comme il savait que les Egyptiens avaient la cpulume d'allumer des feux dans les rues, et sur les places publiques pour purifier l'air, il employa le même expédient, et vint ainsi à bout, diton, d'éloigner la maladie. Ce médecin, si l'on en croit Suidas, a publié en langue Dorique un traité de médecine et un livre sur les aliments les plus convenables à l'état de santé.
DE L'EMPIRISME ANCIEN il'5 Hippocrate est le premier qui, dans noire antiquité médicale, ait donné l'exemple de la plus heureuse association de l'expérience et de la pison. Ses doctrines, également éloignées de l'hypothèse et de la théorie, ont échappé à la destruction générale de tout ce qui n'est pas vrai. Elles sont restées vivaces et ce n'est que justice. Pendant les siècles qui ont suivi sa mort, et jusqu'à la fm de l'école d'Alexandrie, leur règne s'est poursuivi presque sans partage. C'est le Dogmatisme qu'on ferait mieux d'appeler Naturisme et qui, avec des vicissitudes diverses, s'est prolongé jusqu'au xvi-' siècle après avoir été foi tilié par les témoignages et les travaux de Galien.
Cependant, s'il y eut en faveur de ces doctrines un assentiment presque général, qu'on pourrait dire presque universel, il s'éleva des voix contradictoires pour blâmer cette direction de la science et combattre ce qu'on appelait à tort les prétentions de l'hypothèse. Quelques hommes, plus résolus que bien inspirés, entreprirent contre les applications de la raison à la science sous le nom d'Empirisme, une campagne qui n'aurait dû être faite que contre les abus du raisonnement en médecine (1). Ils ne virent pas que, pour détruire un mal, ils en produisaient un autre. Ils se firent les champions de l'observation, dont personne n'a prétendu nier l'importance et ils la proclamèrent la seule source du progrès en repoussant toute intervention de la raison. Ennemis déclarés de toute hypothèse, ils ne virent pas qu'elle est souvent pour l'homme un moyen d'arriver à la vérité en inspirant ses recherches, et en le dirigeant dans une voie particulière, car celui qui ne cherche rien ne trouve rien. Or, avant d'avoir trouvé ce qu'on cherche on est guidé par une hypothèse.
Après la fondation de l'écoje d'Alexandrie (310 ans avant J.-G.) par Hérophile qui déjà avait rejeté toute explication théorique de l'action des médicaments, Philinus, de Cos, son disciple, généralisa cette manière défaire et l'appliqua à toutes les branches de la médecine. Rejetant toute théorie, il déclara que le seul guide â suivre dans l'étude de la médecine, c'était Y Expérience. A l'exemple des sceptiques il soutint qu'il fallait douter de la puissance de la raison et ne s'en rapporter qu'au témoignage des sens. Pour lui, le raisonnement ne servait à rien en médecine, et il fallait s'attacher uniquement à l'expérience, car toutes les théories hippocratiques sur les éléments et les qualités élémentaires, sur les humeurs cardinales, sur les crises et les jours critiques, sur les causes occultes ou prochaines et sur l'essence des maladies n'avaient rien de réel et devaient être considérées comme des hypothèses. Il considérait même comme inutile
(I) Eloy. Secte Empirique, t. II, p. 140.
HISTOIRE DE LA MKDECINE
le fameux axiome thérapeutique d Hippocrale : Les uiutadies ynérisserd par leurs contraires, et il prétendait qu'il fallait avoir seulement égard aux effets des remèdes connus sans cliercher à raisonner sur leur mode d'action, et sans s'inquiéter dans leur administration, ni de la nature, ni de la cause prochaine des maladies. De la sorte, il constitua une doctrine médicale qui se répandit trèsrapidement et qui eut un très-grand succès.
Pour lui, le raisonnement devait être banni de la science. C'est ainsi qu'il devint le chef d'une secte importante qu'on peut considérer comme la seconde école Empirique. C'était l'exhumation d'un principe de l'expérience philosophique grecque devant lequel tout devait disparaître. Au reste Philinus ne s'attribuait pas le mérite de l'invention qu'il disait même appartenir à Hippocrate, ahrilanl ainsi très-habilement, sous ce nom respecté, un absolutisme de méthode " qui ne s'y trouve guère. Hippocrate en effet est un naturiste ayant su allier les droits réciproques de la raison et de l'observation, mais ne sacrifiant pas l'une à l'autre. Ennemi de l'hypothèse et des théories que l'observation ne peut justifier, il n'a jamais inspiré la raison au profit de l'expérience, et il n'a jamais considéré l'observation comme la seule et unique condition du progrès de la science. En médecine, ces prétentions exclusives et systématiques appartiennent à Philinus et nullement à Hippocrate. Elles ne sont qu'un développement du pyrrhonisme grec.
L'empirisme en tant que système est aussi ancien que les connaissances humaines, et l'Empirisme ancien est, d'après la remarque de M. Andral, l'origine de tous les Empirismes modernes, comme le dogmatisme ancien est le principe des différents dogmatismes qui ont paru depuis.
Il y a une telle alliance entre la philosophie et la médecine que toutes les sectes médicales, à leur naissance, ont trouvé leur raison d'être dans les idées philosophiques du temps. Comme les autres l'empirisme n'a pu échapper à celte loi et on en retrouve le principe dans les doctrines de la philosophie ancienne.
Peu après Aristote, Pyrrhon, témoin de tous les excès produits par l'application du raisonnement aux choses de la science et aux phénomènes de l'univers, voulut ramener l'esprit humain dans les voies régulières de l'observation. 11 proclama ce principe qu'il ne fallait croire qu'à ce qui paraissait évident pour les sens : aux phénomènes, le reste n'était que pure hypothèse. 11 ne savait pas si la matière existe et, sans la nier, il ne l'affirmait pas, ce qui a fait dire aux philosophes de son temps, voués aux entraînements de l'hypothèse, qu'il doutait de tout. Le Pyrrhonisme est devenu ainsi syno-
DE L'EMPIHISME ANCIEN
iiyme de doule universel, ce qui est un peu vrai, puisqu'il doutait de la matière au sein de laquelle se produisent les phénomènes visibles et tangibles.
Il n'acceptait d'autre réalité que celle du témoignage des sens, ou des phénomènes constatés par l'observation, mais, au delà, il doutait de tout. Il ne voulait pas qu'on recherchât l'essence des choses, et il soutenait qu'il ne fallait qu'observer les phénomènes sans en rechercher la nature. Ce sont là, comme on le voit, les bases de la philosophie expérimentale pure, doutant de tout ce qui n'est pas démontré par les sens.
Il ajoutait : « Comme naissent et tombent les feuilles des arbres, ainsi les opinions des mortels et non leurs observations. »
Ce sont les principes philosophiques de Pyrrhon qui ont inspiré les fondateurs de l'école Empirique en médecine. La similitude est complète. Philinus ne voulait pas qu'on étudiât autre chose que ce qui parait être et ce qui peut être constaté par l'observation. Pour être conséquent, il déclarait que, dans les maladies, on ne devait s'occuper que de leurs phénomènes et non de leur nature, erreur profonde, qui est encore celle de tous les empiriques actuels.
En eil'el, la physique moderne qui a pour but d'étudier les phénomènes naturels et leurs lois, remonte à leurs causes, et admet des forces qu'elle ne voit pas, qu'elle ne touche pas et qu'elle ne sent pas davantage.
Le médecin voit du pus, mais il n'en sait pas la nature virulente, il voit des tumeurs formées d épithélium, de tissu fibro-plastique, de cartilage, etc., et il ne sait si elles sont de nature maligne ou bénigne, etc., car la forme, la couleur et l'aspect d'un produit morbide ne caractérisent pas toujours sa nature. Si le témoignage des sens est nécessaire au progrès de la médecine et des sciences, la recherche des causes et de la nature des phénomènes n'est pas moins indispensable à leur grandeur. C'est dans ce sens que Platon a défini la science : « Une notion de Vinvisible. »
Conséquents à leurs principes, les disciples de Philinus avaient adopté, pour la définition des maladies, le principe d'une simple énuméralion des phénomènes sans jamais en indiquer la cause ou la nature qui, échappant à l'observation directe, est entièrement du domaine de la raison.
Après Philinus de Cos , vint Sérapion d'Alexandrie au xxxviii" siècle, qui est considéré à tort comme le véritable fondateur de la secte Empirique. Si l'on en croit Galien, il maltraita beaucoup Hippocrafe, et dans ses ouvrages se louait à tout propos en méprisant tous les auteurs qui l'avaient |)récédé.
HISTOIRE DE LA MÉDECINR
ri avait également, pour principe, qu'en médecine le raisonnement ne sert à rien et que cette science marche uniquement par l'observation et l'expérience.
Tous ses écrits sont perdus, mais on sait par des extraits de son livre sur les médicaments dans quel degré de ridicule l'avait précipité son empirisme. Il conseillait contre l'épilepsie, la cervelle de chameau, les excréments de crocodile, le cœur d'hyène, le sang de tortue et les testicules de sanglier. Voilà où l'on en arrive quand, au nom de l'empirisme qui bannit l'intervention du raisonnement' on est obligé de mettre en usage les pratiques les plus absurdes! Et, ici, nous sommes aux sources de l'empirisme et aux conseils de ses fondateurs.
Il ne faut donc pas s'étonner si, plus tard, nous voyons que c'est au nom de l'expérience qu'on a vanté les amideUes, et on peut dire que toutes les pratiques ridicules qui se sont glissées dans la science n'y ont pénétré qu'à l'aide de ces mots : Cela réussit, l'expérience l'a démontré. Formules magiques, incantations religieuses, influence divine ou démoniaque, pèlerinages profanes et sacrés, sorcellerie, magnétisme, homéopathie, philtres et charmes curatifs, poudres inertes vantées par l'industrie, remèdes inutiles ou nuisibles, tout cela est préconisé au nom de l'expérience et, l'imagination aidant, l'expérience thérapeutique pourra être favorable à la plus insensée des médications. Qu'on se rappelle ce paysan à qui son médecin ayant ordonné une purgation lui écrivit la formule d'un purgatif en lui disant : prenez-moi cela, ce que fit notre homme en avalant le papier dont l'ingestion fut suivie d'évacuations abondantes, et l'on verra qu'en Ihérapeutie l'expérience est chose extrêmement difficile. On peut même dire que, sans la raison qui la guide, et qui la dirige, l'expérience en thérapeutique n'est qu'un marche-pied de l'ignorance quand elle n'est pas le masque du charlatanisme.
Après Sérapion, vint Xeuxès qui a fait un commentaire assez étendu sur Hippocrate.
Hêraclite , de Tarente, est un médecin remarquable du xxxix* siècle qui releva beaucoup l'éclat de la secte empirique. Galien le vante beaucoup pour sa bonne foi et pour sa sincérité, dans la pratique de la médecine. Cœlius Aurelianus l'appelle le plus estimable des empiriques.
Inspiré par les doctrines iV Hippocrate, de Diodes et de Praxagoras, ce fut un sage praticien. Il étudia beaucoup la matière médicale, et les médic.iments dont il donna les descriptions et marqua les propriétés d'après l'expérience. C'est à lui qu'on attribue le premier usage de Vopium dans l'intention de calmer les douleurs
DE L'EMPIKISME ANCIEN 429 et de procurer le sommeil. Galien l'estimail assez car il le juge en disant : « Il ne parlait jamais contre la vérité pour défendre les intérêts de sa secte; il ne rapportait que ce quHl avait expérimenté lui-même, et il possédait la pratique de la médecine aussi bien qu aucun autre médecin de son temps. » Tous reconnurent ce principe qu'en médecine « il faut observer sans jamais raisonner, » maxime déplorable qu'un esprit distingué a bien de 'la peme à suivre, et à laquelle la foule des médecins ne peut obéir :sans tomber dans les pratiques les plus grossières et les plus ridicules.
Toutefois en proclamant ainsi la nécessité et l'importance de l'observation, Philinus, Sérapion elles Empiriques ne se bornèrent pas seulement à exagérer un principe admis de tous, pratiqué par Hippocrate et ses successeurs, faussé peut-être par des esprits trop enclins à l'hypothèse; ils donnèrent à l'observation et à l'expérience médicales des règles précises, de façon à créer une véritable méthode scientifique. Leur formule d'observation restée comme un bon modèle à suivre, se trouve dans les histoires de la médecine, de Leclerc, de Sprengel, de Renouard, et j'en parlerai plus loin.
Zopyrus est un autre empirique qui vivait au xxxix^ siècle. Il pratiquait à la cour des Ptolémées, et était en correspondance avec Mithridate VI au sujet des poisons et des antidotes. On connaît de lui un traité des plantes vénéneuses, et il disait avoir trouvé un antidote général ambrosia qui fut essayé avec succès, dit-on, sur pluïsieurs criminels.
D'après Oribase, Zopyre avait classé les médicaments d'après leur mode d'action; les errhins, les diurétiques, les sudurifiques, les •astringents, les suppuratifs, les expectorants, et les galactogènes, etc., lait important pour cette époque et dont s'inspirent encore les classifications thérapeutiques de notre époque.
Theudas ou Theodas est cité par Galien comme un des meilleurs écrivains empiriques du deuxième siècle. Son contemporain ■Menodotus, empirique comme lui, est désigné par Galien comme un méchant auteur ayant composé de très-gros livres chargeant d'inlures les médecins des autres sectes. Il est l'auteur d'un procédé philosophique pour arriver à la vérité, c'est VEpilogisme ou comiparaison.
Lycus, Eschion, sont aussi rangés parmi les sectateurs de l'Empirisme. — Tous ces auleurs sont antérieurs à Galien ; mais après nui la plupart des Empiriques se fondent dans son Dogmatisme.
Toutefois des Empiriques se montrent encore çà et là professant a doctruie dans son étal de pureté. Ainsi Sexlus Empiricus. mis par
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Leclerc au xxxvin'= ou au xxxix'^ siècle, aurait vécu, selon Freind. au II" siècle, sous l'empire d'Antonin le Pieux. M. Andral le place au IlI^ Le surnom qu'il porte lui vient de sa philosophie médicale. Son principal ouvrage avait pour titre : Mémoires Empiriques. Il a laissé un ouvrage de philosophie contre les mathématiques et un autre intitulé Hypotyposes ou institutions pyrrlioniennes, dans lequel il passe en revue toutes les connaissances humaines pour indiquer ce qu'elles ont de certain et d'incertain.
Cassius Félix a été rangé par Dezeimeris au nombre des Empiriques. Peut-être serait-il mieux placé parmi les éclectiques, car il se montre tour à tour Hérophiléen, Erasistratéen, Méthodiste et Empirique. Il vivait au commencement du siècle au temps de Celse. On lui doit une préparation contre la colique dans laquelle entrait du suc épaissi de pavot.
Il a publié des problèmes naturels et médicaux en 84 propositions dans lesquelles se trouve quelque chose de fort remarquable pour le temps. C'est l'indication de la paralysie existant dans le côté opposé du cerveau, et il l'explique en disant que les nerfs qui tirent leur origine de la base de cet organe se croisent de façon que ceux qui viennent de la partie droite vont à gauche, tandis que ceux de la gauche vont se rendre à la droite du corps.
L'Empirisme de la seconde époque, celui de Philinus et de ses disciples, est le premier, dit Andral, qui ait proclamé en principe que la médecine ne devait avoir qu'un but, la guérison des malades, et que tout ce qui ne conduisait pas à ce résultat devait être écarté. Peu satisfait de ce qu'avaient dit les philosophes, ou découvert les analomistes, il avait la prétention de se passer des raisonnements vantés par les premiers et des preuves et des recherches des seconds. Toute lumière devait venir de l'expérience et, pour en tirer tout ce qu'elle renferme d'utile à la guérison des malades, il proclamait qu'on devait agir d'une façon particulière, au moyen de trois procédés : 1° l'observation, 2° l'histoire, et 3° l'anàlogisme ou l'épilogisme. C'était le trépied de la médecine (Eloy), trépied de l'empirisme (Sprengel). Par ces différents procédés il prétendait déterminer les ressemblances et les différences des maladies en même temps que l'usage des remèdes avantageux et imitiles ou
dangereux. „. i
1° De l'observation. — Le mot observation pour 1 école empirique était synonyme A'autopsie, c'est-à-dire voir par soi-même ou par ses propres yeux (1).
(1) Voyez Andriil, Union méd., 1853.
DK l'empirisme ANCIEN
Dans leurs autopsies ils groupaient et réunissaient un certain nombre de phénomènes pathologiques , s'enchaînant les uns les autres et concourant à un but commun. Cet ensemble de phénomènes constituait un concours, c'est-à-dire un assemblage de phénomènes, (ïuv(po6iri. On recherchait ainsi des concours dont l'ensemble formait la maladie, voaoç, et si cet ensemble de phénomènes se présentait toujours le même, il recevait un nom bien défini.
A ce problème en succédait un autre, celui de la médication, mais il était interdit de se préoccuper de la cause intime ou cachée de la maladie. — La médication devait résulter de l'expérience, c'est-à-dire du hasard, de l'essai ou de l'imitation (Elov, loc, cit., p. 141).
Les Empiriques disaient qu'il ne fallait pas attacher une trop grande importance à un seul symptôme, car un symptôme isolé pouvait appartenir à plusieurs concours et ne pas mériter de médication particulière. Ainsi la toux, la douleur seule, n'ont que peu d'importance, mais réunis à d'autres symptômes, leur signification est autre et entraîne une médication différente.
Malgré cela ils étudiaient chaque symptôme isolé avec le plus grand soin pour en apprécier la valeur, et pour savoir à quel con cours il appartenait. Ils examinaient les matières évacuées, les crachats pour juger leurs qualités d'après leur aspect, et pour les joindre à d'autres symptômes, afin d'en faire un concours. C'était la double méthode de l'analyse et de la synthèse appliquée à l'étude de la maladie.
Pour eux. les symptômes étaient l'objet d'une élude toute spéciale et ils distinguaient entre eux :
1» Les symptômes communs à divers concours et qu'on rencontre très-souvent.
2° Les symptômes propres à un seul concours qu'on appellerait aujourd'hui des symptômes pathognomoniques. Ex. : la matière e.xpectorée de la pneumonie.
A un autre point de vue, ils reconnurent : 1° Des symptômes essentiels à un concours. 2° Des symptômes variables, sans que pour cela le concours cesse d'exister, ce qui est le cas ordinaire.
3° Des symptômes surajoutés à ceux dont l'ensemble est caraclé- 'rislique. Nous les appelons aujourd'hui des épiphénomènes.
Ils divisaient aussi les symptômes d'après leur importance, d'a- , près leur intensité, d'après l'époque de leur apparition dans le con- ' cours, d'après leur durée , enfin d'après les modifications qu'ils I peuvent subir dans leur manifestation.
HISTOIRE DE U MÉDKCINE
De l'histoire. — A celle élude du concours par Vohservntion succédait Yhisloire, c'esl-à-dire le rapprochemenl des symplômes, leur enchaînemenl, la narralion des phénomènes, des remèdes et des effets produits.
On s'appliquait à grouper les symptômes et à étudier le concours qui en résultait, soit à son début dans ses circonstances initiales, soit dans son développement ou dans son évolution, soit enfin dans ses terminaisons. On devait indiquer sa régularité, ou son irrégularité, sa simplicité, ou son état de complication, ses modifications sous l'influence de l'âge, du sexe, de la constitution, de la force et de la faiblesse, des saisons, des climats dont l'imporlaiice était si grande à leurs yeux qu'il en résullail des pratiques différentes.
On devait explorer non pas un seul organe, mais toutes les parties du corps et toutes les fonctions.
Si les empiriques proscrivaient entièrement la recherche d(s causes intimes de la maladie, à la manière des méthodiques, ils s'appliquaient à découvrir celles qui sont évidentes et du domaine de l'observation. Celles-ci leur paraissaient très-imporlantes à découvrir pour prévenir le développement de quelques étals morbide- ; ainsi pouvait-on faire en écartant l'influence du froid , et drmiasmes paludéens, ou en neutralisant certains principes niorbifiques lorsqu'on en connaissait l'origine. Ex.: la morsure d'un chien enragé.
Pour cette école, l'étude de la médecine était très-longue et trèsdifficile en raison du grand nombre d'observations à recueillir pour instituer les unités morbides. Elle exigeait un très-grand nombre d'histoires particulières, et comme un seul homme ne pouvait avoir assez de faits à lui seul, il fallait emprunter ceux des autres. C'était pour elle le procédé historique.
Quand ils avaient bien des fois observé le même concours, et qu'ils en connaissaient les causes évidentes, les complications possibles, cl les moyens divers qui avaient le mieux réussi à le combattre, les empiriques possédaient un théorème. Les plus instruits étaient ceux qui en possédaient le plus, et c'était là la preuve d'une pins grande expérience personnelle et d'une science plus avancée.
Chaque théorème recevait un nom, les plus insignifiants étaient les meilleurs et, en tout cas, ils ne devaient rien préjuger sur la nature des maladies.
De Vanalogisme. — Ainsi s'élaborait la science par Vohservation et Vhistoire, mais ce n'était pas tout pour les empiriques. Trèssévères dans l'acceplation des faits qui devaient être très-nombreux et recueillis sans idée préconçue, ils avaient ensuite recours à l'a-