DE L'EMPIRISME ANCIEN
nalogisme pour éclairer le classement et la thérapeutique des faits nouveaux. C'est ce que nous appelons maintenant l'analogie. — Quand un fait de cette nature se présentait à l'observation on le comparait aux faits anciennement observés et, selon ses analogies, on se croyait en droit d'agir en conséquence.
L'Empirisme ainsi méthodiquement formulé ne pouvait résister aux coups du Dogmatisme qui, lorsqu'il n'abuse pas du droit de raisonner, donne à la science une allure, une liberté et une grandeur particulière. Sans cesse harcelé, et déprécié, l'un de ses chefs, Ménodatos, voulut y introduire un élément de plus par l'usage de VÉpiloqisme, c'est-à-dire la raison suppléant à l'insuffisance des sens et de l'expérience. — Il est évident que c'est là un hommage rendu au dogmatisme mais dissimulé sous le voile d'une dénomination nouvelle. L'expérience à laquelle on supplée par le raisonnement n'est pas autre chose que le Dogmatisme, et la différence des méthodes disparait dès qu'elles se confondent dans leurs procédés.
Quoi qu'il en soit, l'Épilogisme était destiné à renforcer par la raison les données insuffisantes de l'expérience et du témoignage des sens. Ainsi les phénomènes d'une maladie étant cachés dans la profondeur du corps, on cherchait à les deviner et on faisait des suppositions quelquefois exactes, souvent erronées, mais en tout cas contraires aux vrais principes de la méthode expérimentale. Dans un cas de gêne de respiration, à l'aide du phénomène appréciable, dyspnée, l'épilogisrae concluait à une cause cachée qui était la lésion des organes respiratoires ; ailleurs sur un homme qui souffrait de la vessie d'une certaine manière, comme l'expérience antérieure avait appris que dans ce cas il y avait des calculs dans la vessie, l'épilogisme disait, sans voir ni toucher le calcul et à l'aide de la raison, qu'il existait un calcul vésical.
C'est au moyen de l'expérience ainsi réglementée que l'Empirisme avait formé des groupes de symptômes caractérisant des concours^ ou maladies ou unités morbides dont il restait ensuite à chercher le traitement, but principal de la médecine. — Toutes les définitions de la maladie devaient consister dans une exposition abrégée des symptômes principaux, sans faire intervenir le problème de sa nature intime. On ne devait pas dire la pneumonie est une inflammation des poumons, mais la pneumonie est un mal où s'observent tels et tels phénomènes caractéristiques. C'est la méthode employée de nos jours pour beaucoup de maladies, mais cela ne se fait pas d'une façon systématique, et on évite de le faire quand la nature d'un mal est bien connue. Ce n'est pour notre époque qu'un moyen de dissimuler son ignorance des causes.
UOUCHUT. 28
La Ihérapeulique des Empiriques était toute fondée sur rexij(';rience, et c'est par là qu'elle est tombée dans le ridicule. 11 n'y avait pas à raisonner sur la nature et les propriétés des substances empldvées. Chercher pourquoi un remède calme, ou bien pourquoi nii autre fait uriner, était une perte de temps inutile. 11 ne fallait que guérir et les remèdes dont le hasard avait démontré l'utilité, ou que l'analogie recommandait à la pratique, devaient être employés . De l i . aux pratiques superstitieuses et absurdes, à l'usage des substances les plus repoussantes et de la polypharmacie, il n'y avait qu'un pas et la méthode empirique, si utile pour empêcher les écarts de la raison dans les recherches scientifiques, vint échouer sur l'écueil de la pratique médicale. Du premier coup, les Empiriques allèrent au fond de leur doctrine, et se livrant aux pratiques les plus repoussantes et les plus absurdes, ils tombèrent dans le discrédit, de sorte que leur nom est devenu pour toujours synonyme d'ignorant et de charlatan.
Rien n'est plus mérité. Tout le monde fait de la médecine, les prêtres les religieuses, les gens du monde, les somnambules, les magnétiseurs, chacun a une formule de remède à offrir à ceux qui souffrent, et cela au nom de l'expérience et des succès antérieurs obtenus dans des conditions analogues. Les médecins eux-mêmes, qui ne pratiquent qu'au moyen d'un livre de formules plus ou moins recommandées par l'expérience antérieure, sont de meilleurs empiriques, mais ne sont que des empiriques, et il devient évident que si le lémoignagne des sens est la base de la médecine pratique, ceux qui n'y joignent pas les secours de la raison se réduisent à la condition du premier venu qui conseille contre la cécité le remède qu'un autre lui a donné. — Tout le monde est capable de faire de l'Empirisme et de prescrire aveuglément des remèdes vantés contre une maladie, mais le savant qui raisonne ce qu'il fait est seul capable de juger et de faire ce qui convient pour guérir. Or celui-là tout en s' aidant de l'expérience ne sera jamais un Empirique, Si l'influence de l'Empirisme systématique des hommes éminenls a toujours été le point de départ des plus grossières pratiques médicales, il n aussi été le signal des recherches thérapeutiques importantes sur l'efficacité des remèdes. Ainsi, lors du début de la seconde secte empirique en même temps qu'on vit les médications les plus grossières se succéder et régner, il parut quelques ouvrages de matière médicale qui sont restés célèbres, et dont je parlerai plus loin.
Le De Jierboribus virtutibus d'Apulenius Celsus, médecin qui vécut sous Tibère; un livre sur les médicaments de Ménécrate, qui vivait à la même époque et auquel on doit l'emplâtre diac.hylon ; le
DE l'empirisme ANCIEN
pharmaca écrit par Asclepiades pharmacien durant le premier siècle; l'ouvrage sur les médicaments aisés à préparer par Apollonius d'Anlioche; sur la composition des médicaments par Criton ci(é par Galien ; le recueil de médicaments par Scribonius Largus, empirique très- célèbre qui vivait sous Claude; le recueil de médicaments à'Andromaque de Crète, qui vécut sous Néron et où se trouve ce fameux Antidote nommé Galène ou Tranquille, et qui est depuis connu sous le nom de Thériaque, ce qui veut dire spécial aux bêtes sauvages, parce qu'elle était l'antidote de toutes les morsures venimeuses ; la matière médicale de Dioscoride, médecin au temps de Néron, ayant voyagé avec les légions romaines et ayant recueilli un grand nombre d'indications sur des substances empruntées aux trois règnes et usitées en médecine, sont les plus connus. Le dernier est le plus important des ouvrages de thérapeutique laissés par l'antiquité et il a été fort en honneur jusqu'à la fin du XVI* siècle.
Dans ce livre où Dioscoride donne le nom des substances à employer, leur synonymie, leur description succincte, il n'y a pas moins de 6 à 700 plantes dont il indique les propriétés médicales. II nous a aussi laissé un ouvrage sur les poisons connus et sur les virus, sur les venins et sur les antidotes célèbres que l'on peut considérer comme un traité de toxicologie.
Ces ouvrages joints à son livre sur les remèdes faciles à se procurer où il démontre l'importance des remèdes indigènes, joini à quelques chapitres de matière médicale de Pline l'Ancien, représentaient bien l'étal de la thérapeutique au premier siècle de l'ère chrétienne, à l'époque du déclin de la seconde secte Empirique.
Galien joint aux empiriques différents personnages, tels que Calliclès; Diodore, Lycus, Aeschrion, mais Leclerc lui conteste cette appréciation pour les trois premiers. Quant à Aeschrion, concitoyen et maître de Galien, le jugement est irrévocable, et on lui doit un remède contre la rage que Galien a fait connaître et qu'il cite avec un véritable honneur. Personne ne voudra me croire quand j'en aurai dit la nature. C'était de la poudre d'écrevisses grillées toutes vivantes!
On ne sait pas après Galien quels sont les Empiriques restés célèbres. Un seul est cité par Leclerc. C'est Marcellus, surnommé VEmpirique, qui vivait sous Théodose à la fin du ne siècle, et il a laissé un recueil de médicaments pour toutes les maladies. Il est probable qu'il y en a eu bien d'autres, mais ils n'ont rien laissé qui les désigne particulièrement à l'allention des modernes ou ce qu'ils ont laissé ne leur a pas survécu.
43tî HISTOIRE DE LA MÉDECINE
L'Empirisme est arrivé jusqu'à nous ; c'est une secte qui ne périra jamais, car elle est le refuge des ignorants ou des charlatans qui se couvrent de son nom, mais, dans sa forme ancienne, elle ne peut être le principe des savants qui raisonnent leurs connaissances.