‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicales (volume 2)Chapitre 80 sur 119 · TALBOT OU TALBOR, OU TABO · texte numérisé non relu

TALBOT OU TALBOR, OU TABO

Partout on dit avec mépris : Y Empirique Talhot, ce charlatan de Talhot, etc., comme si en 4668 cet homme n'avait pas fait entrer le quinquina dans la pratique médicale européenne malgré l'opposition des autres médecins. Qu'on lise dans Sprengel l'histoire de là découverte des propiétés du quinquina transmises aux hommes par une bête (le puma) atteinte de fièvre et qui se guérissait en rongeant l'écorce des cinchonas, ou par un fébricilant péruvien qui par hasard alla s'abreuver dans un étang de macération de quinquina faite en un jour de tremblement de terre, après la chute des cinchonas du rivage dans l'eau, et on verra si l'expérience suffit pour faire accepter une vérité par les hommes. De 1638 à 1668, c'est-cà-dire pendant 30 ans, le quinquina, apporté en Espagne par Jean del Végo, fut porté en Belgique par Pierre Barba, en France par les Jésuites, en Italie, •en Angleterre et ailleurs, mais en beaucoup d'endroits il fut délaissé des praticiens. Sydenham raconte même (Opéra, tom. 1, p. 186, in-4.o, 'Genève, 1769) que ce remède tomba dans un mépris dont il explique lies causes, inutiles à reproduire en ce lieu. Il faut donc à fExpérience et à l'Empirisme quelque chose de plus que l'observation des faits, et ce quelque chose c'est la lumière de la raison humaine qui met en son jour ce qu'un observateur privé de cette lumière regarde sans voir et touche sans comprendre. Quand on pense qu'il a fallu trente ans d'expériences européennes, en présence des ! hommes les plus éclairés du monde, pour leur démontrer les pro- ;priétés fébrifuges du quinquina aujourd'hui considéré comme spécifique, et que ce n'est enfin que par suite des convictions d'un •homme insulté par l'histoire comme un charlatan, il n'y a vraiment ipas lieu d'être fier de la méthode expérimentale et l'induction a ^bien tort de mépriser les lumières du raisonnement.

Quoi qu'il en soit, en 1668, d'après Sprengel (tom. V, p. 428), on ne savait pas employer le quinquina « et personne n'avait songé à déterminer avec précision les cas dans lesquels ce médicament est indiqué. » — C'est cet Empirique de Talbot, comme on dit parlmil, né à Cambridge, élève d'un apothicaire, et enfin médecin, qui apprit

à ses conleiiiporaiiis la manière d'employer le quinquina en mémo temps qu'il recevait d'eux les injures dont je viens de parler.

Talbol, instruit par Nott de ce qu'on disait du quinquina, alla s'établir à Essex, sur les côtes de la mer, pour en étudier l'efficacité sur

quelques malades « La réussite fut tellement heureuse qu'on

« l'appela plusieurs fois à Londres, où il finit par se fixer en 1071, ei (( où il publia l'année suivante son ouvrage sur ies /ièures. Dans cet « écrit il donne aux fièvres intermittentes la viscosité de la jntuile € pour cause (quel empirique!) et il opère la cure de la maladie « avec le secours d'un remède secret (1) composé de quatre ingré- « dients dont deux indigènes et deux exotiques. Nous verrons bien- (.( tôt que l'un de ces ingrédients exotiques n'était autre chose que « le quinquina. Quant à l'écorce du Pérou elle-même, Talbot dit (I. qu'il faut user de circonspection à son égard comme à celui de « tous les palliatifs et notamment de la poudre des Jésuites {c'était (( du quinquina); que c'est un remède excellent et salutaire quand « on l'emploie avec prudence, mais que dans les mains de médecins « inexpérimentés elle peut facilement causer de grands maux, et « que souvent, à Essex, il en a vu Tusage suivi de convulsions. » Ce passage lui a toujours été vivement reproché : cependant , lorsqu'on le lit dans tout son entier, on reconnaît qu'il se concilie sans peine avec la plus parfaite sincérité. Voici comment s'explique Sprengel à cet égard : <i Les cures heureuses que Talbol opérait avec son remède secret, sur les personnes attaquées de fièvres intermittentes, accrurent à un tel point sa réputation et la jalousie des praticiens, que le gouvernement anglais se vit obligé de lui accorder des lettres particulières pour le mettre à l'abri des poursuites du collège des médecins (2). »

« En 1679, il se rendit à Paris, où il fil également plusieurs cures brillantes, et fut recommandé d'une manière si pressante a la cour, que non-seulement on lui confia la guérison du dauphin, mais (3) qu'encore on lui acheta son secret pour le(}uel il reçut du roi 2,000 louis d'or, et une pension viagère de 2,000 francs.

(1) Le seul tort de Talbol est d'avoir tenu son reoièile secret, ce qui esl contraire à la dignité médicale professionnelle.

(2) Bakler, l. c, p. 161.

(3) La marquise de Sévigné, en parlant de celte cure, dit qu'elle aigrit excessivement les médecins de la cour {Lettres de M"» de Sémgyid, vol. VI, p. 2.)-<, 1660, nov., in-8). - On prétend que T.-.lbor fit périr le duc «le la Rochcfoucanlt en lui donnant du quinquina dans un asthme arthriliquc (Blcgny. Zodiac, med. gall. ann., II, p. 264).

DE l'empirisme MODERNE.

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