‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicales (volume 2)Chapitre 89 sur 119 · DU POSITIVISME MÉDICAL · texte numérisé non relu

DU POSITIVISME MÉDICAL

Le positivisme n a pas eu jusqu'ici, comme méthode scientifique (1 applications spéciales très-étendues à la médecine. Son nom se trouve souvent dans la bouche de quelques médecins qui ne savent pas trop a quoi cela les engage et qui n'ont jamais lu les ouvrages dA Comte. Il a popularisé dans la science le mot de biologie qui s'emploie comme synonyme de physiologie, et plutôt comme terme de ralheuient d'une camaraderie d'école qu'à titre de programme dé fin. C est enfin une protestation contre la recherche des causes ure nneres et contre l'esprit d'hypothèse que les demi-savants v"u i

BOUCHUT.

toujours introduire dans les sciences. Par son principe de la loi de succession des phénomènes, il fait de l'observation et de l'expérience la base de toute recherche scientifique. — Sous ce rapport, il se confond avec l'empirisme dont il ne diffère pas sensiblement. Cela explique pourquoi il n'a rien donné à la médecine que l'empirisme induclif de Bacon ne lui ait déjà promis, c'est-à-dire le principe de l'observation et de l'expérience, le mépris de l'hypothèse et la recherche des causes expérimentales, c'est-à-dire des lois physiologiques et pathologiques tirées de l'observation des phénomènes.

Encore si, plus heureux que la méthode Baconienne, il avait tenu les promesses de ce beau programme, il faudrait lui être reconnaissant, mais comme il est facile de le juger, le mode de penser positif en médecine ne s'est signalé jusqu'ici que par des hypothèses fort discutables.

Ainsi, Cômle refait à sa façon la physiologie du cerveau, il rejette les localisations de Gall, mais il admet le principe el, dans sa théorie positive du cerveau et de l'innervation, il admet que dans la masse cérébrale, la région spéculative ou intellectuelle est en avant et la région affective , en arrière. Entre ces deux régions se placent les organes de l'activité.

Pour qu'il y ait harmonie dans les fonctions cérébrales, il faut que le sentiment soit pour ainsi dire le centre et le régulateur. (Agir par affection et penser pour agir.)

Les régions spéculatives (antérieures) et actives (moyennes) sont liées aux appareils sensitifs et locomoteurs, tandis que la région affective est indépendante de ces appareils et ne communique directement qu'avec les régions spéculatives et actives (1).

Chacune des régions cérébrales est douée d'une activité propre mais l'harmonie de l'intellect repose sur la formule ci-dessus. Agir par affection et penser pour agir.

C'est une sorte de sensualisme.

Les positivistes admettent la prépondérance du cœur par l esprit.

Ils n'admettent pas la distinction établie par Gall entre les sentiments et les penchants.

Pour eux, la vie aff"ective stimule et règle toute existence et elle se décompose en : Personnalité, - commune à tous les animaux, el en Sociabilité, - comprenant l'égoïsme et l altruisme, propre aux espèces élevées, surtout à l'homme, etc.

Les positivistes admettent 18 fonctions cérébrales comme constituant le tableau systématique de l'âme. Ce sont :

(1) Nihil est in inlellectu niiod non prius fneni in sensu.

I DE l'empirisme — A. COMTE ET LE POSITIVISME 515

L'instinct nutritif, sexuel, maternel, militaire, industriel; — l'orgueil, la vanité, l'attachement, la vénération, la bonté, la conception synthétique, la conception analytique, la généralisation, la systématisation, la communication, le courage, la prudence, la persévérance.

D'après A. Comte, « l'ensemble de ces 18 organes cérébraux constitue l'appareil nerveux central qui d'une part stimule la vie de nutrition, et d'une autre part coordonne la vie de relation en liant ses deux sortes de fonctions extérieures. Sa région spéculative communique directement avec les nerfs sensilifs et sa rpgion aciive avec les nerfs moteurs. Mais sa région affective n'a de connexité nerveuse qu'avec les vis'-ères sensitifs, sans aucune correspondance immédiate avec le monde extérieur, qui ne s'y lie qu'à l'aide des deux autres régions. Ce centre essentiel de toute l'existence humaine fonctionne continuellement, d'après le repos alternatif des deux moitiés symétriques de chacun de ses organes. »

« Envers le reste du cerveau, l'intermittence périodique est aussi complète que celle des sens et des muscles. Ainsi l'harmonie vitale dépend de la principale région cérébrale, sous l'impulsion de laquelle les deux autres dirigent les relations passives et actives de l'animal avec le milieu. »

Il faut le concours harmonique de toutes les fonctions, mais pour cela il faut qu'il y ait synergie cérébrale et de tout l'organisme.

A. Comte admet huit sens au lieu de cinq : ce sont :

Un sens général, — qui est le Tact, et sept sens spéciaux, — qui sont : la Musculation, la Gustation, la Calorition, l'Olfaction, l'Audition, la Vision et l'Electrition (1).

Le cerveau subit deux sortes d'influences simultanées émanées du corps, influences transmises au cerveau par les nerfs et par les vaisseaux.

Le cerveau se rattache encore au corps par les nerfs spéciaux de la nutrition. « Ces nerfs, dit Comte, remplissent envers la nutrition un office de perfectionnement analogue à celui des nerfs moteurs pour les fonctions musculaires. »

En résumé : il y a deux sortes de rapports mutuels entre le physique et le moral :

1° Par les nerfs sensitifs et les vaisseaux, l'influence générale ou spéciale des viscères se transmet au cerveau; ^ 2° Par les nerfs nutritifs et moteurs, l'appareil cérébral modifie l'existence organique.

Le grand sympathique dont chaque filet est constitué par des filets

'I) A. Comte. Politique positive, l. IV, p. 235.

sensilifs, moteurs et nutritifs augmente et concentre la solidarité dans les espèces plus élevées. — De là, l'utilité de reconnaître dans l'organisme une vie végétative et une vie cérébrale, ce qui est à peu de chose près la théorie de Biehat,

La théorie ■positive de la maladie se trouve surtout dans les écrits des disciples de Comte.

Toute conception biologique repose sur une harmonie nécessaire entre l'être et le milieu où il vit.

Il faut une harmonie entre la vie végétative ou animale et la vie cérébrale. Il faut l'équilibre cérébral et viscéral. Il faut aussi l'hiirraonie des solides et des liquides.

(( Cette harmonie est plus compréhensible lorsque les éléments se trouvent ramenés aux trois formes celluleuse, fibreuse et tubuleuse qui correspondent à la vie nutritive, à la contractilité et à l'excitation ou transmission nerveuse (4). »

La constitution anatomique comprend les éléments, les tissus et les organes.

Il faut la solidarité des fonctions suivantes : 4" à&nsV absorption : l'élaboration et l'assimilation.

2° Dans l'exhalation : la dépuration, l'excrétion et la circulation.

Pour A. Comte « la santé résidant dans l'unité, la maladie résulte toujours d'une altération de l'unité, par excès ou défaut d'une des fonctions enharmonie... Le désordre peut provenir du dehors ou du dedans, quand les limites normales de variation se trouvent dépassées en un sens quelconque, par une action prolongée soit du milieu, soit de l'organisme... » « Chez les occidentaux actuels, même masculins la maladie doit donc être attribuée habituellement au centre cérébral qui domine mieux l'ensemble de l'organisme et d'ailleurs fonctionne davantage. ..mais on esthabituellement trompé sur le vrai siège de la maladie parce que les symptômes affectent rarement les fonctions cérébrales, sauf les cas de grand danger (2). y>

« Puisque la région affective domine dans l'état normal il faut s'attendre à la voir prévaloir dans les perturbations qui peuvent compromettre l'existence de l'être, d'autant plus que l'exercice de celte région est seul continu. (Audiffrent.)

Selon que le défaut de stabilité cérébrale ou viscérale persiste plus longtemps, la maladie est chronique ou aiguë.

VAtaxie est la conséquence de la rupture profonde du consensus cérébral.

(1) Audiffrent. Appel aux médecins, p. 9'i.

(2) Id., Ib., p. 172, Correspondance û'A. Comte.

iDE l'empirisme — A. COMTE ET LE POSITIVISME 715

La Putridité résulte de la suspension des fonctions centrales, qui laisse sans stimulation les phénomènes nulrilifs.

(( Lorsque la constitution est déjà vivement ébranlée, la plus légère cause, agissant sur certains organes prédisposés, peut y appeler toute l'activité cérébrale et susciter des accidents plus ou moins graves, en privant les organes les plus importants de leur stimulation nécessaire (1) ». Ainsi se doivent expliquer les repercussions humorales dans le cours de quelques affections goutteuses ou rhumatismales, les morts subites à la suite d'amputations, etc.

Les CéOnstitutions médicales inflammatoire et bilieuse sont ' dues aux influences climatériques, tandis qiie la constitution catarhale semble provenir de la décomposition sociale , consistant dans un état d'éréthisme nerveux et dans une altération des humeurs.

L'École positiviste admet trois sortes de symptômes ou maladies correspondant à nos trois modes d'existence végétative, animale et sociale.

résultant d'une altération des fonctions d'élaboration (2).

— d'assimilation.

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