PREMIÈRE DESCRIPTION DE LA VARIOLE KT DE LA ROTJGEOLE
Au vi" siècle, entre Oribase et Aétius, en 541, il y eut une épidémie très-grave qui ravagea l'Egypte , la Palestine, l'Italie et la Turquie et dont les historiens Procope et Evagre nous ont laissé une description assez embarrassée. De la fièvre , du délire ou de la léthargie, des taches noires de la peau et des bubons de l'aine, des aisselles et de l'oreille rapidement suivis de la mort en étaient les principaux symptômes. Chez d'autres, à Antioche, ces symptômes étaient tout différents : c'étaient la rougeur des yeux, la bouffissure du visage, une angine et les bubons — comme complication on y remarquait des exanthèmes particuliers que l'on appelait Variolas ou Millinas, corales pustula. N'était-ce là qu'une seule épidémie ou n'y en avait il pas plusieurs au même moment? cela se voit encore aujourd'hui. Cette supposition me paraît infiniment plus probable, et il est à croire que c'était là une épidémie de peste pendant laquelle il y eut aussi des cas de variole avec ses pustules, de scarlatine grave avec angine et bubons et enfin de rougeole.
Quoi qu'il en soit, d'après Sprengel, la variole exista en France en 555 (tom. IV, Tableau chronologique, etc.), en 572, il y eut en Arabie une peste accompagnée de petite vérole et de rougeole (tom. II, p. 199); c'est delà que datent les renseignements premiers que nous avons sur ces deux maladies. Le même auteur rapporte que c'est dans un livre perdu, les Pandectes de Ahrum, que se trouve la première description de la petite vérole d'après laquelle Rhazès a l'ait la sienne (p. 267), puis dans Mesue (p. 272).
Le livre de Rhazès qui est plus connu est celui qui renferme aussi la première description de la rougeole. Comme j'ai reproduit textuellement ces descriptions dans mon analyse de Rhazès (tom. I, p. 248), je n'y reviendrai pas ici.
Qu'il me suffise de constater que la variole et la rougeole n'étaient pas connues de l'ancienne médecine de la Grèce, qu'elles semblent originaires d'Arabie et que c'est de là qu'elles sont venues en Occident, ainsi que la découverte de l'inoculation, dont il est pour la première fois fait mention par l'École de Salerne.
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Au mois de septembre 1486, sous le règne de Henri VII, parut en Angleterre une maladie épidémique singulière, très-grave, caractérisée par des sueurs abondantes. — Elle faisait périr presque tous ceux qu'elle frappait et la mort avait lieu en inoins de 24 heures. Ce sont des historiens étrangers à la médecine qui en ont fait la mention : Polydor, Vergil, Anglic (Histor., lib. XXVI, p. 56.1534), Bacon Vtrulam (Hist. Henric, VII), — Rapin's geschichte, etc., c'est-à dire Histoire d Angleterre (tom. IV, pag. 151). ^ Elle reparut en 1514 et en 1528, puis elle gagna la Hollande, l'Allemagne, la Pologne et la France. — Ce n'est qu'après avoir ainsi ravagé presque loute l'Europe, et longtemps après ces mentions empruntées à divers historiens , qu'elle a été décrite d'une façon positive par Welsch de Leipsig en 1652. (Historia medica novum piierperarum morhum continens. Leipsig, 1652.) Quant à la suet/e anglaise, sa première description est de Kaye et elle date de 1 721 , —En France, c'est Bellot qui, en 1 733, l'adécrite le premier (An febri putridse picardis suette dictae sudorifera, in-4"', Paris, 1733.)
Cette maladie très-courte, promptement mortelle, commençait par une prostration excessive avec syncopes, quelques frissons, une grande soif, une chaleur dévorante et des sueurs tellement considérables qu'elles traversaient le lit. — De là une faiblesse excessive, le coma et la mort en quelques heures. Si le malade résistait , une éruption miliaire se montrait sur la peau.
Telle était la suette anglaise au xv^ siècle, telle on la retrouve encore aujourd'hui quand elle se présente çà et là en France à l'état épidémique. — Elle est un peu atténuée dans ses symptômes, un peu moins grave, mais c'est tout. Aujourd'hui comme alors on la guérit avec des rafraîchissants, des toniques et surtout en ne couvrant pas les malades.