‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicales (volume 2)Chapitre 93 sur 119 · MÉZERAI ET LA COQUELUCHK AU XV* SIÈCLR · texte numérisé non relu

MÉZERAI ET LA COQUELUCHK AU XV* SIÈCLR

Au XV* siècle apparut pour la première fois en Europe une maladie tout à fait inconnue, et dont la mention nous a été laissée par des personnes étrangères à la science. Dans sa détermination le vulgaire en savait autant que les médecins, il suffisait d'entendre tousser quelqu'un pour faire le diagnostic de la maladie. Il s'agit de la Coqueluche.

D'après Mézerai {Abrégé d'histoire de France, lom. II, p. 215, Paris, 1G90), celle maladie parut en France en 1414 sous forme épidémique, et elle fit périr un grand nombre, d'enfants. Elle revint en 1510, 1514, 1557 el depuis lors elle n'a plus cessé d'exister soit à l'étal de maladie épidémique, soit comme maladie isolée.

On a dit qu'un passage du livre VI des Épidémies d'Hippocrate s'appliquait à la Coqueluche, mais il faut toute la bonne volonté des commenlateurs ignorants pour arriver à cette conclusion. Avicenne parle d'une toux violente des enfants qui faisait cracher le sang et rendait le visage bleu (Liber canon, lom. X, lib. III, tract. III, Basil. , 1556). Cela ressemble assez à la Coqueluche, mais je n'en repondrais pas autrement. Il en est de même des affirmations de Rosen qui croit que la Coqueluche a passé de l'Afrique et des Indes Orien laies en Europe, des suppositions d'Ozanam sur les épidémies de toux catarrhale qui régnèrent en Italie et dont parle Buono Segni dans son Histoire de Florence, des affections calarrhales signalée en Toscane et à Montpellier, en 1387 el 1400, par Valesco de Tarente. Tout cela n'est pas la Coqueluche.

Si la maladie a existé antérieurement au xv° siècle, elle n'a pas été décrite et en raison même de la netteté de ses symptômes, il est bien difficile de croire qu'elle ait pu échapper aux recherches médicales. — La preuve de sa nouveauté, comme importation en Europe et en France, c'est la première mention qui en est faite par les chroniques el les historiens, c'est-à-dire par les Empiriques.

Ce n'est qu'à partir du xyi»^ siècle qu'elle fut décrite médicalement avec tous ses caractères, par Baillou, liv. des Épidémies, 1578, par François Valleriola, 1604, et par tous ceux qui s'occupaient des choses de la médecine.

Dès qu'on voyait un enfant tousser avec des quintes convulsives, entrecoupées d'inspirations sonores, sifflantes, avec cyanose, suffocation el rejet par la bouche de mucosités purilormes on pensait qu'il y avait de la Coqueluche. Gela est encore vrai aujourd'hui. — Le uial a été plus complètement étudié peut-être, mais sa forme n'a point encore changé.

Signalée par le vulgaire lout surpris de celle forme de toux convulsive, baptisée par lui, l'observation el l'empirisme de la foule en ont d'abord fait connaître les symptômes. Puis les médecins ont fait le reste et ils nous ont donné les descriptions si complètes que nous possédons aujourd'hui.

JOINVILLE, JEAN ECHTIUS ET LE SCOUBUT, AU Xfll'- KT AU XVP SIÈCLE

Sprengel ne croit pas que le Scorbut ait été connu des anciens. Ni les accidents produils par la grosse rate signalés par Hippocrate (Des Maladies, sect. V), ni la Slomacace de l'armée de Germanicus sur le Rhin, près de la mer, dont parle Pline {Histoire naturelle, lib. XXV. cap. 3) ne sont des caractères suffisants pour spécifier cette maladie.

La première description date de 1250 et elle est de Joinville dans le Voyage de saint Louis en Palestine (p. 57). « Nous vint une grant persécution et maladie en l'ost : qui estait telle que la chair des jambes nous desséchait jusques à l'os et le cuir nous devenait tanné de noir et de terre, à ressemblance d'une vieille houze, qui a esté longtemps mucée derrière les coffres En oultre, à nous autres, qui avions cette mriladie nous venait une autre persécution de maladie en la bouche de ce que nous avions mengée de ces poissons et nous pourrissait la chaire d'entre les gencives dont chacun estoit orriblement puant de la bouche. Et en la fin, guères n'en eschappoient de cette maladie que tous ne mourussent. Et le signe de mort que on y congnoissoit continuellement, estoit quand on se pnmoit à saigner du neys ; et tantoust on estoit bien asseuré d'estre mort de brief. »

Il y a aussi en 1467 celle de Vasco de Gama dans sa relation de voyage aux Indes Orientales par le Cap de Bonne-Espérance; cent hommes sur cent soixante de l'équipage moururent de cette maladie.

Différentes chroniques parlent aussi du scorbut, mais tous ces récits d'un empirisme étranger à la médecine n'ont d'autre importance que la constatation du fait de la maladie nouvelle.

C'est en 154-1 seulement que parut la première description spéciale de Echtius sur ce mal qui jetait l'épouvante dans les populations, et qui devait se généraliser pendant plusieurs siècles, jusqu'au moment où les progrès de l'hygiène devaient le faire disparaître. Tous les symptômes y sont racontés avec une grande exactitude et sa cause même qui est attribuée à une nourriture malsaine et grossière amenant l'altération du sang est bien celle que nous admettons aujourd'hui (Joann Echlii. De scorbuto vel scorbuticœ passiove Epitome, 1541).

Après Echtius, Wieren 1557; Rousseous en 1564; Eugalenus en 1588, Daniel Seunert, Langius, Alberli, etc., ont reproduit celle des-

cription augmentée de leurs propres recherches, et c'estainsi que la science faite sur ce point s'est transmise jusqu'à nous par d'innombrables redites inuliles à mentionner ici.

Ce qu'il faut dire seulement c'est que le Scorbut, maladie endémique et épidémique des populations de terre et de mer, ne sera bienlôt plus qu'un souvenir historique. — Après avoir exercé les plus grands ravages pendant trois siècles, sous l'influence de la mauvaise nourriture, du froid, de l'humidité et de la fatigue, l'hygiène a prescrit une alimentation plus saine qui l'a fait presque entièrement disparaître. — Les marins des pays civilisés n'ont plus rien à craindre de ce fléau redoutable ; sur la terre ferme, il n'existe plus qu'à l'état sporadique, et nul doute qu'en améliorant le bien-être des populations on ne puisse en empêcher le retour.

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