‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 11 sur 124 · BOUCHOT · texte numérisé non relu

BOUCHOT

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livres. Une commission, nommée par le gouveruement du Bengale, ayant rétoqué ces faits en doute, H. Esdaile répéta ses opérations devant les commissaires, dans un hôpital mis à sa disposition par le gouvernement. Or, voici en quoi consistait le procédé suivi par M. Esdaile pour rendre ses malades insensibles à la douleur de l'opération .

Le patient étint couché sur un lit assez bas, dans une chambre un peu obscure, un individu quelconque du service, le plus souvent un serviteur nègre, se place debout à la tète du lit et s'incline en avant, jusqu'à ce que son visage soit placé immédiatement au-dessus du visage du malade. Il demeure dans cette attitude fixe pendant un quart d'heure ou une demi-heure, en faisant, par intervalles, avec les mains, des passes sur la tète ou sur la poitrine.

Le patient finit par tomber ainsi dans un état de catalepsie et d'insensibilité qui permet de pratiquer sur lui, sans douleur, les opérations les plus longues. H. Esdaile se servait aussi, pour arriver au même résultat, de ce qu'il nommait le procédé européen^ qui consistait dans l'emploi des passes et manipulations diverses qui sont propres à nos magnétiseurs. L'auteur ajoute que ce dernier procédé réussit surtout «*.hez les Européens, tandis que le premier s'applique mieux aux indigènes.

Quand on considère que le visage du nègre indien^ qui fiait fonc*' tion de mesmériste^ se tient incliné et immobile un long espace de temps au-dessus du visage du patient, ses yeux étant fixés sur les yeux du malade, il devient évident que l'état physiologique provoqué par ce moyen de fascination n'est autre chose que le sommeil nerveux.

Un autre fait, que l'on peut invoquer à propos du môme sujet, c'est celui que présentent les moines du mont Athos, qui se jetteat dans de longues extases cataleptiques, prolongées par eux à volonté, en se regardant fixement l'ombilic. On ne peut attribuer qu'au sommeil nerveux l'état extatique provoqué chez ces moines par cette singulière contemplation.

t Les fakirs des grandes Indes tombent en catalepsie en se regar» dant pendant un quart d'heure le bout du nez. Au bout de ce tempe une flamme bleuâtre semble leur apparaître, dit-on, à l'extrémité du nez, et bientôt la catalepsie se manifeste. C'est évidemment grâce au sommeil nervsux, que les fakirs indiens peuvent conserver pendant un temps si considérable ces attitudes et ces poses extraordinaires qui leur attirent le respect et l'admiration de la multitude, i (L. Figuier, Histoire du merveilleux ^ t. III, p. 371.)

Mais voici qui est encore plus curieux, et qui se rapproche on-

MYSTICISME MâDICAL ET THÉURGIE 35

core dairantage de Thypnotisme : c Dans une lettre adressée du Caire, au mois de Février 1860, au rédacteur de la Gazette médicale de PariSy par le docteur Rossi, médecin du prince Halem-pacha, on trouve des détails précis sur les procédés que les sorciers d'Egypte emploient pour obtenir le sommeil accompagné d'insensibilité : € Dans cette contrée des traditions, écrit M. le docteur Rossi, dans ce pays où ce qu'on fait aujourd'hui s'y fait déjà depuis quarante siècles, se trouve une classe de personnes qui font leur profession du fnandeb. Les effets qu'ils produisent, méprisés jusqu'à ce jour par le mot banal de charlatanisme, sont les mêmes que M. Braid a aBBoncés dernièrement. Bien plus, comme vous l'aviez pressenti par inductions scientiûques, dans leurs mains l'hypnotisme n'est que le premier anneau de la chaîne phénoménale qui se clôt par les phé- Bomèoes du somnambulisme magnétique.

» Voici comment ils opèrent :

» Ds font usage généralement d'une assiette de faïence et parfaitement blanche. C'est l'objet lumineux de M. Braid. Dans le centre de cette assiette ils dessinent, avec une plume et de l'encre, deux triangles croisés l'un dans l'autre, et remplissent le vide de ladite figure géométrique par dès mots cabalistiques : c'est probablement pour concentrer le regard sur on point limité. Puis, pour augmenter la lucidité de la surface de l'assiette, ils y versent un peu d'huile.

» Ils choisissent en général un jeune sujet pour leurs expériences, et ils lui ordonnent de fixer le regard au centre du double triangle croisé. Quatre ou cinq minutes après, voici les effets qui se produisent. Le sujet commence à voir un point noir au milieu de l'as^ tâette; ce point noir granlit; quelques instants après, change de forme, se transforme en différentes apparitions qui voltigent devant les yeux. Arrivé à ce point d'hallucination, le sujet acquiert souvent une lucidité somnambulique aussi extraordinaire que celle des magnétisés.

> Il y a pourtant des cheks (ceux qui produisent ces phénomènes sont vénérés comme cheks) qui, plus simples dans leurs apparats, sans recourir aux figures géométriques et aux mots cabalistiques, font tout bonnement de l'hypnotisme et du somnambulisme à h manière de M. Braid, en faisant fixer le regard du sujet dans une boule de cristal-, et comme ils n'ont pas unCharrière pour leur confectionner quelque joli appareil, ils emploient une de ces boules qui servent, dans- certaines maisons, de lampes en y mettant de l'huile. » (L. Figuier, Histoire du merveilleux^ t. III, p. 373.)

Pareil phénomène s'obtient chez les coqs, dont on tient le bec par terre à l'extrémité d'une ligne blanche qu'ils sont obligés de regar-

der pendant longtemps. Ces animaux perdent bientôt connaissance, deviennent insensibles, et on peut les manier ou les tourner comme on veut.

Si le sommeil, la catalepsie, l'extase et l'insensibilité ne se produisent pas chez tous ceux qu'on soumet à l'expérience, ils se produisent dans la moitié des cas, surtout cbez les sujets nerveux, et particulièrement chez les femmes, comme dans le magnétisme animal. Cela suffit pour montrer l'analogie des phénomènes et presque leur identité. J'ajouterai qu'il n'en faut pas plus pour démontrer que le fluide magnétique n'existe pas ; que les merveilles de Mesmer, de Cagliostro, de M. de Puységuret de tous les magnétiseurs, que celles des tables tournantes, des médiums et des spiritistes sont des phénomènes vrais, quoique souvent mélangés de simulation, et que dans leur réalité ils n'ont rien que de naturel et d'explicable par les troubles du système nerveux.

La sympathie et les actions réflexes, telles sont les causes du sommeil cataleptique, anesthésique et extatique observé chez les démoniaques, chez les somnambules, chez les malades et chez les fous.

Quoi que fassent les spiritistes et les esprits amoureux de la superstition, enclins à voir le surnaturel et des prodiges là où un examen plus attentif fait découvrir l'exercice des forces ordinaires, si admirables, de la nature et de l'organisation, le merveilleux s'en va, et n a plus d'asile que dans les âmes faibles et chez les peuples sauvages ou encore au début de la civilisation.

En efl'et, ce qui s'est passé, il y a deux mille ans, et ce qu'on a vu au moyen âge, se reproduit encore aujourd'hui de la même manière. La démonologie existe dans la Savoie du xix' siècle, et nous retrouvons actuellement les prodiges de la théurgie antique chez les peuplades sauvages de TAmérique, où la civilisation n'a point encore pénétré.

ij IX. — DU MYSTICISME MÉDICAL CHEZ LLS PEAUX ROUGES DU XIX« SlfcCLK.

Chez les Indiens de rAmérique, la médecine ne se sépare point de la religion. Elle consiste à prier, à chanter, à danser et à fumer pour la guérison des malades. D'après Tabbé Domenech (voy. Gazette hebdomadaire, 4862, n^ 20 et 28), qui, en 48G2, a publié le récit de son voyage dans les déserts du nouveau monde, la médecine et la religion, filles du ciel, émanées du sein du grand esprit, ont été données aux hommes par Monabodzo^ et s'exercent dans des temples, qui ne sont autre chose que de véritables cabanes, aussi appelées loges de médecine.

Chez les Pawnis, la loge de médecine esl consacrée au culte d'un oiseau symbolique, fétiche représentant de Tétoile du matin, et qu'il faut invoquer dans les occasions importantes. Cet oiseau, ou plutôt ce fétiche est une sorte de boite contenant des plantes aromatiques, dont le parfum est agréable au grand esprit, et qui possèdent le pou- Toir de fermer les blessures, de soulager les maux. On le désigne sous le nom de sac à médecine. Indépendamment de ceux qui sont l'objet d'un culte public dans les loges, il en est d'autres que chacun porte avec soi en guise d'amulettes ou de talismans. On ne les a pas sans initiation, et celui qui perd le sien devient un objet de mépris. Pour se réhabiliter, il faut en prendre un autre sur le corps d'un ennemi tué de sa main.

Comme le sac à médecine ne préserve pas toujours de la blessure ni des maladies, il y a des hommes médecines qui se chargent du soin de les guérir. Ces hommes médecines sont des sortes de prêtres, de médecins, de magiciens, de sorciers, qui en même temps expliquent les augures et prédisent l'avenir. Ils pratiquent des pénitences très^goureuses, se mutilent, possèdent et vendent des charmes, et président à toutes cérémonies religieuses ; ils dirigent les danses, les chants et môme font tomber l'eau du ciel.

Les épreuves d'admission à ce titre sont très-difficiles, et chez les Dacotas elles sont extrêmement barbares. Le candidat, auquel on a fait sur la poitrine deux incisions dans lesquelles on passe des brochettes de bois, esl attaché par ces brochettes à une corde fixée à une perche de 8 à 10 mètres, et on le suspend un peu au-dessus du sol, les pieds touchant à peine la terre, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Pendant tout ce temps, il tient son sac à médecine à la main, regarde le soleil et reçoit des cadeaux, tels que, hache, fusil, pipe, mocassins, qui sont mis à terre, et qu'il prend à la fin du jour, quand on le décroche. On les admire d'autant plus, qu'ils ont montré beaucoup de courage et de sang-froid. Quant à leurs connaissances, elles sont à peu près nulles, et ils ne savent qu'un peu d'anatomie apprise en disséquant des animaux. Quant à leur pathologie, elle se résume dans cet aphorisme : € La cause des maladies est due à l'esprit d'un animal malfaisant qui s'introduit daLs le corps de l'homme, n

Pour visiter les malades ils ont un costume particulier, fait avec une poau d'ours jaune, qui les couvre presque entièrement. Ils s'attachent autour du cou, de la ceinture et des bras, une foule d'animaux empaillés et de serpents à sonnettes^ crapauds, chauves-souris, chouettes, canards, etc. Dans leurs mains se trouvent le tambour à médecine et la lance magique^ bâton à l'extrémité -duquel sont

sospendnes des dépouilles de rats, de lézards et de couleuvres.

Si la maladie est légère, Us emploient les infusions et les décoctiiHis de plantes, le sassiafras, par exemple, contre la pleurésie. Ils purgent avec l'euphorbe et Thuile de ricin. Ils emploient les douches, les frictions, et quelquefois la saignée, qui est faite avec uo couteau ou un silex aigu. Dans quelques cas ils ont recours à des passes qui ressemblent beaucoup à celles du magnétisme.

Quand le cas est grave, le médecin se livre à des gambades, des sauts, des contorsions et ces cris, en tournant autour du malade ou en le faisant tourner lui-même. Cest la danse de la médecine.

D'autres fois la danse est remplacée par des chants lugubres, que les assistants accompagnent au son du tambour. Ensuite le malade 66t étendu sur le dos, massé, frictionné, et Ton écrase sa poitrine pour faire sortir le mal par la bouche. C'est une espèce d'exorcisme pour chasser l'esprit malfaisant qui est dans le corps du malade et qui est la cause de tout le mal.

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