LA OUÉRISON DES MALADIES
A l'influence de l'imagination qui crée les maladies et qui les fait disparaître, il faut, pour bien comprendre tout ce qui est relatif à l'histoire de la théurgie et du mysticisme médical, et des qualités thérapeutiques occultes accordées à la matière, tenir compte d'une autre disposition de Tesprit, qui exerce une action tout aussi réelle tant sur la production des maladies que sur leur propagation et sur leur guérison : je veux parler de Vimitation, On ne tient pas, en toute chose, à faire comme son voisin, mais un sentiment irrésistible y pousse l'individu, et, en bien comme en mal, chacun, plus ou moins, fait instinctivement ce qu'il voit faire. L'imagination n'y est pour rien, et la pensée subjugée impose aux organes la reproduction involontaire des actes accomplis par un autre. Comme l'imagination, l'imitation est la source d'un grand nombre de maladies, surtout des névroses convulsives et mentales, mais il faut dire aussi qu'elle peut être l'instrument de leur guérison.
c La vue des angoisses d'aultrui m'angoisse matériellement, et a mon sentiment souvent usurpé le sentiment d'un tiers ; un tousseur continuel irrite mon poulmon et mon gosier. > (Montaigne.)
C'est dans l'humanité l'histoire de Panurge et de ses moutons : t Panurge, sans auUre chose dire, jecte en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les autres moutons, criant et bellant en pa* reille intonation, commencèrent soy jecter et saulter en mer après à la file. La foule estoyt à qui premier y saulteroyt après leur compaignon. Possible n'estoyt de les en guarder. Comme vous scavez estre du mouton le naturel toujours suivre le premier ^quelque part qu*U aille. D (F. Rabelais, Pan(a^n«e/, liv. IV, chap. viii.)
L*ifmtation produit toutes les névroses, et à ce titre il n'est pas surprenaut qu'elle ait produit les épidémies de folie suicide, de conTolsions, de démonomanie, de lycanthropie, etc., dont l'histoire a gardé le souvenir.
Ce n'est pas seulement de nos jours qu'on a constaté l'influence de l'imitation sur la production et la guérison des maladies.
En effet, deux cents ans avant la guerre de Troie, on vit les filles de Prœtus en proie à des attaques d'hystérie, qui erraient à travers les campagnes, se croyant clian^^ées en génisses; bientôt, la maladie se propageant, ce fut une véritable épidémie de lycanthropie parmi les femmes d'Argos. Le berger Hélampe parvint à guérir les filles du roi. Ayant remarqué que ses chèvres se purgeaient en mangeant de fellébore, il eut l'idée d'en faire prendre à ses malades.
Ensuite, pensant qu'une grande fatigue musculaire ne ferait que compléter la cure, il les fit poursuivre à outrance par de jeunes garçons.
Il obtint ainsi une guérison complète, et bientôt l'épidémie cessa d'elle-même. Prœtus, en récompense d'un si grand service, voulut lui donner une de ses filles en mariage, mais Mélampe n'accepta qu'à la condition que son frère aurait la même faveur et qu'il épouserait une des Prœtides.
Nous trouvons dans Plutarque le récit d'une épidémie de suicide qui régnait chez les filles de Milet.
Elles avaient adopté un lieu spécial où chaque jour un grand Dorobre d'entre elles venaient se pendre. 'Pour arrêter cette triste monomanie, il ne fallut rien moins qu'un édit de la république qui ordonnait d'exposer à nu, en public et la corde au cou, le corps des filles qui se seraient pendues. Les magistrats, en frappant Timagination populaire de terreur par l'idée d'une profanation, réussirent ainsi à arrêter les suicides qui dépeuplaient leur ville.
A une époque beaucoup plus rapprochée de la nôtre, on a vu un fait du même genre se produire à Lyon ; de nombreuses jeunes filles se précipitèrent dans le Rhône, choisissant toujours le même lieu pour leur suicide.
Un autre fait analogue a existé en Artois. Une jeune fille s'étant Dovée dans une mare, celle-ci devint bientôt un lieu de prédilection que choisirent plusieurs jeunes filles qui recherchaient la mort avec une sorte d'avidité.
Dernièrement, il y eut, à la maison de détention de la Roquette, une épidémie de suicide parmi les jeunes détenus. Un enfant, désespéré par la dureté de la discipline, eut l'idée de mettre fin à ses jours ; il parvint à s'échapper de son cachot et se précipita du haut
d'un pont qui conduit à la chapelle. Peu de jours après, on coustala un nouveau suicide dans le même endroit, puis un autre, jusqu'à ce qu'enfin on ait contruit une clôture capable de mettre fin àcette sorte de monomanie.
Tout le monde connaît l'histoire de cette fameuse guérite qu'on fut obligé de brûler ; car depuis qu'un soldat s'y était brûlé la cer* velle, plusieurs de ceux qui y montèrent la garde suivirent ce funeste exemple.
Il en est de même de cette porte des Invalides, où un grand nombre de vétérans mirent fin à leurs jours depuis que l'un d'entre eux s'y était pendu. On ne put arrêter cette folie suicide qu'en détruisant la porte.
De tous ces faits où l'imitation joue un si grand rôle, on peut rapprocher ceux qui se passaient au moyen âge. L'histoire du vampirisme et delà lycanthropie en offre des exemples curieux. •
On voyait des hommes errer dans les forêts, se prétendant changés en loup, ou s'accuser de sucer le sang des enfants et de manger de la chair humaine.
Tous les faits que je viens d'indiquer se sont souvent reproduits, mais il en est de moins connus et qui n'en sont pas moins intéressants.
L'un d'eux, observé après la bataillede Lulzen, aété l'objet d'un curieux conûitentre l'autorité de Larrey et l'omnipotence de Napoléon I*'.
Le lendemain de la victoire, dans le compte rendu du chirurgien en chef Larrey, l'empereur s'aperçut que beaucoup de jeunes soldats, parmi les nouvelles recrues, avaient à la main des blessures qui n'étaient pas ordinaires et qu'il crut n'être pas le résultat du combat. Suspectant là des mutilations volontaires, épidéraiques et contagieuses, accomplies dans le but d échapper au service militaire ; encouragé d'ailleurs dans cette funeste pensée, par quelques-uns de ses généraux, il entre en colère, et, pour arrêter le mal à ses débuts par une vigoureuse intimidation, il ordonne de décimer les blessés en fusillant ceux que désignerait le sort. Aussi humain que courageux dans la circonstance, Larrey veut persuader à Tempereor qu'il se trompe, et il insiste avec une telle vigueur, que l'empereur le congédie presque en disgrâce en lui demandant un rapport pour le lendemain.
Larrey se retire et fait le rapport exigé. Il revient alors, sûr de lui-même, certain de faire cesser le mal que veut atteindre l'empereur, sans recourir à aucune violente extrémité. 11 attribue à la maladresse ei à l'inexpérience des armes ce que l'empereur croyait
être an lâche effet de la préméditation, et il réussit à sauver la vie de ces malheureux soldats.
Le même phénomène de mutilation volontaire s*est reproduit de nos jours en Afrique. Un soldat s'étant fait sauter l'index, il est bientôt imité par un grand nombre de ses camarades. On fut obligé de disperser le régiment. Mais le bruit de ces mutilations s'étant répandu, on les vit, pendant quelque temps, se reproduire dans divers endroits. {Gaz. méd., 1838.)
C'est à rimitation qu on doit rapporter aussi tous les phénomènes des conYulsions qu'on a observés à Saint-Guy, dans les Cévennes, sw le tombeau du diacre Paris, etc., de même que ceux qui se passaient autour du baquet de Mesmer.
Tai également publié plusieurs faits très-intéressants de convulsions, dont la cause doit certainement être attribuée àTimitation. En foici, du reste, quelques-uns que je reproduis ici :
An mois de juin 1848, à l'époque de nos discordes civiles, lorsque tant d'ouvriers sans ouvrage étaient dans le besoin, le gourvernement provisoire eut l'idée de créer des ateliers nationaux de femmes, où l'on pourrait faire fabriquer les chemises de la troupe moyennant un modique salaire quotidien. Plusieurs ateliers furent oaverts : l'un d'eux fut installé au bout de la rue de Grenelle, dans le vaste manège de M. Hope.
Quatre cents femmes furent installées dans ce manège, dont la qnantiié d'air fut mesurée et fixée à 5000 mètres cubes, ce qui donnait environ 12 mètres cubes par ouvrière. De vastes fenêtres pratiquées dans la partie supérieure, près du toit, répandaient à profusion Fair et la lumière dans cette vaste enceinte.
La durée du travail était de dix heures, avec un repos de deux heures dans la matinée et un repos semblable après midi. Ce n'était pas là une règle bien pénible, et l'occupation n'était guère fatigante, ni exercée dans de mauvaises conditions de salubrité.
Malgré cela, au bout de quinze jours, on vint annoncer à la mairie que des accidents sérieux, alarmants pour la population, se maoiieaUient sur le personnel de l'atelier national du manège Hope.
Une des ouvrières perdit tout à coup connaissance, elle pâlit et eul des convulsions toniques et doniques dans les membres, avec SMxement des mâchoires. A l'autre bout du manège, une seconde owrière, qui n'avait pas vu la première, éprouva des accidents à peu près semblables; puis ce fut une troisième, successivement d'autres encore, prises çà et là dans cette immense assemblée; si bien qu'en denx heures il y eut trente de ces femmes, jeunes ou âgées, qu'on fui obligé d'emporter loin du manège. On allait les étendre en plein
air, sur Tesplanade des Invalides, alors couverte de gazon ; et malgré Tardeur du soleil et une atmosphère étouffante, sous l'influence 4'un peu d*eau fraîche, tous ces accidents nerveux cessèrent en vingt ou trente minutes, d'après ce qui me fut raconté.
Le lendemain, les malades de la veille revinrent à Tatelier pour reprendre leur travail.) Au bout de quelques heures, Tune d'elles fut de nouveau surprise par une perte de connaissance avec convulsions générales. Il y en eut une seconde, puis une troisième, et les mêmes phénomènes nerveux, à quelques nuances près, se montrèrent sur quarante-cinq personnes, qui furent portées à Tair et couchées sur le gazon de Tesplanade.De ce nombre, il y en eut beaucoup qui avaient été malades le jour précédent, mais l'affection nerveuse avait évidemment fait de nouvelles victimes.
Le troisième jour, mêmes accidents sur quarante ouvrières, et la population de ces quartiers ne put assister sans murmure à ce spectacle quotidien d'ouvrières accumulées dans ce vaste atelier de travail, et qui présentaient ainsi des accidents de syncope convulsive, pouvant, par la crainte de la mort, effrayer ceux qui ne sont pas familiarisés avec les malades. Ignorance ou malveillance, on entendit accuser le gouvernement provisoire de vouloir se débarrasser de ceux qu'il ne voulait pas avoir à nourrir; des menaces de vengeance se firent entendre et arrivèrent jusqu'à la mairie. Elle était ?alors dirigée par deux confrères, MM. Dujardin Beaumelz et Des Étangs, qui me donnèrent mission d'étudier ces accidents, pour en faire connaître les causes dans un rapport à M. le préfet de police. C'est ce que je fis aussitôt ; mais je revins pour observer la suite des événements et prendre des notes pécises sur les faits que j'avais signalés.
Je ne vis les malades qu'au troisième jour, lorsque cent quinze d'entre elles avaient déjà été affectées. Plusieurs avaient eu peu de <;hose. Au moment de ma visite, quelques-unes avaient repris l*usage des sens et ne ressentaient plus rien de leur attaque. Quinze étaient encore à peu près sans connaissance, étendues sur le gazon, au milieu d'une foule immense que ce spectacle avait profondément écnue etpassionnée. Toutes avaient le visage naturel ; quelques-unes étaient roides, immobiles, les yeux fermés, avec rigidité des membres, insensibles au bruit, aux odeurs, à la piqûre d'une épingle et le pouls très-ralenti. D'autres avaient des soubresauts du tronc, des secousses musculaires dans les membres, le même ralentissement du pouls et la même insensibilité des organes des sens. Je n'en ai pas vu qui eussent de vraies convulsions, ni les spasmes cyniques de certains cas d'hystérie ; aucune n'eut de pleurs ni de suffocation vé-
niable. Et quand, après avoir repris leurs sens, elles purent me nconter leurs sensations, elles me dirent qu'elles avaient été prises d'éloufiTement avec fourmillements des membres, de vertiges avec besoin d'air, crainte d'une mort prochaine, et alors qu'elles étaient tombées sans connaissance dans l'état convulsif que je viens de décrire.
Quelques-unes de ces femmes étaient antérieurement sujettes à des perles de connaissance ou à des attaques d'hystérie, mais il y en eut un grand nombre, et j'ai le regret de n'avoir pu les compter, qui furent prises pour la première fois de ces accidents nerveux.
Ne trouvant rien dans le manège qui pût expliquer ces accidents; aBCone mauvaise odeur, pas de chaleur excessive, le sol étant fréquemment arrosé, pas d'insuffisance d'air, puisqu'il y avait 12 mètres d'air par personne en plein jour ; pas d'accumulation d'acide carbonique, puisqu'une allumette brûlait à peu de distance de la terre, je pensai :
1* Que les accidents nerveux observés sur les ouvrières du manège Hope étaient des syncopes convulsives probablement de nature bvstérique;
-^9 Qu'ils étaient le résultat d'une contagion nerveuse;
3* Qu'il fallait renvoyer les ouvrières malades pour empêcher la propagation du mal à d'autres personnes ;
4* Qu'il fallait faire ventiler le manège au moyen d'ouvertures pratiquées dans le bas de la muraille.
Ces conclusions furent adoptées, et la peur du renvoi de l'atelier, l'absence de tout principe contagieux hystérique, ou la ventilation plus complète, firent immédiatement cesser la manifestion des syncopes convulsives.
Des laits du même genre se sont produits en 1801, à l'église de Montmartre, le jour de la première communion, et les syncopes convulsives contractées ainsi sous l'influence d'une émotion morale ont été, pour une enfant, le point de départ d'une épilepsie fort grave. Ce récit a son importance, comme on va en juger.
Le 9 juin 1861, les enfants de la paroisse de Montmartre étaient rassemblés pour la retraite de la première communion, qui devait avoir lieu le jeudi suivant, 13 du même mois. Il y avait dans l'église cent cinquante garçons et à peu près cent cinquante fille^s, ce qui pouvait faire cinq cents personnes avec les assistants.
Dès le premier jour, le sanctuaire n'étant pas encombré et nul exercice de piété n'ayant encore surexcité l'imagination des enfants, trois filles furent prises de perte de coimaissance et de mouvements convulsifs généraux qui durèrent quelques instants. C'était une syn-
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cope convulsWe. Il en fut de même aux offices du lendemain, 10, le matin et le soir. Le jour d'après, 11, les mêmes accidents se reproduisirent sur trois ou quatre autres jeunes filles ; le mercredi 12, les convulsions apparurent encore sur quelques jeunes filles. Les ecclésiastiques, craignant alors de trop exalter l'imagination de ces enfants, prièrent le prédicateur, jusque-là toujours réservé, de ne pas se laisser aller à aucun entraînement de paroles capables d'exciter la terreur ; il n'y eut là, par conséquent, aucune de ces intimidations morales auxquelles on a T habitude de se livrer pour inspirer Thorreur du vice en montrant les vengeances du ciel prêtes à punir le pécheur. Malgré ces précautions, le 13, jour de la première communion, an milieu d'une assistance nombreuse, évaluée à trois mille personnes, par une chaleur excessive, bien que foutes les fenêtres fussent ouvertes, douze ou treize jeunes filles furent prises de convulsions avec perte de connaissance; on fut obligé de les emporter hors de l'église. Prises çà et là dans l'assemblée sans se voir les unes les autres, elles poussaient un cri, tombaient en syncope, et se tordaient sur le sol. Chez quelques enfants, l'attaque dura peu ; mais il en est d'autres chez lesquelles la perte de connaissance dura une heure et demie, avec les apparences les plus graves.
Aux offices du soir, une vingtaine d'enfants furent prises comme le matin, avec les mêmes symptômes, durant de quelques minutes à une heure. On remarqua aussi que plusieurs de ces enfants étaient prises pour la deuxième ou troisième fois.
On amena à l'hôpital Sainte-Eugénie une de ces enfants, et dans mes salles j*ai pu l'observer avec soin.
Elle était prise trois ou quatre fois par jour, de céphalalgie, de vertige, de strabisme, suivis de syncope convulsive. Elle tombait n'importe où elle se trouvait, en se frappant avec violence sur le sol et en se faisant de très- fortes contusions. Le visage était rouge, la bouche tordue, écumeuse; il y avait du strabisme, et quelquefois l'enfant se mordait profondément la langue. Elle se débattait avec violence et se roulait comme une possédée sans connaissance, insensible au bruit et à la douleur; ses membres roidis se dressaient et s'abaissaient avec violence, puis au bout de dix minutes les accidents se calmaient pour reparaître avec la même force on cesser définitivement. Alors l'enfant revenait un peu à elle, restait abasourdie , étonnée, et comme endormie pendant une heure. Les yeux troublés ne voyaient que du feu, et, à la fin de chaque attaque, elle disait voir quelque temps devant elle un grand crucifix rouge» Il ne lui restait qu'un peu d'insensibilité aux avant-bras et aux mains.
A rexception de ces accidents, elle mangeait bien et paraissait en très*bonne santé.
Ces attaques convulsives épileptiformes ont duré près de deux mois et ont été guéries par des lavements de chloroforme administrés trois fois par jour.
Je pourrais multiplier indéfiniment les exemples de névroses dues à rimitation. Cela est inutile; mais disons, pour compléter le sujet, qu*il est aussi un grand nombre de phénomènes organiques qui sont sous l'influence de l'imagination.
Beaucoup de gens ne peuvent voir vomir devant eux sans avoir des nausées ou sans vomir; c'est ce qui arrive fréquemment à Foccasion du mal de mer dans les traversées pénibles. La toux de eoqueltAche est, comme sa cause, contagieuse au même degré, et j'ai vu plusieurs fois, dans mes salles de l'hôpital, des enfants malades, des enfants atteints de coqueluche tousser en même temps, dès que l'un d'eux avait donné le signal. Ce n'est cependant pas là une imitation vaniteuse, semblable à celle qui engendre un certain nombre de névroses mentales.
On ne peut voir bâiller quelqu'un sans bâiller soi-même. Le rire amène le rire .
On a vu le hoquet se reproduire par contagion, et, en 1698, à la Nouvelle-France, dans l'hôpital de Villamané, une fille entrée avec le hoquet et les convulsions transmit son mal, au bout de trois jours, à quatre autres filles affectées de maladies différentes.
Des cris, des miaulements se transmettent enfin de la même manière. On en verra la preuve dans le récit suivant.
« M. NicoUe a connu une maison religieuse où se sont produits des faits reuiarquables.
c C'était. une communauté très-nombreuse de filles, lesquelles se trouvaient saisies tous les jours, à la même heure, d'un accès de vapeurs, le plus singulier et pour sa nature et pour son universalité, car tout le couvent y tombait à la fois ; on y entendait un miaulement général par toute la maison, qui durait pendant plusieurs heures, au grand scandale de la relii^ion et du voisinage, qui entendait miauler toutes ces filles. On ne trouva pas de meilleur inoyen, plus prompt ni plus efficace, pour arrêter ces imaginations blessées, qu'en les frappant d'une impression qui les retînt toutes et toutes à b lois. Ce fut de leur faire signifier, par ordre des magistrats, qu'il y aurait à la porte du couvent une compagnie de soldats qui, au premier miaulement, entrerait dans le couvent, et que sur-le-champ ces soldats fouetteraient chaque fille qui aurait miaulé.
« Il n'en fallut pas davantage pour faire cesser cette ridicule
scène, car l'imagination de ces religieuses, frappée par la honte qu'elles auraient d'être fouettées par des soldats, les réduisit au parfait silence. » {Naturalisme des convulsions. Soleure, 1733, t. II, p. 30. Extrait de Tissot, t. III, p. 288.)
Des faits d'imitation donnant lieu à de véritables névroses s'observent même chez les animaux. Ainsi, tous les vétérinaires connaissent les faits relatifs à la contagion du tic chez le cheval , et de Vavortement chez les vaches.
Qu'un cheval prenne l'habitude de serrer convulsivement sa mangeoire et d'avoir des éructations, et les autres bêtes du voisinage prendront le même tic.
Il en est de même du (te de Vours, car un cheval, habitué à remuer sa tête comme l'ours blanc, transmet sa mauvaise habitude à ses camarades d'écurie. — On sait, enfin, que dans une étable où plusieurs vaches sont pleines, celle qui avorte provoque quelquefois l'avortement sur toutes les autres places dans le voisinage.
Au reste, si l'imitation est quelquefois l'origine de certaines maladies et l'un des moyens de leur propagation, comme on le voit dans les épidémies de névroses convulsives et mentales, elle peut aussi être l'instrument de leur guérison.
C'est par l'imitation qu'on se guérit dans certains pèlerinages ; et sans contester la réalité des cures de l'épilepsie obtenues à Tain, dans la Drôme, au moyen du galium^alhum cueilli la nuit de la pleine lune de mai, il y a des cas où la guérison est le fait de l'imagination frappée par le récit de guérisons miraculeuses, et de l'imitation qui dispose à la répétition du même phénomène. Ces mots, ou guérit'On ? accueillis avec enthousiasme par les malades, sont souvent pour eux un instrument de salut, et dans les névroses que propage l'imitation, c'est aussi l'imitation de la guérison qui peut faire cesser.
îi IV. — CONCLUSIONS.
Le mysticisme médical et la théurgie ont régné et régnent encore, comme doctrine thérapeutique, dans tous les pays. Ils vivront toujours.
C'est la médecine primitive des peuples encore au début de la civilisation, comme elle est celle de l'ignorance et de la superstition chez les peuplades sauvages qu'une science réelle n'a pas encore éclairés et on la retrouve chez tous les individus d'esprit faible et peu cultivé. Très-favorisée par le polythéisme et par la théocratie, elle fuit devant la lumière des sciences modernes, et si elle trouve des adeptes au milieu de pays civilisés comme le nôtre, c'est en secret et dans
les bas-fonds de la société ignorante. Elle se mêle parfois aux saines doctrines, à petites doses, en quelque sorte, et la médecine, telle qae nous la pratiquons, a encore sa petite part de merveilleux et d'inflaences occultes. Ici, seulement, le mysticisme est l'appoint de la doctrine, au lieu d'en être la base, et, sans croire qu'on puisse jamais le faire disparaître entièrement, il est certain que son influence diminuera de jour en jour, par le fait même des progrès de h science. Sous ce rapport, l'histoire du passé nous montre ce que doit être l'avenir.