‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 19 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

OB l'apparition du naturisme

Le naturisme est, comme je l'ai dit, une doctrine dans laquelle le médecin accorde à l'action de la nature la direction de tous les actes physiologiques et morbides de l'organisation ; c*est, malgré les affirmations contraires de Daremberg, qui a parlé d'Hippocrate sans le comprendre, le fond de la philosophie médicale du père de la médecine, n a été assex longtemps après lui appelé dogmatisme par les partisans de la secte empirique, pour indiquer que le raisonnement Tenait s'ajouter à l'observation.

Hais si le mot dogmatisme appliqué aux doctrines d'Hippocrate et de ses successeurs immédiats, ne signifie rien de plus que l'usage de la raison en médecine, il n'a aucune valeur : car toutes les doctrines prétendent raisonner et dogmatiser, même l'empirisme qui, honteux de son origine, ne veut plu^ qu'on s'en tienne, comme le faisaient Acron, Philinus de Cos et Sérapion, ses fondateurs, à Tobservaiion pure et simple des faits et au témoignage des sens privés du secours de la raison. Le mot de naturismej introduit beaucoup plus tard dans la science, et adopté par un grand nombre de médecins, me parait préférable. Il a Tavantage d'exprimer sans nulle équivoque le principe de la doctrine hippocratique, et la netteté de sa signification me le fait choisir de préférence à tout autre.

Not^owv ^u9tç i7)TJ)p. « La nature sufGt seule aux animaux pour toutes ces choses ; elle sait d'elle-même ce qui leur est nécessaire, sans avoir besoin qu'on le lui enseigne et sans l'avoir appris de personne Elle est le premier médecin des malades, et ce n'est qu'en

favorisant ses efforts, que Ton obtient quelques succès. > (TVaité de l'aliment,) Tel est le principe de la médecine hippocratique et du dogme de la nature médicatrice, corroboré par une foule d'aphorismes ayant la même signification.

Ainsi, l'homme est un être doué de la propriété caractéristique d*étre impressionné ou troublé en totalité dès qu'une partie se trouve atteinte, bien différent sous ce rapport du minéral altéré •ur un point, et qui reste intact partout ailleurs.

c Le corps vivant est un cercle dont on ne peut trouver le com* mencement ni la fin. » (Hipp.)

c Tout est commencement et fin. > (Hipp.)

c Dans le corps vivant, tout concourt, tout conspire, pour le même but. » (Hipp.)

< Le corps vivant est un tout harmonique dont les parties se tiennent dans une dépendance mutuelle, et dont tous les actes sont solidaires les uns des autres. » (Hipp.)

c Les différentes parties du corps, quel que soit le siège primitif du mal, se le communiquent de Tune à l'autre ; le ventre à la tête, la tète au ventre, aux chairs, et ainsi du reste. j>

Ces principes sont ceux de la doctrine des sympathies physiologiques et morbides, doctrine qui est, comme l'on voit, l'un des plus fermes appuis donnés au naturisme par l'observation et par rexpérience.

Ce n'est pas tout Si le corps vivant est un ensemble régi par une puissance qui préside à tout, qui sent tout et qui manifeste son action partout où il est besoin, quand la maladie est déclarée, la même puissance révèle son énergie en favorisant Télaboration ou la coction du principe morbifique. Tantôt le phénomène a lieu sans effort, la maladie se termine naturellement par résolution (Xuviç), tantôt le retour à l'état normal a lieu au moyen d'une manifestation particulière, la formation d'une humeur sécrétée par les voies naturelles ou déposée sur quelques parties du corps. C'est ce qu'il appelait les criseSy dogme qui constate avec non moins de certitude que les précédents l'influence de la puissance régulatrice de l'organisation.

A ce dogme se rapporte l'idée des jours critiques ou décréloires et celle des métastasesj lorsque l'humeur fixée sur une partie malade se portait sur une autre partie, en débarrassant la première.

Enfin, en thérapeutique, la même idée fondamentale se montre. Cherchant les indications curatives, Hippocrate pose en principe que le médecin doit être « le ministre de la nature », que « là où tend la nature, il faut en aider le travail i, et que, en vertu des sympathies qui unissent toutes les parties du corps vivant pour les rendre solidaires les unes des autres, on peut dans un but curatif provoquer sur un point un travail morbide qui en déplace un autre plus ancien et plus éloigné. Duobus lahorihus non in eodem loco foriior ohseurat alterum. C'est là le principe de la révulsion.

Ainsi, la nature médicatrice, les sympathies physiologiques et morbides, les crises et les métastases, la révulsion et la dérivation, telles sont les bases du naturisme indiqué plutôt que formulé par Hippocrate, développé par ses fils, amplifié par Galien et ses

successeurs, modifié d'abord par Athénée, plus tard par Paracelse, par Van Helmont, par Stahl, par Bordeu, par Barlhez et par un grand nombre de médecins dévoués à la défense du même principe. Malgré les changements et les additions qu'a pu subir la doctrine, malgré sa conversion en pyieumatismey en animisme et en vitalisme^ malgré les archées de Van Helmont substituées à l'influence de la nature, le fond est resté, reste et restera le même comme une de ces variétés immuables que l'oubli ne peut jamais ensevelir.

Si nous voulons bien connaître le naturisme, et en approfondir les bases telles que l'observation les fournit, afin de savoir ce qu*il renferme de vérité ou d'erreur, il faut pénétrer plus avant dans l'analyse des faits que j'ai cités, et les justifier ou les combattre par les preuves que donne l'étude des malades. Je vais donc exposer les bases du naturisme, et cela terminé, je commencerai l'analyse des œuvres de tous les médecins illustres, tels qu'Hippocrate, Athénée, Galien, Oribase, Aétius, Alexandre Trallien, Paul d'Égine, Rhazès et les Arabes; Paracelse, Van Helmont, Stahl, Fernel, Grimaud, Bordeu, Barthez, etc., qui ont été les soutiens plus ou moins célèbres de celle remarquable doctrine.

§ I*'. — DE LA NATURE MÉDICATRICE ENVISAGÉE COMME PRBMliSRE BASE

Quand on examine la succession des èlres dans les espèces hominalCf végétale et animale, on voit que dans leur court passage sur le globe, chacun d'eux est soumis à l'action d'une double loi de destruction et de réparation.

L'homme n'échappe point à cette loi de l'espèce et des individus. Il vient combler les vides produits par la disparition des générations antérieures, en attendant qu'il disparaisse à son tour. Chez lui tout est sujet à un continuel mouvement d'apport et de départ, et la substance se renouvelle sans cesse. Ce n'est pas seulement un être corporel régi par les seules propriétés de la matière, sa triple nature le sépare des corps inanimés en !e rapprochant du monde des esprits. Doué, en tant que vivant, d'une force spéciale pour tous les êtres organisés, il en a de particulières à son espèce pour lui donner la pensée, pour maintenir la forme extérieure de son corps et celle de ses organes ; pour régler les métamorphoses de ses tissus, l'exercice et la durée de ses fonctions, etc. — Celte force qui le fait vivre de la vie ordinaire et naturelle, Tassiste dans la souiTrance, lorsque, troublé par une impression niorbifique, il lui arrive d'être malade. Conservatrice de la forme et des fonctions normales, elle lutte pour rétablir la structure organique altérée par la maladie. Sa présence

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se rétèle à chaqne instant par le trawl dynamique et organique qu'elle réalise au sein de son être pour éliminer un poison, un ▼enin ou un corps étranger, pour isoler ou séparer un produit morbide des parties saines qui l'entourent, pour réunir des os fracturés, pour oblitérer une artère largement ouverte, pour absorber les matériaux solides ou liquides d'une inflammation des parenchymes ou des séreuses, pour limiter, par la pétrification , Taccroisseroent de certains produits morbides, etc. ~ Il n'est pas de maladie organique dans laquelle on ne découvre la preuve de son existence, soit par des résultats curatifs complets, soit, au contraire, par une simple ébauche, si une influence intempestive est venue l'arrêter dus son œuvre de réparation. (E. Bouchut, Pathologie générale, p. 349.)

Cette puissance si active n'est autre que la nature^ et dans Tétat normal comme dans les troubles pathologiques, elle se révèle par les plus merveilleux résultats.

Dans les actions physiologiques si harmonieusement préméditées, le consensus et les sympathies ne sont pas autre chose qu'une manifestation impérieusement commandée par la puissance de conservation de l'être.

Les contractions du diaphragme et des muscles du ventre dans réiemument produit par Tintroduction d'un insecte dans les narines, sont bien l'effet d'une propriété des muscles, mais l'éternument ainsi provoqué est un acte réflexe conservateur de Tètre, et nécessaire à Texpulsion d'un corps étranger.

L'aspect d'une table bien garnie de mets succulents inonde la bouche de salive. La vue de son enfant fait monter le lait dans le sein de la mère, et cela dans un but qu'il est à peine utile d'indiquer, et si c'est une propriété des glandes salivaires pu mammaires de faire du lait ou de la salive, c'est l'eff^el de la puissance conservatrice des êtres qui fait venir ces liquides, juste à propos, à l'instant précis où ils sont nécessaires.

Un froid modéré engourdit les hibernants, sans menacer leur existence et détruit leur faculté de produire de la chaleur, mais un froid très-rigoureux les réveille, ranime leur calorification pour un moment et les fait périr s'il se prolonge.

Le consensus qui maintient la matière des êtres vivants dans des combinaisons différentes de celle d'un cadavre et qui dirige l'ensemble des opérations organiques par la subordination des parties n*est pas contestable.

La force qui préside à leur formation et à leur accroissement ne Test pas davantage.

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Donc, il y a une puissance formatrice et conservatrice de l'être dans rétat de santé; mais si cette force révèle sa présence chez l'homme sain, il est difficile de croire qu'elle cesse d*agir dans rétat morbide. Comment nier son existence dans ce dernier état, lorsqu'on admet son influence dans le premier?

Les parties malades ne sont-elles pas vivantes comme les parties saines, et si elles sont vivantes, elles dépendent de l'ensemble : d'où la nécessité d'admeltre que la force de conservation existe en elles comme dans toutes les autres parties du corps.

La plupart des maladies sont susceptibles de guérir sans traitement, et par la seule influence de la nature. Voilà ce que le.médecin doit savoir dès le début de sa carrière, afin de ne pas se faire d'illusions sur la portée de son art, et s'il veut en apprécier exactement les limites. Il évitera de cette manière le double écueil de la crédulité et du scepticisme, si préjudiciable au perfectionnement de la science, si compromettant pour la dignité du médecin et si fâcheux pour la santé des malades.

Quand il devra intervenir, son action, motivée par des indications précises, n'en sera que plus sûre et d'une efficacité incontestable.

Ceux qui sont très-pressés d'agir disent, avec Asclépiade, que le dogme de la nature médicatrice n'est qu^une méditation sur la mort.

Le mot est vif, mais ce n'est par bonheur qu'un mot créé par l'ignorance, et auquel l'observation et l'expérience donnent le plus éclatant démenti.

c Si le sage, dit Fr. Bérard {Doctrine médicale de Montpellier, p. !205), faisait comparaître toutes les sectes devant son tribunal et qu'il écoutât avec impartialité les raisons de chacune d'elles, et surtout leurs accusations réciproques, les médecins mystiques (croyant à la colère du ciel dans la production des maladies et les abandonnant aux forces de la nature) auraient peut-être à se reprocher le plus de sottises, mais le moins de crimes; et si les malades étaient appelés comme témoins, ils s'élèveraient moins contre eux que contre les autres. »

Comme l'a dit Bordeu, a la médecine a pour principe une vérité de fait, bien consolante pour les malades et qui est aussi fort utile aux médecins : c'est qu'il est incontestable que sur dix maladies, il y en a les deux tiers qui guérissent d'elles-mêmes, et rentrent, par leurs progrès naturels, dans la classe des simples incommodités qui s'usent et se dissipent par les mouvements de la vie. >

L'homœopathie n'a de succès^ ainsi que je l'ai démontré dans

mon eiposé des doctrines théurgiques (voyez plus haot, p. 30), que parce que la plupart des maladies aigués guérissent par l'influence des senls efforts de la nature : le malade, qui s'imagine prendre un remède lorsqu'il ne prend en réalité qu'une substance inerte décorée d'un nom pharmaceutique, attribue à ce remède illusoire et A la méthode une guérison dont Thonneur revient à la nature.

n ne faut rien exagérer, ni croire que la nature médicalrice soit de force à contre-balancer l'effet des maladies. Non. Ce serait une erreur qui entraînerait le médecin à cette inaction systématique qu'Âsclépiade a si durement qualifiée de méditation sur la morty et ce n'est pas ainsi qu'il faut comprendre l'action de la force médicatrice. La conception de cette idée n'implique pas le moins du monde celle de la guérison spontanée de toutes les maladies sans l'intenrention de l'art.

De ce que rien ne guérit sans l'influence bienfaisante de la nature, il ne s'ensuit pas qu'elle ait pour mission de rétablir toujours et partout l'ordre troublé par une maladie, ni qu'elle ait la force de se suffire A elle-même pour arriver A ce résultat.

Assez puissante dans un grand nombre de cas pour amener seule la transition de la maladie A la santé, la nature a souvent besoin d'aide et de direction dans ses efforts, et c'est A les découvrir que doit s'appliquer tout l'art du médecin.

Quo natura vergit^ eo ducendum.

AUleurs, son travail commencé, mais insuffisant, a été trop faible poar arrêter les progrès du mal et a été arrêté par la fin du malade. Jusque dans l'insuccès éclate sa puissance. La mort l'annonce aux vivants, et il est aussi impossible d'en méconnaître l'action que de nier la puissance qui modèle les contours de l'homme dans le sein maternel et les maintient dans son accroissement, malgré la rénovation de la substance.

Rien n'est mieux établi que l'action providentielle ordinairement heureuse de la nature médicatrice, et ce que je viens de dire sur les insuccès ne détruit pas le fait principal.

Les parties divisées ou coupées se réunissent ou se reproduisent en formant des tissus normaux ou des organes complets.

L'homme peut reproduire le cristallin enlevé sans sa capsule (Teitor, Leroy); tous les os longs enlevés sans leur périoste (Flourens, Blandin, Ollier, etc.).

Il refSût la peau divisée, ainsi que les canaux excréteurs de Stenon et de Warthon; il répare ses cordons nerveux (Schwan, Vulpian). Mais c'est surtout chez les animaux inférieurs que Ton voit les plus

merveilleuses régénérations des tissus et des organes. Bonnet a montré que les naides coupées en vingt ou vingt-six morceaux reproduisaient en quelques jours vingt ou vingt-six nouvelles naïdes, et qu'on pourrait voir douze fois leur télé se reformer après sa section.

La planaire, coupée en deux, forme bientôt deux planaires, sa partie supérieure se reforme, l'estomac et Tanus, tandis que la portion qui n'avait plus que Testomac refait sa tète.

Les crustacés régénèrent plusieurs fois leurs pattes arrachées.

La salamandre dont on enlève l'œil et dont on coupe le bras, refait un œil et reproduit son bras, avec les muscles, les nerfs, les vaisseaux et les vingt os qui en constituent le squelette.

Le limaçon reproduit ses cornes et même sa tète, etc.

Ailleurs ce sont les forces générales de la vie qui luttent contre les causes de la mort. Ainsi s'expliquent le réveil des hibernants par un froid excessif (Williams Edwards, Des agents physiques sur la vie, p. 247), la résistance des poumons à l'absorption de l'oxygène au delà des proportions, la guérison des maladies héréditaires, c'est-à-dire de l'hérédité par Yinnéité (Prosper Lucas, De V hérédité ncUureUe et morbide).

Dans les phlegmasies, à côté de l'obstruction des capillaires du tissu enflammé, il se forme dansTexsudal fibrineux des vaisseaux de nouvelle formation qui aident à la résorption des produits inflammatoires ou au rétablissement de la circulation capillaire.

Quand un exsudât inflammatoire se change en pus, un travail nouveau le dirige à travers la profondeur des tissus pour l'évacuer au dehors, à travers la peau ou à la surface d'une membrane muqueuse; tandis qu'ailleurs la partie liquide du pus se résorbe en laissant un noyau solide qui se réduit de plus en plus avant de disparaître (E. Bouchut, Mémoires de la Société dehiologie^ 1857).

Une maladie qui produit Teugorgement du système circulatoire général ou local, donne souvent heu à des hémorrhagies supplémentaires qui viennent rétablir l'équilibre.

Des obstacles formés à l'oriûce des organes creux, comme l'estomac, le cœur, la vessie, etc., provoquent une hypertrophie compensatrice des parois de l'organe, dans le but de créer une force capable de lutter avantageusement contre le rétrécissement des ouvertures et de favoriser la sortie des liquides à mettre en mouvement.

Lorsque de gros vaisseaux s'oblitèrent et cessent d'être pénétrés par le sang, il s'organise dans le voisinage une circulation collatérale qui rétablit, avec le temps, les fonctions circulatoires dérangée dateur état normal.

Existe-il un corps étranger dans les tissus (balles, aiguilles, morceau de drap, etc.)> de deux choses Tune : ou un travail naturel Tenveloppe de capillaires nouveaux qui s'oblitèrent plus tard, forment une membrane d'enveloppe ou un kyste destiné à Tisoler et à protéger les tissus contre lui jusque dans les parties les plus délicates, ou bien il provoque une phlegmasie qui le chasse au moyen de la suppuration.

Dans les maladies, l'œuvre de la réparation se voit partout, et si elle ne réussit pas toujours, quel qu'en soit le résultat, on trouve toujours la trace de son effort.

Dans les plaies que réunit d'une manière immédiate la lymphe plastique, et dans les réunions secondaires où le travail de cicatrisation, pour être moins rapide, n'en est pas moins curieux, quel est l'agent curatif, de la nature ou de Templâlre appliqué par le chirurgien?

Une fracture vient d'avoir lieu, et voilà qu'un suc spécial, déposé entre les extrémités divisées de l'os, sert à leur consolidation avec ou sans le secours du chirurgien ; heureux si Tart intervient pour diriger le travail de la nature, mais la science ne saurait ici avoir d'autre prétention.

Dans tous les produits morbides, cancer, poches hydaliques, tubercules, etc., déposés au sein des tissus, malgré Tincurabilité de la diathèse qui engendre le mal, la nature entreprend encore autour de ces produits un travail de vascularisation destiné à leur enkjstement et à leur pétriûcation . Cela s'observe dans les poumons remplis de tubercyles (Natalis 6uillot,I>6s vaisseaux de nou" veUe formation autour dest^ihercules). Je l'ai constaté autour de tumeurs hydatiques du foie, et chacun sait que les tumeurs fibreuses de Tutérus se remplissent souvent de concrétions calcaires, de façon à suspendre leur développement et à se guérir par pétrification.

Tous les phlegmons aigus de l'ovaire, des annexes de l'utérus et de la fosse iliaque, cheminent à l'extérieur vers la peau, quelquefois dans la vessie ou dans l'intestin, et c'est ainsi qu'ils guérissent sans l'intervention du chirurgien qui ne peut toujours y porter son instrument.

Tous les tissus divisés se rapprochent et se séparent par la reprodnction de tissus semblables, et il n'est pas jusqu'aux cordons nerveux divisés qui ne se reproduisent, car, dans certains cas, la paralysie consécutive à une section de nerf se guérit, et dans la cicatrice se retrouvent des éléments nerveux de nouvelle formation.

Il serait trop long d'énumérer toutes les preuves de l'action curative de la vie que révèle l'observation des malades. Ce que j'ai dit

doit sufûre. J*ai montré par un grand nombre d'exemples la réalité d'action d'une force conservatrice de la structure des tissus, de la forme des organes, de la régularité des fonctions, et cela par des actes naturels, ayant pour but de détruire, de chasser et dlsoler les produits matériels développés par la maladie. Tout dans ces actes représente la contre-partie des actes morbides; c*est une lutte de la conservation contre la destructiony et il est impossible de ne pas placer à côté de la nature créatrice de Thomme, la nature médi" catrice qui le conserve, en remédiant aux maladies qui troublent et abrègent son existence. Cette action bienfaisante de la nature contre les effets de la maladie est aussi évidente que ces effets eux-mêmes, et c'est presque une ingratitude que de vouloir la contester. Il n'est personne qui n'ait des grâces à lui rendre, et à qui elle n'ait rendu quelque bon office.

Les empiriques et les sceptiques, ceux qui font de la vie une simple propriété de la matière, nient énergiquement l'influence providentielle de la nature sur la terminaison des maladies.

Ils disent : Mais tout ne guérit pas par la nature médicatrice. Intelligente comme on l'a supposée, elle ne devrait pas laisser mourir autant de malades, elle ne devrait pas consolider une fracture de travers, ni laisser un membre fracturé se raccourcir, elle ne devrait pas faire ouvrir dans le péritoine un abcès qui entraine la mort, ni produire Tètranglement d'une hernie, etc.

D*abord, parmi les philosophes qui ont admis le dogme de la nature médiccUricCy personne n'a jamais dit, ou seulement insinué que l'influence de la nature fût de force à empêcher de mourir. La destinée humaine est fixée d'avance, et les luis de conservation de l'espèce n'ont d'autre pouvoir que de la préserver ou de la conserver pendant un temps très-court, mais défini. Cette action n'a rien de particulier à l'individu; il ne faut pas se flatter à cet égard; elle n'est pas relative à la maladie en général, telle que nous la comprenons, comme une chose abstraite ; elle est spéciale à un désordre corporel contre lequel elle lutte, et, à ce titre, elle se révèle partoat autour des lésions organiques.

Ainsi, un homme a un abcès de la fosse iliaque que la nature pousse à la fois vers Textérieur et vers le péritoine ; il allait s'ouvrir au dehors, lorsqu'une secousse le fait crever dans le péritoine , en produisant une phlegmasie mortelle. Une femme est affectée d'anévrysme de l'aorte, avec une poche énorme qui use les côtes, s'ouvre à l'extérieur dans un effort et la fait périr en quelques secondes. Quelle a été dans ce cas la puissance de la nature médicatrice qui a laissé périr ces deux malades?

Je Tai dit tout A Vheure, cette action de la nature n'est pas spéciale à rindividu, mais à la maladie et à la lésion. Non, sans doute, la nature médicatrice n*apas préservé de la mort X... avec son abcès de la fosse iliaque, ni Z... avec son anévrysme, mais elle travaillait dans le but d'arrêter les progrès du mal. Qu'on ouvre le cadavre, et l'on verra si elle n'a pas fait preuve d'intelligence et de prévoyance.

Ici, elle avait établi des adhérences du foyer avec l'intestin pour £ûre cheminer sans danger le pus de la fosse iliaque dans le cœcum, et là elle avait fait une poche formée de couches sanguines concen triques, qui s'opposaient depuis plusieurs années à la rupture de ranévrysme, en faisant tout ce qu'il fallait pour le guérir. De ce qu'elle n'a pas sauvé les malades, il ne s'ensuit pas qu'elle n'ait rieo entrepris pour faciliter la terminaison favorable de leur mal ; au contraire, je viens d'établir les traces de son action bienfaisante.

Il en est ainsi partout , et, dès qu'on pénètre au fond des choses, on voit que les objections faites par Tempirisme à la réalité d'une nature roédicatrice ne sont pas fondées.

§ II. — DBS SYMPATHIES ENVISAGAbS COMME SECONDE BASE DU NATURISME.

Les sympathies sont des actes physiologiques ou morbides, dus à l'influence de certains organes les uns sur les autres et attestant la solidarité de toutes les parties du corps. Chez l'homme, tout concourt^ tout conspire à sa consenation, a dit Hippocrate, dont les œuvres renferment en aphorismes le résumé de la doctrine des sympathies.

€ Le corps vivant est un tout harmonique dont les parties se tiennent dans une dépendance mutuelle et dont tous les actes sont solidûres les uns des autres, j» (Hipp.)

« Les différentes parties du corps, quel que soit le siège primitif du mal, se le communiquent de l'une à l'autre : le ventre à la tète, la tète au ventre, aux chairs, ainsi du reste. » (Hipp.)

Qui ne voit dans ce peu de mots le principe des sympathies physiologiques, morbides et curatives. auquel la science a depuis accordé de si longs développements en le considérant comme une des plus solides preuves du naturisme ?

La doctrine des sympathies morbides et curatives n'est pas plus contestable que ne l'est celle des sympathies physiologiquesaffirmée par tous les observateurs. L'étude de l'homme sain et malade fournit de trop nombreuses preuves en faveur de ces trois ordres de sympathies, pour que, malgré l'inconstance du phénomène^ il y ait le moindre doute à concevoir sur sa réalité.

BOUCHUT. 6

Si HISTOIRE DE LA MÂDEGINR

Bien qu'elles soient très-réelles, les sympathies ne sont pas constantes, et lors même qu'elles se sont une fois montrées chez une personne, elles peuvent bien ne pas se reproduire, alors que les conditions accessoires sont les mêmes. C'est un effet Je l'idiosvncrasic qui peut changer d'un moment à l'autre.

Ainsi les vomissements sympathiques de la grossesse n'existent pas toujours, et, après avoir eu lieu pour un premier enfant, ils peuvent ne pas se produire dans une grossesse suivante. — Le froid de la peau, que l'on a vu suspendre une hémorrhagie, ne réussit pas toujours à déterminer ce résultat.

Les sympathies sont passagères, mais elles peuvent survivre à leur cause, et bien des fois, on a vu un phénomène morbide, né sous rinfluenco d'une cause accidentelle^ devenir une maladie permanente, alors que la cause occasionnelle avait disparu. La folie puerpérale dure quelquefois toute la vie, et le strabisme ou l'épilepsie engendrée par des entozoaires, ne cessent pas, bien qu'on ail chassé tous les helminthes de l'intestin.

Leur intensité est très -variable et diffère avec l'âge et le sexe des individus. D'une autre part, elle est tantôt supérieure et tantôt inférieure à celle des maladies qui leur ont donné naissance Ainsi la fièvre, qui est le plus commun de tous les phénomènes sympathiques, est généralement plus vive chez les enfants que chez les vieillards, plus fréquente chez la femme que chez l'homme, et enfin très-variable dans sa violence, relativement au mal qui la produit. Si elle est ordinairement en rapport avec la gravité de la lésion primitive, elle est quelquefois plus violente qu'elle ne devrait être, tandis qu'ailleurs elle est au-dessous de ce que Ton pourrait supposer d'après le peu d'importance de la lésion. Elle peut même ne pas exister, et il en résulte alors ce qu'on appelle des maladies latentes. (E. Bouchut, Pathol générale, p. 262.)

C'est l'affaiblissement des sympathies qui est la cause des maladies chroniques. On sait en effet que le premier signe de la chronicité est Tabsence de réaction ou la cessation de la fièvre, malgré la persistance de la lésion qui en a été le point de départ.

Les sympathies nesont pas toujours réciproques ; et s*il est vrai de dire que celles de la peau sur les muqueuses se reproduisent des muqueuses sur la peau dans le scrofulisme ou dans l'herpétisme, on n'en pourrait dire autant de celles qui ont été signalées entre le cerveau et l'estomac.

Les sympathies sont d'autant plus nombreuses, que YexdtahiUié (B. Bouchut, De la vie et de ses attributs, de VimpressihUité^ p. 58), qui en est la source, est plus facilement mise eu jeu. Cela ex-

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plique pourquoi l'enfance est surtout l'époque de leur manifestation, et pourquoi toutes les maladies aiguës de cet âge sont si souvent précédées ou suivies de convulsions, de coma, de vomissements et de paralysies, qu'on n'observe pas à une époque plus avancée de la vie. I^eur fréquence diminue chez 1 a lulte, en même temps que l'excitabilité, et elles deviennent de plus eu plus rares, à ce point que chez les vieillards, les phlegmasies les plus graves peuvent exister sans fièvre. C*est là un phénomène essentiellement vital, qui prouve l'énei^ie de l'influence qui dirige ou maintient l'harmonie 'des parties constituantes de l'organisation humaine, et qui rend toutes ces parties solidaires les unes des autres. Rien de pareil n'existe dans les différentes parties d'un cadavre ou des corps inorganiques.

Comme l'a dit Barthez, les sympathies ne sont pas perpétuelles, ce qui devrait être si les causes de la sympathie étaient de nature mécanique, au lieu d'être en rapport avec le principe de la vie, et, dans leur manifestation inconstante ou intermittente, elles attestent le degré de sensibilité inconsciente des organes, qui avertit l'homme qu'un trouble s'est produit dans une partie de son corps.

Le nombre des sympathies a considérablement diminué depuis que, par suite des progrès de ia science, on a pu attribuer à leur véritable cause des complications jusque-là expliquées par la sympathie.

On a pu, ou Ton pourra encore se tromper, en considérant comme sympathique un phénomène qui ne Test pas ; mais du plus ou moins grand nombre de sympathies ne dépendent pas l'avenir ni la solidité de la doctrine, et il suffit que plusieurs de ces phénomènes soient incontestablement sympathiques, pour que la théorie conserve toute sa force. On ne croit plus, avec Bichat, que l'œdème des membres dans les maladies organiques du cœur, soit un phénomène sympathique, et l'on explique son apparition par l'obstacle à la circulation du sang, qui ne peut revenir dans le cœur. On sait à présent que les abcès du foie, dans les plaies de la tête, sont moins la conséquence d'un effet sympathique, que d'une phlébite des veines qui donne lieu à la résorption purulenle et à la formation d'abcès dans le lissa hépatique.

Malgré ces réductions, et quelque nombreuses qu'elles soient, les sympathies sont des phénomènes vulgaires. Tdiniài physiologiques, tantôt mor&ides, elles sont, dans ce dernier cas, ou des complications de la maladie principale, ou des moyens curatifs au service de la nature médicatrice.

Elles ont lieu : i" entre les tissus et entre les organes de même nature ; ou 2* entre des organes et entre des tissus de nature différente.

1* Des sympathies entre Uasos et entre organes de même natore.

Les phénomènes synpathiques se produisent souvent entre les diverses parties d*un même tissu, ce qu*on voit dans le tissu cellulaire pour Tobésité ; dans les muqueuses pour les phlegmasies multiples de ces membranes; dans les séreuses (i), dans les os (2), dans 1 iris (3), dans le cristallin (4), dans le tissu fibreux (5), glandulaire (6), capillaire, etc.

Ailleurs, elles ont lieu d*un organe entier sur un organe entier, mais semblable. Exemples : L'action d'un œil malade sur l'autre, qui devient quelquefois malade à son tour, et qu'on sauve en enlevant le premier ; l'action de la carie dentaire qui se produit très-souvent des deux côtés sur la dent semblable, etc.

2? Des sympathies entre des tissus et entre des organes de structure difTérentc.

Bien que la structure de toutes les parties du corps ne soit pas la même, la plus entière solidarité existe entre elles, et elles offrent des sympathies extrêmement fréquentes. On les observe entre la peau et les muqueuses, entre la peau et les séreuses, entre les muqueuses et les séreuses, enfin entre tous les organes, quelle que soit leur conformation.

Peau et séreuse. — Cliacun sait que dans les hydropisies considérables des séreuses, notamment dans Tascite, il y a diminution delà perspiration cutanée, ce qui forme une espèce de révulsion. Réciproquement, la perspiration de la peau supprimée amène de l'anasarque ; enfin le refroidissement de la peau produit le rhumatisme, la pleurésie, la péricardite, etc.

Muqueuses ei séreuses, — Une étroite sympathie unit la muqueuse de l'urèthre atteint de blennorrhagie avec la séreuse du

(1) La péritonite entrahie souvent la pleurésie ou l'arachnoldite. L'arthrite est souvent suivie de péricnrdite, d'endocardite, de pleurésie ou de méningite.

^2) La sortie des dents est toujours pamllèle, et la carie d'une d'entre elles amène souvent la carie de sa pareille dans le côlé opposé.

(3) La dilatation d'une pupille entraîne la dilatation de l'autre.

(4) Une cataracte produit presque toujours la même maladie de l'autre rRil.

(5) Le rhumatisme fibreux des jointures se montre à l'intérieur sur le Ussu breux des méninges , de l'intestin, de la peau, de la sclérotique, du périoste

crânien, etc.

(A) La glande paroUde malade rend quelquefois malidc la glande mammaire, oreillons.

genou ou de l*épaule, qui offirent souvent de Thydarthrose, et la même muqueuse irritée par le cathétérisme amène quelquefois la syncope, quelques accès de fièvre intermittente, ou un accès mortel de fièvre pernicieuse.

Sympathies <Vun organe sur Vautre. — Les glandes salivaires occupées par des oreillons produisent quelquefois par sympathie nue affection douloureuse de la mamelle et du testicule, constituant la mammite, et ici une véritable orchite. Tous les tissus enflammés amènent Taccélération des battements du cœur, et la réplétion des capillaires avec élévation de température, d*où la fièvre, considérée avec raison par tous le^ médecins comme le plus fréquent de tous les phénomènes sympathiques.

Les phlegmasies, quel qu*en soit le siège, occasionnent un état saburral de la langue, avec dégoût des aliments et inappétence. La fièvre amèue toujours la courbature, c'est-à-dire l'amyosthénie, ou perte de Tinflux nerveux qui soutient les forces musculaires. Avec la fièvre, existe une névrose salutaire, qui est la soif, ou polydipsie. De sorte qu'on voit ici des phénomènes sympathiques tout à fait en rapport avec les besoins de Téconomie et la guérison des maux qui rarâigent La nature ici met les malades à la diète, au repos, et leur inspire le besoin de prendre des boissons abondantes. C'est dans un but de conservation analogue qu'au début de certaines hémorrhagies elle produit le spasme des capillaires cutanés, la chair de poule et la syncope, qui ralentissent l'impulsion du cœur, arrête quelquefois Técoulement de sang.

L'estomac et Tinteslin dérangés dans leurs fonctions produisent souvent la céphalalgie, l'hypochondrie et l'aliénation mentale.

Toutes les maladies aiguës du cerveau troublent la digestion et provoquent des vomissements. Il en est quelquefois de même de la tuberculisation pulmonaire à ses débuts.

Un œil qui se détruit entraîne quelquefois par sympathie la perte de l'autre, et l'opération qui détruit le premier sauve quelquefois le second.

La dentition difficile détermine souvent la diarrhée.

La blennorrhagie amène quelquefois une pyélite qui détruit la presque totalité du rein.

La vessie, irritée par un calcul, excite très- souvent au méat urinaire un prurit qui indique la présence du corps étranger.

L'utérus malade, fiuxionné par les règles ou par un commencement de grossesse, déterminent le gonflement des mamelles et l'érection douloureuse de son mamelon.

La menstruation provoque très-souvenl Tapparilion d'une pustule d'acné au visage, sur les épaules ou sur quelque autre partie du corps.

L'utérus malade engendre quelquefois autant que Tétat de grossesse, les nausées et les vomituritions alimentaires.

La colique néphrétique, maladie bornée au rein, a pour principal synptôme un phénomène sympathique, qui est le vomissement.

Dans la première enfance, le travail de la dentition produit souvent des attaques d'éclampsie, tandis que dans la seconde, il s'accompagne plutôt de toux nerveuse ou de danse de Saint-Guy.

Les fièvres éruptives, comme les maladies aiguës de l'enfance, s'annoncent très-souvent par des phénomènes sympathiques, et avant toute autre chose se révèlent par des convulsions ou du délire, par des vomissements, par du frisson avec cette contraction des capillaires qui constitue la chair de poule.

La dyspepsie est souvent cause d'une migraine, qu'on guérit en faisant disparaître la maladie de l'estomac.

Les helminthes de l'intestin produisent souvent la toux nerveuse, l'éclampsie, la chorée et des paralysies partielles de la sensibilité et du mouvement.

Le tétanos a souvent pour point de départ une plaie exerçant la plus fâcheuse influence sur les troubles du système nerveux.

L'accouchement et Tétat puerpéral qui suit, ainsi que Tapparition des règles, déterminent quelquefois chez certaines femmes des attaques de manie aiguë.

De nombreuses sympathies existent donc entre les différentes parties du corps, de façon à établir entre elles une solidarité qui prouve leur dépendance réciproque. Il n'en pourrait être différemment. Le principe qui dirige les opérations de la vie vers un but que nous ne connaisscms guère, a besoin d'être instruit de tout ce qui se passe dans l'organisme, et il reçoit par les troubles de la sensibilité inconsciente, répartie dans tous les tissus, c'est-à-dire par des phénomènes sympathiques, l'avertissement du mal qui va se produire. Sous ce rapport, les sympathies aident à la conservation de l'individu ; elles peuvent être considérées comme le cri des organes souffrants indiquant la nature du mal, et elles contribuent beaucoup aux progrès du diagnostic.

Si quelques sympathies ne sont que des complications, il en est d'autres qui servent à la nature de moyen de guérison, et sous ce rapport, comme je l'ai déjà dit, elles se rattachent très* directement au dogme de la nature médicatrice. Ce sont les sympathies curativea II est bien évident que dans l'invasion des maladies aiguës.

les sécrétions désagréables de la langue, i'amertame de la bouche et rinappélence qui empêchent de prendre des aliments, sont des phénomènes sympathiques, très-utiles à la guérison du mal, et il en est de même de la soif ou de la courbature. Tous ces phénomènes font que Thomme fait diète, boit et se repose, remplissant ces trois indications fondamentales de la thérapeutique.

Les animaux n'ont pas d'autre médecine que celle-là, et ils ne s'en trouvent pas trop mal.

Je laisse après moi deux grands médecins, disait Chirac, la diète et Veau. Cela est vrai, et dans les maladies aiguës, avant tout autre remède, ces deux moyens sont les plus utiles à la guérison.

Dans une hémorrhagie interne, la chair de poule, la contractiliié des capillaires et la syncope qui se produisent, sont des phénomènes sympathiques capables d'arrêter Técoulement de sang, et c'est ainsi que plus d'une fois chez l'homme, des hémorrhagies sont arrêtées au moment où par leur continuité elles auraient occasionné la mort.

Parmi les sympathies, il en est une enfin, la fièvre^ à laquelle on a fait jouer un rôle conservateur, qui n'est pas reconnu tel par tous les médecins.

A côté de ceux qui disent que la fièvre est un effort de la nature pour débarrasser l'organisme d'un produit morbide (i), il en est d'autres qui la considèrent comme une complication des maladies.

Où est la vérité entre ces assertions contradictoires, et quelle est Topinion qui se justifie le mieux par l'observation des malades?

Il est bien certain, quelle que soit l'idée qu'on se fasse de la fièvre, que ce phénomène indique la réaction de la vie contre les étals morbides susceptibles d'occasionner la mort. Que la fièvre favorise ou non l'expulsion de la matière morbifique, peu importe, cette manière de voir n'étant qu'une hypothèse, mais ce qu il y a d'incontestable pour tout le monde, c'est qu'elle est la réaction de la vie contre ce qui en trouble l'exercice.

Or, dans les maladies, la réaction est regardée avec raison [»ar tous les médecins comme une chose utile ; tant qu'elle existe, le mal peut guérir, et dès qu'elle n'a plus lieu, on voit paraître l'état

f\) Stahl déflnil la flèvre une opération de la nature pour une fin salutaire, dont le but est l'expulsion des malièrcs nuisibles, lu dénnilion est à [cu de chose près b même : la flèTre est un mouvement salutaire imprimé au sang par la nalur , dont les efforts tendent à débarrasser ce liquide des matières morbifiques qui l'nllèreot, et à tal rendre sa pureté primitive. D'après Stahl, c'est une affection de b vie qoi t'eflètce d'éotrter k mort.

chronique, entretenant un état maladif permanent plus ou moins grave suivant Torgane affecté .

La réaction peut être plus forte que le malade, mais elle n*en est pas moins l'agent naturel destiné à favoriser les opérations moléculaires qui éliminent certaines productions morbides, les isolent si rélimination est impossible, et réparent les tissus altérés par ces productions. Dans Tétat chronique même, comme la scrofule ou certaines phlegmasies très -anciennes sans réaction, la guérison ne s'obtient qu'en faisant naître au moyen du fer, du quinquina, de Tarsenic. de l'alimentation, de l'exercice et des excitants locaux, une fièvre artificielle qui, ranimant la vitalité générale et celle des parties malades, les replace progressivement dans leur état normal. C'est là un fait consacré par l'expérience et fondé sur l'analogie. Ainsi, Tobservation établit qu*une affection fébrile survenue accidentellement fait disparaître des maladies chroniques qui avaient précédemment résisté à tous les moyens rationnels. {Didionn. des sciences médicales^ t. XV, p. !260.)Une fièvre intermittente rebelle peut disparaître par une fièvre continue intercurrente, par un violent exercice ou par une profonde ivresse. Le catarrhe pulmonaire chronique guérit quelquefois par le vin, par le punch et par d'autres liqueurs stimulantes. Toute fièvre peut guérir l'épilepsie, dit Galien, et il y a depuis lors un grand nombre d'observations qui prouvent qu'elle peut cesser sous l'influence d'un typhus. On trouve dans les Actes des curieux de la nature^ t. V, obs. 64, des exemples de paralysie guérie par des fièvres continues survenues accidentellement. Il en est de même des névralgies, de quelques hydropisies asthéniques, etc.

Des faits pareils ne pouvaient pas être perdus pour l'observation, qu'éclaire le raisonnement ; ce que fait la nature doit être le guide du médecin, et c'est ainsi que la thérapeutique par les stimulaniSy par les toniques^ par les astringents^ par les excitants et par Y hydrothérapie a pu être proposée dans les maladies chroniques.

Elle a pour but de faire naître une sorte Je fièvre accidentelle capable de faire disparaître d'anciens états morbides.

Sous certains rapports, donc, la fièvre peut être considérée comme un effort salutaire de la nature, et à cet égard elle rentre trèsbien dans la catégorie des sympathies curatives^ naturelleSj qui attestent la réalité d'une nature médicatrice.

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