‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 26 sur 124 · TRANSFORMATIONS DU NATURISME HIPPOGRATIQUE · texte numérisé non relu

TRANSFORMATIONS DU NATURISME HIPPOGRATIQUE

DU PNBUMATISME

De tous les genres de satiété, le plus funeste, est, sans contredit, celui qui consiste à dégoûter l'esprit et le cœur des vérités immuables de la science, de la morale, de la philosophie et de la vertu. Il est fâcheux d'avoir à le constater, mais, par habitude, l'homme se dégoûte du beau, du bien ou de l'honnête, et c'est ainsi que les civilisations avancées, riant des choses les plus sérieuses et les plus \Taies, touchent de près à la décadence. Après la mort d'Hippocrate, ses doctrines, transmises de génération en génération à Alexandrie , puis à Rome, contestées d'abord par les empiriques, pois un peu plus tard par les méthodistes, finirent par se modifier et par se dénaturer. Sans en perdre tout à fait l'esprit, ceux qui leur restaient fidèles croyaient encore les servir en les perfectionnant, et ils ne se doutaient guère que le mieux est quelquefois V ennemi du bien. Satiété ou progrès^ et cest un point que je ne veux pas discuter en ce moment, les dogmes du naturisme hippocratiquey acceptés d'abord comme des vérités fondamentales, ne tardèrent pas à subir de graves réformes jugées indispensables par les exigences de l'époque. Sans détruire leur principe, les médecins qui les avaient acceptés s'en servirent comme (l*un point de départ obligé dans leurs études, mais ils crurent devoir aller plus loin. C'est ainsi que le pneumatisme prit naissance; et plus tard, dans le cours des siècles, nous verrons de même apparaître Varchéisme de Paracelse et de Van Helmont; Vanimisme^ rendu célèbre par Stahl; le vitalisme de Barthez; et enfin la doctrine, sur laquelle je me propose d attirer Tatlention, lorsque j'en aurai fini avec l'exposition du passé.

A l'époque où la secte méthodique commençait à se faire connaître, sous Auguste, les idées épicuriennes d'Asclépiade sur la forme et le mouvement des atomes, sur le relâchement et sur le resserrement des pores, avaient presque entièrement banni de la science médicale la doctrine hippocratique d'un principe conservateur de la vie réglant les actes de la santé et les phénomènes de la

maladie. Le naturisme était relégué au nombre des chimères, et ridiculisé par le plus grand nombre qui rappelaient une méditation sur la mort. Cependant ceux qui lisaient attentivement les œuvres d*Hipp6crate, et qui en même temps observaient des malades, s'aperçurent bientôt qu'il était impossible de ne pas admirer la justesse de ce principe. On le reprit donc , mais en le modifiant d'une façon qui n'est peut-être pas heureuse, et il devint l'origine de la secte pneumatique dont nous allons parler.

Athénée de Silicie fut à Rome, en l'an 60 ou 68 de J. C, Tauteur de cette exhumation, qui n'est en réalité qu'une métamorphose. En effet, le principe de la vie dont parle Hippocrate, c'est-à-dire la nature, cette force bienfaisante qui semble veiller aux actes de l'économie pour la conservation des malades, n'est pas susceptible de s'altérer. Il joue dans la maladie le même rôle que dans Tétat de santé, dirigeant les phénomènes morbides jusqu'au moment du retour à l'état normal (voinrbîv (puatç iTrr};p), mais jamais la perversion de cette force n'a été admise par Hippocrate comme cause des maladies.

C'est l'altération ou la perversion de la force régulatrice de la vie, on pneumaj qui est pour Athénée le point de départ de sa doctrine, car de cette perversion peut naître la maladie. Tout le pneumatisme est dans ce principe, et la secte pneumatique n'a eu d'autre ambition que la propagation de cette idée fondamentale, qu'on retrouve dans un traité de la collection hippocratique postérieur à Hippocrate, et intitulé Des vents. Là, en eiïet, l'air est considéré comme la cause des maladies pestilentielles, épidémiques, sporadiques, de l'iléus, des fluxions et des hémoptysies, de l'apoplexie, de l'épilepsie, des ruptures, de l'hydropisie, etc.

Dans cette doctrine, le principe de la vie devient pour la première fois un être matériel ; il reçoit le nom de pneuma^ et de ses altérations dépend l'état morbide.

Qu'est-ce donc que le pneuma? De l'air atmosphérique, un cinquième élément, ou une force?

On voit que ce mot a eu des significations bien différentes qu'il importe de connaître. D'abord c'était l'air introduit dans le poumon, et de là dans l'économie, pour se mêler au sang et entretenir la santé ou produire la maladie. C'était l'opinion d'IIippocrate (repl fuercov), et d'Érasistrate, qui, sous ce rapport, pourrait être considéré comme le premier chef des pneujnatistes. Au reste, ces médecins n'appelaient pas Tair le pneuma; ils ne lui donnaient ce nom que lorsqu'il était entré dans le corps, distinction plus subtile que vraie, et qui sera toujours très-difficile à comprendre.

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