‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 27 sur 124 · DES NATURISTES — DU PNEUMATISME — ATHÉNÉE · texte numérisé non relu

DES NATURISTES — DU PNEUMATISME — ATHÉNÉE

D'autres ont donné ce mot à un fluide subtil, à une sorte i'éthery un cinquième élément, s'ajoutant aux quatre autres dans le corps des animaux. Il serait disséminé dans l'espace, et au delà de l'air où il remplit les intervalles célestes. Ce fut la pensée de Thaïes, de Démocrite et des premiers philosophes grecs. Elle fut longtemps acceptée par les physiciens jusqu'à Newton, qui la rejeta, et qui n'en a parlé à la fin de son livre que comme d'une chose à démontrer. Cependant cette idée a été reprise, et la physique moderne, M. Pouillet, entre autres, admet l'existence de cet éther. Si quelque chose est aujourd'hui vulgaire, c'est la division des éléments du monde en agents pondérables (solides, liquides et gazeux), et en impondérables (éther), qui s'interpose aux molécules de la matière et remplit les espaces célestes.

Ailleurs, on a voulu approfondir la nature de cet élément, et aux premiers temps de la philosophie stoïcienne, le pneuma^ synonyme d'éther, était quelque chose déplus subtile et de plus ténu que la matière. C'était quelque chose d'entièrement immatériel, pneuma^ spiritusy souffle^ comparable à ce que nous appelons une force. Ainsi entendu, le pneuma^ pour les stoïciens, était une force émanée de Dieu, répandue dans l'univers et dans le corps des animaux, comme un moteur et un agent d'impulsion universel. Le même mot, pour les premiers Pères grecs de l'ère chrétienne, signifiait V Esprit saint (pneuma).

Il est très-difâcile de dire au juste le sens donné aumotpneuma par Athénée et ses disciples. Les ouvrages d'Athénée sont perdus. Arétée, son élève, ne l'a pas dit dans ce qui nous reste de lui, et c'est dans Galien qu'il faut rechercher les principes de la secte pneumatique.

< Il y a trois choses {Introduction^ le médecin) dans le corps vivant : des solides, des liquides, et ce qui donne l'impulsion, r6 cvopuôiv. Malheureusement les successeurs d'Hippocrate ont brisé cet édifice divin pour faire jouer un rôle exclusif aux solides et aux liquides. Athénée et Archigène sont les auteurs d'une secte qui revint aux saines idées, et qui établit que tous les désordres dont l'économie était le siège et toutes les maladies résultaient des altérations d'un principe de mouvement désigné sous le nom de TcveufMc, d'où le nom de secte pneumatique. »

Pour Athénée, en outre des quatre éléments, il y en avait un cinquième, qui, dans le corps, dirigeait et dominait tout le reste, et dont les modifications devaient produire la. maladie. Ce principe était le pneumay tout à fait distinct de l'air, puisqu'il est déjà dans

les quatre éléments (la terre, Tair, le feu et Teau). C'était donc un principe spécial, et de plus Ane substance matérielle.

Dans la plupart des maladies, le pneuma était la première partie affectée. Par son influence naturelle et régulière, il animait la machine vivante qu'il avait charge de nourrir pour la conserver, car la mort subite était la conséquence de son repos. Au contraire, lorsque son influence s'exerçait d'une façon irrégulière , les maladies devaient se développer, et elles différaient entre elles selon les causes qui avaient troublé l'action du pneuma.

Si l'on prend la peine de lire Arétée , dont j'analyserai les œuvres un peu plus loin, on pourra se faire une idée, bien que trèsimparfaite, de la nature de ces difOérents désordres. Quant à la nature du pneuma lui-même, Arétée n'en parle guère, et ce qu il en dit semble faire croire qu*il s'agit de l'air atmosphérique. Cet écrivain est très-réservé sur le fond de la doctrine ; mais comme il est avec Galien le seul qui nous en ait laissé d'importants passages, sur ce sujet, c'csl à lui que nous devons nous adresser pour connaître le fond de la doctrine.

A l'article épilepsiCy après une description fort remarquable de l'attaque convulsive, il ajoutera :

et C'est le pneuma renfermé et accumulé dans les organes qui ébranle toute la machine. Par la rétention et la fermentation dans la poitrine se produisent les râles de la respiration et l'écume qui s'échappe du nez et de la bouche. »

Dans Viléusj c'est le pneuma entassé et accumulé dans l'intestin qui étouffe les malades.

Vasthme est la conséquence du pneuma refroidi et altéré par l'humide, d'où sa fréquence plus grande chez la femme que chez l'homme, la première étant de nature humide et froide.

C'est le pneuma qui gonfle et endurcit la rate, de façon à en troubler les fonctions. Terne et sec, il produit Tapoplexie, tandis qu'en devenant humide , il engendre l'ascite. — Dans le vertige ^ c'est le pneuma qui tourne sur lui-même, et détermine la chute des malades.

Dans les cynanchesy c'est-à-dire les angines, qu'il décrit à merveille dans leurs formes simple, ulcéreuse gangreneuse, couenneuse, et pour lesquelles il parle de la trachéotomie comme d'une chose employée de son temps, il dit que lorsqu'il n'y a rien à la gorge, c'est Taltération du pneuma qui exerce une mauvaise influence sur le gosier, en le resserrant et en empêchant le passage des liquides. Aujourd'hui, nous appellerions cela du spasme. Mais, pour mieux faire comprendre celte étiologie, Arétée l'explique par une

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sorte d'analogie, en disant que dans certaines grottes infernales (fosses charonieiines) on voit des individus périr par la seule aspiration du soufOe ou de Tesprit qui s*en échappe, et cela sans que le corps soit affecté dans la matière qui le constitue. De même aussi, sans morsure et par la simple aspiration de l'air d'un chien enragé, l'homme peut prendre la rage. Ici le souffle est matérialisé; mais cela ne fait rien à l'erreur de la comparaison, puisque tout le monde sait aujourd'hui que, dans ces cas, il s'agit d'un empoisonnement par l'acide carbonique, et que, dans Tautre, il est impossible que le contact, sans écorcbure préalable et sans inoculation virulente, puisse engendrer la rage.

Il en est de même dans toutes les maladies intérieures que l'on voit se produire sous l'influence des (roubles spontanés du pneuma, sans que les parties solides ou liquides du corps soient altérées

Une semblable manière de voir sur le mécanisme de la production des maladies telle qu'elle ressort du livre d'Arétée, devait avoir des conséquences thérapeutiques importantes. En effet, les pneumatistes devaient chercher à agir sur le pneuma pour le modifier et produire la guérison des maladies. C'est, en effet, ce qu'ils avaient la prétention de réaliser. Us devaient chercher à exciter le pneuma pour le faire sortir de sa torpeur, pour le calmer, pour rendre sa distribution plus régulière et pour empêcher son accumulation sur les différentes parties du corps.

Ici, le pneuma n*est plus un souffle, un esprit, une chose immatérielle; cette manière de voir, bonne comme principe de la doctrine, s'évanouit au contact de la pratique, et, dès qu^il s'agit du traitement des maladies produites par les désordres primitifs du . pneuma, il faut agir par cet élément qui se matérialise à l'instant . C*est, du reste, ce que nous retrouverons dans les doctrines Je Van Helmont et de Barthez, où Varchée et le principe vitaly d'abord conçus comme des forces, des abstractions, deviennent, pour les disciples, de véritables substances matérielles dont on ignore la nature.

Si Ton en croit Galien, la secte pneumatique avait, comme toutes les sectes nouvelles, la prétention de mieux raisonner que les autres. Elle se fit l'héritière des travaux d'Érasistrate. auquel elle emprunta son principe, le pneumay et dont elle vulgarisa les connaissances sur le pouls. Malheureusement, ce principe, mal défini, entièrement hypothétique, n'a pu être compris de personne, et une doctrine n'ayant pas d'autre base devait n*^cessairement périr. C'est peut-être un malheur, car l'air atmosphérique vicié, introduit dans le corps par la respiration et par les aliments, renferme, comme on

le sait, les germes matériels de la plupart des maladies (Linné, Eiseld, Pasteur) .

Au reste, Athénée paraît avoir été le seul pneumatiste pur de la secte, ce qui est tout naturel de la part d'un fondateur et d'un réformateur. — Ses élèves se sont montrés beaucoup moins exclusifs que lui, et Sprengel les appelle même des éclectiques. Nous croyons, avec M. Andral, qu'il est plus vrai de les envisager encore comme des pneumatistes.

Parmi ces élèves, il faut citer Agathinus de Sparte, Hérodote , Magnus^ Théodore^ Aristippe, Archigèney LéonidèSy et enfin ArétéCy qui est l'écrivain de la secte pneumatique.

Si nous faisions de la chronologie médicale, notre devoir serait de parler de tous ces écrivains, pour la plupart ignorés aujourd'hui; mais dans cette histoire doctrinale de la médecine, où les noms propres ne sont que bien peu de chose en face des idées qu'ils représentent, nous ne parlerons que des plus considérables entre les hommes que nous venons de citer.

1*^ Agathinus de Sparte est un pneumatiste incomplet qui vécut à la fin du I*' siècle, 81 ans après J. C, et dont Galienj Cœlius Aurélianvs et Aétius font mention. Il n'adopta qu'en partie les doctrines du maître, et eut, pour son compte, l'ambition de devenir chef de secte. Il emprunta quelques-uns de ses principes aux méthodistes et aux empiriques. Sa doctrine est connue sous le nom A^épisynthétique.

On cite de lui un bon travail sur le pouls, combattu par Galien. C'était un praticien faisant un grand usage des lavages à l'eau froide chez les gens bien portants.

2'' Hérodote, qui vécut à Rome à la fin du i*' siècle, est cité par Galien comme un des plus zélés pneumatistes. — Sa réputation fut très- grande.

Il a publié un article sur la ligature des membres pour prévenir un accès de fièvre intermittente ; un ouvrage sur les bains d'huiles^ sur les baiîis de mer, sur les bains de sable chaud dans l'hydropisie; sur les ventouses^ sur les sudorifiques; sur le temps où il est convenable d'ah'menter dans les maladies y sur Tindicalion d'ouvrir les veines et de faire la saignée ; sur l'utilité des bains prolongés de douze à quinze heures dans la fièvre intermittente, pour troubler Taccès et le détruire ; sur Vusage du vin dans les différents âges et chez les insensés; sur Y indication des boissons froides et des réfrigérants de la peau dans les maladies fébriles ; sur les avantages delanatation^ sur les vers intestinaux et leurs sigtiesy etc.

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3<> Magnus, disciple et sectateur d'Athénée, vécut à Rome dans le ï^ siècle de Fère chrétienne ; n*est connu que par un ouvrage perdu ayant pour titre : c Des choses trouvées depuis Thémùon >, et par un autre également perdu, relatif aux dogmes d* Athénée, — Il est souvent cité par Galien.

4°Archigéne fut un des plus célèbres sectateurs d'Athénée. — Élève d'Agatbinus de Sparte, il vécut à Rome sous Domitien, sous Trajan, et il mourut, en 111, à l'âge de soixante-trois ans. Vanté par Ju vénal dans ses Satires, cité avec honneur par Galien, par Aélius, qui a publié des fragments de ses œuvres, surnommé par Alexandre de Tralles 6 OeioxaxtK eticep dIXXoç, il est évident que ce fut un personnage considérable.

Quoiqu'il fût le disciple d'Athénée, Archigène s'écartait assez souvent des principes de la doctrine pneumatique pour suivre le courant de ses propres idées ; ce qui fait qu'on le regarde souvent comme le chef des éclectiques (Éloy, Die. histor, de la méd.). Ainsi, sa thérapeutique était entièrement inspirée de l'empirisme, qu'il proclamait supérieur en cas aux données du dogmatisme, et il croyait même à l'influence des amulettes, ce qui lui est fortement reproché par Galien.

Eq vertu de ses croyances empiriques, Archigène employait des médicaments très-composés, et son hiera^ formule très-complexe, ayant pour but d'évacuer les humeurs, était très-recommandé contre les bydropisies. Pour lui, les purgatifs doux valaient infiniment mieux que les drastiques.

Gomme pour tous les disciples de cette école, le pouls fut l'objet de ses recherches, et il a écrit sur ce sujet un ouvrage commenté pas Galien, dans lequel il établit huit choses à rechercher dans la pulsation radiale : 1® la grandeur, ^ la force, 3o la vélocité, i"" la fréquence, 5* la plénitude, 6« la régularité. 7^ l'égalité. S"* le rhythme.

Dans chacune de ces formes de pulsation, Archigène admettait des variétés infinies conduisant à des dictinctions plus subtiles que réelles, et à l'emploi d'un nouveau langage vivement blâmé par Galien, qui trouvait préférable d*employer le temps â l'étude des choses qu'à rechercher des changements et des modifications au langage reçu.

c Quels que soient les mots, convenons bien de leur signification, et, sans s'embarrasser, observons les choses. Les anciens acceptaient les roots établis et en précisaient le sens; ceux qui leur ont succédé embarrassent et tuent la science par des mots nouveaux. Les mots n'importent pas â la connaissance des choses, il

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16e HISTOIRE DE LA MtDBCINS

suffit de ft'aoleEdve sur leur sigaiflcation, et les plus insignifiants aant les meilleura. On devrait faire les mots presque au hasard, avec las lettres de l'alphabet tirées au sort, pour appliquer ces mots aui choses observées.

€ Pourquoi discuter sur ce que vous appelez le pouls fort ? Appelezle OeTov, 27ov, etc., et toute discussion cessera. La science n*a pas

pour but de continuer des mots, mais des choses N'employons

des mots nouveaux que pour exprimer des choses nouvelles. >

Archigèna a fait une étude approfondie de la douleur, dont il a distingué de nombreuses espèces en leur imposant des noms particuliers. Il soutenait que chaque partie ou chaque organe malade produisait une douleur spéciale facile à reconnaître. Les sympathies, (|u'il appelait Vomhre de la maladie^ ont été, de sa part, l'objet d'une étude intelligente et approfondie, ainsi que celle des phénomènes idiopathiques, ce dont Galien le félicite beaucoup.

Archigène a fait différents traités, pour la plupart perdus : l'un sur les maladies d'après leur siège (De locis affectifs), titre repris par Galien; l'autre sur les fièvres pernicieusesy soporeuse, cataleptique, dysentérique, diabétique, forme qui n'a pas été reproduite ultérieurement; un autre sur les angines, dont le point de départ était l'embarras gastrique et pour lesquelles il donnait des vomitifs ; un autre sur la dysenterie , sur les abcès du foie y assez fréquents alors sous le ciel de Rome; un autre sur les hémorrhagies utérines; sur la lèpre I sur les eaux miné'alesy qu'il divisait en quatre classes, à l'exemple d'Aétius : les eaux mmènXesniireuseSy alumineuseSy salines et sulfureuses.

Sa thérapeutique était souvent bizarre comme celle de son temps; mais il est resté quelque chose de lui, c'est la pratique des lotions tjèdes Ou chaudes sur le corps dans les maladies aiguës.

Il y a encore quelques pneumatistes célèbres dont le nom est arrivé jusqu'à nous : ce sont, Léojitdès, Pliilippe de Césarée, dont parle Galien; mais leurs ouvrages sont moins nombreux et moins connus que ceux d' Archigène, et cela nous conduit à l'illustre Arétée.

Arétée est l'écrivain de la secte pneumatique. Il a vécu à la fin dM \^r siècle. Son nom, aujourd'hui très- populaire, était peu répandu chez les anciens. On ne le^trouve pas [dans Galien. Il n'est n^ntionné que par Dioscoride, Paul (d'Égine) et Aétius, et il ne doit son éclat qu aux érudits, qui Font tiré de la poussière des bibliothèques au XVI* siècle. Alors un médecin de Padoue, Julius Grassus, découvrit dans une bibliothèque un manuscrit grec dont il devina Timportance, et il le traduisit en latin en i55i. C'était l'on-

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vrage (TArétée. Les éditions se multiplièrent; on en fit une en grec à I^s en 1554. C'est celle qui a servi au docteur Renaud pour sa traduction française publiée en 183^1.

L'ouvrage d*Arétée se compose de deux parties distinctes, Tune consacrée aux causes et aux signes des maladies aiguës et chroniques, tandis que la seconde, en autant de sections particulières qu'il y en a dans la première partie, concerne le traitement de ces mêmes maladies.

Les premiers chapitres du premier livre, consacrés aux causes et aux signes des maladies aiguës, manquent. Ceux qui suivent renferment des considérations sur l'épitepsie, le tétanos, l'angine, les ulcères des amygdales, la pleurésie , la phrénésie, la lélhai^ie, l'apoplexie.

Un second livre renferme la péripneumonie, le crachement de sang, la syncope, le choléra, Tiléus, les maladies aiguës du foie, de la veine cave, des reins, de la vessie, la suffocation de matrice ou hystérie, et le satyriasis.

Dsms ces descriptions concises, se trouvent des considérations particulières sur l'influence des saisons, de l'âge et de la fréquence des maladies aiguës; mais ce qui doit frapper l'attention, c'est la forme de la description, où, malgré d'importantes lacunes, on retrouve des portraits morbides d'une netteté et d'une véracité à faire envie aux médecins modernes.

Elles représentent Vétiologie, la symptomatoloyie et la thérapeutique^ telles qu'on les entendait à Rome au i*' siècle de l'c^re chrétienne. Sous ce rapport, leur étude a le plus haut intérêt, et il but y apporter une grande attention.

Des études sur Yépilepsie, tronquées à leur commencement, ouvrent le premier livre, et l'attaque convulsive y est décrite avec la plus grande vérité. Vnura s'y trouve déjà signalée, et Àrétée parle des cas dans lesquels on a pu empêcher les convulsions de se produire en contrariant \aura (p. 4). L'imbécillité et la démence produites avec soin par la prolongation du mal sont également indiquées par l'auteur (p. 80), et le traitement (p. 381) y tient une très- grande place.

Le tétanos était bien connu d' Arétée dans ses causes et dans ses formes trismuSy d'opisthonos et à*emprosthotonos. Il parle même de son incurabilité.

La cynanche, ou angine, est causée tantôt par une inflammation des organes de la respiration, tantôt par une affection particulière de l'air ou pneuma, et a sa cuuse dans cet air même. L'analogie avec la suffocation produite par l'air qu'on respire dans les fosses

charoniennes, c'est-à-dire dans les cavernes remplies d'acide carbonique, est, d'après Arétée, la preuve que l'altération du pneuma peut être cause des maladies.

La description des ulcères des amygdaleSy les uns superficiels et de nature douce, les autres profonds, couverts d'une concrétion blanche ou noire appelée eschare ; leur propagation au poumon par la trachée-artère, ce qui amène la gène de respirer et la suffocation (p. 21); enfin la trachéotomie, rappellent tout ce que nous savons de l'angine couenneuse et du croup, c Ceux qui, pour prévenir une suffocation funeste^ font une ouverture à la trachée-artère, afin de procurer au malade un moyen de respirer, ne me paraissent point avoir pour eux Texpérience; la plaie que l'on est obligé de faire ne fait qu'augmenter l'inflammation, la suffocation et la toux ; et lors même que le malade échappe au danger, les bords de la blessure ne peuvent se réunir, car ils sont de nature cartilagineuse et inagglutinables. > (p. 279.) Â part les erreurs d*appréciation sur les effets de la trachéotomie, dont Arélée n'était pas le partisan, on voit que cette opération était, de son temps, une chose usuelle.

A propos de la pleurésie, il indique la suppuration de la plèvre et la migration du pus au dehors, à travers les côtes ou dans l'intestin.

Ses considérations sur le crachement de sang qui provient de la bouche, des fosses nasales, de la trachée, des bronches, des poumons, de l'estomac, sont excellentes, ainsi que les symptômes observés dans ces circonstances différentes.

Il y a ensuite différentes descriptions de la syncope, du choléra^ de Viléus et du volvulus ; des maladies aiguës du foie^ des maladies aiguës de la veine cave y des maladies aiguës des reins ^ de la vessie; de la suffocation de matrice ou hystérie, et enfin de la satyriase, infiniment plus communs à cette époque que de nos jours; et toutes ces descriptions, si incomplètes et si abrégées qu'elles soient, sont pour la plupart très-exactes et révèlent un grand talent d'observateur et d'écrivain.

Dans la partie consacrée aux causes et aux signes des maladies clironiques, on y trouve, avec des généralités importantes, \aL céphalée, la scotodynie ou vertige ténébreux, Vépilepsie, la mélanca» lie et la haine, dont les descriptions sont très-remarquables ; la résolution des nerfs ou paralysie du mouvement et du sentiment, qualifiée A'anesthésiey chapitre où se trouve la reproduction d'un fait déjà signalé par Tempirique Cassius Félix, au sujet de la paralysie par l'entrecroisement des nerfs.

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« Si le cerveau est attaqué, la paralysie est au côté droit quand la lésion est à gauche; elle est au côté gauche si la lésion est à droite. Ceci provient de Tentrecroisement des nerfs dès leur origine dans le cerveau (1). Ceux, en effet, qui parlent du côté droit, au lieu de se porter directement aux membres de ce côté, se détournent et se portent presque immédiatement au côté gauche; ceux du côté gauche se dirigent de la même manière vers le côté droit, de façon que ces nerfs se croisent, et forment A peu près la figure d'une X. »

Après la résolution des nerfs, A^-étée parle de la phthisie et des ulcères du poumon qui en sont la cause, de symptômes très-bien exposés, et enfin de son traitement, qui se trouve mutilé, parce qu'une partie de la rédaction a été détruite. Des empyiquesy ou de Terapyème, lorsqu'il se forme une suppuration au-dessus du diaphragme qui peut être rejetée par l'expectoration, ou bien par les voies inférieures. Des abcès de poumon, qui succèdent aux péripneumonies, et se vident dans les bronches, sans abattre autant le courage et les forces que la phthisie ou l'empyène. Quelle exactitude d'observation! De l'asthme, avec ou sans orthopnée, produit par une maladie des poumons ou du cœur. Des pulmoniques^ qu'il considère comme formant une variété de Tasthme; du /bie, dont l'inflammation engendre des abcès. De la rate, qui, en automne, s'hypertrophie et reste grosse sous l'influence € de l'habitation dans des endroits marécageux, où les eaux sont stagnantes, salées^ infectes, > ce qui produit l'état cachectique, l'ictère et rhydropisie (p. 124).

De V ictère, dépendant du foie, avec des excréments décolorés, ou dépendsint de la rate, quelquefois de l'intestin ; mais alors les matières ont leur coloration normale.

Des cachexies, de Vhydropisie, comprenant l'anasarque, l'ascite et la (ympanite, dont il indique le diagnostic par la percussion et l'absence de fluctuation.

Du diabète, caractérisé par la soif, la polyurie, l'amaigrissement et la perte des forces. Des maladies des reins et des calculs qui s'y développent. Enfin, Aesmaladies delà vessie; de lagonorrhée, qui, à cette époque, semble synonyme de pertes séminales.

Des affections du cardia, c promoteur de la gaieté et de la tris, tesse ; placé comme exprès dans le voisinage du cœur, donnant le ton, le courage ou l'abattement par Tinfluence qu'il exerce sur

(1) Ceci prouve des coDuaissanceâ d'anatomie paUiologique et d'anatomie fort avancées ; el il est dimcile de croire, autant sur ce fait que d'après beaucoup d^autrcs, qu'il n'y ait pas eu, dès cette époque reculée, des ouvertures de cadavres fuies ea Kcret, et dont oo a a pas osé parier. «

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l'âme » (p. 166), et dont les altérations engendrent la dyspepsie, les palpitations, l'hypochondrie, etc. — Ces affections résultat des sympathies excitées par les maladies des autres organes, de Tin* flammation, de la diète ou de l'usage d'aliments indigestes, du travail intellectuel excessif, etc.

Il parle ensuite de la passion cœliaquej de la colique^ de la dysenterie^ dont la cause anatomique est très-bien indiquée ; de la lienterie, des affections de matrice ; enfin, de Y éléphant,

La dernière partie du livre est consacrée à la cure des maladies aiguës et chroniques, mais elle ne vaut pas celle qui est relative aux causes et aux signes de ces mêmes maladies. Elle est traitée avec détail, et Ton y trouve un grand nombre de prescriptions et de pratiques surannées, qui semble*nt d'autant plus extraordinaires qu'elles remontent plus haut dans l'histoire de la science. — Toutefois la saignée du bras et du pied, la saignée des petites veines de la tête, la saignée artérielle, les ventouses scarifiées et les ventouses sèches, les vésicatoires aux cantharides, pour la première fois employés, les flagellations d'orties (p. 254), les sinapismes à la moutarde, c està-dire la révulsion, jouent un très-grand rôle, non-seulement dans la cure des maladies aiguës, mais encore dans celle des maladies chroniques. — Les préparations diaphorétiques^ diurétique^iy calmantes et narcotiques^ particulièrement l'opium, et enfin le purgatif d'/itera, avec l'aluès et l'ellébore, sont les remèdes qu'Ârétée a le plus souvent mis en usage. — Ce qu'il indique avec un soin tout particulier, c'est le régime, les tisanes et Talimentation, qu'il règle avec la plus scrupuleuse attention, et l'on voit que sous ce rapport il met en pratique les préceptes d'Hippocrate.

La cure des maladies chroniques ne l'occupe pas avec moins de sollicitude, et c'est là qu'il parle avec beaucoup de détails de l'hygièue, de l'exercice, des voyages, et de la gymnastique la plus variée, dont il vante les différents procédés, comme un homme qui en a fait une étude approfondie.

En somme, si le livre est incomplet, il est des plus remarquables par sa concision, par l'exactitude de ses portraits et par ses principes thérapeutiques. L'auteur a su éviter la prolixité, et c'est là un mérite qu'on ne saurait trop louer à une époque comme la nôtre, où le vide des idées se cache si souvent sous une phraséologie sonore, fatigante et diffuae.

Avec Arétée, je finirai mon appréciation du pneumatisme, non qu'il n'y ait encore eu après lui d'autres sectateurs de ce système, mais parce que, dans cet Essai de doctrines médicales^ je ne crois pas avoir besoin de faire la chronologie complète de tous

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les représentants d*un système* — Aux plus illitëtrés et aux pliM mMtarUêl telle est ma devise. — Voulant faire cofmattre les idées qui ont régné sur la science, je dois surtout em moiïtrèf Torigine et le développement pour faire comprendre ce qu'elles ont de juste ou d'inexact ; et quant aux hommes qui s'en sont faits les défenseurs, quelques roots sur )a personne des pitus célèbres et l'analyse critique de leurs œuvres me paraissent devoir suffire.

Le pneumatisme, dont on n'a jamais entendu reparler depuis sa fin au II* siècle, ce qui n'est que justice, revivra-l-il? Non, s'il reste appuyé sur l'idée d'un éther foffnant Mû cinquième élément matériel à côté de l'air atmosphérique, ou sur l'idée d'une force immatérielle; mais en prenant pour base Tair atmosphérique altéré, il peut reparaître avec des apparences scientifiques sérieuses. — Ce ne pourra jamais être la base d'une dodrine médicale untretselle, expliquant les fonctions et les désordres de là vie, mais ce pourra être un côté important de la science.

Ainsi, en faisant ôiipneuma un élément synonyme de Tair atmosphérique, il est certain que le pneuma est le principe de la vie, et en même temps le point de départ d'un grand nombre de maladies.

Sans air atmosphérique pur, il n'y a pas d'hématose ni de santé; sa raréfaction fait cracher le sang; son altération par l'acide carlnH nique ou des gaz délétères amène l'asphyxie ou Tempoisennement ; sa chaleur, son refroidissement, sa sécheresse et son humidité sont nuisibles. S'il n'arrive pas en assez grande quantité par la respiration, por encombrement ou par obstacle au larynx et aux bronches, il em résulte de l'anesthésie cutanée et de Tasphytie. Il doit être Bêlé à l'eau que noits buvons, car, sans lui, elle n'est pas potable; aux aliments, qoi, par lui, sont phis digestibles. Enfin,, c'est à ht présence des spores et des poussières invisibles qu'il renferme (cor^ puscoles végétaux putréfiés, corpuscules animaux décompf:£és, débris microscopiques de chairs empoisonnées, de pus virulent et aatres) qu'il faut rapporter toutes les endémies, toutes les épidénûes et la plitpart des contagions qui déciment l'homme et les animaux. Comme on le voit, c'est là un champ très vaste, et qui voudrait le parcourir, pourrait restaurer un pneumatisme du xix^' siècle, qui ne serait pas sans avoir une certaine importance.

Hais ce né sont là que des vues de l'esprit suggérées par les proies de la science moderne. Revenons au pi>eumatisme antique, qui s'éteignit peu <ka tenips après la mort d'Arétée.

A p«iîr de cet instant, la médecine cessa momentanément de gnndîr. Elle se dégrada même de jour en jour ; l'anarchie était âa

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comble de sa force, rempirisme individuel triomphait sur le méthodisme abattu, et il ne fallut pas moins qu*un retour aux idées d*Hippocrate sur le naturisme pour redonner à la science tout son éclat. Ce retour et cette restauration s'accomplirent sous l'influence de Galien, qui dut à cette circonstance Tavantage de partager avec son maître, pendant près de quatorze siècles, le gouvernement de l'opinion médicale.

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