CHAPITRE III
ÉTUDE SUR GALIBN
La célébrité n'est souvent qu'une question de lieu et de temps. Tout en tenant un grand compte de leur mérite personnel, de la lucidité de leur intelligence et de leurs conceptions, de la finesse et de la vivacité de leur esprit, il est certain que beaucoup d'hommes n'ont laissé de traces dans Tbistoire que par suite de circonstances étrangères à leur personne. Savoir naître à propos n est pas donné à tout le monde. Il n'est pas indifférent de surgir au début ou à la fin d'une civilisation, d'une révolution politique, sociale et même scientifique. — On ne découvre ou l'on n'exhume qu'une fois les vérités fondamentales de la philosophie, de la morale ou de la science, et elles ne sont pas si nombreuses qu'il y en ait pour tout le monde. — Aux premiers arrivés la fatalité de cette gloire.
Galien fut prédestiné par son temps comme par sa merveilleuse organisation. Doué d'un esprit philosophique supérieur et d'une vaste intelligence, il a eu le bonheur de naître à une époque où la science tout entière pouvait tenir dans le cerveau d'un homme, et alors il la fit entrer dans le sien. Ayant beaucoup travaillé et longuement cité les auteurs contemporains dont les ouvrages devaient périr par l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, il se trouve qu'après cette destruction complète d*une partie des archives de la science, c'est lui qui a le bonheur d'arracher aux décombres, pour les transmettre à la postérité sous le couvert de son nom, un grand nombre d'œuvres à jamais perdues sans lui. Ses ouvrages sont en effet l'encyclopédie de ce qui l'avait précédé.
Placé au lieu de sa naissance, sur le petit théâtre de Pergame, où il apprend de son père les vérités de la philosophie grecque, et de son maître Stratonicus, les principes de l'hippocratisme, qu'il devait à son tour répandre dans le monde, il a l'heureuse idée de changer sa résidence, et, après avoir visité Smyme, Corinthe,
DES NATURISTES — GALIEN t69
Alexandrie, de venir à Rome, apportant à Marc-Aurèle, protecteur éclairé de la science, des lettres et des arts, les trésors de la médecine grecque réunis aux connaissances de l'école d'Alexandrie. Sa fortune est tout entière dans ce changement de lieu. Il eût été ignoré à Pergame, au milieu de ses maîtres, tandis qu'à Rome il ne trouve que des disciples, les chefs de la médecine romaine ayant presque tout à apprendre de lui, et les empereurs, maîtres du monde, heureux d'attacher à leur couronne cette gloire qui devait rehausser l'éclat de leur domination.
Galien Ait universel, et pour cela on en fait un éclectique. C'est une erreur : celui qui recueille toutes les notions scientifiques d'une époque ne fait pas d'éclectisme. — Galien fut assez heureux pour posséder tous les éléments de la science du temps et pour en créer de nouveaux qui ne sont pas encore oubliés. Philosophe avant tout, anatomiste habile, physiologiste ingénieux, médecin convaincu de la nécessité de l'observation éclairée par la raison, perspicace dans ses jugements, aussi expert dans Tart de prévenir que de guérir les maladies, ne sacrifiant à aucun système morcelant la nature de l'homme, mais ayant réalisé la doctrine de l'unité humaine, il ne fut grand que parce qu'il sut être vrai et que jamais l'esprit de fantaisie scientifique n'a inspiré sa conduite et dirigé sa plume. Ses erreurs sont celles de son temps, et bien qu'elles portent sur des faits de haute importance, elles ne sont, en définitive, que des erreurs de détail; car à cette époque déjà, les vérités doctrinales de la science furent exposées par lui de manière à nous faire comprendre que si nous avons changé les mots, nous n'avons pas beaucoup modifié les idées qu'ils représentent.
L'éclectisme de Galien, signalé par Éloy et accepté, d'après ce jugement; par un grand nombre de médecins , récemment par M. Andral (Andral, Cours de pathologie^ leçons recueillies par Tai^ tivel), n'est peut-être pas aussi réel qu'on le pense. C'est un jugement à réviser. Bien que Galien ait, par un passage mal interprété de ses œuvres, pu donner lieu à cette condamnation dont il sera difficile de le réhabiliter, il me paraît que, par l'étude des œuvres dans lesquelles il accorde partout aux forces et à Tintelligence, à la nature^ à la vie enfin, une prédominance d'action sur les éléments qui font les tissus, les organes et les humeurs, une direction de l'ensemble des fonctions en rapport avec leur finalité, une influence intelligente sur la formation des organes, sur la guérison des maladies. Sa philosophie est celle du naturisme ou du vitalisme plulôl que celle des éclectiques. Elle a même un si réel cachet d'originalité, qu'on lui a justement donné le nom de galénisme.
Grand par son esprit, par sa ^philosophie, par ses connaissances scientifiques, Galien Test encore par cette fatalité de naissance qui le jette dans le monde au moment d'une civilisation nouvelle. Le dogme chrétien intronise dans la foi un absolutisme qui a le tort de s'étendre jusque sur la science, et qui, pendant quatorze siècles, protège ses œuvres comme un Évangile scientifique, en l'imposant partout et donnant même consécration à la vérité qu'à l'erreur. (ralien Va dit ! tel fut le jugement sommaire par lequel tontes les puissantes médiocrités médicales condamnaient d'avance les anato^ mistes, les médecins et les physiologistes qui avaient le bonheur de découvrir quelque vérité nouvelle La persécution la plus violente pouvait même atteindre le novateur récalcitrant. Il en sera toujours ainsi : Tinaction est Tennemie de l'action comme l'impuissance l'est de la force ou du talent ; et quand, par malheur, l'impuissance a l'autorité en main, elle écrase souvent quiconque vient lui montrer un fait qui contrarie les connaissances acquises. — Cet éternel sentiment du cœur humain, venant en aide aux institutions sociales du IF siècle de notre ère, a fait de Galien mort un dictateur au nom duquel on condamnait la science médicale à l'immobilité et les trop ardents novateurs à l'exil ou à la tombe. — Tant d'injustice devait disparaître en faisant éclore cette liberté noble et sage qui ne réclame d'autre satisfaction que celle de penser ou d'agir conformément aux inspirations du bien, du juste et du vrai. — Galien discuté ou rectifié n'en reste pas moins grand. Placé désormais dans une auréole de gloire qui ne peut s'éteindre et qui éclairera sans leur nuire tous ceux qui voudront en approcher, il restera, comme Hippocrate, la plus brillante figure de notre histoire, méritant l'admiration et le respect de toutes les générations futures. — Personne ne voudrait rectifier cet ignoble jugement de Bacon sur Galien : c esprit étroit, vain bavard, peste dont l'indignité ne vaut pas qu'on s'arrête sur son nom >, et qui ajoute : u .... Hippocrate, deini-sophiste, à rœil stupide devant Texpérience. Qui ne rirait, quand Galien et Paracelse s'empressent de s'abriter sous l'autorité d'un pareil homme comme à l'ombre d'un àne. » {Temporis parius masculus,)
Pour le juger convenablement, il faut parcourir ses œuvres, soit dans le texte uriginal, soit dans les traductions qui ont été faites de plusieurs de ses traités particuliers, notamment du Deusu partium, soit dans réditiou française commentée par H. Daremberg , soit dans les articles biographiques d'Éloy (Dict. hist, de la tnéd.y t. II), deDezeimeris [loc cil,, t. Il), soit enfin dans les intéressantes leçons de M. Andral à la Faculté de Paris. Cette dernière oeuvre
analytique et critique donne une grande idée du caractère et des travaux philosophiques ou scientifiques de l'homme qui, pendant quatorze siècles, a été Toracle de loute la médecine civilisée. Peutêtre un peu plus belle que nature, marquée au coin d'une admiralion très-vive, cette appréciation se recommande par son éloquence non moins que par sa clarté, et c'est en la consultant sur mes notes et d'après l'analyse publiée par H. Tartivel dans Y Union médicale^ que je présenterai les principales doctrines de philosophie, de médecine, d*anatomie et de physiologie du grand personnage dont l'autorité a si longtemps pesé sur la science médicale.
Galien naquit à Pergame, 131 ans après Jésus-Christ. Dans cette ville, émule d'Alexandrie, existaient des écoles de rhéteurs, où l'on discutait avec passion, et ou l'on parlait beaucoup de soi. 11 en resta quelque chose à Galien.
Fils de Nicon, architecte, homme austère, probe, doux, instruit dans les mathématiques, l'astronomie, la logique, la philosophie, etc., et d'une mère irascible, acariâtre, querellant tout le monde, son mari, son fils, ses domestiques, nouvelle Xantippe exerçant la pa* tience d'un autre Socrate, Galien se vante beaucoup de son éducation et de sa supériorité sur les autres jeunes gens. Aussi est-il très-reconnaissant à son père, dont il reproduit les judicieux conseils.
« Ne te livre jamais témérairement, ni aveuglément, à aucune secte; étudie longuement, patiemment lesdogmes de chacune d'elles, et, après t'en être instruit, pénétré, discutes-en la valeur. Ainsi, tu mériteras l'approbation des hommes sages et éclairés. Les sectes sont d'implacables despotes ; accepter leur servage, c'est ôter à ses actions et à sa pensée toute liberté. :i>
Il lui disait encore :
«.... Sois juste, tempérant, courageux, prudent; fuis les désirs immodérée ; recherche la vérité avant tout ; reste en tout semblable à loi-oième, inébranlable dans tes principes, ferme dans tes résolutions« Quel que soit le vent qui vienne à souffler sur toi, ne te laisse pas entraîner à son courant ; sois le soir ce que tu as été le matin. »
Ce sont là de grandes pensées, magnifiquement rendues ; et comme la morale ne vieillit jamais, elles sont de notre temps, et chacun de nous peut en faire son profit. Ce n'est pas tout. Galien ajonte :
c Mon père m'a appris à dédaigner les honneurs et la gloire ; ni leftinîares des boiuoies, ni leurs injustices, ni la perte des honneurs
peuvent altérer la paix de mon àme. Je me suis préservé de ce
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degré d'humiliation, que de tels événements puissent faire dévier mon esprit du sentier de la raison. Il m'importe peu de plaire aux hommes. Je ne m'affecte, ni des flatteries des uns, ni du blâme des autres. Je ne pense pas plus à me concilier les suffrages de tons qu'à posséder toutes choses. Quant aux biens du corps, il me suffit de jouir d'une bonne santé, de n'avoir ni faim ni soif, d'être à couvert contre le froid, tout le reste m'est indifférent. >
Il n'est pas très-sûr que Galien ait autant profité des leçons de son père qu'il veut bien le dire, et qu'il ait eu les vertus dont il parle au degré qu'il précise de lui-même. En effet, malgré son mépris apparent de la gloire, des honneurs et de la flatterie, il vécut toujours au milieu de la puissance, et ce qu'il y a de plus vrai dans ce dont il parle, c'est son désintéressement au point de vue de l'argent.
Galien commença la médecine à dix-sept ans, avec Satyrus pour maître d'anatomie, avec l'hippocratiste Stratonicus, et en même temps il suivait les leçons d'iEschrion, enthousiaste partisan de l'empirisme. Il faisait en médecine comme en philosophie l'étude des systèmes les plus opposés. Cela dura quatre ans.
A vingt et un ans, il perdit son père. Alors il quitta Pergame, et se rendit à Smyrne pour étudier sous Pelops, médecin aussi célèbre qu'anatoraiste distingué, et sous Albinus, philosophe platonicien.
De Smyrne il alla à Corinlhe, puis successivement dans plusieurs autres localités, non pour pratiquer, mais pour s'instruire en voyageant. Il vint jusqu'à Alexandrie, où l'on ne disséquait plus, mais ou l'on trouvait des musées remplis de squelettes et de préparations tirées de l'homme et des animaux.
« Galien, qui s'inspire en tout des doctrines d'Hippocrate, dit comme lui : Que le bon médecin doit être philosophe ; qu'il doit connaître la nature du corps {Que le bon médecin e^t philosophey traductions de Daremberg, t. I", p. 4) : qu'il doit pratiquer avec désintéressement non pour de l'argent, mais pour le bien de l'humanité.
« Il n'est pas possible de convoiter la richesse, et en même temps de cultiver dignement la médecine, cet art si noble; si l'on s'attache avec ardeur à Tune, on négligera certainement l'autre. > {Loc, cit., p. 4)
Ce sont les mêmes sentiments que chez Hippocrate. qui a dit : c Ne recherchez pas vos honoraires, si ce n'est dans le désir de faciliter les moyens d'études; je vous exhorte à ne pas montrer trop d'inhumanité, mais considérer le superflu et la vraie richesse; soi-
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gnei quelquefois les malades gratuitement, préférant un souvenir reconnaissant à un avantage direct; s'il se présente une occasion de faire des largesses, donnez surtout à l'étranger et au pauvre. > {PrécepteSy p. 26, édit. Foês.)
c Comment aimerait-il le travail celui qui s'enivre, qui se gorge d^aiiments, et se livre aux plaisirs de Vénus, qui, pour le dire en un mot, est l'esclave de son ventre et de ses penchants lubriques. Il demeure donc établi que le vrai médecin est l'ami de la tempérance, et qu'il est en même temps le disciple de la vérité; il s'attache à suivre la méthode rationnelle pour apprendre à distinguer en combien de genres et d'espèces se divisent les maladies, et à saisir pour chaque cas les indications thérapeutiques. C'est cette méthode qui nous révèle la nature du corps, résultant à la fois des éléments premiers combinés intégralement entre eux, des éléments secondaires sensibles homoiomères, et des parties organiques. Quel est, pour l'animal, l'usage de chacune des choses que je viens d'énumérer, et quel est leur mode d'action? Comme ce sont des problèmes qu'il ne faut pas étudier légèrement, mais qui réclament une démonstration, on doit en demander la solution à la méthode rationnelle. Que maaque-t-il donc encore pour être philosophe au médecin qui cultive dignement l'art d*Hippocrate ? Pour connaître la nature du corps, les différences des maladies, les indications thérapeutiques, il doit être exercé dans la science logique; pour s'appliquer avec ardeur à ces recherches, il doit mépriser l'argent et pratiquer la tempérance ; il possède donc toutes les parties de la philosophie, la logique, la physique et l'éthique (la morale). Il n'est pas à craindre, en effet, qu'un homme méprisant les richesses et pratiquant la tempérance commette une action honteuse, car toutes les iniquités dont les hommes se rendent coupables, sont engendrées par la passion de l'argent qui les séduit, ou par la volupté qui les captive. Ainsi le philosophe possède nécessairement les autres vertus, car toutes se tiennent, et il n'est pas possible d'en posséder une quelconque, sans que les autres suivent, comme si elles étaient enchaînées par un lien commun. S'il est vrai que la philosophie soit nécessaire au médecin, et quand il commence l'étude de son art, et quand il se livre à la pratique, n'est-il pas évident que le vrai médecin est philosophe? Car il n'est pas besoin, je pense, d'établir par une démonstration qu'il faut de la philosophie pour exercer hooorablement la médecine, lorsqu'on voit que tant de gens cupides sont plutôt des vendeurs de drogue que de véritables médecins, et pratiquent dans un but tout opposé à celui vers lequel l'art doit tendre naturellement. » (Ga^ten, traduction Daremberg, t. W, p. 6.)
A cette philosophie, essentiellement pratique, presque synonyme de sagesse^ et toute relative à la dignité de la profession médicale se rapporte un éloquent mémoire adressé à la jeunesse pour lui donner le goût de Yéttide des arts. Discutant d'abord la question de l'àme des bêtes, il montre la différence qui la sépare de Tâme de rbomme, seule raisonnable^ et en regard de cette organisation privilégiée, il montre que le devoir de Thomme est de cultiver son esprit par l'étude des arts et des sciences, en se détournant de la poursuite de la fortune, et en dédaignant les avantages de la richesse, de la naissance, de la beauté ou de la force, avantages matériels qui ne valent pas ceux que donne la culture des arts Kbératix.
Ce sont des pages impérissables, aussi jeunes que si elles étaient écrites d'hier, où se trouve l'empreinte d'un grand talent au service d'une belle âme.
Voici comment débute Galien {Galieny édit. de Daremberg, 1. 1*% p. 12) :
c Les animaux qu*on nomme sans raison n'ont-ils en partage aucune espèce de raison? Cela n*est pas prouvé, car s'ils ne jouissent pas de celle qui se traduit par la voix, et qu'on appelle verhalCy peut-être participent-ils tous, les uns plus, les autres moins, à la raison psychique qu'on nomme intime. Toutefois, il est évident que Tintelligence de l'homme le place beaucoup au-dessus des autres animaux; cela est démontré par le grand nombre d'arts qu'il cultive, et par son aptitude à apprendre ceux qu'il veut, lui seul étant capable de science. En effet, les animaux, à quelques exceptions près, n'exercent aucun art; encore ceux qui le font avec succès obéissent-ils plutôt à un instinct naturel qu'à une détermination réfléchie. Mais l'homme n'est étranger à aucun des arts propres aux animaux; il imite la trame de l'araignée; il modèle comme les abeilles; il peut s'exercer à la nage, bien qu'il soit fait pour la marche, mais, de plus, l'homme n'est point impropre aui arts divins : émule d'Esculape, il se livre à la médecine; rival d'Apollon, il pratique en même temps que la médecine tous les autres arts auxquels ce dieu préside, c'est-à-dire celui de tirer de l'arc, la musique et la divination; il cultive encore ceux auxquels préside chacune des muses, car il n'est étranger ni à l'astronomie, ni à la géométrie. De plus, comme le dit Pindare, son regard pénètre dans la profondeur de la terre, et s'élance par delà les cieux.
» Enfin, par son amour pour Tétude, il s'est acquis le plus grand des biens célestes, la philosophie; aussi, pour tous ces motifs, et malgré la participation des animaux à la raison, l'homme seul, entre tous, est donc appelé par excellence raisonnable. »
Montrant ensuite qu'il est honteux de négliger ce que nous avons de commun avec les dieux pour courir à la Fortune^ il rappelle que les anciens Tavaient représentée sous les traits d'une femme, symbole assez signiflcalif de déraison, un bandeau sur les yeux, un gouvernail à la main, et les pieds sur une boule pour montrer son instabilité.
€ De même, dit-il, qu'au milieu d'une violente tempête, sur le point d'être enveloppés et engloutis par les flots, on commettrait une grande faute en confiant le gouvernail à un aveugle ; de même, au sein des naufrages qui, dans le cours de la vie, assaillent tant de Eaunilles, naufrages plus terribles encore que ceux des vaisseaux en pleine mer, on se tromperait étrangement si, dans les embarras extrêmes dont on est alors environné, on attendait sou salut d'une divinité aveugle et instable. La Fortune est si stupide et si déraisonnable, que, dédaignant le plus souvent ceux qui méritent ses faveurs, elle enrichit les plus indignes; encore n'est-ce point d'une manière durable « mais pour les dépouiller bientôt des richesses qu'elle leur a prodiguées. Une foule d'hommes ignorants courent
après cette divinité Tous ces suivants de la Fortune ne sont que
oisifs ou inhabiles dans les arts..., et vous prendrez en dégoût tout ce cortège composé, en grande partie, de démagogues, de courtisanes, de pédérastes, de gens qui ont trahi l'amitié, des homicides, des violateurs du repos de la tombe, des voleurs, enfin une foule de misérables qui, non contents d'insulter aux dieux, mettent leurs temples au pillage. »
Mercure, le maître de la raison et l'artiste universel, est représenté
c Comme un frais jeune homme dont la beauté n'est ni empruntée, ni rehaussée par les ornements, et n'est que le reflet des venus de son âme. Son piédestal est de la forme la plus solide, celle d'un cube, et ses adorateurs, toujours gais comme le dieu dont ils forment le cortège, ne se plaignent jamais de lui, comme le font les serviteurs de la Fortune^... Le dieu est au milieu d'eux, tous sont rangés par ordre autour de lui; chacun conserve la place qui loi a été assignée. Ceux qui approchent Mercure de plus près, qui rentonreAt immédiatement, sont les géomètres, les mathématiciens, les philosophes, les médecins, les astronomes et les grammairiens; viennent ensuite les peintres, les sculpteurs Au
troisième rang sont tous les autres artistes A la vue d'une suite
ainsi composée, vous serez saisi, non-seulement du désir d'imiter tous ces hommes, mais de vénération pour eux. On y trouve Homère, Soerate, Hippocrate, Platon, et tous ceux qui sont passionnés
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pour ces écrivains que nous révérons à Tégal des dieux, comme les lieutenants et les ministres de Mercure >
Après cette habile opposition des hommes voués au culte des arts ou acharnés à la poursuite de la fortune, Galien déverse tout son mépris sur la richesse, sur les titres de naissance, sur la beauté et sur la force corporelle.
€ Beaucoup de ces misérables qui rapportent tout à la richesse ne songent pas que, parmi les animaux sans raison, ils ne recherchent que les plus industrieux. Ainsi, ils préfèrent à tous les autres les chevaux qui sont dressés au combat, les chiens habitués à la chasse; ils font apprendre des métiers à leurs esclaves; souvent ils dépensent en leur faveur beaucoup d'argent, mais ils ne s'occupent pas d'eux-mêmes. N'est-il pas honteux qu*un esclave soit estimé dix mille drachmes quand le maître n'en vaut pas une? Mais que dis-je, une, on ne le prendrait môme pas à son service pour rien. »
La naissance n'est pas mieux traitée que la richesse, et voici ce qu'il dit de ceux qui, sans avoir aucune qualité propre, tirent vanité de leurs ancêtres :
c Ils ignorent, sans doute, que les titres de noblesse ressemblent aux pièces d'argent : elles ont cours dans la ville où elles ont été frappées; daus une autre, elles sont regardées comme de la fausse monnaie. »
C*est à l'occasion de la beauté et des avantages corporels que Galien développe le plus d'énergie morale, et qu'il montre plus de dédain, car il répète avec Sapho :
€ Celui qui est beau ne Test qu'autant qu'on le regarde ; celui qui est bon sera toujours beau. »
Poussant môme le mépris à un excès que nous ne saurions comprendre dans l'état de nos mœurs, il ajoute : la beauté enfin, qui n'est qu'un infâme moyen de s'enrichir et pour lequel on ne doit pas négliger Tétude des arts. C'est à cette occasion qu'il raconte le irait suivant de Diogène :
Mangeant un jour chez un homme dont l'ameublement était parfaitement disposé, mais qui n'avait pris aucun soin de lui-même, il toussa comme pour cracher, et, promenant ses yeux autour de lui, il ne cracha sur aucun des objets avoisinants, mais sur son hôte lui-mêuje; comme celui-ci lui reprochait avec indignation sa grossièreté, et lui en demandait la cause : c Je n'ai rien vu, dit-il, dans cette chambre d'aussi sale que le maître de la maison; les murs sont ornés de belles peintures ; le pavé est formé d'une mosaïque de grande valeur qui représente les images des dieux; tous les ustensiles sont brillants et propres ; les tapis et le lit sont merveilleusement travaillés ; je n'ai vu de saie que le maître de toutes ces choses;
or, la coutume générale est de cracher sur ce qu'il y a de plus abject, f
c Jeune homme, gardez-vous donc de mériter qu'on vous crache dessus I Évitez cette marque d'infamie quand môme tout votre entourage serait magnifique. Il est rare, sans doute, qu'un môme homme réunisse tons les avantages : naissance, fortune, beauté; mais, si cela vous arrivait, ne serait-il pas déplorable que vous seul, au milieu de tant de splendeur, soyez digne de recevoir un crachat. >
Déjà sûr d'avoir produit son effet sur l'esprit des disciples auxquels il adresse cette apostrophe, il leur dit :
c Courage, jeunes gens, qui, après avoir entendu mes paroles, vous disposez à apprendre un art. Mais prenez garde de vous laisser séduire par un imposteur ou un charlatan qui vous enseignerait une profession inutile ou méprisable. Sachez, en effet, que toute profession qui n'a pas un but utile dans la vie n'est pas un art. » Et, à ce sujet, il flétrit les occupations qui consistent à voltiger ou à marcher sur la corde, à tourner en cercle sans vertige, à devenir un athlète, etc.
c L'homme, jeunes gens, tient à la fois des dieux et des animaux sans raison, des premiers comme être raisonnable, des seconds comme être mortel. Le mieux est donc de s'attacher aux rapports les plus nobles, et de prendre soin de son éducation; si l'on réussit, on acquiert le plus grand des biens; si l'on échoue, on n'a pas la honte d'être au-dessous des animaux les plus inutiles. Si les exercices athlétiques manquent leur but, c'est un affront; s'ils l'atteignent, on ne l'emporte même pas sur les brutes Il y a dans
la nature les biens de l'âme, ceux du corps et les biens antérieurs; on ne saurait imaginer aucune autre espèce de biens. Les athlètes n'ont jamais joui des biens de l'âme, pas même en songe; cela est' tout à fait évident, car, bien loin de savoir si leur âme est raisonnable, ils ignorent même s'ils en ont une. Comme ils amassent une grande quantité de chair et de sang, leur âme est noyée comme dans on bourbier; elle ne peut avoir aucune pensée nette; elle est aussi
stopide que celle des brutes Leur vie se passe comme celle des
porcs, à cette exception près que ceux-ci, cependant, ne se fatiguent pas outre mesure, et ne se forcent pas pour manger. > Et, quant à la force, Galien montre que l'homme ne peut lutter avec les brutes, et il s'écrie : a Et si les athlètes ne l'emportent pas même sur les animaux parleur force, de quelavanlage peuvent-ilsse prévaloir? »
Galien leur refuse même l'avantage de s'enrichir, car il déclare qa*il8 sont toujours accablés de dettes, ce qui le conduit à
BOUOBUT. ^^
une belle conclusion de ce chapitre en Thonneur de la médecine :
c S*enrichir par la profession ne constitue pas seul un titre méritoire ; ce titre, c*est de pratiquer un art qu'on puisse sauver du naufrage avec soi ; or, cela n*est pas le fait de ceux qui gèrent les nffaires des riches, ni des receveurs, ni des négociants; ces gens-l«i s'enrichissent, il est vrai, surtout par leur profession ; mais s ils perdent leur argent, leurs afiaires périssent avec lui, car ils ont besoin d'un capital pour les soutenir.. ..
c Si donc vous voulez trouver dans votre art un moyen sûr et honnête de faire fortune, cboisissez-en un qui vous restera pendant toute votre vie. Il y a d'abord dans les arts une divisioa première en deux catégories : les uns sont du domaine de l'intelligence, ce sont les arts honorables, libéraux; les autres, arts illihératix^ consistent en des travaux corporels, il sont appelés mécaniqties et manuels. Le mieux serait assurément de choisir une profession de la première catégorie, car les arts de la seconde ne peuvent plus ordinairement être continués pendant la vieillesse. Dans la première catégorie se trouvent la médecine, la rhétorique, la musique, la géométrie, l'arithmétique, la dialectique, l'astronomie, la littérature et la jurisprudence; on peut, si l'on veut, y joindre la sculpture et la peinture; en effet, bien que ces deux arts consistent en un travail manuel, ils ne réclament pas une force virile. Un jeune homme, dont l'âme ne ressemble pas tout à fait à celle d'une brute, doit donc choisir et exercer une de ces professions, surtout la médecine, qui, selon moi, est la meilleure de toutes. »
Telle est cette exhortation à l'étude des arts, dont la forme ne le cède en rien à la grandeur des idées et qui peut encore aujourd'hui nous servir d'inspiration et d'exemple. Qu'il s'estime heureux celui dont Tenthousiasme pour la médecine s'éveille à ces paroles, car il a le sentiment du beau, et, dans les choses de la pensée, ce sentiment est toujours Tinspiration des grandes œuvres.
Galien s'occupe ensuite des rapports du physique et du moral dans un traité qui a pour titre : Que les mœurs sont la conséquence des tempéraments du corps. Tout en attribuant à l'âme cette puissance de la forme qui en est le caractère essentiel, puisqu'elle constitue l'être dans son espèce, il reconnaît déjà, comme nous le faisons à présent, que cette âme subit l'influence du corps où elle est incluse, et certains passages du Timée {lac. cit,^ p. 68) et des parties des Animaux d'Aristote servent d* appui à cette manière de voir.
C'est le développement de ce vieil aphorisme : Mens sana in carpare sano. Hais, tout en admettant cette influence du physique
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sur le moral, Galien se garde bien de faire ce qu'ont fait depuis d'autres philosophes, et notamment Cabanis, dont les doctrines à cet égard détruisent le principe de la liberté humaine et de la responsabilité morale. Admettre que les mœurs de l'âme peuvent être modifiées par la disposition du corps ne conduit pas fatalement à cette idée que Tàme est la résultante de l'organisation. Galien s'en défend avec énergie en déclarant :
a Que l'essence de l'âme n'est pas la môme pour tous les enfants, car s'il n'y avait aucune différence dans cette essence de leur âme, elle accomplirait toujours les mêmes actes, et les mêmes affections seraient toujours produites en elle par les mêmes causes. » (P. 49, 1. 1.)
Or, les caractères et les passions du jeune enfant sont essentiellement opposés, variables et différents. Sachons donc faire la part dn tempérament et de l'organisation sur les facultés de l'âme, part que démontre journellement l'observation, mais n'allons pas au delà en méconnaissant le principe de l'autocratie de l'âme humaine et de la liberté morale qui en est la conséquence.
Si on lit, en outre, les livres de polémique où Galien, s'adressant aux étudiants, leur parle des différentes sectes connues pour combattre les empiriques^ qu'il compare aux dogmatiques^ en faveur desquels il se prononce, pour attaquer les méthodiques, qu'il réfute avec la plus grande vivacité, et celui intitulé : De la meilleure secte à Thrasybule, on voit qu'il se prononce en faveur de la ratiomielle (dogmatique) contre Vempiriqve et la méthodique : « Aux empiriques, le dogmatisme déclare que les phénomènes ne suffisent pas pour en tirer, par leur observation, l'indication du médicament convenable, car on a aussi besoin des choses cachées, et c'est de là, en effet, que l'on tire l'indication du traitement... Contre les méthodiques, qui regardent les phénomènes comme indiquant le traitement convenable, le dogmatisme soutient que les phénomènes, étant saisissables par eux-mêmes, se découvrent au vulgaire, et que les communautés apparentes indiquant le traitement, le vulgaire en saura autant que le médecin, i^ (Loc cit., p. 408 et 409.)
Cette manière de voir, loin de caractériser l'éclectisme, constitue, au contraire, une véritable profession de hationalisme ou de dogmatisme analogue à celui d'Hippocrate, et comme, au point de vue médical, Galien adopte toutes les idées du père de la médecine sur le rôle de la nature et des forces dans la production et dans la guérison des maladies, il rentre dans la catégorie des naturistes. C'est ce qui paraîtra plus évident un peu plus loin
Si maintenant on étudie la philosophie naturelle de Galien, on
voit, par la lecture de ses œuvres, que les corps doués de vie sont au fond constiti^ des mêmes principes que les corps inertes. C'était aussi l'idée d'Hippocrate, de Platon et d'Aristote.
Quatre éléments, la terre^ Veau, Vair et le feuj par leurs combinaisons diverses, forment tous les corps de la nature inorganiques ou inertes, et ceux de la matière organisée.
Ces éléments du monde inorganique forment le corps humain, où ils pénètrent avec les aliments, c Reçus dans le corps des animaux et soumis à V influence des forces spéciales qui V animent et le gouvernent, les aliments, par une série de modifications successives, se transforment en un liquidé particulier, le sang, qui renferme en lui et les rudiments du monde inorganique et les rudiments du corps des animaux. Après s'être débarrassé des parties hétérogènes inutiles au corps, l'urine, la bile, etc., le sang abandonne les parties solides pour nourrir les solides du corps, et les liquides poiur remplacer les humeurs que Téconomie a perdues. > (Andral.)
Dans les solides se trouvent : 1° des parties simples ou similaires (tissus) : os, nerfs, veines, artères, ligaments, membranes, etc. ; i? des parties composées.
Ce sont ces éléments réunis en proportions variables qui constituent les solides ou les liquides, dont la composition est si différente; et les parties organiques, instrumentales (organes) : estomac, foie, rate, matrice, etc.
Les humeurs sont le sang, la bile, l'atrabile et la pituite, et elles sonl composées, comme les solides, des quatre éléments réunis en diverse proportion.
A chacun des éléments, dont les arrangements, variés à l'infini, font les solides et les humeurs, se rapporte une propriété spéciale, d'où quatre qualités élémentaires : le froid, le chaud, le sec et l'/iumide, quand prédominent Vair,\e feu, la terre eiVeau, classification prématurée, malheureuse, qui a longtemps régné dans la science et qui n'a été renversée que par Paracelse.
Il y a rependant derrière cette classification métaphorique des cléments, et, sous cette considération hypothétique des qualités élémentaires, des principes qui sont encore aujourd'hui la base de la science. Ainsi, comme M. Andral l'a fait remarquer avec raison, c'est dans la composition des corps et dans l'organisation que Galion croyait devoir chercher i^" la cause du maintien de h vie, de la santé et de la production des maladies.
2» Il pensait que les troubles des fonctions dépendent d'une modification de l'état matériel des organes.
DKS NATURISTES — GALÎEN 181
3^ Les modifications des quatre élémeats, dont la réunion constitue les solides et les humeurs dans leurs proportions relatives, font les différents états des liquides, et par suite les états normaux ou anormaux des fonctions.
4» Les éléments, les parties similaires ou tissus, les parties composées ou organes, Torganisation enfin, ne se modifient que sous I influence de facultés, de forces qui régissent Torganisation animale, et, passant de l'état dynamique à l'élat matériel, engendrent la maladie : c'est l'influence des esprits animaux. Galien appelait esprit animal ce que nous appelons Y influx nerveux^ c'est-à-dire Fagent de cette puissance qui préside aux actes de l'animalité, aux actes du système nerveux. Il admettait trois sortes d'esprits animaux, d'après l'ensemble des actes de l'économie qu'ils étaient appelés à remplir :
A. Il y a des circonstances où tels phénomènes interrompus entraînent la destruction de la vie, d'où forces importantes les plus essentielles (forces, puissances, facultés vitales), et aux agents de ces puissances Galien donne le nom d'esprits vitaux,
B. Des phénomènes ont pour but la nutrition, l'entretien, l'accroissement des organes. Les forces qui les régissent sont dites naturelles et leurs agents esprits naturels,
C. D'autres phénomènes établissent des rapports entre l'animal et le monde extérieur ; ils constituent le caractère de l'animalité : ce sont les forces animales, ayant pour agents les esprits animaujc,
Galien tenait un très-grand compte de ces forces ou puissances dans la recherche des causes de lasanlé ou de la maladie. Et, en effet, celles-ci ne peuvent être bien comprises qu'en réunissant les résultats de celte recherche à l'étude des conditions de l'état matériel des solides et des liquides de l'organisation.
C'est en étudiant à la fois l'état matériel du corps et les forces en Tertu desquelles l'agrégat matériel entre en action, que l'on peut pénétrer les conditions de la santé et de la maladie : d'où la nécessité d'admettre trois espèces de maladies, celles qui ont pour cause le Irtmble des esprits animaux, les maladies des solides, et les maladies des liquides ou des humeurs.
Pour lui, la santé résulte : 1° du mélange ou crase convenable des quatre éléments et des qualités élénientaires correspondantes; 2"" de ce mélange ou crase dans les diiï rentes humeurs, surtout dans le sang (cette crase des éléments, de leurs qualités, dans les humeurs, constituait le tempérament, c'est-à-dire équilibre, harmonie des actes vitaux, à côté duquel se trouvaient des étals de mélange moins parfait, sans aller jusqu'à la maladie, et formait Vintempérie ; pour
182 HISTOIRE DE U MÂDEGINB
nous, à présent, le tempérament est la prédominance d'un appareil organique) ; 3" de la conservation des solides à l'état normal (texture, volume, situation, rapports, etc.)*
La maladie résulte de l'absence de ces conditions, d'oA des maladies par changement de la crase des éléments et de leurs qualités (d'où les diathèses)y des humeurs et de leurs qualités; par modiûcation de conformation de texture ou de rapport des organes, etc.
Une fois la santé dérangée, survient le trouble des fonctions, et ce trouble suit toujours l'altération d'un élément quelconque des solides ou liquides, si cette altération a quelque intensité et quelque durée {De elementis^ de temperamentia). Il n'existe pas de trouble fonctionn elsans altération antécédente de Vétat matériel. Ce trouble de la fonction est la manifestation de la maladie; mais VaUération de Vétat matériel est la maladie eUe-^même,
C'est là le principe de l'organicisme moderne ; mais Galien n'est pas exclusif, et, lorsqu'il s'occupe du rôle des forces dans l'organisation saine ou malade, il admet que le trouble des esprits animaux amène l'altération des éléments, des organes et des fonctions. Dans ce cas, le trouble des forces est primitif, et les désordres fonctionnels ou organiques ne sont qu'un efiet éloigné. Galien est à cet égard extrêmement aflirmatif , car, dans son Traité des lieux affectés, il a un chapitre intitulé : De la lésion des fonctions sans lésion des parties (traduction Daremberg, t. II, p. 414).
§ !•'. — ANATOMIB DE OALIBN.
Malgré les erreurs de Galien sur l'anatomie, ce médecin, qui nous a transmis Théritage scientifique d'Hérophile, d'Ërasistrate, de Lycus, de Marinus, de Pélops, nous a en même temps légué des découvertes de premier ordre dont l'importance suffirait à l'immortalité de son nom, s'il n'avait bien d'autres motifs d'être éternel.
L'école d'Alexandrie n'existait plus, et les occasions de disséquer des cadavres humains devenaient de plus en plus rares. Cependant c'est à tort qu'on a dit que Galien n'a^'ait disséqué que des animaux. Il put étudier l'homme sur des blessures de gladiateurs , sur des enfants trouvés morts sur la voie publique, sur des individus exposés aux bêtes, enfin -sur des malfaiteurs tués dans la rue, seuls cadavres livrés aux dissections. C'en était assez pour faire de la bonne anatomie, et Ton complétait ses recherches par l'étude comparée des animaux, particulièrement avec des singes , qu'on disséquait beaucoup à cette époque.
L'ostéologie se faisait avec le plus grand soin, au moyen de sque*
DBS NATURISTES — OALIBN 183
iettes humains apportés d'Alexandrie; mais le reste laissait beaucoup à désirer.
Telle qu'elle est, l'anatomie de Galien fit loi jusqu'à Hondini en 1315 et jusqu'à Vésale en 1514. Alors seulement commença la vérification sérielise des connaissances anatomiques par le contrôle expérimental de dissections nouvelles qui reprirent faveur, et pour lesquelles on obtint l'assentiment de l'autorité. De cette époque date Tanatomie moderne, et c'est Vésale qui doit en être considéré comme le créateur.
Galien nous a laissé un grand ouvrage d'anatomie intitulé : De administrationibtis anatomiciSj composé de quinze livres, dont plusieurs ont été perdus lors de l'incendie du temple de la Paix à Rome. Dans ce qui nous reste, on voit que Galien sépare Yanatomie pratique des parties externes pour le chirurgien, ce que nous appelons à présent l'anatomie chirurgicale, de Vanatomie philosophique des organes internes, destinée au médecin.
Dans l'anatomie chirurgicale se trouvent les os et ce qui les couvre, les altérations de situation^ de rapports, etc., ainsi que ce qui concerne l'étude des fractures et des luxations. Après les os viennent donc les musclfs, dont la description est déjà fort avancée et où se trouvent quelques découvertes de l'auteur; les vaisseaux^ d'abord les veines, qu'il a mieux étudiées que les artères; les nerfs^ les ongles et la manière dont ils tiennent aux doigts. Tous ces organes sont étudiés dans un ordre topographique, de la tête au cou, à la poitrine et aux membres .
Partout la description est belle et mêlée de considérations philosophiques et pratiques. C'est là où, cherchant à démontrer l'utilité de l'anatomie, il ajoute :
c Pouvez-vous remédier à une fracture ou réduire une luxation si TOUS ignorez les connexions des os ou des surfaces articulaires avec les parties voisines? Pouvez-vous prévoir les effets d'une blessure si vous ne connaissez pas quelle est la direction des muscles, longitudinale, transversale ou oblique? Pouvez-vous entreprendre une opération quelconque si vous avez négligé d'apprendre quelle est la situation des vaisseaux et des nerfs de la région où il faut opérer, et qnels sont les rapports de ces parties entre elles, soit qu'il s'agisse de couper quelqu'une de ces parties, soit qu'il importe, au contraire, de les ménager. »
Dans ce qu'il appelle Vanatomie philosophique ou médicale^ celle des organes internes, Galien ne suit plus l'ordre topographique, mais il commence la classification physiologique encore en usage et dont il faut lui attribuer le mérite. Il étudie :
184 HISTOIRE DE U MÂDECINE
l** Les organes qui servent à Télaboration des aliments, à la dépuration du sang et à la nutrition; l'estomac et ses variétés chez les animaux ; les intestins, les veines mésaraîques chargées de porter au foie les éléments du sang; le foie, qui faisait le sang, la rate, les reins, dont il indique pour la première fois le canal excréteur s*abouchanl dans la vessie; le système veineux général, le cœur droit et Tartère pulmonaire ou veine artérieuse.
2*" Les organes qui reçoivent Pair et le conduisent à toutes les parties du corps; le larynx, les bronches, les poumons, les artères veineuses ou veines pulmonaires, le cœur gauche et le système artériel. C'est là où il indique les fonctions de la cage thoracique, les fonctions du diaphragme , des muscles intercostaux et des muscles respirateurs du cou, concourant ensemble à l'acte respiratoire.
De nombreuses vivisections sur la moelle à différentes hauteurs, sur le pneumogastrique, au cou et dans la poitrine, sur les muscles intercostaux, lui avaient seni pour établir les fonctions et tons ces organes. C'est à lui qu'on doit la connaissance de l'action de la moelle sur le diaphragme, puisqu'il a montré qu'une section de ce cordon au-dessus du nerf phrénique causait la paralysie de ce muscle.
On discutait alors pour savoir si le poumon était en contact avec les côtes. Galien dit :
€ Enlevez avec précaution les muscles intercostaux d'un animal vivant, de manière à ne pas intéresser la plèvre, et vous verrez sous cette membrane tous les mouvements du poumon; mais, si vous in cisez la plèvre, vous verrez les poumons s'affaisser et s'éloigner des côtes. )
Cest enfin à lui qu'on doit de savoir qu'il y a du sang dans les artères, car jusqu'alors on pensait, avec Érasistrate, qu'elles ne renfermaient que de l'air. Hais nous reviendrons un peu plus loin sur ce sujet.
3° Les organes de la vie de relation, les centres nerveux et leurs dépendances.
4° Les organes de la reproduction.
Tout cet ouvrage est rempli d'expériences originales faites avec un sens parfait des besoins de la physiologie, et l'on peut dire qu'elles sont le point de départ de celles que pratique chaque jour la physiologie moderne
Outre ce grand ouvrage d'anatomie, Galien a composé d'autres traités spéciaux d'anatomie, plus élémentaires, plus remplis de détails, mais toujours aussi riches de vues générales et philosophiques.
Il y a un Traité des os où ces organes sont divisés en os longs.
creusés d'on canal intérieur rempli de moelle^ et en os plats ou larges, sans canal ni moelle intérieure.
Un Traité des articulations, qu'il divise en deux classes. Les unes, diathroses, permettent le mouvement : ce sont des énarthroses, des arthrodies et des ginglymes, tandis que les autres ne le permettent pas. Celles-ci comprennent les sutures, les harmonies et les gomphoses. C'est encore, à peu de chose près, la classification usitée aujourd'hui.
Un Traité des muscles, fait d'après l'homme et d'après les animaux, surtout d'après le singe. Il y a ici un progrès sur l'école d'Alexandrie, car, à l'exemple de Marinus et de Pélops, qu'il cite avec éloge, Galien a isolé les muscles les uns des autres en indiquant leurs attaches, et on lui doit la découverte du muscle peaucier.
Un Traité des vaisseaux, dans lequel il compare les veines et les artères à un arbre, avec ses racines, le tronc, les branches et les rameaux.
Le système veineux avait pour racines les vaisseaux qui, de l'intestin, vont au foie; pour tronc, la veine cave; pour branches et pour rameaux, les divisions de cette dernière, et cela parce qu'il pensait que le suc de l'intestin pris par les mésaraïques passait dans le foie, formait le sang, et de là passait dans le corps par les veines sus -hépatiques, le cœur droit et la veine cave, pour la nourriture des tissus et des organes.
Le système artériel représentait aussi un arbre avec ses racines, le tronc et ses branches; seulement, il était chargé de conduire partout l'air extérieur, qui est aussi un aliment. Les racines puisaient l'air dans les poumons, et cet air passait dans la veine artérieuse, de là dans l'oreillette gauche du cœur, dans le ventricule, qui le chassait avec du sang dans l'aorte, divisée, pour les parties supérieures et inférieures du corps, en aorte ascendante et descendante.
D'après ce sommaire, on voit que Galien ignorait l'abouchement des artères et des veines pulmonaires dans le poumon. Il croyait que les veines pulmonaires se continuaient avec les bronches et que l'artère pulmonaire perdue dans l'organe n'était chargée que de sa nourriture.
Il ignorait également la communication des veines et des artères dans les autres parties du corps, c'est-à-dire qu'il ignorait la circulation.
Il admettait cependant du sang dans les artères, mais il l'expliquait en disant que, lorsque les vaisseaux veineux et artériels arrivés à une certaine ténuité étaient contigus, il se faisait un échange d'air el de sang à travers les porosités des vaisseaux. Un peu de
sang passait dans les artères et un peu d'air dans les veines, échange qui augmentait dans Tétat pathologique par agrandissement des porosités. Cet échange se faisait aussi des cavités droites dans les cavités gauches du cœur par la cloison interventriculaire, et ainsi Galien expliquait la présence du sang dans le ventricule gauche.
C'est au nom de Texpérience que s'était établie l'idée que les artères étaient vides, et c'est au nom de l'expérience que Galien y fit entrer du sang et de l'air, tant il est vrai que l'expérience ne mène à rien sans la raison ou le génie qui l'éclairé. Pendant quatorze siècles, on avait cru, pour l'avoir vérifié, que les artères étaient vides et ne contenaient que de l'air, et il ne fallut pas moins que les expériences de Harvey pour détruire ces erreurs. Ce ne fut même que cinquante ans après lui qu'on reconnut la vérité de ce qu'il avait dit lorsque, par le microscope, Malpighi, révélant le mode de communication des capillaires artériels et veineux, la raison fut assurée qu'il y ait lieu de croire à la grande circulation.
Que de vérités et que d'erreurs dans ces affirmations de Galien, car il y a de l'air dans le système artériel, mais à Tétat de combinaison dans le sang, et Galien, accordant au sang veineux la puissance nutritive, ne reconnaissait au sang artériel impropre à la nutrition qu'une puissance d'excitation vitale portée par lui à tous les tissus et à tous les organes.
Traité des nerfs. Dans ce traité, Galien confirme les découvertes d'Hérophile et d'Érasistrate un peu oubliées, et îl ajoute beaucoup à ce qui était connu. Il signale les ganglions nerveux, décrit le grand sympathique abdominal, les nerfs mous sensitifs et les nerfs durs essentiellement moteurs, les anastomoses des nerfs entre eux et le rapport de ces anastomoses avec les sympathies.
Sa description des nerfs est différente de la nôtre ; mais il connaissait tous les nerfs que nous connaissons. Il ne se trompait que sur leur origine. Un seul lui était inconnu, ou au moins il ne le considérait pas comme un nerf : c'était l'olfactif.
Traité de Vodorat, Galien enlevait à la muqueuse des fosses nasales la fonction olfactive, à cause de sa structure, qui n'avait rien de différent de la structure des muqueuses, et par suite de son défaut de nerfs. Il plaçait le siège de Todorat dans les ventricules du cerveau et supposait que Fair chargé de molécules odorantes traversait les trous de la lame criblée pour aller dans les ventricules, là où se fait la sensation.
Nous pourrious étendre à l' infini cette revue des connaissances
DBS NATURISTES — OALIBN 187
anaioiniques de Galien; mais ce que nous venons de dire suffit pour montrer où en était la science de cette époque et quels ont été ses procès. Il est certain que la myologie, Tarthrologie, la splanchnologie et la névrologie sont redevables à Galien de découvertes trèsimportantes et dignes d'immortaliser son nom. Il y eut encore beaucoup à faire après lui; mais que Fanatomie moderne ne soit pas injuste vis à-vis de celui qui ne lui a laissé à découvrir que le mécanisme de la circulation sanguine et lymphatique. Que ces impérissables titres de gloire ne lui fassent pas oublier qu'en dehors de ces deux faits de l'abouchement des vaisseaux artériels et veineux révélant la circulation du sang, et de la connaissance des chylifères, l'anatomie de Galien laissait peu de chose à désirer.
§ 2. — PHYSIOLOGIE DE OALIBN.
11 n'y a pas de traité de physiologie dans les œuvres de Galien, et tout ce qui concerne l'étude des fonctions est dispersé dans ses livres d'anatomie on de médecine. Personne plus que lui cependant, dans l'antiquité, n'a fait de plus belles ni de plus curieuses expériences physiologiques. Cest surtout dans le De ilsu partiumy son œuvre capitale et son plus beau titre de gloire, qu'il faut chercher ses idi'^es physiologiques. Là il expose : 1° la raison de toutes les particularités de conformation et de structure des organes, et 2° le rapport de la structure des oignes et des fonctions pour établir Texistence d'une cause intelligente et supérieure ayant créé l'univers, et les oi^auismes vivant pour une fin préconçue.
Le De %i8u partium est, dans son ensemble, un long manifeste de Tanatomie en faveur des caiises finales. C'est une protestation contre la philosophie épicurienne, triomphante à Rome, et qui avait conduit les esprits au matérialisme et à l'athéisme.
En luttant contre ces tendances, où Galien se montre si naturiste, il s'élève avec une violence inouïe de langage contre ceux qui ne partagent pas ses opinions.
c Attendre que ces gens-là comprennent et goûtent ces pensées, aatant vaudrait demander à un àne d'être sensible aux harmonies de la lyre.
t Ce livre ne sera compris que par ceux qui auront été initiés à l'art rigoureux du raisonnement et de la dialectique; ils sont en petit nombre, il est vrai ; mais n'importe ; ce n'est pas pour la foule que j'écris. L'ouvrier suprême n'a pas moins créé, bien qu'il connût à l'avance Tingratitude des hommes à l'endroit de ses merveilleux ouvrages. Le soleil ne continue pas moins à marquer les heures de
488 HISTOIRE DB U MÂDBCINE
l'année et à mûrir les fruits sans se soucier des calomnies d*nn Diagores, d*un Anaxagoras, d'un Épicure; et moi non plus, je ne prends nul souci des critiques ni des calomnies qui viendront m^assaillir à propos de cet ouvrage. Je l'adresse à ce petit nombre d'hommes qui, versés dans la dialectique, sont les seuls juges des choses bonnes et vraies; c'est pour eux que j'écris ; que m'importe, d'ailleurs, la tourbe des sots et des ignorants f » (Andral, loc. cit.)
Ce livre De Vutilité des parties est formé de quinze chapitres, comprenant l'étude des organes de la vie de nutrition, celle des organes de la vie de relation, et enfin celle des organes de la vie de reproduction.
Galien, qui ne perd aucune occasion de produire ses croyances philosophiques, les développe ici de nouveau dans le plus magnifique langage.
C'est pour le service de l'âme qu'ont été créés tous les organes, et les diverses parties du corps ne sont que ses humbles servantes. Rien n'est plus vrai, et en réalité on peut définir l'homme : une âme qui se sert des organes,
Galien reconnaît une âme aux animaux, et, d'après lui, la différence de leurs organes résulte de la difi'érence de leurs âmes.
€ L'instrument de l'âme, c'est le corps. Chez tout animal, les parties du corps sont en rapport avec ses mœurs, traduisent les facultés de son âme, ne sont faites que pour les mettre en relief. Voyez le cheval : son pied répond à la rapidité de sa course, sa superbe crinière révèle son âme fière et généreuse. Les dents et les ongles du tigre sont en rapport avec sa férocité ; les instincts du taureau sont servis par ses cornes ; ceux du sanglier, par ses défenses. Le cerf et le lièvre sont conformés pour la fuite rapide. Aux animaux craintifs la nature a ménagé des moyens pour la fuite ; aux bêles féroces, e^le a donné des armes pour l'attaque.
€ Au milieu de cette diversité infinie de caractères et de dispositions qui se trouvent chez les animaux, l'homme est le seul animal sage et le seul divin. C'est en vue de ce caractère auguste que l'ouvrier suprême a doué l'homme d'un instrument spécial, qui est la main. L'homme seul a la main, comme seul il a la sagesse en partage ; c'est pour lui l'instrument le plus merveilleux elle mieux approprié à sa nature. Supprimez la main, l'homme n'existe plus. Par la main, il est prêt à la défense comme à l'attaque, â la paix comme à la guerre. Quel besoin a-t-il de cornes et de griffes? Avec sa main, il saisit l'épée et la lance, il façonne le fer et l'acier; tandis qu'avec les cornes, les dents et les griffes les animaux ne peuvent attaquer ou se défendre que de près, l'homme peut jeter au loin les
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instruments dont il est armé. Lancé par sa main» le trait aigu vole à de très- grandes distances chercher le cœur de l'ennemi ou arrêter le vol de Toiseau rapide. Si Thomme est moins agile que le cheval et le cerf, il monte sur le cheval, le guide, et atteint le cerf à la course. Il est nu et faible, et sa main lui fabrique une enveloppe de fer et d*acier. Son corps n'est protégé par rien contre les intempéries de l'air, sa main lui ouvre des abris commodes, et lui façonne des vêtements. Par la main, il devient le dominateur et le maître de tout ce qui vit sur la terre, dans les airs et au sein des eaux. Depuis la flûte et la lyre, avec lesquelles il charme ses loisirs, jusqu'aux instruments terribles avec lesquels il donne la mort ; jusqu'au vaisseau qui le porte, hardi navigateur, sur la vaste étendue des mers, tout est l'ouvrage de sa main.
€ L'homme, animal politique, eût-il pu sans elle écrire les lois qui le régissent, élever aux dieux des statues et des autels. Sans la main, pourriez-vous léguer à la postérité les fruits de vos travaux et la mémoire de vos actions? Pourriez-vous, sans elle, converser avec Socrate, Platon, Aristote et tous ces divers génies qu'enfanta l'antiquité ? La main est donc le caractère physique de l'homme, comme l'intelligence en est le caractère moral. » (Andral, loc. cit.)
A cette époque déjà fut soulevée par Anaxagore la question de savoir si ce n'était pas la main qui était la cause de l'intelligence humaine, et, sous ce rapport, Helvetius, au xviip siècle, n'a fait que reproduire des arguments réfutés par Aristote, par Galien, et qu'à leur tour devaient combattre Voltaire et Rousseau.
c Non, dit Galien, ce n'est pas parce qu'il est doué de la main que rhomme est intelligent et sage, mais c'est parce qu'il est sage et intelligent que le Créateur lui a donné cette main pour qu'elle fût la servante de son intelligence et de sa sagesse. Ce n'est pas la main qui apprend aux hommes les sciences et les arts, c'est la raison. La main n'est que l'instrument de la raison, comme la lyre est rinstmment du musicien, et le marteau l'instrument du forgeron. Or, de même que ce n'est pas la lyre qui a enseigné le musicien, ei le marteau qui a instruit le forgeron, et, que, loin de là, le mu siden et le forgeron ont dû commencer par fabriquer cette lyre et ce marteau, instruments de leur art, de même l'âme tire de sa propre substance ses facultés, mais elle ne peut traduire sa puissance en actes qu'à l'aide de son instrument, qui est la main.
c On peut prouver que ce sont les facultés qui précèdent Texerdce des instruments, et que, par conséquent, ce n'est pas à eux que doit être rapportée l'origine de ces facultés. Si l'on considère ranimai qui vient de naître, et dont, par conséquent, les instru-
inents n*ont pas encore élé exercés, on le voit agir, comme s'il était poussé dans un certain sens, par une puissance intérieure, et cela même avant que les parties que Ton regarde comme étant la cause de ces actes soient développées. Le jeune veau fait le geste de tête comme pour présenter ses cornes ; le poulain rue avant d'avoir ses ongles ; le petit sanglier menace avec ses défenses absentes, et le jeune chien essaye de mordre avec des dents qu'il n'a point encore. L'action précède donc l'instrument. C'est elle qui, sous l'empire des facultés de l'àme, met en œuvre l'instrument au moyen duquel elle doit être accomplie.
c Tout animal, sans avoir été enseigné, pressent ses facultés, et l'usage des parties de son corps destinées à les servir. Il fait agir ces parties sans qu'on lui ait rien montré. Ce n'est pas le père ni la mère qui enseignent à leurs petits l'usage de ces organes. Prenez trois œufs, un de cane, un d'aigle et un de serpent, faites-les couver à une chaleur douce, et soyez attentifs au moment où ils vont se rompre. Dès qu'ils seront éclos, vous verrez l'aiglon et le caneton battre des ailes, et le petit serpent faire quelques mouvements comme pour ramper. Portez-les un peu plus tard dans un Heu découvert, et abandonnez-les à eux-mêmes. Le jeune aiglon s'élancera dans les airs; le caneton courra vers la pièce d'eau voisine, et le petit serpent cherchera à se dérober sous terre. Sans enseignement, sans mailre, l'aigle chassera, le canard nagera, le serpent restera caché dans le sein de la terre.
c II est certains animaux susceptibles d'exercer des arts, que font-ils ? suivent-ils l'enseignement d'un maître ? Non, c'est la nature, dont ils ont reçu l'instinct des arts, qui les pousse et les guide. C'est en vertu de cette impulsion instinctive que l'araignée tisse sa toile légère, que l'abeille bâtit la ruche élégante où se trouve son miel , que la fourmi prévoyante construit le labyrinthe dans lequel elle enfouit ses richesses laborieusement amassées.
c L'homme diffère des animaux en ce qu'il vient an monde avec un corps nu et une âme sans armes.... Mais si l'homme vient au monde nu et sans armes, il possède la main et la raison ; avec elles il couvre et défend son corps, il pare et embellit son âme de toutes les vertus, de toutes les sciences et de tous les arts. » (Andral, loc. cit,)
Est-il rien de plus grand et de plus beau que cette étude médicophilosophique de la main, â laquelle tout le premier chapitre De Vutilité des parties se trouve consacré ? La conformation générale et particulière de cette partie du corps dans ses os, ses articulations.
DBS NATURISTES — 6AUBN 191
ses muscles et ses tendons, ses mouvements, sont exposées avec la même délicatesse d'appréciation, et, arrivé à l'enthousiasme pour le merveilleux de cette structure, il ajoute :
c En présence de cette main, de ce merveilleux instrument, ne prend-on pas en pitié Fopinion de ces philosophes qui ne voient dans le corps humain que le résultat de la combinaison fortuite des atomes ? Tout dans notre organisation ne jette-t-ii pas un éclatant démenti à cette fausse doctrine ? Osez invoquer le hasard pour expliquer celte disposition admirable ! Non, ce n'est pas une puissance aveugle qui a produit toutes ces merveilles. Or, connaissez-vous parmi les hommes un génie capable de concevoir une œuvre aussi parfaite? Un pareil ouvrier n'existe pas. Cette organisation sublime est donc Touvrage d'une intelligence supérieure, dont celle de Thomme n'est qu'un faible reflet sur cette terre. Que d'autres offrent à la divinité de sanglantes hécatombes, qu'ils chantent des hymnes en l'honneur des dieux, mon hymne à moi c'est l'étude el l'exposition des merveilles de l'organisation humaine (i)! >
A rétude de la main et de son utilité succède la description du carpe, de l'avant-bras et du bras. Son but est de rendre compte de la disposition des parties, de leurs segments, de leur mode d'articulation, et il fait à ce sujet une véritable étude de mécanique animale.
Des considérations semblables remplissent le troisième livre, à propos du membre inférieur. On y trouve en outre d'importantes considérations générales sur l'attitude verticale de l'homme, permanente chez l'homme, accidentelle chez le singe ou les animaux ; sur la faculté particulière qu'il a de s'asseoir, et sur la conformation du bassin et du fémur en rapport avec cet acte. — Là, Galien fait connaître la disposition des muscles autour du fémur, les rapports de celui-ci avec les os de la jambe, la conformation du pied, motivés par la nécessité d'être debout ou de s'asseoir, et il achève en disant que la main serait inutile à l'homme s'il ne pouvait rester debout ou s'asseoir.
Son étude du pied est aussi complète que celle de la main. 11 en étudie la conformation générale, puis les éléments particuliers, tels que les os, les articulations, les muscles, les tendons, les téguments, etc. Chaque os est considéré au point de vue de son utilité, le calcanéiun pour la sustentation, Tastragale pour la locomotion. 11 compare le pied de l'homme à celui du singe, et montrant que le pied
(!) Si telle n'est pas la traduction littérale de Galien, tel est, du moins, la paraptUMe éloqoeDte de ra pensée telle qu'elle a été ftiite par M. Aodral.
du singe ne permet la sustentation debout ou assise que d'une façon incomplète, il en conclut que cet animal est essentiellement grimpeur.
Physiologie de la digestion, — Dans les chapitres IV et V, Galien s'occupe de l'appareil de la nutrition, composé d'après lui du tube digestif, des veines mésaraïques, du foie et de la irésicule biliaire, de la rate, des ireines en général, des voies urinaires.
Chaque partie a sa tâche, son utilité pour m but commun, comme si elle était dirigée par une main invisible, et il est certain qu'une force divine crée d'abord la structure afin d'arriver à l'action.
L'œsophage, placé à Tabri des violences extérieures et assez long pour ne pas retenir les aliments dans la poitrine, dilatable sans valvule, conduit les aliments dans l'estomac.
Là se fait la première élaboration des substances alimentaires et leur conversion en chyme^ ou suc formant le sang. Comment cela se passe-t-il ? Galieu admet dans tous les organes et dans tous les solides quatre puissances ou facultés : l'une attractrice^ l'autre réterUrice^ la troisième altératrice et la dernière expuUrice des matériaux qu'ils doivent transformer en leur propre substance.
L'estomac attire, retient, altère et expulse successivement les matières alimentaires, mais ce n'est pas une action passive. Cet organe attire les aliments comme le cœur droit attire le sang , comme le cœur gauche attire l'air; et les fibres longitudinales de l'œsophage sont les mains qui exécutent cette attraction.
Ordinairement la /acubé cUtractrice agit sans que Tàme en ait la conscience, mais dans l'estomac Tâme est avertie du besoin par uue sensation au cardia, dans le plexus nerveux de cet orifice. De là la sensation passe au cerveau, et si les cordons nerveux sont coupés ou malades, la sensation de la faim disparaît, bien qu'existe le besoin de réparation.
Les aliments sont retenus dans l'estomac par la facuUé réten^ tricBy variable dans sa durée suivant la nature de l'aliment, et devant persister tant que la faculté altératrice n'est pas épuisée. A cette dernière se rapporte la transformation de la masse alimentaire dans l'estomac, et Gaiien, préoccupé du but final, ne s'occupe pas des hypothèses de trituration, de fermentation, de putréfaction, de coction, déjà émises de son temps. Tout est arrangé pour que se fasse l'élaboration alimentaire, et après le premier efTet de la faculté altératrice sur les aliments, les parties hétérogènes qui ne peuvent servir à la réparation du corps sont expulsées et il reste une masse alimontaire transformée qu'on appelle le chyme.
DBS NATURISTES — 6AUEN 193
Aujourd'hui nous disons exactement la même chose en termes différents. Nous attribuons la chymiGcation à Faction altérante du suc gastrique composé de pepsine et d'acide chlorhydrique ou lactique. Pourquoi et comment s'accomplit celte merveille? Nous n'en savons rien, et nos explications ne valent pas mieux que la faculté altératrice de Galien.
Quand l'œuvre de l'estomac est terminée, la facuUé expuUrice entre en jeu, et de même que s'ouvre l'orifice utérin pour laisser passer le produit de la conception arrivé à maturité, de même s'ouvre l'orifice de l'estomac quand est mûr le fruit de Testomac ou le chyme.
Dans certaines maladies, le pylore s'ouvre trop tôt, sans que les aliments soient élaborés, et il en résulte de la lientérie. Pour que les aliments aient des qualités nutritives, il faut que l'estomac les ait transformés. De là, cette conséquence qu'il est inutile de mettre des aliments dans le rectum, car cet organe ne peut les transformer, et il faut que du chyme soit fait pour que du sang puisse en sortir.
De l'estomac les matières alimentaires passent donc dans l'intestin grêle, où se continue leur élaboration et où se fait Tabsorption du chyme par les bouches des veines mésarsùlques. C'est là un fait moitié vrai, moitié faux; car s'il est vrai qu'il se fasse une digestion des graisses et des fécules dans la première partie de l'intestin, il est faux de dire que l'absorption du chyme se fasse par les veines mésaraiques. On sait aujourd'hui qu'elle se fait par ces veines pour les matières albuminoïdes, et au moyen des vaisseaux lactés ou chylifères pour les matières grasses. Ces vaisseaux sont au reste signalés par Galien, d'après Hérophile, et il les regarde comme des veines particulières provenant des ganglions mésentériques et destinées à nourrir l'intestin.
Une fois arrivées dans le gros intestin, les matières y subissent encore une faible élaboration, mais cet organe est surtout un réservoir excrémentitiel et les matières ne le traversent que pour être chassées au dehors au moyen d'un appareil spécial.
Physiologie du foie. — D'après Galien, le foie avait pour fonctions, i^ de séparer du suc alimentaire un certain nombre de matériaux constituant la bile, et, 2^^ avec le surplus de faire du sang.
Le (ait de la sécrétion biliaire est resté dans la science, mais il n'en est pas de même de celui qui est relatif à la formation du sang, qui doit être considéré comme une hypothèse. En effet, le chyme modifié par le suc pancréatique et intestinal ne passe pas tout entier dans le foie, une partie s'en va par les chylifères dans le canal tho-
racique, la veine cave et les poumons^ et c'est là qu'elle vient rejoindre le sang qui sort du foie tout chargé de sucre. Le foie ne fait donc pas le sang de toutes pièces, il reçoit celui des véiiies mésaralques chargé de chyme et il y ajoute un principe indlspetisable, qui est le sucre ou glycose, lequel va se détruire dans les poumons.
Si le foie ne fait pas le sang, comme le croyait Galien, il contribue beaucoup à son épuration par la séparation des principes hydrocarbonés qui constituent la bile, et par l'addition d'éléments nouveaux dont le l'Ole n'est peut-être pas encore très-bien tonna de nos jours. Il reçoit une partie du suc intestinal par les veines tnésaraîques, ce qui explique comment les matières irritante^ de l'alimentation, telles que le poivre, le sel, l'alcool, etc., lés poisons, le pus sécrété par les ulcérations de la dysenterie viennent dans le foie provoquer l'hypertrophie de cette glande, la cirrhose, l'hépatite aiguë et de la suppuration de l'organe. Ce rôle des veines mésaralques explique parfaitement la production des maladies du foie, et à ce titre il importe de le bien connaître.
Physiologie de Id rate. — Érasistrate considérait la rate comme un organe inutile ou seulement destiné à servir de contre poids au foie. Mieux eût valu avouer son ignorance. Galien au contraire, qui ne voyait rien d'inutile dans la nature, attribuait à cet organe un rôle important dans l'élaboration du sang, et il le démontrait en disant que la rate recevait, au moyen d'une artère volumineuse, du sang qui en sortait méconnaissable par les vaisseaux courts, sous forme de hilc noire ou d*atrahile, laquelle se trouvait versée par les vaisseaux courts dans l'estomac, pour concourir à la formation du chyme.
Il y a dans cette idée de l'action des vaisseaux courts une hypothèse que rien ne justifie, mais il est certain cependant que la rate fournit au sang une énorme quantité de globules blancs, une forte proportion d'albumine, et qu'elle détruit une partie de ses globules rouges, dont la matière colorante s'accumule dans Toi^ane.
Ce n*est pas tout, car cela ne nous apprend pas les fonctions réelles lie la rate, mais c'est un pas de fait dans la voie qui mène à la connaissance de la vérité. De nos jours, en effet, Frerichs a démontré qu il se formait dans la rate, pour rentrer dans la circulation générale, une matière noire pigmentaire dont la quantité surabondante jmiivait déterminer différents états morbides. Ainsi, .iprés 1500 ans, reparaît sous une autre forme Talrabile ou bile noire, objet de tant de controverses passionnées ou d'absurdes hypothèses.
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Si le pigment, ou roélanose, peut se former partout, il est principaleiaent formé par la rate d'où il pa^se dans la ireine porte, de U dans le foie où il s'arrête en partie, en formant le foie pigmenté ou mélanémiquej et ensuite dans la circulation générale pour aller aux poumons, au cerveau et aux reins; cela produit dans le foie une sécrétion hépatique anormale, des hémorrhagies int6ati«nalee intermittentes, des diarrtiées profuses, quelquefois des vomissements» des hydropisies aiguës du péritoine et enGn l'atrophie chronique de l'organe {FrerichSi p. 275). Dans le cerveau il en résulte, avec la coloration brune de la substance corticale et Toblitération de quelques capillaires, de la céphalalgie, des vertiges, du délire etdifiérents troubles de l'intelligence {loc. cit»^ p. 376). Dans les reins, il se produit de l'albuminurie ; enGn, il y a chez tous les malades des aocès de fièvre irréguliers, intermittents, souvent quotidiens et presque toujours très-rebelles.
Physiologie des reins. — Au temps de Galien, les reins étaient, comme au nétre, des organes d'épuration du sang. Seulement Tidée qu*on se faisait de cette action dépurative n'est pas celle qui est aujourd hui en honneur. Galien croyait que les reins étaient chargés d'enlever au sang l'excès d'eau qu'il renferme, ce qui est vrai, et il considérait l'urine comme de l'eau tenant en suspension des matières étrangères dont il ne soupçonnait pas Timporlance. Il ne connaissait pas l'urée, ni le rôle qu'elle joue dans l'économie; mais à part ce défaut capital, ce qu'il disait du rôle des reins dans la soustraction de l'excès de l'eau du sang est parfaitement exact. La physiologie moderne, par l'organe de Cl. Bernard, a redécouvert cette fonction oubliée des reins. Elle a montré que chez le cheval surtout, toute l'eau des boissons ne pouvait passer par le cœur ni par la circulation générale pour arriver aux reins, et qu'une communication directe de la veme hépatique avec la veine cave inférieure permettait au sang du foie de refluer dans les veines rénales pour y laisser prendre son eau par les reins. C'est de cette façon qu'on explique aujourd'hui l'abondance et la rapidité de la sécrétion urinaire après le repas, sans croire que tout le liquide rejeté ait dû passer par le cœur droit, les poumons, le cœur gauche et revenir aux reins par l'aorte.
Physiologie de la respiration et de la circulation. — La physiologie des fonctions circulatoires et respiratoires de Galien est essentiellement fausse, car elle repose sur celte idée que les poumons sont des réservoirs destinés à mesurer au cœur la (|uatitité d'air dont il a besoin.
Galien ignorait le mécanisme de la circulation du sang et de Thématose pulmonaire, aussi fait-il les plus étranges hypothèses pour expliquer la respiration. C'est à lui cependant qu'on doit la connaissance du fait de la présence du sang mêlé à de Pair dans les artères, (ar jusque-là on croyait, avec Érasistrate, que ces vaisseaux ne renfermaient que de Tair.
D'après lui, l'air qui est froid (1) entre dans le corps en trois temps: par l'ahaissement du diaphragme^ par la contraction des intercostaux, enfin par celle des muscles cervico thoraciques; les poumons se dilatent passivement pour le recevoir. Alors le cœur gauche l'attire au moyen des veines pulmonaires qui sont en communication avec les bronches, et une fois dans le cœur, il passe dans l'aorte avec le sang et dans les artères, il tempère la chaleur animale et revient aux poumons, où il entraine les parties fuligineuses du sang hrûlées dans le cœur. L'idée de la combustion du sang existait donc déjà au temps de Galien, seulement ce n'était qu'une hypothèse; on croyait que le cœur avait sur le sang une action dépurative qui continuait celle du foie, de la rate, des reins et des capillaires, où uneseparation.de matières avait lieu, et l'on était loin du résultat auquel en est arriv/^e la science moderne par les découvertes de Lavoisier.
Il faut cependant être juste pour Galien; toutes ces erreurs sont faites au nom de l'expérience ; c'est par elle qu'il a déterminé l'action des intercostaux et la passivité du poumon, le mécanisme des actes respiratoires, la présence du sang dans les artères, et ses livres sont remplis d'expériences ingénieuses sur le cadavre et sur les animaux vivants. C'est que l'expérience n'est pas tout en physio logie. Sans le génie qui les éclaire, elles ne conduisent à rien, et tout en scrutant le corps des animaux, il n'a pas fallu moins de quinze siècles pour arriver à détruire les erreurs de Galien sur les fonctions circulatoires et pour découvrir le véritable mécanisme de la circulation.
Pour Galien, il y avait un rapport intime entre la fréquence de la respiration et la chaleur animale. Cela est très-exact, en effet; la température est d'autant plus élevée que la respiration est plus fréquente, ainsi chez les enfants comparés aux viellards, chez les animaux à sang froid comparés aux animaux à sang chaud.
Il croyait en outre que la respiration servait d'aliment à Vesprit animal formé dans les ventricules du cerveau, que Tair y arrivait par les carotides et par les trous de la lame criblée de Tethmoïde.
(1) Le froid est la qualité élémentaire de l'air.
Ce sont là autant d'erreurs condamnées par le temps et Texpé* rience.
Physiologie du pouls . — Le De usu partium ne renferme rien sur la physiologie des artères, ni sur le pouls. Ce qui est relatif à ce point de physiologie doit être recherché dans un autre traité de Fauteur.
Les battements artériels^ peu étudiés par Hippocrate, n'ont été l'objet de recherches sérieuses que dans l'école d'Alexandrie. On s'en rendait compte de deux manières. Les uns croyaient qu'ils avaient pour origine tine force de dilatation et de resserrement alternative inhérente aux artères.
D'autres, au contraire, pensaient qu'ils étaient le produit des mouvements de l'esprit ou de l'air contenu dans leur intérieur, mais c'est Galien qui, par ses expériences, a démontré le rapport des battements du cœur et du pouls, ou de la diastole et de la systole de l'un avec la diastole et la systole artérielles.
Le pouls doit être étudié au point de vue de sa vivacité et de sa lenteur, au point de vue de l'intervalle qui sépare les pulsations, enfin au point de vue de sa dureté, de sa mollesse, de sa force ou faiblesse, de sa grandeur ou de sa petitesse.
n est modifié : l"" par l'âge, le sexe, le tempérament, le sommeil ou la veille, la digestion, l'action musculaire, les influences morales, la douleur et ses variétés; 2° par la qualité et la quantité des boissons ou des aliments, par les bains chauds ou froids, par les saisons, les climats, etc.; 3"* par les différents états morbides, et son étude révèle alors Vétat des forces. Ainsi la petitesse, la fréquence et l'inégalité du pouls révèlent Vépuisement des forces, mais il faut distinguer leur dépression de leur simple oppression. Elles sont déprimées par le défaut des aliments, leur insuffisance, l'excès des passions, la prolongation de la douleur, par des évacuations immodérées et par la gravité des maladies. Elles ne so^nt qu'opprimées quand il y a grande accumulation de liquide dans les vaisseaux, et quand Ténergie vitale se concentre sur un organe en abandonnant le reste de l'économie. Le pouls est encore modifié par la compression des artères, par Taccumulation A'humeurs hétérogènes ou de pneuma dans les vaisseaux; par la pléthore, etc. '
C'est alors qu'entrant dans le délail des différents pouls, Galien devient d*une subtilité excessive, admettant des variétés infinies, désignées par les noms les plus bizarres et correspondant à des itals particuliers de l'économie. Il y a là beaucoup d'exagération, et
sauf la variété de pouls dùarote restée dans la science, les autres ont été à peu près oubliées.
Ilalgré tout, ces études sont remarquables et il en ressort une vérité trop souvent méconnue de nos jours^ c'est que Tétat du pouls a une si grande importance qu il ne faut pas le négliger pour les autres méthodes précises d' investigation II révèle Tétat des forces, Tétat du cœur et des artères, la quantité de sang que les artères contiennent, enfin le siège, la nature et le pronostic de la plupart des maladies.
c Mais, dit Galien, la science du pouls est difficile, elle exige de celui qui veut l'acquérir une grande attention d'esprit et un talent d'observation peu ordinaire; elle demande surtout une longue et
constante application et l'amour des choses sérieuses J'ai fait
de la science du pouls une étude de toute ma vie. mais qui voudra s'y livrer après moi, en ce temps déplorable oik chacun ne reconnaît
d'autre Dieu que la fortune! Qu'importe, après lout, lors même
que, sur mille personnes, une seule saurait comprendre et apprécier mes travaux, je serais assez payé de mes peines l n (Andral, loc, cit.)
n est certain, en effet, que même sans aceorder une trèe-granëe importance aux variétés du pouls décrites d'abord par Galien et 4e nos jours par Solano et par Bordeu, le pouls est une source de diagnostic pour les nosohémies et les maladies eérébvalea», cardiaques, artérielles ou intestinales, qu'il est un sdr moyen de pro^ nostic^ enfin qu'il est le guide de la thérapeutique dans l'application des émissions sanguines. De pareils résultats, auxquels nous n'avons pas changé grand' chose, sont de la plus haute importance, et puisqu'ils appartiennent à Galien ne négligeons pas de lui en rapporter tout l'honneur. Toutes ses recherches sont en effet appuyées sur de nombreuses observations et par des expériences sur des animaux, les unes pour établir le rapport de la fréquence du pouls avec l'iiccélératioa des mouvements respiratoires, les autres pour déternoiner les effets de la ligature des veines, des artères, des artères el des veines, de quelques artères surtout, des carotides, etc. Ce sont là des travaux considérables el de premier ordre, qui n'ont pas vieilli autant qu'on le croit généralement et dans lesquels il y a encore beaucoup à prendre.
Physiologie de la voix, — Le VII« chapitre du livre De Vutilité de9 parties contient des études sur le larynx, sur |a glotte, que Galion compare à une anche, et sur la production de )a voix ainsi que sur les nH)(|ific4liops qu'elle subit sous l'influence de la section de»
OKS NATURISTES -~- GAUBN 199
nerfs laryngé supérieur ou récurrent. Ce sont encore là d^s découvertes originales et personnelles à Galien.
Physiologie du cerveau et des nerfs. — Le^ VIII% K* X* XI% XII' et Xin« chapitres sont consacrés à l'étude de Futilité des organes de la vie de relation et ils renferment des observations de Galien sur le cerveau, la moelle, les nerfs et les organes des send. Ils sont remplis d'expériences physiologiques très-curieuses et trèsexactes sur les fonctions des différentes parties du système nerveux, de viyisections de la moelle à des hauteurs diverses, et on y trouve une ébauche complète du système d^ Gall sur la localisation des facultés de Tintelligence.
C'est Galien qui a eu Thonneur de renverser définitivement les hypothèses d'Hippocrata et d'Erasistrate sur 1^ physiologie du cerveau, le premier considérant cet organe comme glande chargée de sécréter la pituite qui s*écoulait du crâne à travers les trous de la lame criblée de Tethmoïde, et Faulre attribuant à Fencéphale une fonction de rafraîchisserpent des esprits animaux, parce qu'en touchant cet organe sur Tanin^al vivant la main éprouve une sensation de froid. Bien que l'école d'Alexandrie eût déjà indiqué le cerveau comme étant Torgane de Tintelligence, cette vérité n'était pas universellement acceptée, on croyait encore à l'influence du cœur sur les sentin^ents moraux, et il fallut toute la série des observations et des vivisections de Galien sur le cerveau coupé couche par couche, en même temps qu'une étude anatomique minutieuse de cet organe, pour arriver à la connaissance des fonctions cérébrales.
Les même idées se trouvent développées dans le De placitis Hip^ pocratis et Platonis, où Ton trouve le récit d'expériences faites sur le cœur mi3 à nu, pincé, tortillé avec des tenailles de forgeron sans qu'il en résulte aucun désordre de rinlelligence ou de la sensibilité. On voit, au contraire, que les expériences dont le cerveau est Tobjei entraînant U perte du sentiment, de la motililé et des fonctions intellectuelles.
D'après Galien, le cerveau produit dans les ventricules latéraux un principe particulier, un esprit Vesprit animal^ ce que nous appelons aujourd'hui le fluide nerveux, qui de ces ventricules va se perfectionner dans le troisième, passe au quatrième par l'aqueduc de Sylvius et de là dans la moëllo et dans les nerts. Ce principe résultait de l'air arrivant au cerveau par la lame criblée de l'ethmoide el par les artères qui se ramifient dans la pie- mère
L'intelligence lui semblait être en rapport, d'une part, avec le volunije du cerveau, fait déjà signalé par Erasislrate, et de l'autre
avec la qualité de la substance cérébrale. Il pensait même que le volume de sa partie antérieure, et que la proéminence du crâne étaient Tindice de facultés intellectuelles remarquables, ce que Gall, à notre époque, devait à son tour soutenir avec tant d'éclat et de succès.
Enfin il admettait une action croisée des hémisphères cérébraux sur le mouvement des membres, Thémisphère gauche donnant la motilité au côté droit, l'hémisphère droit agissant sur le côté gauche, tandis que, dans la moelle, chaque moitié de l'organe était la cause directe du mouvement dans la moitié correspondante du corps. Cette action du cerveau, indiquée par l'école d'Alexandrie, et par Cassius Félix (Y. p. 164), s'expliquait par Tentrecroisement des nerfs dans la protubérance ; dans la moelle, au contraire. Faction directe s'expliquait par l'action directe des cordons nerveux.
Relativement à la moelle, Galien n'était pas moins avancé, et c'est en enlevant la partie postérieure du canal vertébral pour couper la moelle à différentes hauteurs, ou en introduisant Tinstrument tranchant dans ce canal qu*il a pu étudier expérimentalement les fonctions de cet organe. Au moyen de ces vivisections, faites avec habileté et variées selon les besoins de l'étude, il a pu émettre des vérités que nous n'avons eu que la peine de recevoir et d'admirer.
La section de la moelle en travers au milieu de sa longueur détermine l'insensibilité et l'abolition du mouvement dans les parties situées au-dessous du point coupé.
L'incision longitudinale de la moelle dans toute sa longueur pour la diviser en deux parties latérales, ne produit aucun trouble de la sensibilité ni du mouvement, ce qui prouve que la substance grise de la moelle n'est pas indispensable à cette double fonction.
La section de la moelle entre la première vertèbre cervicale et l'occipitale, ou entre la première et la seconde vertèbre cervicale, détermine la mort immédiate.
La section de la moelle entre la troisième et quatrième vertèbre cervicale produit l'immobilité soudaine du thorax, la gène extrême de la respiration, l'insensibilité des membres et une mort trèsrapide.
La section de la moelle entre la sixième et la septième, puis entre la septième et la huitième vertèbre cervicale amène la paralysie des muscles respiratoires cervico-thoraciques et intercostaux, d'où une grande ^'éne de la respiration qui ne se fait plus que par le diaphragme. Dans ce cas, si Ton coupe le nerf phrénique, le diaphragme se paralyse, et Tanimal meurtU'asphyxie.
Galien avait distingué les nerfs de mouvement et de sentiment
DBS NATURISTBS — GALIBN 201
par leur apparence et leur consistance, les premiers, qu'il appelait des nerfe durs^ et les autres des nerfs mous. Cette observation est très-exacte. Il avait en outre reconnu que les racines antérieures de la moelle présidaient au mouvement, tandis que les racines |K)stérieures tenaient la sensibilité sous leur dépendance, fait encore reconnu de nos jours comme étant en dehors de toute contest-ition.
Toutes ces expériences indiquent un état très-avancé de la science, une méthode parfaite, et si Ton eût continué dans cette voie, au lieu de s'en tenir à ces premiers essais de physiologie expérimentale, il est certain que nous serions arrivés plus vite qu'on ne Ta fait à la découverte des vérités qui font aujourd'hui la gloire de nos contemporains. Quoi qu'il en soit, c'est à ces curieuses expériences qu'on doit un commencement de physiologie du système nerveux, qui, à part les hypothèses sur la formation des esprits animaux, mérite d'être pris en sérieuse considération.
Physiologie de la génération. — Dans les chapitres XFV et XV De VutUiU des parties, Galien expose la physiologie des organes de la reproduction d'une façon qui n'est plus en rapport avec notre physiologie actuelle, et où l'erreur tient une très-grande place. C'est le sperme qui est en quelque sorte la graine du nouvel être, et qui se transforme dans Tutérus en se mélangeant à la semence de la femme fournie par les ovaires. Les mêmes idées se retrouvent dans un autre traité de Galien ayant pour titre : De semine Ces chapitres se terminent par la description des phénomènes physiologiques de Taccouchement et du mécanisme de la parturition.
Sans insister sur ce sujet, faisons remarquer une chose qui n'est pas sans importance aujourd'hui, qu'on s'occupe beaucoup d'ovariotomie. Dans le traité De semine où se trouvent quelques observations relatives à l'ablation des ovaires chez les animaux, Galien établit que cette opération n'est pas sans danger, et qu'on aurait tort de soivre les conseils de ceux qui prétendraient l'appliquer à l'espèce humaine, pour obtenir la cure de certaines tumeurs ovariques. A cette époque donc, l'ovariotomie était connue, même dans l'espèce humaine, et il n'y a rien de moderne dans cette opération.
Telle est, en abrégé, la physiologie de Galien prise dans son livre De VutUité des parties. Mais si quelque chose doit attirer Tattention du lecteur, c'est l'intéressant chapitre rempli de considérations philosophiques qui termine cet ouvrage, et que je vais reproduire d'après la version de M. Ândral.
c Lorsqu'un poète a conduit au dénoûment une action qu'il a iBventée oo empruntée à l'histoire, à la fin d'une pièce de théâtre
OU de poëme lyrique, le chœur s'avance sur la scène, et entonne un hymne en l'honneur des dieux. Et moi aussi, à la fin de mou ouvrage, je veux dire quelle impression a fait sur mon esprit l'élude des merveilles de Torganisation humaine. Voilà mon hymne ! Voili mon epode !
a J'ai raconté l'usage des différentes parties du corps humain. J'ai montré conmient, jusques dans leurs plus petits détails, la disposi tion de ces parties, leur structure sont en rapport avec les fonctionst qu'elles sont destinées à remplir. Tel a été le but principal de ce travail. Ce n'a pas été de montrer l'action de ces parties; cette action n'est pas toujours manifeste dans tous les cas. Est-ce que l'organisation de Testomac nous indique à priori, que, dans son intérieur, doit s'accomplir celte digestion? L'organisation de l'estomac ressemble à celle de la vessie; il n'y a pas de différence entre ces organes, et l'on ne saurait conclure de l'examen de ces deux cavités que l'une est destinée à transformer les aliments et l'autre à servir de réservoir à Turine. L'action ne résulte pas de l'organisation, mais des forces spéciales qui sont départies à nos organes en dirigent les actes et président à l'accomplissement de leurs fonctions. J'ai voulu démontrer comment les parties sont arrangées et constituées de manière à concourir le mieux possible à l'accomplissement de l'action de l'organe, action qui est elle-même sous f empire de forces ou de pxiissances spéciales.
€ J'ai prouvé, contre l'opinion de plusieurs philosophes, que Turganisation du corps des animaux ne peut être considérée comme le produit du hasard, ou, comme le veut Épicure, du concours fortuit des atomes. J'ai montré, au contraire, que lorsqu'on étudie avec quelque attention et quelque esprit philosophique le corps de rbomiue et des animaux, on voit, dans logs les détails de la construction, sa révéler l'intervention toujours présente d'une intelligence suprême qui a tout prévu et tout calculé. Notre corps est donc une machine merveilleuse dont l'art des hommes ne saurait atteindre la perfection ; c'est une machine qui, pour le philosophe que l'esprit de secte n'aveugle pas, est la démonstration la plus nette, la plus éclatante, la plus sûre d'une providence qui a créé et ordonné toutes choses. Il y a toujours quelque point obscur dans les démonstrations que veulent donner de la vérité ou de la ninteté de leur culte les initiés aux mystères de Cérès ou d'Eleusis. Toute religion a ses mystères, dont le flambeau du raisonnement ne peut parvenir à dissiper complètement les ombres, mais y a-t-il rieu de plgsclair, de plus lumineux que la démonstration de l'existence d'une intelligence suprême, par l'étude de la coqformatiou des animaux I
DES NATURISTES — GAUEN 203
€ Il y a un esprit émané de Dieu qui remplit toutes les parties de i^univers, qqi partout porte avec lui lé mouvement et I4 vie. Du mélange de get esprit avec la matière résultent les divers phénomènes dont l'univers est le théâtre.
t Les astres innombrables qui planent sur nos têtes, le soleil qui nous échauffe et nous éclaire, la terre qui nous porte, tout est imprégné de oet esprit. Les végétaux et les animaux lui doivent la vie qui les anime, vie infiniment variée dans ses manifestations, faible, en ébauche, rudimentaire chez les êtres qui se développent au sein de la poussière emportée par le vent, dans les débris des corps organisés, dans la fange et la pourriture ; vie de plus en plus naanifeste , énergique , puissante à mesure qu'on s'élève dans la série animale, jusqu'à ce qu'enfm elle se produise avec toute son expansion et tout son rayonnement dans l'espèce humaine. Là encore, cette vie offre des degrés suivant le développement plus ou moins grand des facultés intellectuelles, et elle atteint son expression la plus complète et la plus élevée lorsque l'intelligence arrive à être celle d'un Platon ou d'un Archimède.
< Ne vous y trompez pas, vous avez vu tout à l'heure des êtres dans lesquels la vie n'est qu'en ébauche; ces êtres si petits, si misérables, nés dans la poussière et dans la fange, étudiez-les, quelque petits qu'ils soient cependant, la vie les anime, et l'ouvrier suprême n'a pas moins déployé en eux sa toute-puissance. On s'étonne que dans des corps si inGmes, qui échappent presque à la vue (dans les êtres invisibles), il y ait autant de détails de structure que dans le corps de l'homme ou de l'éléphant. Ainsi, la jambe d'une puce nous offre tous les rouages de la jambe du plus gros animal : jointures, muscles, tendons, vaisseaux, nerfs. Il y a du sang qui y porte le mouvement et la vie ; là, s'accomplissent aussi tous les phénomènes de la nutrition. Rien donc de plus intéressant, de plus important que l'étude du corps humain pour le philosophe, pour celui qui veut s'élever à la connaissance des causes premières. Mais vous, médecins, vous surtout, étudiez les usages des parties de ce corps humain, car sans cette connaissance vous ne pouvez ni déterminer le siège des maladies, ni instituer leur traitement. Si, dans l'état sain, vous ne pouvez vous refuser à admettre qu'une intelligence suprême dirige et coordonne les différents actes vitaux, croyez aussi, avec Hippocrate, que dans la maladie celte même force persiste et agit pour ramener l'économie animale à réquilibreetàThannonie. 1
Près de dix-sept siècles ont consacré ces vérités fondanieniales, et le médecin qui les ignore ou qui eu méconnaît Pimportance ne f(N« jamais qu'une très-mauvaise médecine.
Toute la physiologie de Qalien n*est pas réunie dans ce livre De * utilité des parties, il y a d*autres points relatifs aux humeurs et à la physiologie générale qui se trouvent dans les livres de Vatrahile^ des dogmes d^Hippocrate et de Platon ou dans les facultés naturelles. C'est ce que nous allons examiner maintenant.
Physiologie des humeurs. — Galieu faisait jouer un rôle considérable aux humeurs dans Tétat de santé ou de maladie. Ses idées sur ce point se trouvent dans le De atrabile.
Il y a une humeur principale génératrice de toutes les autres. C'est le sang^ d*où sortent la bile jaune, la bile noire, la pituite, l'urine, la sueur, la transpiration insensible et les fuliginosités. Il est formé par le foie au moyen des aliments et elle varie selon l'intégrité ou Taltération, Taclion hépatique ou d'après la quantité et la qualité des aliments. Il est composé de deux parties, l'une pour la réparation des organes, Tautre excrémentitielle, formant la sueur, l'urine, la transpiration insensible ne devant plus servir à rien, la bile, l'atrabile jouant un certain rôle dans l'économie et la rétention de ces humeurs formant les tempéraments normaux, anormaux, allant jusqu*à la maladie.
Dans son étude des humeurs, il s'occupe surtout de la bile et de l'atrabile. Celle ci, dont l'invention remonte à Hippocrate, viendrait de la rate et donnerait lieu à une foule d'accidents graves qu'aujourd'hui on rapporte surtout au tempérament bilieux prononcé. C'est celle qui formait la matière des vomissements noirs, qui produisait les anthrax, le cancer, les varices, la manie mélancolique, ladysenterie, etc. Tout cela ne repose sur aucune observation sérieuse. Disons cependant que, sans croire à l'action de la rate, sur Tairabile, cet organe jette dans le sang une certaine quantité de matière noire pigmentaire qui peut donner lieu, par son excès, à des accidents de diarrhée, de dysenterie, de céphalée, d'hypochondrie, d'albumine, etc. (Voy. Frerichs, Maladies du foie^ p. 275.)
Physiologie générale des esprits et des forces. — Les idées physiologiques de Ualien sur l'âme et sur les forces se trouvent dans un ouvrage qui a pour titre : De placitis Hippocralis et Platonis ou Dogmes d* Hippocrate et de Platon. Là, cependant, Galien ne discute que les opinions philosophiques de quelques médecins de son temps, sans trop s'occuper des deux maîtres dont il a évoqué les noms.
Cet ouvrage se compose de neuf livres et renferme quelques expériences très-curieuses sur les fonctions du cœur, du cerveau, des nerfs et du larynx. Il se termine par une discussion sur le siège
des diverses facultés de Tâme, sur Tàme et sur les esprits animaux.
Il combat le système philosophique dans lequel on admet trois espèces d'âmes, Tune raisonnable dans le cerveau, Tautre irascible dans le cœur, la dernière concupiscente dans le foie, et il semble penser comme les stoïciens qu'il n'y a qu'une âme renfermant toutes les facultés, bien que plus tard il paraisse accepter cette triple division des âmes. Sous ce rapport comme sous celui de l'organicisme, Galien n'est pas toujours très-net et sa pensée est souvent contradictoire ou confuse.
Ici, il admet que Pâme peut être malade comme le corps. Elle est saine quand la raison, les penchants et les affections sont les uns à regard des autres dans un juste équilibre ; lorsque cet équilibre est rompu, de sorte que tel ou tel penchant l'emporte sur la raison, l'âme est alors malade.
Le chapitre YII est consacré à Tétude de Tesprit animal. Galien se demande s'il existe un principe dans le cerveau et dans les nerfs, dans le cerveau seul, s'il se produit dans les nerfs, s'il y est envoyé par le cerveau et si les nerfs ne sont pas conducteurs.
Il se demande aussi si, pour la production des sensations et des mouvements, il y a quelque chose de matériel envoyé par le cerveau; si l'esprit restant dans le cerveau ne peut pas impressionner les parties parles nerfs? Il croit à un lien matériel qui unit les nerfs au cerveau, et ce lien est Yesprit animal^ ce qui est notre influx nerveux.
Enfin, chapitre VIII, il revient sur la doctrine d'Hippocrate, re-, produite par Platon, et relative aux éléments, aux humeurs et à la constitution du corps des animaux. C'est celle qu'il adopte en se Tappro priant par son observation.
Le corps est composé des mêmes éléments que l'univers, formant chez lui des combinaisons plus complexes que dans les corps inorganiques. Ils passent du monde extérieur dans les végétaux, de là dans les herbivores et dans l'homme, qui est omnivore. L'homme, les animaux et les plantes les rendent tôt ou tard par décomposition au monde qui les leur avait prêtés. C'est la théorie de Lucrèce, de nos jours développée par Dumas, acceptée par tous les savants et luise en vers par un célèbre poète :
Sitôt qu'ils ne sont plu? (1), de leur cendre Téconde Sort un moode nouveau qui repeuple le monde ; De la plante qui meurt, l'animal se nourrit ; Sur l'aninuil diasous la plante refleurit (2).
(1) Les oorpe vivants.
(2) Pope. Traduit par Pootaoes.
206 filStOiRE DE LA MÉDECINS
Des fortes et du rôle qu'elles jouent dans l'êàonomie. — Galion, dont les idées contradictoires ont été plasîeiirs fois signalées, et qui pour cette raison sans dotrîe a été quelquefois considéré comme an éclectique, était vitaliste autant qu'il est possible de Tètre, si Ton admet comme tels ceux qui font dé la vie la cause des phénomènes du corps organisé et non un effet ou un résultat de Torganisation. Seulement son vitàlisme n'a rien d'abstrait, injuste reproche adressé à cette doctrine par ceux qui ne Tout jamais bien étudiée. Comme tous les vitalistes, il lient le plus grand compte de Torganisation des solides et des humeurs dont les modifications sont à leur tour le point de départ de phénomènes secondaires physiologiques ou morbides.
« Lorsqu'on a étudié la composition des polides et des humeurs dans l'économie, le fonctionnement de cet assemblage d'humeurs et do soKdes, les actes de cette économie sortent-ih clairement de cette contemplation attentive? Le mouvement de la vie, lesphénomènos normaux ou moraux produits dans l'animal, naissent-ils de cette oi^anisation matérielle par Torganisation de cellê^i, par sa seule virtualité, ou bien à cette matière inerte et incapable de sortir par elle-même de son état d'inertie, l'auteur de la nature a t-'il snftijouté un principe qui l'anime et la vivifie? La réponse de Galion est positive. Pour lui, la matière est chose essentiellement inerte; dans ta nature vivante comme dans la nature morte, dans tout Tunivers, en un mot, elle esl soumise à l'influence d'agents mystérieux et rnvi- •sibles qni, sous le nom de forces, exercent sur elle une action incessante, sont le principe et la cause de tous les mouvements et de toutes les modifications qui s'accomplisseut en elle. L'Uttifvers offre un ensemble de phénomènes dirigés par des forces. Sans forces productrices pas de phénomènes. » ( Andral, loc. cit.)
Indépendamment des solides et des liquides organiques, instruments de l'organisme, existent donc des forces, facultés ou puissances, qui donnent le mouvement et la vie à cette fédération organique.
a Les agents de ces forces sont les esprits {pneumata)y influx intermédiaires entre les forces et la matière, et séparables en trois classes : les esprits vitaux^ les esprits animaux, les esprits naturelsy répondant à chacune des trois forces sous Tempire desquelles se produisent les actes de l'économie vivante. (Andral, loc, cit.)
On peut trouver ces divisions inutiles et considérer comme hypothétiques ces forces différentes dont parie Galien, mais ce n'est pas là la question. Je ne discute pas pour savoir s'il y a plusieurs forces ayant des agents particuliers de mouvement, ou s'il n'y en t qu'une
DES NATURISTES — GALIBN 207
à laquelle obéissent les organes du corps vivant; je veux seulement établir que Galien admettait que la vie est une cause à laquelle obéit la matière, que l'organisation n'explique pas les fonctions, qu'elle ne rend pas compte du développement des êtres ni de la conservation de leur forme à travers la rénovation continuelle de leur substance, et c'est ce que prouvent les citations qui précèdent. Au reste, cette idée se retrouve partout, et Gérard de Nerval Ta reproduite récemment avec autant de poésie que de vérité :
Espère ODÛn, noa âme, espère :
Du doute brise le réseau, Non, ce globe n'est pas ton père, Le nid n'a pas créé Toiseau.
Ce qn va suivre nous montrera d'autres hypothèses nées de la même idée philosophique. Galien suppose que la matière séminale mêlée au sang de la mère s'organise et engendre une force vitale dont l'agent est un esprit qui se répand partout avec le sang et les artères : c*est Vesprit vital. Cette force se modifie suivant les angles organiques à accomplir et modifie également Tesprit vital qui doit accomplir ces actes, d'où la transformation de la force vitale en force animale dans le cerveau et le changement de l'esprit vital en esprit animai destiné à être l'instrument des phénomènes de la sensibilité de l'intelligence et du mouvement.
Cette même force vitale se modifie pour produire les phénomènes de nutrition, natvrêle aux plantes et aux animaux, et elle devient une force naturelle ayant pour agent les esprits naturels. Peur Galien, la force vitale, principe de Téconomie vivante, est la source des forces ou facultés animales et naturelles, et les esprits naHireis et animaux nécessaires à certains actes organiques ne sont qu'une modification de l'esprit vital.
Poussant plus loin Tanalyse, Galieu consacre un traité spécial, De facuUatihus naturalibus^ à l'étude des facultés naturelles.
Les facultés naturelles sont au nombre de quatre : Vattractrice^ la rétentricsy laUératrice et Vexpultrice. La première attire dans les tissus les éléments nécessaires à leur composition. La seconde y retient ces éléments jusqu'à la fin de l'action altératrice qui dai( les modifier et les amener à la transformation nécessaire au tissu, et, par la quatrième, les solides vivants rejettent les molécules qui ne leur sauraient convenir. Comme le dit M. Andral^ c'est l'idée mère de ce que Bichal appelait sensibilité organique, et par laquelle il expliquait tous les actes de la nutrition.
Malheureusement, Galien multipliant les êtres sans nécessité, ad-
208 HISTOIRE DB U MRDBGINE
mettait à côté de ces grandes forces existant dans les solides d*aatres forces secondaires spéciales pour des actes spéciaux et secondaires, comme plus tard devait faire Van Helmont avec les archées. Il créa une faculté ossifique pour la formation des os, pulsative pour les battements de cœur, etc., etc., et il montre partout l'action de ces forces agissant sur les différentes fonctions : 1** Dans la formation du germe de Tètre vivant ; 2® dans l'accroissement des êtres à partir de la naissance; 3^ dans la nutrition ; i*" dans le cours du sang et les modifications subies par ce liquide; 5** enfin, dans l'arrivée des aliments à Testomac et dans leur élaboration par cet oi^ane.
Une force générale pour présider au consensu de toutes les parties de l'organisme et des forces particulières, suivant les différences des actes à remplir, voilà l'être vivant. C'est tout le contraire des organiciens, qui attribuent à chaque organe une propriété organique en rapport avec ses fonctions, et qui considèrent la vie comme le résultat de l'assemblage des organes en fonction. Chacun peut ainsi voir de quel côté se trouve la raison.
Au reste, ces idées ne sont pas la propriété de Galien. — Émises par Hippocrale et par d*autres maîtres de l'antiquité, Galien n'a fait que les développer pour les défendre contre ceux qui ne tenaient compte que de l'action des solides et des liquides. Pour lui, tout système qui ne joint pas, à l'étude des solides et des humeurs, la considération des forces, n'a aucune chance de durée. — S'il reste quelque chose d'obscur dans les développements de Galien, si Ton y trouve de l'incertitude et quelques contradictions, il les faut rapporter à la nature même du sujet qui restera toujours enveloppé d'une grande obscurité.
§ III — PATHOLOOIK DE GaLIEN.
Galien n'a pas fait de nosographie telle que nous l'entendons aujourd'hui. Les descriptions sont incomplètes et il n'y a pas de suite dans l'exposition qu'il fait des maladies. Il parle en philosophe sur la nature et les causes des maladies plutôt qu'en nosographe, et ses idées, disséminées au milieu d'un grand nombre de traités spéciaux, sont assez difficiles à rassembler, surtout quand on tient compte des contradictions qu'elles présentent.
Partout cependant, Galien considère ce qu'il appelle les forces comme dominant et dirigeant les phénomènes organiques, tout en acceptant que ces altérations organiques, à leur tour, sont le point de départ de désordres fonctionnels (|ui permettent d'en reconnaître l'origine, la nature et l'étendue.
C'est donc dans les différents ouvrage qu'il a publiés sur les tempéraments ou causes ; — sur la bonne constitution du corps ; — sur la conservation de la santé {De sanitate tuenda) ; — sur les bons et mauvais aliments ; — sur la constitution de l'art médi" cal; — sur l'art médical; — sur les fièvres ; — sur le phegmon ; — sur les lieux affectéSy etc., etc., qu'il faut étudier les idées médicales de Galien. Comme on le verra par ce qui va suivre, ces ouvrages doivent être séparés en deux catégories, l'une pour la pathologie générale^ l'autre pour la pathologie spéciale. •
Pathologie générale. — Digne représentant de la science, Galien montre {De constitutione artis fnedicœ) que la médecine n'a de base solide que si elle s'appuie sur l'anatomie et sur la physiologie, car pour bien apprécier TaUéralion des organes à l'état de maladie, il faut connaître leur conformation et leur fonction à Tétat normal.
€ La santé est l'équilibre et l'harmonie des quatre éléments des humeurs, des parties similaires, des organes, et enfin des forces qui régissent l'ensemble de l'organisation.
€ La maladie est le trouble porté dans l'harmonie et dans l'équilibre des solides, des humeurs ou des forces. Elle disparaît toute seule sous l'influence des forces naturelles ou par l'intervention de Fart qui emploie des moyens contraires; mais dans un grand nombre de cas le médecin ne doit agir que pour aider aux efforts de la nature. » (Andral, loc, dt.)
La santé n'est cependant pas quelque chose de bien déterminé. Considérée comme un parfait mélange des quatre qualités élémentaires dans les parties similaires et dans les humeurs, c'est pour Galien le tempérament par excellence, perfection idéale qui ne se rencontre pas dans la nature et en dehors de laquelle cependant la santé peut exister. Les modifications de ce tempérament idéal compatibles avec la santé sont les tempéraments ou causes. Ils résultent tous de la prédominance de quatre humeurs (sang, pituite, bile et atrabile), et, comme on le voit, il ne tient ici aucun compte du tempérament nerveux, un des plus importants de tous. Chaque individu a son tempérament variable aux différentes époques de la vie, comme chaque partie a sa cause, son tempérament, c'est-à-dire une qualité prédominante dont le médecin doit tenir compte.
Un degré de plus d'ans cette imperfection du mélange des humeurs, il y a dyscrasie ou intempérie, c'est l'état morbide qui commence. Ici, la maladie est une altération du mélange des humeurs incompatible avec Texercice régulier des fonctions, définition
BOUCBUT. 14
humorale qui ne ressemble plus à celle dont j'ai parlé ;un peu plus haut et qui est beaucoup plus complète.
Quoi qu'il en soit, à ce point de vue, Galien, poursuivant son idée, admet quatre intempéries simples, sèchsy humide^ chaude et froidBy correspondant aux quatre qualités élémentaires; et quatre intempéries composées résultant du mélange de deux intempéries simples, sèche et chaude^ sèche et froide; — humide et chaude^ humide et froide; jetant ainsi les bases de cet humorisme hypothétique qui devait se prolonger jusqu'au xv« siècle, où il succomba sous les coups de Paracelse.
Dans son traité de Yart médical^ Galien définit la médecine, la science de la santé et de la maladie, et fidèle à cette idée il étudie le corps à l'état sain et les conditions de la santé, puis le corps à l'état de maladie produite par l'intempérie des parties similaires et par l'altération des organes.
Les signes de l'état de santé ou de l'état de maladie sont de trois sortes : signes diagnostiques ; signes pronostique» ; signes anamnestiques^ tirés du passé.
Il les étudie dans l'état de santé en se livrant à de nombreuses hypothèses; puis dans l'état de maladie, où il est plus exact. Ici les signes varient selon que la maladie est extérieure ou intérieure. Dans le premier cas, les changements de forme, de volume, de consistance, de couleur, de situation, etc., indiquent la maladie. Dans le second cas, le diagnostic plus difficile repose sur le trouble des fonctions de la partie malade, sur les changements de matières sécrétées ou excrétées, sur les sensations dont elle est le siège, principalement la douleur, enfin, dans quelques cas, sur la présence de tumeurs anormales.
Les signes pronostiques annoncent l'imminence de la maladie, et dans l'état morbide indiquent les événements futurs. Comme le fait très-justement remarquer H. Andral, celte partie n'est que le commentaire d'Hippocrate.
En terminant ce livre, il s'occupe de l'hygiène et de la thérapeutique. C'est là qu'il pose les axiomes suivants :
€ Pour conserver la santé, il faut traiter les semblables par les semblables.
a Pour guérir la maladie, il faut traiter les contraires par les contraires.
a Dans les maladies le médecin ne doit qu'aider à la nature, car souvent c'est la nature qui guérit. »
Dans le De differentiis morhorumy Galien considère toujours la maladie comme un trouble général des forces, bien qu'il semble
faire de la maladie un trouble matériel de Torganisation. Il déclare que toute altération de fonction suppose une altération correspondante de la partie chargée de Taccomplir; mais il ajoute que la maladie n'existe que s'il y a lésion de fonction; que la lésion sans symptômes n'est pas une maladie, et qu'il y a des troubles fonctionnels impossibles à rapporter à un trouble matériel, exemples : la fièvre, les convulsions, la dyspepsie, de sorte qu*il semble faire entrer dans la définition de la maladie l'idée de la lésion matérielle et celle du trouble de fonction.
Comme on le fait encore de nos jours, Galien fait des réserves sur les troubles fonctionnels sans lésion appréciable, et pensant qu'on pourra un jour découvrir ces lésions invisibles et cachées, il dit qu'il faut en faire provisoirement des maladies.
Il admet des maladies primitives, ou simples, caractérisées par Taltération d'un des quatre éléments, d'où les quatre intempéries de chaud^ froidy sec et humide^ et des maladies composées, secondaires, résultant de la combinaison des états morbides primitifs. Nous aussi, nous admettons des maladies primitives et des maladies secondaires, mais d'après des idées différentes et plus vraies, lorsque, par exemple, un état morbide particulier succède à un autre ayant existé seul pendant quelque temps. Exemples : la péritonite, qui succède à une entérite ou à uno inflammation du foie, de l'utérus; l'encéphalite causée par une hemorrhagie cérébrale ou une tumeur du cerveau, etc. Il y a même des maladies ternaires et quaternaires, lorsque de nouvelles maladies se combinent successivement les unes aux autres
Dans un livre {De causis morhorum), Galien passe en revue les causes morbides fournies par les ingesta^ par les excréta^ par les acta et par les circonfusaj et il se demande comment elles agissent.
Il survient une altération des humeurs entraînant l'altération des solides, ou bien une désorganisation des solides amenant Taltération des humeurs, ce qui est plus rare, et quelquefois ce sont les forces ou facultés qui s'allèrent avant toute modification des organes.
Comment s'altèrent les humeurs? En masse, parle sang d'où elles sortent toutes dans les cas de pléthore ou d'anémie ; partiellement, lorsqu'une humeur prédomine, et alors il y a des maladies de chaud avec le sang; de froid avec la pituite ; de sec et d'humide avec la bile et Tatrabile. Par cela même que presque toutes les maladies consistent dans une modification des humeurs qui circulent avec le sang, il s'ensuit que la plupart des maladies sont des maladies générales, toiiuB substanlicBy et que l'humeur prédominante se pro-
mène dans tout l'organisme, jetant le trouble partout, jusqu'au moment où, retenue dans une partie par la force rétentrice ou expuZtrice en souffrance, elle s'accumule sur un point, donnant lieu à une maladie locale au sein de la maladie générale de diathëse. Pour Galien, deux éléments expliquent la formation de presque touies les maladies : 1^ l'altération des humeurs constituant les diathèses, et 2^ l'altération des forces particulières d'une partie expliquant la lésion locale, c'est-à-dire la localisation des diathèses.
C'est donc la prédominance d'une humeur, c'est-à-dire l'excès des qualités élémentaires, qui produit la plupart des maladies. Le chaud est la qualité alimentaire du sang, qualité qui prédomine le plus souvent, et à ce titre elle produit comme état général, la fièvre; comme état local, le phlegmon et l'inflammation. Comme on le sait, les maladies inflammatoires sont de beaucoup les plus communes.
Une petite part est faite aux solides dans la production des maladies, et Galien admet que dans la formation de l'être une mauvaise direction des forces^ un vice de la semence peuvent amener une altération de forme, de situation, de texture des parties et donner lieu aux maladies congénitales. L'altération des solides peut aussi se produire sans altération des humeurs, mais cela est rare.
Galien, qui ne pouvait expliquer la formation et l'enchaînement des phénomènes de toutes les maladies par les seules modifications des humeurs et des solides, fait alors intervenir le trouble des forces ou facultés qui président à l'accomplissement des actes organiques. Par cela même que les facultés aitractrice, rétentrice, altératrice et expultrice dirigent les actes normaux, leur désordre, leur trouble par augmentation, diminution ou perversion, peut être le point de départ de Tétat morbide. Il suffit d'une humeur plus ou moins attirée, trop ou trop peu retenue, mal élaborée ou incomplètement expulséCy pour engendrer une maladie.
Seulement Galien senible se contredire comme s'il n'élait pas entièrement sûr de son idée, car, tout en admettant des forces dirigeantes de l'état normal susceptibles par leur altération de provoquer l'état morbide, il détruit son affirmation en disant € que les forces n'existent pas par elles-mêmes, et que leurs modifications ne sont que la conséquence d'un trouble préalable de Tétat matériel, d'où il suit que l'altération organique précéderait l'altération des forces, et qu'il n'y aurait plus à en tenir compte dans la production des maladies. » C'est une contradiction qu'il importe de signaler.
D'après l'action isolée ou combinée de ces causes, les maladies sont générales, sans localisation particulièrej et dépendent d'un
DES NATURISTES — GALlfcN 2t3
vice spécial des humeurs; générales^ avec localisation consécu-tive ; locales, sans généralisation consécutive : exemple, les maladies congénitales ; locales y suivies de généralisation^ telle que la fièvre, etc. Cest par cette étude, ajoute M. Àndral, queGalien résistait de son temps à Vécole solidiste d'Érasistrate, qui s*obstinait à méconnaître l'influence des altérations humorales et dynamiques, et qui considérait toujours la fièvre comme la conséquence d'une lésion des solides, particulièrement de l'inflammation, comme Broussais le fit encore de nos jours.
Des symptômes des maladies, — Après avoir étudié les causes de la maladie, Galien en étudie les symptômes dans deux livres : De snjmptomatum differentiis et De causis symptomatum.
Les symptômes sont en rapport avec les lésions humorales et organiques, ou existent sans lésion appréciable, et constituent des maladies. Il y en a deux espèces : l^' symptômes dépendant d'une lésion d'action de la vie animale; — 2** symptômes dépendant d'une lésion d*action de la vie naturelle.
i° Les symptômes qui dépendent d'une lésion de la vie animale appartiennent aux troubles du sentiment, du mouvement et de l'intelligence, ce que Galien appelle des forces dirigeantes.
La sensibilité dans les organes des sens ou dans les autres or- {çanes peut être diminuée ou pervertie, et donner lieu à la douleur. Gela dépend d'une altération de la partie fondamentale de l'organe, d'une lésion des parties accessoires, de la puissance sentante, c'est-à-dire du système nerveux et du cerveau
Le mouvement peut être diminué, aboli ou perverti. Son abolition est, pour Galien, la conséquence de sucs épais obstruant les ▼aisseaux, les muscles, les nerfs de la partie paralysée, quelquefois d'une humeur blanchâtre, obstruant les ventricules du cerveau. Mais il semble ne pas bien connaître le rapport des lésions céré • braies et de la motilité déjà signalé par Àrétée et qui sera parfaitement étudié plus tard par Morgagni au xvi' siècle.
La perversion des mouvements s'annonce par des frissons, des tremblements, des convulsions, des palpitations, etc. Les convulsions dépendent de la plénitude et de la vacuité; les palpitations du cœur on des muscles, de Vafflux sanguin e\. Axkpneuma, le tremblement résulte de Tàge, des émotions, de Tétat adynamique, du froid, des boissons alcooliques, et le frisson, au début des afiections fébriles, de sucs épais qui oppriment les forces. Pour Galien le frisson est une lutte de la nature contre l'humeur morbifique  expulser, au même titre que la toux et l'étemament, qui r«|)eMent
des matières nuisibles, ou que le vomissement et la diarrhée, nécessaires à l'expulsion des sécrétions gastro-intestinales, et qui ramènent Tordre par le désordre, sous la direction intelligente de la nature.
D'autres mouvements intimes (ce que nous appelons la contractilité organique), nécessaires au mouvement des humeurs, sur lesquels s'exerce l'action de la force attractrice et expultrice, peuvent être modifiés, dénaturer la nutrition moléculaire et amener la maladie, en attirant ou arrêtant le cours des humeurs. De là, les fluxions, et l'absence ou le développement incomplet des crises salutaires.
VinteUigence^ dans ses facultés de raisonnement, de mémoire et d'imagination, peut être troublée ou abolie. Le délire, la démence, sont des perversions de l'intelligence ; ils existent avec ou sans fièvre, et le délire sans fièvre de courte durée, n'a pas d'importance. S'il dure, il constitue la manie.
Pour Galien, le délire avec fièvre est symptomatique quand il résulte d'une affection viscérale autre que le cerveau, ce qui est pour nous le délire sympathique, et il est idiopathiqi^ quand il résulte d'une lésion cérébrale (p/iremtis), ordinairement phlegmasie du cerveau ou des méninges. C'est une manière de parler qui n'est plus en faveur aujourd'hui.
2* Les symptômes qui appartiennent aux lésions d'action de la vie naturelle ou de nutrition sont des actes qui peuvent être également abolis, diminués ou pervertis, et cela dans chacune des quatre facultés organiques, A'attractiony de rétention^ à' altération et ii expulsion des organes, ce qui rend chaque partie susceptible de douze espèces d'altération différentes.
Ici encore, Galien se prononce sur Torigine du trouble d'action des facultés, qu'il place soit dans ces facultés, soit dans l'altération du solide où elles sont modifiées. Il passe ensuite en revue ces symptômes dans les divers organes de la vie de nutrition.
Parmi ces symptômes, on peut citer dans les voies digestives, le vomissement, les déjections alvines et la production des gaz.
Le vomissement dépend d*une maladie de Testomac, ou bien il est sympathique de la lésion d'un organe éloigné, comme le cerveau, les poumons, le péritoine, les intestins, etc.
Les déjections alvines sont plus rares ou plus fréquentes. Leur rareté dépend de la faiblesse de la faculté expultrice, de l'atonie des intestins ou des muscles abdominaux, de l'affaiblissement de la sensibilité de la muqueuse, d'une alimentation insuffisante, de la paralysie du rectum et des sphincters, etc. Leur fréquence dépend de la quantité de substances grasses ou humides des aliments, et sur-
tout de ràcreté des matières intestinales qui irritent la muqueuse. La production de gaz dépend de certaines lésions de Tintestin, ou bien elle est sympathique des maladies utérines (hystérie) et d'autres maladies cérébrales.
Dans les annexes du tube digestifs telles que les veines mésaratques^ le foie^ etc., il se peut faire que la puissance attractrice s exerce incomplètement, n'attire pas les aliments, et qu'un courant inverse s'effectue du foie dans Tintestin, de manière à produire, par altération des matières, des gaz et des excréments semblables à la lavure de chair, ce qui formait la dysenterie. Pour lui, cette affection était la conséquence d'une maladie du foie.
Symptômes fournis par les voies urinaires. — Pour Galien, Turine révélait l'état des voies urinaires, et surtout Tétat général de forganisme. Abondante ou nulle, chargée de différents principes, les troubles de la miction sont en rapport avec l'atonie de la vessie, les calculs urinaires, les caillots sanguins vésicaux, les callosités et tubercules du col vésical, la cystite, la sécheresse d'une fièvre ardente et certaine diathèse, qui n'est autre que le diabète. Les organes sont imbibés de mauvais sucs qui sont rejetés par les urines et entraînent avec eux la substance du corps, de façon à produire tôt ou tard la diarrhée, les sueurs, ramaigrissement, le marasme et la mort.
Parmi les ouvrages de Galien sur la symptomatologie, il faut citer le Traité du pouls, dont il a été déjà question, et un Traité de la dyspnée^ contenant Texamen des causes des caractères extérieurs de ce phénomène. Les causes de la respiration fréquente ou rare, superficielle ou profonde, longue et courte, égale ou inégale, difficile et constituant la dyspnée ou Torthopuée, sont toutes les lésions organiques des voies respiratoires, et ailleurs c'est VaUération dynamique des puissances inspiratrices^ ainsi qu'on Tobserve dans les maladies nerveuses et dans la raréfaction de l'air atmosphérique.
Ces différents ouvrages de symptomatologie sont relatifs au dûigaostic, mais il y en a d'autres. De prœnotionïbus et De prœno^ tiane ex pulsibus, où les symptômes sont envisagés au point de vue du pronostic, et où Galien se montre aussi grand observateur que glorieux de sa renommée, car il se vante de ses succès thérapeutiques d'une façon qui choque aujourd'hui nos habitudes de réserve i ce sujet. Il y a là cependant un fait curieux à indiquer, c'est la dénonciation qu'il publie d'un complot tramé contre sa vie, tramé par les médecins de Rome, jaloux de sa réputation, et il ajoute
qu'il a'a plus qu'à prendre la fuite pour dérober sa tête à la fureur implacable de ses ennemis.
Marche^ duréSy période et terminaisons des maladies. — t La maladie a ses âges comme le corps ; elle naît, elle crott, arrive à sa maturité, puis, après une sorte d'hésitation, elle se précipite vers son terme heureux ou fatal. » Cette phrase résume toute la pensée de Galien sur la marche des maladies. — Considérant Valtération primitive ou secondaire du sang, par la quantité, par la prédominance d'une des trois humeurs, qu'il renferme, ou par Tintruduclion de principes hétérogènes, comme le caractère de tout état morbide, il faut pour que la maladie cesse, que la composition du sang devienne à l'état normal ; il faut que ce liquide subisse Taction de la force altératrice qui élabore l'humeur et de la force expulirice qui chasse les matériaux hétérogènes.
Toute maladie offre quatre périodes de débuts A'augment^ pendant lesquelles l'humeur reste à Tétat cru et commence à s'élaborer ; de maturité, pour sa coction et son élaboration; et ensuite de déclin, lorsque 1 élimination a lieu, ce qui entraîne la guérison. On en voit un exemple dans le phlegmon où s'observent la fluxion, l'infiltration fibrineuse, la suppuration et l'élimination ou détente de l'état morbide avec cessation de la fièvre, de la douleur, etc.
Il y a dans celte évolution de la maladie une action intelligente aussi supérieure que dans l'accomplissement des phénomènes de la santé, et c'est un travail que le médecin doit surveiller sans troubler la nature dans son travail médicateur, à moins d'indication spéciale.
Pour Galien, la guérison est la terminaison naturelle des maladies aiguës, et la mort n'est que l'exception. Celle-ci est presque toujours la conséquence d'affections de longue durée, où la lésion des solides est suivie de l'altération des forces et des humeurs. — Quand la mort a lieu par suite d'une maladie aiguë, malgré l'action de la puissance médicatrice qui veille à la conservation de l'organisme, cela dépend ou de l'intensité de la cause morbide, ou du défaut de résistance des individus. Celte faiblesse de résistance est la conséquence du défaut d action des forces par lesquelles la cause morbifique est attaquée, modifiée, expulsée, de sorte que tout en cherchant à diminuer l'intensité des causes, à calmer la violence des symptômes, le médecin doit surtout respecter les forces s'il ne veut pas entraver la guérison . Il faut à cet égard que le médecin ne se hâte pas trop d'agir pour substituer son action à celle de la nature, c car dans toute maladie il y a lutte entre la cause morbide et
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les forces qui tendent à la chasser de Téconomie, d*oû il suit que, suivant l'état des forces, la maladie peut être légère ou grave. » (Andral, loc, cit.) Et il importe de ne pas intervenir, à moins de nécessité absolue. Comme dit Galien : < Il y a des médecins qui nuisent beaucoup moins, parce qu*ils ne font rien que parce qu'ils font trop », ce qui sera éternellement vrai, et ce que plus tard Morfragni devait redire sous cette forme un peu différente : SurU plures medici qui œgros interiwunt quia nesciunt ipsi quiescere.
Dans l'évolution des maladies, les symptômes ne se succèdent pas toujours dans le même ordre, et leur succession constitue les types morbides. Lia plupart des maladies offrent le type continu, et quelques-unes seulement le type intermittent; exemples : fièvres, douleurs de tête. etc. La rémiltence n*est pour Galien qu*une modification du type continu sous forme de paroxysme. C'est ce qu'on voit dans la synoque. Ailleurs, des maladies continues sont accompagnées de phénomènes intermittents, et tous les deux ou trois jours offrent une aggravation marquée de tous les symptômes, ainsi que cela se passe dans certaines synoques avec fièvre tierce. C'est ce qui constituait la fièvre hémitritée.
Le type intermittent était alors ce qu*il est encore aujourd'hui, et nous n'avons rien ajouté aux divisions en honneur à l'époque de Galien.
A la terminaison des maladies se rattache la grande question des crises et des jours critiques que Galien a développée dans deux ouvrages De crisihus et De diehus decretoriisy ce qui le rattache complètement aux idées du naturisme hippocratique. Il est certain que lorsque les maladies doivent se terminer d'une façon favorable, il y a souvent des phénomènes qui annoncent ce résultat, qui jugent I état morbide et qui ont été appelés par Hippocrate des phénomènes critiques. Tels sont VépistaxiSy le flux hémorrhoïdal ou înenstruely les flux muqueuxy les sueurs ^ les parotides, quelques éruptions cutanées, etc. C'est là l'origine de la doctrine des crises, combattue, mais à tort, avec tant d'acharnement par Asclépiade, qui prétendit renverser à la fois le fait de la crise et la désignation des jours où elle devait s*accomplir. — Tous les bons esprits acceptent encore aujourd'hui avec Galien la doctrine des crises, mais celle des jours critiques n'a guère plus de défenseurs. Galien lui-même ne Ta formulée qu'avec répugnance sans y ajouter foi, car il termine cette œuvre De diehus decreioriisj en disant : € Dieux immortels I vous le savez, c'est à la prière de mes amis et en quelque sorte forcé par eux, que j'ai écrit ces lignes en faveur d'une doctrine que je ne partage pas. »
Pyrélologie de Galien. — En dehors de ces travaux de pathologie générale, on trouve dans Galien quelques livres consacrés à des sujets plus particuliers qui, d'après la judicieuse remarque de M. Andral, tiennent le milieu entre la pathologie générale et la pathologie spéciale. Il s*agit du livre Des fièvres {De differentis fehrium), du livre Des tumeurs^ et du livre De locis affeciis.
Dans le traité des fièvres, il définit la fièvre : c une production de chaleur contre nature » à laquelle se rattache nécessairement Taccélération du pouls et de la respiration. — L'excès de chaleur est le phénomène primitif, et comme Tair entré par les poumons qui circule dans les artères a pour mission de rafraîchir le sang et par le sang le corps, il faut que dans la fièvre, pour neutraliser la chaleur, la nature prévoyante en fasse pénétrer davantage dans Téconomie, d'où la fréquence de la respiration et Faccélération du pouls.
Cette chaleur contre nature, c'est-à-dire la fièvre^ est quelquefois primitive, essentielle, sans cause matérielle appréciable, et constitue toute la maladie : c'est la fièvre essentielle. Ailleurs, an autre fait la précède, elle en est la conséquence et n'est plus qu'on symptôme. C'est le cas de la fièvre produite par une lésion matérielle et qu'on appelle fièvre symptomaJtique. Nous ne parlons pas autrement aujourd'hui.
Pour Galien, les causes des fièvres sont : 1** les influences susceptibles de modifier la constitution, et 2» les modifications de nos solides.
i^ L'atr, par sa température élevée, par son abaissement, par son mélange avec des principes délétères, tels que des miasmes, des effluves marécageuses, des émanations de maladies contagieuses (phthisie, peste, etc.), peut donner la fièvre. On voit ici que Galien connaissait l'influence des miasmes paludéens sur la fièvre, découverte attribuée à Lancisi, et qu'il connaissait la peste dont voici sa définition : < Fièvre putride accompagnée de tumeurs et de charbons aux aines et aux aisselles. »
Il en est de même des aliments qui, par leur quantité et par leur qualité, engendrent des sucs épais et viciés; des boissons^ surtout des alcooliques; des poisons et des médicaments; des actes delà vie animale, tels que le chagrin, la colère, etc., qui troublent les actes de la vie organique ; de Yaction musculaire exagéréej etc.
Toutes ces conditions ne peuvent à elles seules produire la fièvre, et il faut avec elles une aptitude particulière en rapport avec des dispositions organiques spéciales. Elle peut naître dans le cœur et
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se répandre partout, ou bien, ce qui est le cas le plus commun, prendre sa source dans une partie éloignée, se propager au cœur par continuité de tissu ou par sympathie. Dans le premier cas, elle est primttt've, et dans Taulre secondaire. Quand la fièvre est secondaire, elle résulte : i° d'une altération des humeurs, particulièrement du sang, s'il y a pléthore, ou il renferme un excès de bile et des sucs mauvais ou putrides qui, par la chaleur du sang, se putréfient en élevant sa température ; 2<> d'une altération des solides, fluxion locale dont la chaleur s'étend par continuité de tissu ou par sympathie jusqu'au cœur.
Par le type, Galien divise les fièvres en deux classes, les fièvres continues et les fièvres intermittentes.
Dans la première classe se trouvent, en raison de leur durée, les fièvres éphémèreSy qui durent de un à trois jours; les synoques^ dont la durée est de huit à quarante jours, soixante et même quatre-vingts jours, et qu'on divise en synoquesâtm/)^, inflammatoire^ bUieuse^piUride^ pestilentielle. Sauf la dernière, ce sont les formes de notre fièvre typhoïde. Lasynoque pestilentielle, maladie toujours grave et putride accompagnée de bubons aux aines et dans les aisselles, n'est autre que la peste, qui, dès ce temps déjà, parcourait rOnent et s'était montrée à Rome.
Jamais ces fièvres ne passent à l'état chronique ; mais dans quelques cas la fièvre ne ressemble pas aux précédentes; elle ne débute pas d'une façon aiguë et elle se prolonge plusieurs mois ou plusieurs années, jusqu'à la mort des malades, car la guérison en est très-rare. Alors il y a un amaigrissement progressif et une fièvre lente, paroxystique, accompagnés d'un état de marasme plus ou moins prononcé. C'est ce que Galien appelait la fièvre hectigtie. Elle n'a point comme les autres son origine dans une altération des humeurs et dépend ordinairement de la lésion des solides, surtout des poumons dans la phthisie; de l'estomac, du foie, etc. Dans quelques cas cependant il y a une fièvre hectique essentielle dont le point de départ est dans le cœur, dans laquelle il n'y a pas de lésion appréciable des solides et qui résulte des différentes influences morales, des passions, d'une synoque qui n'a pu aboutir à la guérison, etc.
Dans une seconde classe, Galien place les fièvres intermittentes, et il appelle l'attention sur les types tierce et quarte qui, par leur durée, ont pour effet d'amener l'induration de la rate et l'hydropisie. — G^ fièvres ont alors été parfaitement étudiées dans toutes leurs formes, et particulièrement les tierces, dont les accès prokNigés, presque réunis, peuvent faire croire à l'existence d'une
fièvre continue. - Quelle est la cause de Fintermittence des accès de fièvre? Pour Galien, le phénomène dépend du besoin qu'éprouve la nature de s'y prendre à plusieurs reprises pour élaborer et arriver à l'expulsion de la matière morbifique, et Tapyrexie est employée à préparer Texpulsion d'une nouvelle quantité de celte matière dans l'accès suivant. — C'est une explication humorale qui ne vaut pas moins que toutes celles qu'on a proposées depuis cette époque.
â<> De V inflammation, Galien, qui parle à chaque instant de l'inflammation, s'en occupe plus longuement dans le livre Des tumeurs. — Comme Celse, il la définit par la rougeur, la chaleur^ le gonflement et la douleur des tissus. Elle résulte de l'afflux du sang dans les parties. Il se fait, à travers les parois desvabseaux, une exsudation sanguine, que la force altératrice élabore, modifie, transforme en pus, ou bien fait disparaître avant ce temps par résolution — De la bile jaune mélangée au sang infiltré produit l'érysipèle, et quand c'est la bile noire, il en résulte des gangrènes. — Elle peut rester locale ou bien se généraliser et occasionner la fièvre par propagation de la chaleur locale au cœur et au reste du corps.
Pour Galien, sauf les cas où l'inflammation résulte d'une cause externe traumatique, elle est sous la dépendance d'un état général de l'organisme. Tantôt alors le sang est en excès, et tantôt il est chargé de matières excrémentitielles ou hétérogènes qui se portent avec lui d'un lieu à l'autre. Tant que dans les parties, les facultés attractrice, rétentrice, altératrice et expultrice restent en équilibre, les humeurs ne s'arrêtent pas; mais si cet équilibre est rompu, les humeurs s'arrêtent , s'accumulent et engendrent le phlegmon. C'est ainsi, par exemple, que si la force expultrice est affaiblie, ce que nous appelons atoyiie ou adynamisy dans les fièvres graves et les cacochymies, ce sont les parties les plus faibles qui sont le siège des fluxions et consécutivement de l'inflammation, d'où il suit que si la saignée est utile pour diminuer la masse du sang, et pour arrêter certaines inflammations, elle ne convient pas toujours, et il y a des cas où il est préférable de fortifier les parties que de les afl'aiblir. — Ces idées de Galien nous font comprendre ce qu'on appelle aujourd'hui les phlegmasies secondaires développées dans la fièvre typhoïde, dans le choléra et dans les typhus, ei elles concordent très-bien, comme l'a fait remarquer M. Andral ( loc. cit ), avec les expériences de Claude Bernard qui, par la seclion du grand sympathique au cou, paralyse les capillaires dun côté
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du visage el détermine la fluxion, la rougeur el la chaleur de toutes ces parties.
Il est impossible de ne pas être frappé de la grandeur de ces vues doctrinales, qui ont précédé de dix-huit siècles les conquêtes de Vexpérimentation moderne , et une théorie de Tinflammation qui, comme celle de Galien, tient compte de ses causes traumatiqueSy de ses causes générales^ qui sont VaUération du sang par excès ou pléthore, Taltération du sang par des principes hétérogènes, etc., l'attraction du sang dans les parties pour Tinflammation active, la non-expulsion de ce sang par les organes affaiblis dans les inflammations passives, est une théorie qui mérite la plus grande considération. — D'ailleurs, à part les mots différents de notre langage moderne, et de meilleures idées physiologiques sur la circulation, que savons-nous de plus sur la nature de Tinflammation qui change le fond des pensées de Galien? Bien peu de chose. L*exsudation sanguine de Galien a fait place à l'exsudation plastique, et nous savons que le pus est formé de cellules tellement semblables aux globules blancs du sang, qu'on ne peut les en distinguer.
Cette étude du phlegmon, considéré comme une tumeur, est suivie de l'étude d'autres tumeurs, de nature particulière, qui diffèrent un peu de celles que produit Tinflammation. Ainsi, l'érysipèle est causé par la bile jaune de l'exsudat sanguin, et il y a les athéromes, les mélicéris, les squirrhes, les bubons, Thydrocèle, les tubercules, root appliqué à de petites tumeurs de la peau, etc., etc., que Galien rapporte au phlegmon, sans entrer dans de suffisants détails pour exprimer nettement sa pensée.
29 De locisaffectis, Galien, qui a exploré toutes les parties de la science et à qui l'on doit tant de découvertes d'anatomie et de physiologie, qui s'est montré si remarquable comme philosophe, dans son anatoinie, dans ses considérations de pathologie générale sur les causes, les symptômes, la marche et la terminaison des maladies, dans la doctrine des fièvres et de l'inflammation, n'a pas dédaigné d'écrire sur la pathologie spéciale. Son traité De lacis affec- Cû, digne en tous points des œuvres au milieu desquelles il se trouve, semble fait pour montrer l'importance de la lésion des solides à ceux qui, à l'exemple des méthodistes, pourraient en méconnattre l'importance. — Au moment de l'arrivée de Galien à Rome, h secte méthodique encore vivante soutenait, d'après Thessalus, que dans les maladies, l'état général méritait seul l'attention des médeciot, el fournissait toutes les indications thérapeutiques ; que la
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cause des lésioas locales n*était pas dans les solides, et enfin que ces lésions n^apprenaient rien de ce qui concerne rétiologie on le traitement.
De pareilles doctrines devaient être énergiquement combatloes par Galien, qui professait que la maladie était la conséquence de l'altération des forces, des humeurs ou des solides, et qui soutenait que les lésions locales, par leur action directe, par leur siège et par leurs sympathies, avaient une grande influence sur la thérapeutique. — Il démontre de nouveau qu'il y a des maladies primitivement locales, telles que les changements de forme, de rapports, de situation des parties, des corps étrangers, etc., modifiant le pronostic d'après les fonctions de l'organe lésé, créant des indications thérapeutiques, enfin, pouvant accroître la chaleur normale, et par sa propagation au cœur, puis au reste de l'organisme, produire la fièvre et généraliser la maladie. Reconnaître ainsi les affections primitives ou consécutives des solides, était facile pour les affections locales externes, mais bien difficile en cas de localisation sur les poumons, le foie, le cerveau, etc. — Il aurait fallu connaître Tanatomie pathologique qui n'existait pas encore, et qui ne devait sérieusement commencer qu'au xvip siècle, car on ne peut appeler de ce nom les essais anatomo-pathologiques de Galien sur les animaux et sur les singes. — Cette anatomie pathologique comparée n'éclairait que médiocrement la médecine humaine, et ne pouvait servir qu'à démontrer l'importance des connaissances anatomiques et physiologiques sur les progrès de la science.
Dans cet ouvrage un peu prolixe, sans méthode et rempli de répétitions, qu'il nous est facile de juger par la traduction de Daremberg, Galien cherche surtout à établir le rapport des symptômes aux altérations des solides qui leur donnent naissance, tout en sachant bien que ce rapport n'existe pas toujours, et en déclarant que les troubles de fonction d'un organe peuvent dépendre des troubles de l'action ou de la fpnction d'un autre organe. — Ainsi, le symptôme le plus saillant d'une maladie de l'estomac peut être dans la tète, consister dans une céphalalgie intense, et réciproquement la lésion du cerveau être révélée par le trouble des fonctions de l'estomac. Il en est de même dans beaucoup d'autres cas, et s'il est juste de dire avec Galien, qu'il n'y a généralement pas de lésion de fonctions sans lésion d'organe, il faut que le principe ne soit pas formulé d'une manière absolue, car de son temps, et encore à notre époque, cette règle souffre d'assez nombreuses exceptions.
Dans le premier livre se trouvent des préceptes généraux sur la recherche de l'altération des solides intérieurs au moyen des symp-
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lômes : douleur, trouble de fonction de Torgane malade, matières excrétées, changement de volume, déplacement, etc. Puis viennent des recherches sur Tétude des lésions que présentent les différents organes.
Dans les centres nerveux, les lésions se révèlent par des phénomènes symptomatiques et sympathiques, ce qui était alors un fait nouveau. Galien eut même l'honneur d'être regardé comme fou pour avoir appliqué des remèdes le long de la colonne vertébrale à un sujet paralysé de la main et qu'on traitait pour une maladie des doigts.
Dans l'estomac dont les maladies sont rapportées à la mauvaise direction du régime, à l'insuffisance des sucs digestifs, à la présence de la bile, etc., Galien ne parle pas des altérations de texture, et il insiste surtout sur les souffrances de l'estomac, sympathiques d'une lésion organique éloignée, particulièrement des altérations du cerveau.
Le second livre du De locis affedis est en partie consacré à la sémiotique de la douleur que Galien considère comme ayant un caractère différent pour chaque partie et pour chaque organe : la douleur de la phlegmasie des plèvres ou du poumon, la douleur des calculs rénaux et biliaires, etc. Cela est évidemment exagéré.
Il s'occupe ensuite des symptômes de la phlegmasie du poumon et de la plèvre, des causes du délire, de sa durée permanente dans le délire symptomatique et passager, dans le délire sympathique, fait contestable qu*il généralise un peu trop vite lorsqu'il l'applique à tous les désordres fonctionnels passagers et permanents qu'on observe dans l'exercice des fonctions de chaque appareil.
Le troisième livre renferme la profession de foi médicale de Galien, que M. Andral, à l'exemple d'Éloy, considère comme une preuve d'éclectisme. La question est encore à débattre. Si Galien eût choisi dans les doctrines exclusives de son temps ce qui lui semblait convenable pour créer la sienne, on pourrait le considérer comme on éclectique ; mais il ne choisit pas seulement ce qu'elles renferment d'utile, il les rassemble, il les fusionne, car, pour lui, la vérité est dans l'association de leurs principes respectifs, l'homme n'étant ni esprit, ni matière, ni humeur, et devant être étudié dans son entier avec son principe de conscience et avec son principe de vie dans l'organisation qui en résulte.
« Pendant ma jeunesse, dit Galien, j'ai étudié les doctrines de tontes les sectes et me suis pénétré de leurs principes. Je n'en condamne et n'en hais aucune, je les comprends toutes. Mon intelligence s'est nourrie des enseignements de la secte empirique, comme
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des leçons de la secte dogmatique ; elle a également puisé à ces deux sources ; pourquoi aurais-je de la haine pour l'une ou pour l'autre de ces écoles? Je ne condamne donc ni Tune ni Tautre, mais j'ai compris que la véritable science était dans rassociaiion de leurs principes respectifs. Libre de tout esprit de secte, j'ai pu dire hardiment ce que je pensais. »
En médecine, il est évident que Galien n'a pas plus été vitalisie qu'organicien, solidiste ou humoriste, mais que, tenant compte de tous les éléments constituants de l'homme, il a fait de leur ensemble la base de sa philosophie médicale. N'accordant de préférence à aucun d'eux, ne faisant pas de système absolu représentatif d'une seule des faces de la nature humaine, pensant que les organes sont aussi nécessaires aux forces que le mobile à son moteur, il n'y a pas eu à choisir, pour étudier l'homme dans son entier, tel que le montre l'observation, il a été ce que pouvait être un esprit aussi généralisateur, aussi capable de comprendre les choses dans leur ensemble; il a été, qu'on me passe ce mot, il a été hommiste. Sa philosophie lui appartient en propre, et c'est avec raison qu'on lui a donné le nom de galénisme pour en caractériser toute l'originalité.
Il y a dans ce livre une description de Vépilepsiey qui représente à peu de chose près ce que nous disons encore aujourd'hui. C'est une maladie du cerveau produite par une humeur épaisse qui obstrue les voies de l'esprit animal, et qui peut exister sans lésion de cet organe, ou sympathiquement en dehors de toute affection du système nerveux. Elle est caractérisée par des convulsions, parla perte de l'intelligence ou par la perte de la sensibilité. Elle s'annonce souvent par un aura, c'est-à-dire une sensation singulière qui remonte d'une partie éloignée du corps au cerveau, et détermine alors l'épilepsie. A cette époque déjà, on savait qu une ligature placée au-dessus du point de départ de la sensation, arrêtait les convulsions, et que si elle avait pour siège une extrémité telle que le doigt ou l'orteil, l'amputation pouvait guérir le malade {Galien^ trad. Daremberg, p. 571, t. II).
Galien décrit ensuite un certain nombre d'affections nerveuses, qu'avec Archigène, il rapporte à une maladie de la tète ou à un dérangement des fonctions de l'estomac {loc. cit.^ p. 576), le vertige^ la céphalée^ les paralysies, dont il essaye de faire connaître le siège dans les nerfs, dans la moelle ou dans le cerveau; Vapoplexie ; la mélancolie ou hypochondriey dont il place comme aujourd'hui le siège dans le cerveau, dans les nerfs et dans un certain nombre d'organes éloignés de l'encéphale, en tête desquels il faut
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loujoars placer restomac. C'est une opinioa qui mérite d'être remarquée.
Dans cette description, presque entièrement empruntée à Dioclès, il débute en disant : « Il existe pour la mélancolie, comme pour répilepsie, une troisième variété, qui tire son origine de Testomac, et que l'on appelle quelquefois maladie hypochondrique ou flatulente. » Vient ensuite la narration des symptômes gastriques et intellectuels de l'hypochondrie, la gastralgie, les ardeurs, les éructations, les idées de crainte et de tristesse, etc. Il cite l'exemple d'un individu qui, c se croyant fait de coquilles, évitait tous les passants dans la crainte d*ètre broyé ; cet autre, où un malade voyant chanter les coqs en battant de l'aile, imitait la voix de ces animaux en se frappant les côtés avec ses bras ; enfin celui de cet individu qui craignait qu'Atlas, supportant le poids du monde, ne vint à se fatiguer et, jetant là son fardeau, ne se fit écraser en nous faisant tous périr. » (Daremberg, loc, ctt., t. II, p. 569.)
Après avoir décrit le vomissement^ Galieu s'occupe des maladies du foie. Elles dépendent d'une lésion matérielle de l'organe ou d'une altération de ses forces ou facultés. Cet organe peut être seulement augmenté de volume par l'inflammation, suivie ou non de la formation de pus, ou bien il offre des bosselures inégales, squirrheuses, extrêmement graves et mortelles. Le diagnostie de ces lésions est très-difficile, en raison de la profondeur de Torgane, et aussi en raison de leur siège à sa face supérieure ou inférieure.
Ailleurs, il n*y a pas de lésion apparente, et cependant les fonctions de l'organe sont troublées. C'est une altération de la faculté altératrice des humeurs qui traversent le foie pour former le sang, et qui, étant viciées, échauffent ou refroidissent les organes.
Le foie, altéré dans sa structure ou dans ses fonctions, produit yictère^ Vhémorrhagie intestinale et Yhydropisie.
a. L'ictère, qui dépend d'une lésion matérielle, ou d'un trouble foDctionnel du foie, peut être exceptionnellement produit en dehors de toute maladie de cet organe par une altération du sang par <ie8 venins, comme cela s*observe souvent à la suite des morsures <l*tDiinaux venimeux. Il résulte aussi d*un affaiblissement de la fa- ^té attractive de la vésicule biliaire, chaînée, comme on le sait, de soutirer du sang la bile qu'elle renferme.
h, Vhémorrhagie intestinale résulte souvent des affections hé- Nques, parce que la circulation sanguine du foie étant empêchée, *o lieu de se rendre dans la veine cave, le sang reflue dans l'intetio par les veines mésaraïques et transsude à la surface delà muqueuse. Cela est vrai de quelques affections du foie et encore plus
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des maladies de la veine porte. Les expériences de Boerhaave, et de Lower, sur les animaux auxquels on avait lié la veine porle^ et les cas d'oblitération de cette veine^ mettent ce fait hors de doote.
c. Uhydropisie du péritoine^ et ensuite des membres inférieurs, déterminée par les maladies du foie, était parfaitement connue de Galien, et il attribuait quelquefois comme nous cet accident à l'embarras de la circulation hépatique. Seulement, comme il ne connaissait pas le mécanisme entier de la circulation, sa théorie des hydropisies était différente de la nôtre, et entièrement fautive. Il pensait que les sucs alimentaires arrêtés au passage dans le foie, y laissaient leurs parties les plus épaisses, et que les plus liquides, continuant de cheminer vers le cœur, arrivaient dans cet organe, appauvrissaient le sang, condition très favorable à Texsudation de SCS parties aqueuses dans les espaces vides du tissu des organes. C'était pour Galien une hydropisie par appauvrissement du sang, tandis que pour nous Thydropisie s'explique, au contraire, par l'obstacle mécanique apporté au cours du sang dans le foie.
Galien savait aussi que des hydropisies se produisent aussi sans altération du foie, mais avec des lésions de l'estomac, de l'intestin, ou de l'utérus, et alors il pensait que ces lésions n agissaient que par l'intermédiaire du foie, où elles provoquaient une intempérie, c'est-à-dire une altération des facultés. D'autres organes agissent de la même façon sur le foie : ceux qui sont au-dessus, comme le poumon et la plèvre, dont l'inflammation peut s'étendre au foie et amener l'ictère ; ceux qui sont au-dessous comme l'estomac , l'intestin, dont les inflammations ont souvent leur contre-coup dans ^ glande hépatique. La dysenterie des pays chauds, particulièrement, est souvent suivie d'abcès du foie, et chez d'autres malades d'une hépatite chronique, qu'on a beaucoup de peine à faire disparaître.
Dans un chapitre sur les maladies de la rate^ Galien établit qu'elles ont beaucoup de rapport avec les maladies du foie, qu'elles sont caractérisées par le gonflement ou la dureté plus ou moins considérable de l'organe, et qu'elles produisent une coloration brune de la peau, due à la présence de l'atrabile dans le sang. Elles sont l'effet ordinaire des fièvres intermittentes prolongées, et quand l'augmentation de volume est considérable, il en résulte la compression du foie, qui détermine une hydropisie du péritoine plus ou moins prononcée. Il y a là une erreur sur laquelle nous n'insisterons pas, car elle a été déjà relevée par M. Ândral. En effet, Galien place dans le foie une cause d'hydropisie qui est, au contraire, l'obstacle à la circulation du sang de la rate dont Tliy-
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pertrophie entraîne la péritonite chronique ; ou bien la diminution d'albumine du sang causée par la cachexie paludéenne.
Galien s'occupe ensuite de la dysenterie qu'il appelle ulcération de l'intestin, et dont il indique les relations avec l'hépatite des pays chauds ; de la lientérie, du volvulusy des maladies des reins (abcès du rein, pissement de pus, colique néphrétique, diabète différent de la polfurie causée par une maladie d'estomac et qui est la polydipsie) ; des maladies de vessie dépendantes des parois de l'organe ou des lésions du rein, et de la moelle épinière ; des maladies de Yutérus^ organiques comme le cancer du col, les érosions, les ulcérations, les végétations, l'hypertrophie, etc., ou sans altération de l'état matériel, comme Yhysiérie^ qu'il décrit avec beaucoup de détails.
n entre même à ce sujet dans les hypothèses les plus singulières sur les causes de ce mal, qu'il attribue à la prédominance du froid occasionnée par la rétention de la semence féminine, d'où la nécessité de certaines applications curatives vaginales et enûn du mariage. Ses idées sur la continence chez l'homme sont évidemment le point de départ de sa doctrine au sujet de l'hystérie, et c'est une erreur dont le temps a fait justice. Ce qu'il y a de plus important dans ce chapitre, c'est le passage où, au nom de l'anatomie, Galien [ti aduciion de Daremberg^ t. II, p. 689), combat Topinion accréditée de son temps par Platon, que la matrice était un animal dont les mouvements et les déplacements jusqu'au diaphragme pouvaient produire la suffocation.
Un chapitre est consacré à la description de V aménorrhée et de Vhyperménorrhagiey donnant lieu à la décoloration de la peau, Tœdème, la dyspepsie, etc .
Galien parle aussi des inaladies de poitrine^ de Yhémoptysie avec ulcère du poumon; de \9i pleurésie chronique^ de Yhydro" pneumothorax^ àToccasion duquel il cite la fluctuation thoracique; mais s'il nomme le tubercule cpu^xa à propos des maladies des vertèbres cervicales détruites par cette tumeur, il ne parait pas avoir connu la nature, ni l'évolution et les Conséquences de ce produit morbide. 11 a aussi consacré quelques pages aux maladies du cœur^ particulièrement à son phlegmon avec dyspnée, fréquence des battements, syncope, défaillance, etc., et aux blessures pénétrantes dont il avait observé de nombreux exemples en sa qualité de médecin des athlètes.
Tel est, en résumé, le De locis affeclis, où Galien a voulu démontrer que, dans les midadies les plus générales, il peut se produire et U se produit des lésions locales importantes pour le pro-
Dostic et pour le traitement. Ces lésions locales sont appréciables par Tanatomie, laissent des traces sur le cadavre, ou consistent en simples troubles fonctionnels sans lésions appréciables.