‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 46 sur 124 · ÉTUDE SUR STAHL · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUR STAHL

Sommaire : L'nnimisme n'est qu'un naturisme transfortTié. — Prologue sur ta pbiloMphle d'Hippocratc. — Éloigner de la mé<lecine ce qui lui est étrange . — EHfférencea entre le mécanisme et l'organisme. — Distinction du mixte et du vivant. — JusUllc^ition des doctrines de l'auteur. — Vraie tliéorie médicale coQiprcrant : la vie et la sanlé, les tempéran^enis, les choses ron naturellet, les ptstiODSy les maladies, surtout les liémorrbsgies et les congestions sanguines, les mouvements el les spasmes, la fièvre, la phtbisie, les hémorrhoTdes, etc.

De tontes les transformations du naturisme antique, idée purement païenne, la plus curieuse est celle qui a eu Stahl pour auteur, et il faut Tenvisager comme la conséquence des idées religieuses

de l'époque. En effet, la philosophie règle le mouvement des sciences, et la médecine, qui n'échappe pas à cette autorité, reflète constamment par ses doctrines les principes de la philosophie dominante. L'époque où vivait Stahl était essentiellement religieuse et théocratique. Saint Thomas faisait loi en théologie, la pensée chrétienne de la nature de l'homme, considéré comme une âme utilisant les oi^anes pour la fin voulue par le Créateur, devait avoir son écho en médecine. Stahl fut le porte- voix de cette doctrine. En se plaçant sous l'œil de Dieu, qu'il invoquait au début et à U fin de chacuo de ses ouvrages^ il théocratisait la médecine et créait cet animisme dont les viscissitudes sont celles de la foi, car il trouve surtout sas partisans parmi les fidèles du christianisme. U n'y a pas à se le dissimuler, l'animisme est la manifestation d'un esprit chrétien. Ses adeptes sont tous animés de la même pensée religieuse, et il n'a d'adversaires que ceux qui, avec raison, repoussent l'alliance de la science et de la foi, ou que ceux qui se sont £aits les partisans de l'athéisme et du matérialisme.

Né à Anspach en 1660, Georges-Ernest Stahl vint étudier la médecine à léna sous la direction de Wedel. Il fut nommé professeur à l'Université de Halle par la protection de son collègue Fr. Hoffmann, dont il devait être plus tard le plus violent adversaire; il devint médecin du roi de Prusse Frédéric-Guillaume I^ en i71<>, et il mourut à Berlin en 1734.

Dès son apparition dans le monde médical, à ses débuts, par sa dissertation inaugurable, publiée en 1684 à l'âge de vingt-quatre ans^ Stahl a montré ce qu'il devait être plus tard au point de vue philosophique. Il n'a pas longtemps cherché sa voie; il s'y est engagé du premier coup, et le reste de sa vie, conforme à ses commencements, n*a eu pour but que le développement de ses premières idées de jeunesse.

Sa dissertation inaugurale, faite « avec Vaide et la permissioii du suprême auteur de toutes choses », a pour litre : Des intestins; DE l'art de bien CONNAITRE ET DE GUÉRIR LEURS AFFECTIONS

MORBIDES ET LEURS Sï'MPTûMES. Il commeuce par établir que les parties du corps animal qui tombent sous nos sens ne sont que les instruments a de Vâme », et qu*elles tombent à l'état c de confusion et de mort par la retraite de Vagent microcosmiqve qui les dirigeait. » Sa pensée éclate tout entière à propos du mouvement péristaltique des intestins, dont il discute les causes, et lorsqu'il dit :^Je me fais un plaisir de déférer plutôt cette influence à Vâme et à son action immédiate^ comme étatit dans le carj^ de l homme la seule cause efficiente de tout mouvement et

comme étant la seule capable d'cigir au choix de sa volonté, » A part ces appréciations nécessaires pour établir sa méthode philosophique, Fauteur reste entièrement dans les détails anatomiques de son sujet. Il commence par étudier la substance des intestins, qui comprend les propriétés générales communes aux difTérentes parties, c'est-à-dire aux cinq tuniques qui le composent; les propriétés matérielles des intestins à leurs différentes régions, de l'estomac, du duodénum, du jéjunum, de Tiléon, du cœcum, du côlon et du rectum, sous le rapport de leur volume, de leur profondeur, de leur site et de leurs connexions, et il s'occupe ensuite de leur physiologie : « Aucune partie, aucun organe, dit-il, D*agit dans notre corps que d'une manière instrumentale, c'est-à-dire sous l'influence d'une prédestination, » et alors il intitule son chapitre : De la fin organique des intestinsj et du but final de leur orga* nisme formel. La finalité est, en effet, un des meilleurs arguments à produire en faveur de la doctrine du principe dirigeant de l'organisation. Quand il a terminé tout ce qui concerne la physiologie de l'intestin, par la contenance absolue de ces viscères et par leur contenance relative au temps, c'est-à-dire par le mouvement péristaltique qui les retient en faisant cheminer les aliments, il aborde la pathologie, d'abord par les lésions de consistance, de forme, de longueur, de calibre et d'obstruction; par leurs changements de place, par leurs lésions de contenance relative, par leurs altérations de mouvement, par leurs troubles de sensibilité, enfin par la thérapeutique de ces différents états morbides. Il suit le même ordre, passe en revue le traitement de chacune des lésions qu'il a signalées, et là, reprenant avec méthode son point de départ, il indique succinctement les moyens curatifs en faveur de son temps, et qui, pour la plupart au moins, sont encore ceux que nous employons aujourd'hui.

Nous lui devons un peu plus tard, sur la Philosophie d*Hippo- Orale, un prologue inaugural à l'occasion de la thèse de Gober eo 1704.

Ce fut une occasion pour lui de dire publiquement combien lui étaient chères ses études philosophiques, car il débute par cette phrase de Sénèque : « La philosophie est une chose si sainte, qu*elle Tait les délices de ceux qui, ne pouvant en savourer les exquises flélectations, s'en servent comme d'un faux apanage. » Ce prologue ti'est qu'une paraphrase de la fameuse sentence hippocratique : u Le médecin philosophe se rapproche de la divinité >, paraphrase ^yant pour but d'interpréter plus sagement le pensée de son auteur, évidemment mal comprise par ceux qui Tont exprimée en disant :

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« Le médecin philosophe est semblable à Dieu. > A cette occasion, Stahl développe ce qu'il veut dire en citant cet admirable passage du traité De la bienséancBy où sont indiquées, à la gloire de la profession médicale, les qualités qu'Hippocrate attribuait au médecin :

c II convient de bien saisir et comprendre tout ce que je viens de dire, afin de pouvoir appliquer convenablement à la médecine ce qui est dit de la sagesse, et d'appliquer à cette dernière tout ce qui est dit de la médecine. Le médecin, en effet, qui aime et cultive la sagesse, est presque divin, c'est-à-dire, presque semblable à un dieu, car teut ce qui a des rapports avec la sagesse se trouve aussi faire partie de la morale médicale : tels sont, en effet, le mépris de Fargent et du gain, la pudeur et le respect, la modestie dans les vêtements, une bonne réputation , un jugement sain , une juste appréciation des choses, la douceur, l'aménité, l'activité, la politesse, la propreté, une précision digne dans le langage, l'art de savoir distinguer les choses qui sont le plus souvent utiles et même nécessaires à la vie, afin que, par une intelligente discrétion, le médecin philosophe puisse se mettre à l'abri de la crainte des revers de fortune auxquels s'exposent l'avare et le superstitieux. »

Toute la pensée de ce prologue est là, ei c'est une exhortation de morale professionnelle faite en l'honneur de la philosophie et de la pratique médicale.

La troisième partie comprend une série de traités médico-philosophiques et critiques destinés à servir d'introduction à la Vraie théorie médicale. Stahl s'y montre entièrement à découvert avec ses mérites et ses défauts, et, après avoir lu les quatre dissertations qui composent cette série, il est impossible de ne pas connaître parfiûtement leur auteur. Elles ont pour titre :

lo Sur la nécessité d'éloigner de la doctrine médicale tout ce qui lui est étranger.

"2? Recherches sur la différence qui existe entre le mécanigme et V organisme.

3° Distinction à établir entre le mixte et le vivant. A^ Justification de ma doctrine et de mes écrits jusqu'en 1707. La première dissertation , datée de 1707, et qui a pour but d'établir l'inutilité de ce que l'on appelle aujourd'hui les sciences accessoires, pourrait prendre pour épigraphe cette phrase de l'auteur (p. 216) : < La oit le physicien finit^ le médecin commence. »0n ne pourrait, sans parti pris, disconvenir delà vérité de ce principe; mais, en l'exagérant, comme le fait Stahl, chimiste et anatomiste à la fois, la science moderne ne peut l'accepter.

Sans doute, la brièveté de la vie et Tamour sérieux de l'art médical nou§ obligent à en bannir les choses étrangères. Hais il faut s'entendre sur ce qu'on appelle les choses étangères à l'art médical et ne pas y comprendre « la minutie%i8e anatomie » ni la chimiey en disant, au chapitre intitulé : « L' anatomie n'est donc pas indispensable au médecin > (p . ^35) :

t Je dirai donc que je nie de la manière la plus formelle que dans l'universelle structure^ dans la structurCy dis-je, et dans la texture des diverses parties orgaiiiques du corps, — considérées tant d*une manière spéciale au point de vue mécaniquCy que d'une manière générale au point de vue de leur contexture et de leur structure, — il puisse s'y trouver la moindre des choses qui intéresse et regarde directement le médecin, quelque chose que l'homme de Tart doive absolument savoir et ne doive pas absolument ignorer. > Il est vrai qu'il ajoute quelques lignes plus bas : (1 Ce n'est pas que je professe le moindre dédain pour l'anatomie, et que j'éprouve pour elle la moindre répugnance ou que j'en proscrive absolument l'étude; ce n'est pas non plus que je veuille qu'on la néglige, non; mais ce qu'il y a de réel et de constant, c'est que je nie formellement que l'anatomie soit une partie intégrante de l'art médical, qu'elle lui appartienne en propre et qu'elle lui soit d'une utilité effective, bien loin qu'elle lui soit tout à fait indispensable. >

De tels correctifs équivalent à une condamnation, et il est fâcheux que de telles phrases se trouvent da^s le chapitre consacré à la nécessité d'écarter les choses étrangères à l'art médical. Il est évident que, parmi les élèves auxquels les maîtres diront que l'anatomie n'a pas d'utilité effective en médecine, il en est bien peu qui voudront affronter les dégoûts et les fatigues qu'entraîne cette étude à ses débuts.

L'éloignement de Stahl, anatomiste, pour l'anatomie à enseigner aux médecins, n est rien en comparaison de Tantipathie de Stahl, chimiste resté célèbre, contre la chimie médicale, c Pour ce qui est de la chimie, écrit-il, page 237, il est encore vrai de dire que, jusqu'à ce jour, cette science doit être regardée comme complètement étrangère et inutile à la vraie théorie médicale. » Que Stahl se moque, et en cela il a raison, des fantaisies chimiques auxquelles on doit les créations d'aciJe hémicrûniqucy d'acide ophthalmique^ d'ai'.ide odontalgique^ d'acide aiiginiquc, d'acide j^leuréttgue, etc., je le comprends ; mais les erreurs et les écarts d'une science d'application ne prouvent rien contre les données exactes de cette science, et l'expérience des deux siècles qui se sont écoulés depuis

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