BOUCHOT
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ranithëme lancé contre la chimie par Stabl prouve une fois de plus la vérité de cet aphorisme de Celse :
Non crimen artis quod professoris est.
En s'écriant avec énergie :
€ Mais, vains efforts, inutiles labeurs ! L'iatrochimie n'a été qu'un leurre lancé jusqu'à ce jour aux imaginations faciles et crédules; et ne voit-on pas encore en ce moment une grande partie de nos savants modernes se laisser prendre à cet appât trompeur, sans s'apercevoir seulement qu'ils s'éloignent de la vraie science médicale, qui seule peut satisfaire à leur universelle attente. »
Stahl a engagé son génie passionné sous les nuages de l'avenir qui, malheureusement pour lui, ont jeté sur ses affirmations le plus éclatant démenti. L'avenir, c'était Lavoisier apportant l'explication de la chaleur animale ; Thenard, Dumas, Berzelius, Orfila, Liebig, créant la chimie ethnique; Spallanzani, Tiedemann, Blondiot, Cl. Bernard, découvrant le mécanisme de la digestion, et tous ceux qui ont constitué Tédifice encore si incomplet de la chimie contemporaine.
A part ces erreurs de la partialité d'un grand esprit, il y a dans cette dissertation quelques pensées aussi heureuses qu'importantes sur la vie et sur Tinfluence des théories en médecine. Répondant à une idée assez répandue, même de nos jours, que la théorie n'influe en rien sur une heureuse pratique^ il dit d'un ton qui fera plaisir à plus d'un jeune médecin distingué dont on redoute l'inexpérience :
€ Ce qui, dans ma jeunesse, alors que je me livrais à mes études médicales, afl'ectait vivement mon esprit, c'était d'entendre le vulgaire même tenir habituellement ces propos indécents à l'égard des médecins : Que le meilleur théoricien (le peuple dit le j>{us savant) est souvent cehii qui obtient le moins de succès dans le traitement de ses malades. On voit même souvent les praticiens les plus expérimentés appuyer encore aujourd'hui (1) de leurs suffrages de pareilles sottises, en lançant sur les jeunes médecins le venin de leur malicieuse envie, et déversant sur eux tout le fiel de leur amère et méchante faconde, répétant sans cesse que la pratique diffère beaucoup de la théorie ; ils ne craignent pas d'ajouter que, dans la pratique, non-seulement on oublie peu à peu les plus importantes maximes théoriques^ mais encore (ce qui mérite ici une mention
(1} La) hommes n'ont |>a8 changé, car on peut dire qu'en 1S64 c'est encore comme 60 1707.
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pardculière) que cet oubli est vraiment nécessaire pour exercer a?ec succès la pi^tique de Tart médical. » (Page 216.)
D ne faudrait pas voir dans ce dépit rétrospectif de Stahl le souvenir seulement d'un sentiment d'intérêt blessé , non, ce serait le petit côté de la question, et de pareilles scories n'existent point dans les œuvres du fondateur de l'animisme. En s' exprimant comme je viens de le dire, ses visées sont plus hautes et n'atteignent rien moins que le problème des sources de la connaissance^ en opposant les prétentions de l'empirisme à la puissance de la raison. Ce qui lui était pénible à entendre, comme il le dit lui-même, c'était ce langage qui signifiait quHl faut être sourd aux cris de la raison^ car elle ri est jamais d'accord avec V expérience, Stahl ne pouvait hésiter, et, voyant là des paroles inspirées plutôt par une sorte de cabale médicale que par la saine raison, il proteste contre ce langage, qui semblerait faire que les plus instruits sont les moins capables de donner des soins aux malades.
L'autre pensée par laquelle Stahl termine sa dissertation est relative à la prescience de la vie. Ne voulant pas admettre la définition de quelques philosophes, que le mouvement soit la vie ni que le mouvement dépende des propriétés de la matière, il établit que la nature est la source de la vie par son énergie propre et par les excrétions qu'elle détermine.
< n en est autrement de la nature y auteur et soutien de notre vie, de la nature animale, dis-je, c'est-à-dire de l'âme.
( Cest par le mouvement, en effet, que Xàme humaine accomplit son œuvre dans et sur le corps, autant et aussi longtemps qu'elle le peut ; mais on ne saurait dire d'une manière absolue et ^e que le mouvement c'est la vie dans le vrai sens de ce mot. C'est encore par le mouvement circulatoire des humeurs que la ^ure opère le phénomène de la vie; mais ce n'est point une rai- ^n pour cela de dire que la circulation des humeurs c'est la vie, c^elle n'en est qu'un simple instrument, voire même éloigné. La ^ture animale, enfin, préside à l'existence, à la durée de l'être ^n'entretient au moyen AHncessantes sécrétions et d*excrétions convenables des matières non -seulement inutiles j mais encore nuisibles : personne néanmoins n'oserait soutenir que ces sécrétons et ces excrétions constituent la vie; elles n'en sont réellement 9^6 le suprême et le plus immédiat instrument auquel la nature a ^nrs pour rejeter au dehors tout ce qui lui est impropre et étran- IS^r, pour retenir et assimiler au-dedans tout ce qui est utile en vue i^ la conservation du corps.
( C'est de cette manière que s^accomplit la vie, ce grand phéno'
mène de là conservation du corps hwnain et de la mixtion; c'est ainsi que s'effectue sa préservation contre toute comiption, i laquelle il est d'ailleurs si naturellement exposé par sa propre constitution matérielle. > (Page 249.)
U n'y a pas d'autre raison de la conservation vitale que la nature, l'art médical ne possédant aucun moyen de secours qui soit capable d'y suppléer dignement en cas de suspension ou d'arrêt. Sa puissance se montre partout, même chez les brutes; elle s'exerce en santé comme en maladie, et, sans cette autocratie méthodique de la nature, il n'y a pas de conservation vitale possible, c Par elle, dit-il en terminant et en reproduisant la pensée antique, Thomme sujet aux maladies les plus affreuses se trouve spontanément délivré de ses souffrances et est rendu à la santé après avoir été arraché i une mort imminente. > Tout cela est très-vrai; mais encore faut-il ne rien exagérer, car, et c'est là que brille le médecin véritablement instruit, si Tart médical ne peut refaire les organes altérés, il peut les débarrasser de ce qui les gêne, il peut favoriser l'exercice de leurs fonctions, en un mot aider à la nature, écrasée par des efforts supérieurs aux siens. Comptons beaucoup sur la nature, cet excellent médecin qui vient toujours au secours de ses confrères^ et ne dit de mal sur personne; rien de mieux, mais comptons aussi sur nous, sur nos propres forces, qui peuvent nous sauver ou nous perdre suivant l'a- propos de leur application. Toutefois, à choisir entre ces deux auxiliaires, du remède ou la nature^ je suis de favis d'Hippocrate et de Stahl, et je dirai, en retournant une phrase célèbre : Melius nullum remedium quam anceps.
Le second traité médico-philosophique servant de préface à la vraie théorie médicale a pour titre : Recherches sur la différence qui existe entre le mécanisme et l organisme. C'est une dissertation de haute portée dans laquelle Stahi débute par des considérations philosophiques sur la nature des choses, et particulièrement sur les différences qui existent entre le hasard et le destin, Fun instable et incertain, sans but fînal et posé d'avance ; l'autre, au contraire indiquant une fin constante, inévitable et prévue.
C'est alors qu'en étudiant le mécanisme pour indiquer ses différences avec l'organisme, il considère le premier comme une machine qui fonctionne a sans aucun but réel, n'importe le motif, la manière et la fin de son mouvement par rapport aux autres corps. > (Page 288.) C e^t un instrument, rien de plus, tandis que l'organisme a ce caractère, de constituer la nature de toute raison^ c'est-àdire la cause instrumentale. Le mécanisme est subordonné à l'organisme, mais peut subsister par lui-même, sans jamais atteindre
naturellement et directement au caractère distinctif de Torganisme. Celui-ci se reconnaît à sa destination et à son intervention actuelle pour la production d'un effet tout spécial, unique, et réellement si exceptionnel qu'il résulte d'une raison de constitution spécifique et formelle différente de la constitution générique matérielle. Stahl cite alors comme exemples le cours d'eau, mécanique fluide dont s'empare l'industrie humaine dans des intentions et vers une fin sociale arbitraire, au moyen de canaux, de réservoirs, de bassins, de chutes, pour en faire des instruments et une sorte d'organisme; l'horloge, qui peut marquer les heures, et qui n'est qu'une machine tant que la main d'une personne habile ne la règle pas d'une façon convenable et ne l'a pas montée pour lui donner son caractère d'organisme.
Il y aurait beaucoup à dire sur les comparaisons souvent employées par la philosophie, et qui, dans l'espèce, ne donnent pas à la doctrine de Stahl tout l'appui qu'y recherche son auteur. Elles sont sans force à nos yeux, et il nous semble que Stahl eût été bien plus fort si, au lieu de se laisser aller à des subtilités qui ne seront pas bien comprises, il eût fait du mécanisme l'agencement matériel subitement créé pour Tusage fonctionnel que représente l'organisme, considérant celui-ci comme l'auteur de la création progressive et de l'entretien du mécanisme, sans aucun autre secours que luimême. Un mécanisme, se créant seul au fond de la terre, dans les airs et dans les profondeurs d'un autre mécanisme, n'est pas simplement un mécanisme comparable à la locomotive ou à l'horloge construite par un ingénieur, il y a là, dans le germe de tout ce qui sera un organisme et avant l'apparition de tout organe, an mouvement sans muscles, une sensibilité sans nerf, et dans ce qui sort de la matière amorphe,, une forme distincte qui, sous l'influence d'un ingénieur invisible, quoique tout-puissant, feront certainement le mécanisme dont plus tard aura besoin l'organisme pour se maintenir sous le ciel, se perpétuer tout aussi savamment qu'il s'est produit, et disparaître en laissant son mécanisme en gage à notre mère commune qui est la terre .
Le développement par soi-même : voilà en quelques mots, si nous ne nous trompons pas, la différence de l'organisme avec les mécanismes qui réclament toujours l'intervention d'une main étrangère. Stahl a constamment tourné autour de cette solution sans la donner, et il nous semble que c'est là ce qu'il a voulu dire en parlant du mouvement qui conserve la constitution matérielle du corps (p. 317] ; de Vactionde Vàme sur le corps (p. 332) ; de l'étymoloifie du mot âme (p. 335); de la conscience de la rte, etc. Loin de moi la prétention de mettre mes raisons à la place des
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argumente de Stahl, mais en analysant ce traité si remarquable oi je signale une obscurité dans la définition même des choses en discussion, lorsque d'ailleurs je partage les idées de l'auteur sur h différence à établir entre le mécanisme et l'organisme, il m'a semblé utile de donner une définition plus nette de ce qu'il fallait entendre par oifanisme.
Pour Slahl, la force qui compose, meut et fait agir le mécanisme du corps, et en fait un organisme, n'est, on le pense bien, pas autre chose que l'àme, et l'on va en voir la preuve dans ce qui suit. C'est la conclusion du chapitre.
a Tout ce qui vient d'être dit pourra suffisamment (aire comprendre comment un agent qui a l'intelligence et la volonté d*im but et qui ne veut une fin qu'à cause d'elle-même, doit posséder des organes en rapport proportionnel avec ce but final ; il doit être capable de diriger et de gouverner convenablement et dignement ses organes pour atteindre une telle fin ; il doit savoir, enfin, comment ces oi|;anes, d'ailleurs si directement et si efficacement utUes à ce but final, doivent, à bon droit et justice, être compris n'existant que pour lui.
D En effet, s'il est réel que toutes ces choses aient lieu avec une convenance, qui soit telle, que tout ce qui est vital et tout ce qii s'observe dans Tordre de la vitalité, soit sensiblement administré par des fins nécessaires ; que l'on reconnaisse donc alors le véritable travail de la nature dans l'administration savante et habile de l'économie vitale ; que l'on conçoive les causes et les rapports des appétits et des aversions, tant des sens que des affections de lame, pour la conservation et la préservation du corps; que Ton daigne comprendre aussi la raison, soit de TefOcacité en général^ soit du mode ou des effets en particulier des affections de Tàme sur les actions du corps ; et qu'auparavant, la synergie de la nature, absolument nécessaire à Tart médical, soit enfin reconnue, bien nettement vue et fidèlement respectée, non-seulement en acceptant ce secours si désiré qu'elle nous porte, mais encore en Taidant quelquefois, en la suivant, en l'épiant et la soulageant, en la débarrassant et en préparant les matières et les voies avec autant de s^e prudence que d'habileté. >
Quelques lignes plus bas, il termine en disant :
« Je suis donc fermement convaincu et je pose pour fondement do toute ma doctrine que le corps humain est simplement et naturellement organique, et qu'il est Vinstrument ou l'officine de Vàme raisonnable. Devant être formé et conservé en vue des besoins de l'àme, le corps doit, sous tous, les rapports possibles, être gouverné
par des mouvements sagement proportionnés et directement analogues à une fin désirée vers laquelle ils conspirent sans cesse.
0 D*oû résulte, d'une manière réciproque et différente, l'efficacité morale et affective des périls du corps sur l'àme, etTefficacité pathético-physique de Tàme sur le corps, tant dans la structure et la formation que dans l'usage et le mouvement de ce même corps ; d'où résulte, enfin, cette puissance efficace de l'âme sur le corps, en vertu de laquelle il est préservé de dangers si divers, ou délivré des maux qui l'ont déjà atteint. »
Telle est la fin du traité, mais on connaîtra encore mieux l'homme en lisant cette dernière phrase additionnelle : « C'est en rendant de sincères et profondes actions de grâces au ciel que je termine ainsi cette dissertation sur la différence qui distingue Toi^nisme du mécanisme, sur la vérité et sur la nécessité de cette distinction dans le corps de l'animal, et principalement dans le corps de l'homme.
« A Dieu seol en refienne tonte la gtoïre ! »
Le troisième traité du prologue à la vraie théorie médicale, s'intitule ainsi : Véritable distinction à établir entre le mixte et le vivant du corps humain. Il renferme une longue discussion sur la nécessité de distinguer les mécanismes des organismes physiques ; ceux-ci, des organismes vivants^ ces derniers les uns des autres; les agrégats physiques , des mixtes du même genre ; ceux-ci des mixtes organiques et vivants ; le mixte végétal, du mixte animal ; ce mixte animal, du mixte humain ; mais dans tout cet exposé de termes non définis, la pensée de l'auteur reste confuse, et il ne s'en dégage nettement qu'un seul fait : c^est que la mixtiany ou le mélange qui constitue le corps vivant, est sujet à se dissoudre et â se corrompre, dès que le principe naturel^ permanent et Immanent de la vie s'en est séparé. Tout le livre tourne autour de cette idée que le mixte est sujet à se corrompre, tandis que le vivant est préservé en tant que vivant de la corruption par la raison sociale (p. 380), qui unit toutes les parties du mélange corporel dans une solidarité réciproque ; par ces agents vitaux que Tantiquité appelait tantôt nature et tantôt âme, dénominations qu'il accepte et qu'il prend à son tour comme point de départ de sa doctrine.
C'est ce principe vital, actif et vivifiant de l'homme doué de la faculté de raisonner, c'est-à-dire Yàme raisonnable (p. 395), qui est le principe du vivant contraire aux tendances de décomposition du mixte agissant d'une façon différente chex lliomroe que chex les
animaux, d*où la fréquence plus grande des maladies ches le (mtomier que chez les autres.
Revenant de nouveau sur ce fait que le corps est l'instrument de Vkme (p. 405), il cherche dans le corps quelles sont les conditions matérielles de la vie, et il les trouve dans un acte mécanique, le mouvement (p. 415), de préférence à Thypothèse des espriUj du haume vitcU^ de la puissance astrale (ens astrale), ou d'un être intermédiaire entre Vàme et le corps^ entre l'esprit et la maJttèrt, entre le matériel et Yimmaiériel appelé ens médium par Vin Helmont.
Le mouvement est la cause instrumentale de la conservation de cette chose que l'on appelle la vie, et c'est par lui que les matières, non-seulement hétérogènes et contraires à la disposition naturelle du corps, mais encore très-dangereuses, se trouvent éliminées et rejetées entièrement au dehors au moyen d'une perpétuelle et successive agitation, afin que tout effet nuisible au corps leur soit désonnais impossible (p. 416).
Sans dire comme quelques philosophes : La vie c'est le mauvemeniy expression qu'il considère avec raison commme ambiguë, si ce n'est inexacte, il dit : Le mouvement est Vinstrument de la vie^ locution très-différente par la finalité qu'elle kiisse entrevoir et que l'on comprend à merveille par les développements qu'il lui donne en indiquant que ce mouvement est le principe des sécrétions et des excrétions, d'où résultent la crase naturelle de la vie, et le rejet des substances qui pourraient lui être contraires. Au reste, voici son résumé (p. 4â6) :
« J'espère donc que, d'après ce qui vient d'être dit, on ne pourra plus désormais reprocher la moindre obscurité ni le moindre doute à ce principe dogmatique de ma doctrine médico-physiologique, savoir : que la vie ou la conservation du corps, au point de vue de la corruptibilité, sans cesse imminente de l'agrégat, toujours exempt néanmoins de l'atteinte réelle de la corruption ; la vie, disje, s'accomplit et se maintient dans le corps à l'aide d*un simple acte mécanique , formellement incorporel ou immatériel , je veux dire par le mouvement, et cela, certes, d'une manière très -spéciale, par l'élimination des matières hétérogènes et leur perpétuelle s«fparation, en tant que étrangères et nuisibles à l'économie, de tout ce qui est bon et pur, afin que, par cette opération incessante et par cette séparation soigneuse et préalable, le corps organique de l'homme soit perpétuellement conservé dans la plus parfaite intégrité.
c J'ose aussi espérer avoir suffisamment démontré non-seulement
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comment le corps, en tant que simplement mixte^ diffère du corps vivant, et comment, en tant que vivant, il doit nécessairement être mioUe^ mais encore ce qu'on doit entendre par vie corporelle j c'està-dire en vertu de quoi le corps est dit vivant ; je crois encore avoir convenablement prouvé de quelle manière et par quelle méthode ce phénomène, je dirai mieux, cet acte que nous appelons la vie du corps s'accomplit ; par quels moyens, enfin, elle s'établit, s'exécute et se maintient ainsi pendant un laps de temps indéterminé. > (Page 427.)
Après ces conclusions, on pourrait croire les dissertations achevées, mais il n'en est rien. Slahl, tout en disant qu'il ne veut pas être prolixe, rentre dans la discussion, en indiquant la puissance de Tàme sur les mouvements vitaux, sur la maladie et sur les difformités; l'action de la nature sur le rétablissement spontané d'un grand nombre de malades ; les conditions dans lesquelles le médecin doit être simple ex|iectateur ; les moyens d'agir sur les mouvements vitaux en excitant les passions, ou en provoquant les sécrétions et les excrétions ; enfin diverses hypothèses sur le rôle du médecin dans les maladies, qui doit maintenir, protéger et défendre la vie du corps.
Le traité suivant a pour titre : Défenses et indications justificatives sur les écrits publiés de 1683 à 1707 par Stahl. C'est un ouvrage de polémique utile à consulter. Il montre sous une autre forme les idées de l'auteur et fait assez bien connaître les difficultés qu'il a eu à vaincre. On sent le chef de l'école aux prises avec les hostilités ouvertes et les attaques invisibles. Ses réponses sont souvent impersonnelles et s'adressent à quelqu'un en général plutôt qu'à des noms propres. Toutes les publications stahliennes antérieures à 1707 s'y trouvent passées en revue avec la critique des objections soulevées par elles au moment de leur apparition, et sous ce rapport c'est un opuscule intéressant à consulter.
Avec le tome troisième commence le morceau principal des oeuvres de Stahl, la Vraie théorie médicalCy dont la première partie est toute physiologique, tandis que l'autre ne comprend que les choses de la médecine.
Dans la première partie Stahl traite la physiologie d'une façon toute différente que ne le fait notre école moderne. Il la prend de Irèt-baut, dans ses généralités philosophiques, dédaignant un peu trop le détail des actes fonctionnels, qui, en définitive, sont le but de la science véritable. En fait de digestion, la finalité est quelque chose, surtout pour le philosophe et l'homme du monde, mais le mécanisme de la fonction et les réactions chimiques des aliments
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avec les liquides sécrétés sont pour le médecin d'une utilité infiniment plus grande.
En commençant par la définition de la vie et de la santé il considère Tune comme la conservation d*un corps éminemment corruptible, c'est-à-dire la faculté ou force à l'aide de laquelle ce corps est mis à l'abri de Tacte corrupteur, caractère qui sépare le corps vivant de ce qu'il appelle le corps simplement mixte, et l'antre comme étant la puissance d'exercer régulièrement les fonctions. Il s'occupe ensuite du but final du corps, de la disposition matérielle du corps à la vie, de la structure du corps eu général et des lois organiques qui président à la conservation vitale. Ce chapitre est celui dans lequel Stahl pénètre le plus dans les profondeurs du sujet. Il revient à son idée du mouvement considéré comme cause de l'acte vital, et c'est dans la circulation des humeurs et du sang qu'il fait résider l'instrumentation de la vie. De l'énergie de ce mouvement des humeurs à travers les parties poreuses du corps, de son influence sur la pensée ou sur la disposition naturelle de Tâme à penser résultent les tempéraments ^ question importante que l'auteur traite avec une originalité restée célèbre .
Des tempéraments. — Après une critique assez vive de la division ancienne des tempéraments, qui reposait sur la prédominance des qualités élémentaires, telles que le chaitdy le froid, le sec et Vhumide, sur les conditions tirées partie des humeurs^ partie des solides, ou de quelque partie solide en particulier, Stahl pose en principe que les tempéraments résultent du mélange différent des éléments constitutifs des humeurs formant le sang. D'après lui, il y a un tempérament ou mélange des humeurs dit colérique ou bilieux j un second dit phlegmatique, un troisième sanguin et le quatrième mélancolique. Dans le premier cas, les humeurs contenant une quantité notable de matière sulfureuse sont légèrement fluides et très-aptes à un prompt échauffement ou à une rapide fermentation corruptive. Dans le second, les humeurs dites aqueuses sont beaucoup plus fluides et ne sont presque pas sujettes ni aux violentes inflammations ni aux fermentations, tandis qu'elles sont exposées à toute dégénérescence saline et putride. Dans le troisième, les humeurs conservent un terme moven entre les deux modes, gardent un état de fluidité convenable et jouissent d'une vivacité, d'une couleur et d'une douce chaleur naturelle. Enfin dans le quatrième, les humeurs du corps possèdent une grande consistance, s'épaississent pendant leur fluidité normale, sont moins sulfureuses et deviennent plus terreuses et plus inertes. Avant d'aller plus loin
et d'exposer les caractères de la stmcture du corps, inhérente à chacan de ces tempéraments, il est impossible de ne pas faire remarquer combien sont chimériques et vaines les altérations hu* morales indiquées par l'auteur.
« Tempérament sanguin, — Les personnes douées d*un tempérament sanguin sont douées d'une stucture et d'une teiture lâche, extrêmement poreuse et spongieuse. Cette structure, en effet, est d'une texture si spongieuse et si délicate dans les parties solides ayant une certaine mollesse (cumme le tissu charnu, par exemple), que le sang, bien qu'abondant, circule à son aise et avec la plus grande liberté dans les mailles d'un tissu lâche et diffus. C'est pourquoi les corps construits dans de telles conditions et ayant de pareilles dispositions naturelles, possèdent un système vasculaire de petit calibre, de telle sorte que le sang, occupant un très-grand espace dans l'étendue de ces parties poreuses, doit être contenu en moins grande quantité dans les vaisseaux mêmes :
« Et comme le sang, dans les corps ainsi constitués, est naturellement très-fluide, il résulte de cette espèce de mobilité proportionnelle du sang s'harmonisant si bien avec la facilité des voies à parcourir, une prompte et favorable progression du mouvement circulatoire, qui se maintient et dure assez longtemps. C'est pour cela que chez les individus sanguins et chez lesquels il existe une parfaite analogie mutuelle entre les humeurs et les parties, nonseulement la circulation ou mouvement progressif des humeurs s'accomplit tranquillement et librement, mais encore les sécrétions et les excrétions, ainsi que Tacte universel de la vie, s'opèrent de la manière la plus régulière et la plus satisfaisante.
t Tempérament hilieiuc, — Chez les sujets doués d'un tempérament colérique ou bilieux^ la texture coporelle est comparativement plus serrée, plus consistante, moins diffuse, moins lâche, moins épaisse et moins spongieuse dans les parties charnues surtout. Voilà d'où vient que ces parties paraissent plus amaigries, quoiqu'elles soient cependant assez pleines et d'une couleur quelque peu vermeille.
€ Mais comme le sang des personnes bilieuses est extrêmement subtil et légèrement fluide, une petite capacité des pores et des méats sufGt à son mouvement et à sa circulation. Du reste, une impulsion plus forte du sang à l'aide d'une plus énergique contraction du cœur propre à ce genre de tempérament, supplée à cette étroitesse des voies circulatoires; d'ailleurs, en pareil cas et avec tmasemMable constitution, l«s vaisseaux sanguins ont une capacité
plus grande; c'est-à-dire que, la masse sanguine occupant cbei ces individus une moins grande étendue dans toutes les parties du corps, il fkut nécessairement qu'ils soient en plus grande quantité dans les vaisseaux eux-mêmes. Toutes les fonctions vitales se passent du reste assez régulièrement dans de pareilles constitutions, et tout ce qui s'éloigne du type normal est aussitôt réparé par un acte vital d'autant plus énergique qu'il est ordinaire et même propre et particulier à ce genre de tempérament ; en sorte que le mouvement du pouls reçoit effectivement une nouvelle et plus énergique impulsion.
€ Tempérament phlegmatique, — Chez les sujets lymphatiques dans lesquels le sang est mêlé à une substance plus aqueuse, et est par conséquent léger et peu consistant, il arrive aussi que tous les autres tissus solides sont d'une mollesse telle, que par elle on peut aisément comprendre quel est l'accord, le rapport intime et naturel qui existe entre les parties solides et les fluides. En effet, quoique ceux qui ont pour partage une fluidité trop, aqueuse du sang aient aussi le reste de Téconomie corporelle d'une texture extrêmement lâche et poreuse, de telle sorte que les ^oies soient largement ouvertes à la matière fluide , il arrive cependant, en de pareilles circonstances, que les tissus de ces mêmes parties sont doués d'une mollesse intime et particulière, en vertu de laquelle les flbres qui composent ces tissus sont profondément et abondamment imbibés d'une humidité aqueuse. Voilà d'où vient que lorsque de pareils tissus se gonflent, ils conservent une sorte de mollesse toute particulière, et que ces parties dans un tel état de gonflement, se comprimant les unes contre les autres, offrent au passage du sang épaissi une résistance d'autant plus grande que le gonflement est plus marqué. Or, c'est là ce qui procure à ces personnes lymphatiques, outre ce gonflement, cette mollesse des tissus, cette diminution de la chaleur naturelle des corps, ainsi que cette couleur si p&le, si remarquable, qui est si commune et comme pr(*pre et particulière à ces sortes de tempéraments.
a De pareilles constitutions organiques ont des vaisseaux sanguins étroits et resserrés ; et chose vraiment remarquable qu'on ne doit pas oublier! une pareille crase sanguine et une semblable structure et texture du corps favorisent beaucoup plus que tout autre genre de tempérament une abondante collection de la graisse, c'est-à-dire de l'embonpoint.
« Tempérament mélancolique. — Les sujets dits mélancoliques ont les tissus de leurs organes plus épais et à l'abri de toute espèce
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de mollesse, soit physique, soit morale ou vitale. Les parlies poreuses, plus denses que dans tout autre tempérament, offrent un aspect plus serré, comme on le dit vulgairement, une constitution plus sèche et comme plus amaigrie. C'est précisément pour ce motif que les individus doués d'un pareil tempérament paraissent avoir les chairs plus denses et plus fermes et les os plus développés que les autres personnes.
t En outre, la consistance et la densité des tissus se refuse à laisser circuler aussi facilement et aussi profondément le sang déjà trop consistant par lui-même; à peine pénètre-t-il jusque dans les mailles étroites de la peau, mais non pas suffisamment pour lui communiquer une couleur tant soit peu vermeille. Aussi, voilà pourquoi les mélancoliques sont généralement d'un teint pâle, livide, tombant même sur le noir.
c En revanche, les individus qui ont une pareille constitution, sont doués, en dédommagement d'une texture si dense, d'une capacité considérable des vaisseaux ; leur pouls est un peu lent, mais énergique et très-développé. >
A cet exposé des tempéraments littéralement emprunté à Stahl, je préfère les données de la médecine moderne, qui sont beaucoup plus compréhensibles et un peu moins hypothétiques. Nos tempéraments sanguin, bilieux, pblegmatique et nerveux sont infiniment plus vrais et mieux définis que ceux de Stahl, et l'on en trouve un de plus, le tempérament nerveux, dont il est impossible de ne pas tenir compte. Si les caractères anatomiques des tempéraments, tels que les comprenait Stahl, laissent beaucoup à désirer, il n'en est pas de même de leurs qualités intellectuelles et morales.
c Les sujets sanguins jouissent d'une liberté complète d'esprit ; ils sont naturellement gais, calmes, voluptueux ; ils aiment à se procurer abondamment les choses qui leur sont agréables, et savent se les ménager habilement; ils aiment le repos; ils sont parfaitement aples aux affaires de peu d'importance, avides d'honneurs, recherchant la gloire, surtout quand ils peuvent Tacquérir sans trop de difficultés; naturellement sincères, francs, sins ruse ni astuce, ils ne sont ni portés ni propres à la dissimulation ; ils sont les défenseurs de l'équité et de Tégalité ; impropres aux affaires difficiles, et hésitant devant les choses qui demandent une prompte décision, ils manifestent même de la crainte et de Tinquiétude en face d'obstacles subits et graves, devant lesquels peuvent surgir certains dangers; incapables de donner un sage avis dans les momente pressants qui font pressentir un péril imminent, ils se livrent au déses* poir aussitôt qu'il se présente; mais ils sont tout rayonnants de
gloire et de bonheur s'ils peuvent se sortir d'une mauvaise affaire. En d'autre termes, ils exaltent avec emphase leur habileté et leur valeur une fois qu'ils ont surmonté une difficulté;^ mais ils sont d'une timidité extrême lorsqu'ils éprouvent la moindre contrariété, tandis que, aussitôt après que le danger s'est dissipé, ils prônent bien haut leur génie, et sont complètement rassurés.
« Les personnes à tempérament hilieitx jouissent aussi, le plus souvent, du libre essor de leurs facultés intellectuelles; ils sont même assez calmes pour ne pas manifester de la crainte au moment du danger, et attendent avec assez de résignation ce qui peut leur arriver de fâcheux : aussi sont- ils vigilants, alertes et vifs; ils sont aptes et prompts aux affaires , et manifestent surtout dans leur administration une vivacité, une adresse et une habileté sans exemple ; peu patients quand il surgit des embarras, emportés et violents par nature, ils sont toujours prêts à résister et à lutter avec opiniâtreté contre tout obstacle qui vient renverser ou contrarier leurs projets; intrépides dans le danger, ils sont ardents et fougueux dans l'emploi des moyens propres à le dissiper; ils sont actifs et laborieux dans le besoin, et si parfois il leur survient quelque chose de très-fâcheux, ce n'est pas là pour eux un motif de devenir timides; ils deviennent même téméraires, et portés à trouver une excuse de leur défaite dans la grandeur des dangers qu'ils s'exagèrent plutôt que de ne pas en tenir compte. Ils sont, par cela même, glorieux, fiers, méprisant et dédaignant facilement les autres; naturellement courageux, ils ont en horreur l'oisiveté; toujours prêts à agir, ils persistent résolument dans leurs entreprises, jusqu'à ce. qu'ils aient atteint le but qu'ils se sont proposé.
<( Les sujets phlegmatiqi^Sy au contraire, sont indolents, lâches et engourdis; ils jouissent, sans doute, des plaisirs et des biens qu'ils possèdent, mais en manifestant à cet égard une satisfaction des plus insignifiantes, provenant évidemment non d'une profonde appréciation, d'un sentiment intime du peu d'importance de ces objets, mais bien certainement plutôt d'un jugement froid et d'une sensibilité complètement engourdie.
« Ils poussent l'esprit de sécurité et l'amour du repos jusqu'à l'oisiveté et à l'engourdissement le plus absolu; ils sont lents, apathiques et négligents dans toutes leurs actions; généralement enne-* mis du travail, se dégoûtant facilement de leurs travaux ordinaires, et se montrant enfin languissants et exténués de fatigue à la moindre occupation ; impropres à toute affaire, ils sont sans soucis, avares par-dessus tout, dans la crainte principalement qu'en perdant les biens présents ils ne soient forcés de se livrer à de nouveaux travaux.
< Ils sont méticuleux, timides et inquiets à la moindre difficulté qui surgit dans leurs afilaires, se livrant facilement au désespoir dans les dangers pressants; ils affectent une plus parfaite tranquillité d*àme dans les moments extrêmes (comme, par exemple, à l'instant de la mort) que dans les épreuves dangereuses moins graves, mais par lesquelles ils sont si profondément impressionnés.
« Les mélancoliqiies^ d'ordinaire assez confiants et rassurés à regard des choses présentes, sont continuellement dans le doute pour l'avenir, dont ils se défient sans cesse, car ils sont naturellement défiants et soupçonneux.
d Ils pèsent et apprécient les choses avec justesse et discernement, sans haine et sans passion ; ils font preuve d'un jugement droit et sain dans Testimation des choses utiles et agréables, fâcheuses ou contraires, incertaines et dangereuses, à moins que leur esprit ne soit absorbé et sans cesse attentif à ce qui peut leur arriver de pire que le mal qu'ils éprouvent déjà et dans lequel ils sont tombés.
< Voilà pourquoi ils sont circonspects, vigilants, prévoyants et pensifs; d'une assiduité rare, ils sont toujours prêts à des travaux modérés et attentifs à ceux qui sont nécessaires; industrieux, soucieux, pleins de sollicitude et de vigilance, ils sont infatigables, à moins que la crainte et le tremblement qui en est la conséquence ne viennent, dans les choses dont les résultats sont douteux, abattre et saper leurs forces. Dans les événements sérieux et hérissés de grandes difficultés, ils sont moins faciles à se désespérer que prompts à prendre une détermination extrême en vue des maux qui leur paraissent d'une imminente gravité et qu'attentivement appliqués à parvenir à leur but. Les sujets mélancoliques sont, en outre, fermes dans leurs résolutions, attendu surtout qu'ils n'entreprennent jamais rien sans raison valable et majeure, mais alors seulement que la chose leur a paru très-importante. Ils sont ennemis de la fraude, si ce n'est lorsqu'ils croient nécessaire d'user de ruse et d'adresse; amis de la justice et de l'équité, ils abhorrent par cela même la fourberie et la dissimulation lorsqu'ils connaissent franchement la vérité d'un mensonge. Véridiques autant qu'il est donné à rbomme de l'être, ils sont généralement des juges intègres et incorraptibles; ils sont de sincères et fidèles amis, mais difficiles à se laisser aller et peu confiants. Généralement équitables et bons, Us ne sauraient avoir, à leur tour, confiance en la justice des autres; car ils sont naturellement soupçonneux, et voient toujours les événements sons un aspect f&cheux » (page 115).
L'origintlité et la finesse de cette étude morale des tempéraments
ne sauraient échapper à personne et révèlent un talent de premier ordre. Il est dificile d'analyser avec plus de vérité l'influence de h constitution physique sur les facultés morales , et sauf quelques affirmations un peu exagérées ou contestables, comme celle-ci: c avides d^homieurs , redierchant la gloire quand ils peuveid Vacquérir saiis trop de difficultés >, p. 112, ou cette antre, p. 115 : « Us sont ennemis de la fraude^ si ce n^est larsqu*iU croient nécessaire d*user de ritse et d^adresse i, les effets moraux de tempérament sont racontés par Stahl avec une vivacité et une variété d'expressions qui ne sauraient passer inaperçues.
A rétude des tempéraments succède celle de Tactivité vitale, différente selon les périodes de la vie, très-considérable pendant les sept premiers septénaires, et diminuant à partir de la cinquantième année sans qu'on puisse en donner la raison satisfaisante. Pour lui, l'usure de l'organisation, la constitution vicieuse de la matière et des organes n'expliquent rien, et il déclare ne pas comprendre pourquoi a l'acte vital conservateur qui se maintient pendant cinquante, soixante-dix et même cent ans, ne peut point manifester perpétuellement sa puissance. »
Après avoir montré le mouvement des humeurs et du sang constituant une partie de l'instrumentation de la vie, formant les tempéraments et entretenant l'activité vitale, Stahl revient pour la développer sur son idée que les sécrétioiis et les excrétions sont les véritables derniers actes de la vie. Pour lui, en effet, ces deux fonctions ne sont pas des actes mécaniques ou chimiques, elles sont le résultat de Yactioii d'un agent directeur très-spécial ainsi que d'inie très-sage et habile direction élective. » (Page 141.) La lymphe, le sérum, la sueur, l'urine, le mucus, la bile, les excréments, le sperme, le lait, la salive, la graisse, etc., sont les preuves de cette action élective.
Dans la section suivante, Stahl étudie Tinfluence des choses non naturelles sur la vie : l"* l'air, '^^ les alimenta, 3'> les aliments et les boissons, i"* le sommeil et la veille, 5"" les passions de l'âme ou affections de l'esprit, G» enfln les humeurs qui doivent être excrétées.
lo De Vair. — A l'époque de Stahl on ignorait complètement le rôle attribué plus tard à l'air dans la respiration, dans l'hématose et dans la calorification par Lavoisier. Alors, on ne considérait cet agent que comme un moyen de déplisser les bronches, les vaisseaux du poumon, et par cela même de précipiter le cours du sang dont l'activité engendrait de la chaleur. On ne savait pas davantage qu'il y eût du gaz oxygène dissous dans le sang et dont le contact et Té-
change au sein des tissus produisaient une notable élévation de température. De ce défaut de connaissances résultaient de nombreuses erreurs, et Stahl a pu écrire : « Pour ce qui est de Tair, bien qu'il ne soit pas absolument nécessaire à la vie, ce qui est démontré par l'existence du fœtus dans le sein de sa mère sans qu'il ait aucune communication avec l'air atmosphérique, il devient d'une absolue nécessité après sa naissance.... i (page 244.) Nous ne ferons pas à Stahl le reproche d'ignorer les découvertes de Lavoisier ou de MagnuSy mais c'est une remarque importante à faire si l'on veut comprendre la théorie singulière, et désormais à oublier, de Stahl sur la respiration.
^o Aliments et boissons, — Stahl ne connaissait pas mieux la théorie de la digestion que celle de la respiration, aussi ne sort-il guère des vulgarités du sujet qu'il traite en hygiéniste superficiel plutôt qu'en physiologiste étudiant les modifications intimes de Taliment depuis son introduction dans l'estomac jusqu'à son animalisalion. C'est ce qu'on juge plus sûrement encore à l'occasion d'un chapitre intitulé De la nutrition^ qui se trouve un peu plus loin (p. 318), et où, au milieu d'appréciations remarquablement élevées, se trouvent des erreurs que les connaissances arriérées de l'époque font comprendre sans les excuser.
3o Mouvement et repos; — 4» des excrémetits, — Ces deux chapitres ne renferment que des notions d'hygiène vulgaire aussi anciennes que la médecine.
5* Du sommeil. — Le chapitre sur le sommeil rappelle immédiatement l'attention du lecteur sur le philosophe médecin qui a montré dans l'analyse des facultés de Tàme une si grande expérience du sujet.
Le sommeil est pour les organes des sens ce que le repos est au mouvement volontaire. C'est un mode d'activité de Fàme, t un effet auquel l'àme se prête, qu'elle laisse librement s'accomplir, ou mieux encore comme un phénomène que l'âme elle-même doitj peut et veiU habituellement se charger de produire et d'exécuter avec un ordre et une méthode à elle propres » (page 288.) Il y a là une véritable erreur du physiologiste, car s'il est incontestable que le sommeil soit indispensable à la lucidité dans l'état de veille et à la prompte disposition de l'âme à sentir et à penser, il est certain que la fatigue des organes des sens en est le point de départ, et que c*est à l'épuisement de la sensibilité sensorielle qu'il faut en attribuer la nianifestation. A cet égard, le sommeil s'impose à l'activité BoucaoT. 21
322 BlStOIRE Dk U MÉDECINE
humaine, et c'est là un effet du physique sur le moral contre lequel celui-ci peut entreprendre une lutte temporaire dans laquelle il finira toujours par succomber.
L'activité humaine peut résister au sommeil, mais il faut que tôt ou tard elle cède à la fatigue ; la lutte est impossible et le bourreau qui, par ses excitations continuelles, empêche Thomme de s'endormir, ne met pas plus de huit jours à le tuer.
Tout ce que dit Stahl des effets de Vactivité de Tdme, des poi* sionSy de Yhahitudey des tempéraments bilieux, mélancoliques ou sanguins ; — des âges sur la durée et sur la lourdeur du sommeil, ne change rien à cette manière de voir. L'homme s'endort forcément après avoir épuisé la sensibilité propre aux organes des sens, absolument comme lorsqu'il a épuisé la force contractile des muscles par le mouvement, il prend le repos nécessaire à la reproduction de la contractilité.
Dans le chapitre suivant cansacré à l'effet des affections de Vâmef Stahl, après avoir déclaré que les actes vitaux ont, par leur régularité et par leurs altérations, une grande influence sur les mouvements de l'esprit, déclare qu'il y a réciprocité et, que les affections de Tesprit ont une telle influence sur les actes vitaux, c que les affections morales les plus légères ont un grand retentissement sur l'organisme et y produisent quelquefois des effets très-fôcheux, provoquant tantôt un excès, tantôt un défaut dans les mouvements vitaux. » (Page 299.) La joie, la colère, la frayeur, le dégoût, etc., provoquent dans Tacte circulatoire de grands et soudains changements, ayant une grande influence sur la production secondaire des maladies les plus variées. L'habitude, affection de l'âme qui nous porte à entreprendre et à exercer normalement et convenablement certaines actions, a une influence analogue, et l'on sait, en effet, qu'elle est l'origine d'accidents pathologiques plus ou moins graves. Tout cela explique à merveille l'influence du moral sur le physique, et c'est un point désormais acquis à la science.
Il ne suffisait pas à Stahl de rechercher les conditions générales de la constitution et de la conservation de l'homme. Voulant approfondir davantage ce sujet, il revient sur ses pas et s'occupe de nouveau de la nuurition. Son intention est de faire connaître les circonstances spéciales (p. 318), et dès les premières ligne il pose le problème à son point de vue, en termes suffisamment explicites pour ne pas laisser prise à l'équivoque.
Voici comment il s'exprime :
< Dans le phénomène de la nutrition^ l'âme manifeste une puissante énergie j tant de volition que de direcHon motrice pro-
poriiannée à des interUiona certaines. Ses différentes phtses scMit VappéiU ; rintroduction des aliments dans la bouche et leur mélange avec la salive ; le séjour des aliments dans l'estomac et les intestins; le broiement et le ramollisemenl convenable des aliments nécessaires à former la crase corporelle ; la distribution de la matière alimentaire aboutissant à l'assimilation de ses particules. Nui doute que dans la nutrition, la vie, différente selon les Ages et les constitutions, n'agisse différemment sur la masse alimentaire pour y prendre, selon les tissus et même dans les parties différentes d*un même tissu, des molécules particulières en leur imprimant une direction proportionnée à des intentions certaines. »
Mais il y a dans cet acte des phénomènes chimiques qui constituent la théorie moderne de la digestion, et sous ce rapport, Stahl, qui dédaigne profondément la partie physique du sujet (p. 318), se place volontairement et pour toujours bien au-dessous de notre physiologie actuelle
Ici, le seul mérite de Stahl est de rapporter à l'Ame ce qu'il attribue à la vie en général, afin d'éviter l'erreur de quelques-uns de ses contemporains, qui pensaient que certaines parties des animaux prises en nourriture sont plus propres A la nutrition de certains organes que ne le sont d autres parties différentes de ces mêmes iniroaux. Il voulait évidemment parler des adeptes de Van Helmont, car il fait comprendre que cette manière de voir suppose l'existence de ces esprits architectes intimement unis A la substance matérielle de ces portions animales dont nous nous nourrissons, et qui, pour ce motif, devraient déployer et exercer leur énergique efficacité dans un tout autre corps. Dans la crainte qu'on ne l'accuse de rapporter des choses que personne n'a jamais dites, il cite avec* une certaine ironie des exemples qui sont aussi curieux que divertissants; il se demande comment on a osé prétendre que la tunique interne de l'estomac des poules ait la faculté de donner de la force et de la vigueur A l'estomac ; comment l'utérus du lièvre en tant qu'animal fécond pouvait avoir la propriété de guérir la stérilité des femmes ; et comment les poumons de renard ont la puissance de remédier aux affections pulmonaires de l'espèce humaine. Sous ce rapport, il est superflu d'ajouter que la critique de Stahl était fondée, et que sa doctrine, bien que trop générale, était mille fois supérieure A de telles absurdités.
Après l'exposé des principes de la conservation de l'individu devaient venir ceux qui concernent la conservation de l'espèce, et la section IV de ce volume a pour objet la gérUration. Bien que cet exposé se ressente beaucoup de l'époque de sa publication pour le
rôle accordé à la femelle dans la reproduction des êtres, puisque It science ne connaissait alors que les travaux de Malpigbi sur Tœuf des gallinacés et qu'elle ignorait ceux de Graaf et de Baêr, Stahl reste toujours à la même hauteur philosophique et ses conclusions sont toujours identiques. La matière n*est rien et elle obéit à une action étrangère.
€ Attribuer à Tàme humaine cette puissance de former le corps et de lentretenir par une nutrition continuelle durant toute la vie, ce n'est point lui imposer une fonction plus difficile que celle que nous lui attribuons en lui assignant la puissance de régir et de diriger les mouvements du corps; c'est là, sans contredit, un fait dont les sages appréciateurs sont pleinement convaincus. > (Page 386.)
Cet argument, qui est devenu celui de tous les animistes, se retrouve presque textuellement dans le livre récent de M. Bouillier sur Vunité du principe vital et de Vâme pensante. La crainte de n'être pas assez explicite tourmentait Stahl, car il ajoute aux lignes précédentes le paragraphe suivant :
€ Si nous revenons si souvent sur ces matières, c'est afin que l'on n'oublie jamais que le rôle principal appartient ici aux aidions et nullement aux matières , et que ces acllbns ne s'exécutent pas dans mais bien sur ces matières ; de telle sorte que ces dernières sont absolument passives, généralement très-indifférentes à l'égard des actions, et purement obéissantes à la disposition tout active et Varrangemeni qu'en fait Vâme pour confectionner telle ou telle structure^ telle ou telle forme : c'est là ce qu'il importe de remarquer. (Page 386.)
Pour Stahl, qui avait adbpté les travaux de Malpigbi pour les généraliser, la matière de la formation du fœtus était fournie par la femelle, et contrairement à Leuwenhoeck, qui pensait que le principe matériel venait de l'homme, il devina que chez la femme il devait en être de même que dans le règne animal. Il écrit même celte phrase significative à propos des grossesses extra -utérines dans les trompes de Fallope :
« Elles constituent dans l'espèce humaine les conduits à travers lesquels les ovules sont transportés des ovaires dans la cavité utérine et tiennent exactement la place des trompes utérines des espèces bestiales qui produisent plusieurs petits à la fois, et qui, conservant ordinairement dans ces trompes non pas un seul, mais plusieurs fœtus, les y portent jusqu'à parfait développement et même jusqu'au jour de leur naissance. » (Page 389.)
Une fois ce fait établi, Stahl donne les détails de la formation du
fœlus par ses adhérences à Torganisme maternel, il indique ses enveloppes, sa position, le terme de sa délivrance et an peu le mécanisme de sa naissance. Ce sont des choses qu'il suffit d'indiquer.
Après avoir achevé l'étude de tout ce qui peut se rapporter d'une manière directe à l'acte même de la conservation vitale, Stahl déclare qu'il n'est pas moins utile d'étudier un acte qui, bien qu'il ne paraisse pas concourir directement à la conservation de la vie, est du moins d'une grande utilité pour faire éviter au corps les plus communes occasions de destruction, et que l'on retrouve dans toutes les fins principales de la vie humaine. Il s'agit du sens en général et des sensaJtiùnSy cela fait l'objet de la section V.
D*après Stahl, la fin première de la sensation est de toute manière la conservation de la structure du corps par le moyen des mouvements volontaires locaux, en mettant le corps à l'abri de tout objet nuisible ou en l'éloignant de tout ce qui pourrait l'aflecter péniblement, et la sensation est un phénomène actif de l'àme : i* parce qu'il y a pour elle nécessité de conserver la structure du corps; 2» parce qu'elle agit sur et par les organes sous l'influence du sentiment.
Les nerfs ne sont alors que l'instrument suprême et immédiat de la sensibilité à l'aide duquel la perception ou notion réelle des espèces sensibles est transmise à l'&me. Us n'agissent que sous l'empire de cet agent moteur qui les met en action, selon l'impulsion de la volonté, et en tant que ce mouvement impulsif est volontaire.
Malheureusement pour cette doctrine, il y a deux espèces de sensibilité : l'une consciente^ qui peut aider Thomme à se défendre contre ce qui pourrait nuire à la structure de son corps, à condition que l'objet nuisible se montre en face ou dans l'état de veille ; et l'autre inconsciente^ incarnée dans les tissus, quelle que soit leur structure. La première a pour instrument des nerfs communiquant les impressions aux centres nerveux qui réagissent par la volonté ; et la seconde, indépendante des nerfs, parait être un des attributs de la vie, car elle existe avant l'apparition du système nerveux, à une époque où la réaction a déjà lieu, mais sans l'auxiliaire de la volonté. Au point de vue physiologique, ces faits contredisent absolument la théorie de Stahl, qui demande à la volonté plus qu'elle ne peut accorder, et son ensemble n'eût pas été modifié, si tenant compte des actes prévoyants mais inconscients de la nature, il lui eût laissé la toute-puissance d'action contre les perceptions sensibles et insensibles dont les neris et les tissus non pourvus de nerfs sont l'instrument de propagation.
Malgré sds idées dognouttiques, Stahl ne dédaignait pas les lumières de l'obiervation, et, comme le premier empirique ^nn, il disait que la pathologie devait consister dans Tobseryation eiade et sérieuse des maladies, tant sous le rapport de leur caractère universel, qui nous aide à découvrir quels en sont le siège, la marche et les symptômes, que sous le rapport des causes dont la juste appréciation nous fournit les indications thérapeutiques qui en découlent et les médications propres à en triompher.
Nonobstant ce principe, dont il s*écarte assez facilement, Stahl expose la pathologie spéciale avec un grand bonheur d'obserratioD, mais il ne pénètre pas toujours au fond des questions. Il ne fait souvent que les effleurer sans les résoudre. Son eiposition est une lumière pour la palhologie, elle la fait comprendre d'une certaine manière à qui la connaît déjà, mais elle ne l'apprendrait pas à celui qui l'ignore. C'est le manifeste d'un chef d'école, et non le tableaa de nos maladies. Qui ferait ainsi aujourd'hui ne trouverait pas de lecteurs. Nous détestons la prolixité; et en médecine il est certain que les preuves valent mieux que les hypothèses.
Stahl débute par quelques considérations sur l'étude des causes efficientes ou instrumentales; procatarcliques, c'est-à-dire occasionnelles, ou prédisposantes, c'est-à-dire antécédentes, et enfin continentes, et il s'occupe de la souffraiice en général.
Dès le berceau, l'homme tout entier n'est que maladie, a dit . Hippocrate. Cela est vrai, mais sont moins malades 1** ceux qui, suivant un régime de vie simple et frugale, mettent un juste rapport enlre la quantité et la qualité de leurs aliiuents; "^ ceux qui, menant une vie active et laborieuse, sont plus spécialement soumis aux fatigues du corps qu'aux travaux de Tesprit ; S"" ceux qui sont exempts des passions vives et des mouvements immodérés de Tàme; V enfin, ceux surtout qui, complèlement à Tabri de toute perturbation accidentelle et violente, s'accoutument peu à peu à certaines commotions devenues plus faciles à supporter plutôt par le fait même de leur fréquente répétition que par leur propre modération.
Sont au contraire plus souvent malades ceux qui usent d'un régime plus varié que simple, ceux qui, plongés dans la nonchalance et dans l'oisiveté, se livrent avec excès aux plaisirs de la table ; ceux dont les mœurs sont un peu trop relâchées ou qui se laissent aller aux caprices et aux aberrations de leur esprit, ce k quoi sont particulièrement exposés les gens qui font un usage immodéré de la faculté de raisonner; ceux qui ont des habitudes morbitiques, et enfin ceux qui ont chez leurs parents des maladies héréditaires.
is, quoi qu'il arrive, il y a chez le malade une énergie morbide qu'anéantit ordinairement l'énergie vitale au moyen de laquelle le eorps retrouve son équilibre et rentre dans son intégrité. Cette pensée revient à chaque page et fait l'objet de deux chapitres, Tun (p. 42) ayant pour titre : Disposition apparente du corps à subir des lésions^ et de la force vitale à s'opposer àla transformation de ces lésions en maladies, et l'autre (p. i5), dans lequel Stahl ludique la cause de ce phénomène.
La section IV est consacrée aux véritables causes particulières des maladies : telles que la pléthore, Yépaississement du sang^ la diversité naturelle des mouvements extraordinaires nécessaires^ c'est-à-dire l'action vitale individuelle, la disposition du tempéra^ ment à la maladie, la disposition suivant les âges, etc.
Après cette étude de ce que Stahl appelle c la disposition tant du corps que de l'économie vitale touchant les causes et les effets opposés à l'ordre et au caractère naturel des choses », vient l'exposé € des espèces subalternes d'affections plus simples i, hémorrhagiee^ congestions sanguines,
8 1*'. — HÉMORRHAOIBS.
Les hémorrhagies spontanées d'un sang pur et vermeil, sans douleur ni malaise, sont des évacuations utiles dont on méconnaît trop souvent l'importance Anale. Leur retour est utile ainsi que leur régularité, réglé par l'habitude, t ce vrai tuyau de toute direction motrice », et leur suppression est chose dangereuse. C'est une nécessité incontestable de connaître et de bien apprécier, d'une part : la puissante efficacité des efforts et des mouvements tendant à l'excrétion libre du sang, et d'autre part, les phénomènes particuliers qui suivent inévitablement de tels efforts, impuissants à atteindre leur but final, salutaire, et qui leur succèdent d'une manière naturelle, régulière et proportionnée.
Les hémorrhagies par violence, telles que les lochies, les épistaxis précédées de prurit ou d'écorchure nasale; — les bémoptysies et les raétrorrhagies, suite d'un effort : — les hémorrhagies par traumatisme ou par crainte du danger que court l'économie corporelle à l'ocea* sion des stases et des engorgements qui peuvent résulter d*uue trop grande abondance de sang , forment la seconde classe d'hémorrhagies admise par vSlahl.
D'après lui, la vraie disposition causale aux hémorrhagies est la pléthore, aidée du mouvement tonique formant ce molimen hœmmrhagium^ ou effet hémorrhagique, qui précède tous les écoule*
inents sanguins de cette nature. Ces -hémorrhagies, proportionnies à la surabondance actuelle du sang, sont très-utiles : 1* en vue d'an but final déterminé, et elles sont nécessaires pour éviter de plus graves dangers ultérieurs, attendu que la nature juge plus convenable de prévenir ces fâcheux effets que d*en attendre les funestes conséquences; â» elles sont naturellement constantes, régulières et s'accomplissent ordinairement sans accidents, d'une manière paisible, tranquille, normale, et avec une périodicité qui ne se dément presque jamais, ainsi qu'on le voit par le retour régulier des men^ trues chez les femmes; 3® toutes celles qui sont spontanées, c'est-idire ayant lieu sans le concours d*une cause violente externe, s'accomplissent à l'aide de certains mouvements et de directions particulières ; 40 plus les obstacles éprouvés par ces mouvements dans leur effectuation sont grands , plus aussi sont variés et manifestes les symptômes qui en résultent et rendent plus embrouillée la conception du fait en lui-même; en sorte que, méconnaissant l'action réelle et la direction des mouvements vitaux vers une fin salutaire, el prenant le change par le concours de ces circonstances étrangères, on est entraîné dans des erreurs bien graves en regardant comme simplement passifs et morbides les actes entrepris par l'agent vital conservateur.
De Vkémorrhagie nasale. — Cette hémorrhagie, produite par les causes générales des hémorrhagies, est, dans sa manifestation spontanée, un acte toujours salutaire, prévenant el soulageant diverses affections, tandis qu'au contraire bien des incommodités sont le résultat inévitable d*un désordre on d*uu arrêt survenu dans la libre excrétion du sang. L'époque inconvenante de ces hémorrhagies, leur trop grande abondance, leur retard et leur disparition, produisent les épanchements, les gonflements, les engoi^emeuts, les stases, les inflammations suppuratives, la gangrène des fièvres aiguës et malignes, des apoplexies, etc., etc.
Ici, comme partout, apparaît le doctrinaire partisan systématique des causes finales, car il déclare que c l'homme seul, parmi les élres vivants et animés, est exclusivement sujet au phénomène habituel et ordinaire des excrétions hémorrhagiques >, et on le voit un peu plus loin dire que l'activité d'une hémorrhagie se trouve dans une intention erronée amenant après elle une aberration dans Tintention des muuvemenls vitaux et provoquant une excrétion violente, précipitée, désordonnée et surtout opiniâtre. Tout en acceptant l'idée d'un consensits qui relie entre elles toutes les parties d*uii être vivant, il est évident qu'il y a exagération dans Topinion qui
consiste à prêter une intention bonne ou mauvaise à tous les actes morbides. Dans beaucoup de cas ces phénomènes sont la conséquence d'actions étrangères contre lesquelles il n'y pas moyen de résister.
De Vhémoptysie. — Des considérations vagues et hypothétiques sur la fréquence et les causes de l'hémoptysie remplissent les premières pages de ce chapitre. Les eflets tie sont pas indiqués avec plus de précision, et Stahl finit par conseiller contre cet accident 1 usage des amulettes (p. 485), en raillant les vaines théories de ceux qui croient que les hémoptysies dépendent de la rupture, de la diérèse ou de l'érosion des vaisseaux pulmonaires.
De Vhématémèse. — A part l'indication d'un remède réputé spécifique contre l'hématémèse (35 gouttes d'huile essentielle de millefeuille trois fois par jour, aux heures des repas), ce chapitre sur rhémalémèse est à peu près aussi vague que le précédent.
Du flux hémorrhoïdal. — Bien que les hémorrhoïdes et le flux qu'elles entraînent aient été bien connus d*Hippocrate , qui en avait tracé les caractères généraux, leur appréciation n'était pas chose très- vulgaire au temps de Stahl, qui signale, en commençant, l'oubli des connaissances anciennes à cet égard. Pour lui, un état morbide précède l'apparition des hémorrhoïdes, dont elles sont en quelque sorte la crise ; leur permanence est nécessaire et leur suppression ou leur guérison dangereuse. A leur disparition succèdent, en effet, l'hydropisie, l'asthme nerveux et convulsif, les coliques nerveuses, les inflammations du foie, de la rate et du mésentère, rhématémèse, toutes les conséquences de l'étisie et de l'apoplexie, l'hypochondrie vraie, la mélancolie et la manie, etc. On ne peut s'empêcher de voir là les conséquences fausses d'un système qui, tout en prétendant recevoir de l'observation la lumière dont l'esprit a besoin, se sert de vues théoriques pour torturer les faits et en déduire plus qu'ils ne peuvent donner. Tout ce tableau des souffinances causées par les hémorrhoïdes, vrai par exception, est faux si on le considère d'une manière générale, et dans notre climat au moins il y a des hémorrhoïdes passives produites par la constipation et les tumeurs du ventre, dont la guérison n'offre aucun danger.
De Phématurie. — Le vague et l incertitude qui régnent dans les considérations cliniques de Stahl sur l'hématémèse, sur Thémoptysie, sur le flux hémorrhoïdal, sont encore plus marqués ici.
330 HISTOIRE DE LA MftDBCINK
Ce sont toujours les mêmes principes généraux, excellents pour la cause générale des hémorrhagies, mais insuffisants pour la connaissance approfondie des hémorrhagies d'un tiscëre profond. Ce qu'il faut ici, c'est l'étude des lésions qui produisent l'écoulement du sang, et, il faut le dire à la décharge de l'auteur, Tanatomie pathologique, toute à faire, n'avait pas encore donné à la science la précision qu'elle possède aujourd'hui. Au point de vue dynamique* l'histoire des hémorrhagies, telle qu'on la trouve dans Stahl, ne manque pas de grandeur, mais elle a le défaut de tout embrasser, ce qui est une erreur, et elle laisse entièrement de côté ou à peu près tout ce qui se rattache à la dégénérescence des organes.
Des hémorrhagies utérines, — Stahl confondait le flux menstruel avec les hémorrhagies utérines, et en considérant ce flox, dont il ignorait le mécanisme, comme utile, comme salutaire et comme indispensable, il confondait deux choses essentiellement différentes.
Comparer le flux menstruel au flux hémorrhoïdal, c'est-à-dire an acte physiologique à un état morbide, est chose impossible, et si le flux menstruel trop abondant ou retenu est une cause de maladie, ce qui est très-réel, il faut reconnaître que le désordre ne ressemble point à celui qui résulte d'une hémorrhagie utérine ordinaire. Tout ce que dit Stahl de l'époque et de la cessation des règles, des causes de leur retour et de leur disparition brusque, est fort exact; mais cela ne représente en rien l'histoire des hémorrhagies utérines, telle que nous la comprenons aujourd'hui.
De la lochiorrhée. — Tel est le nom que Stahl donne aux la* chies^ écoulement mucosanguinolenl qui succède à l'accouchement et dure quelques semaines. Ce n'est pas la conséquence de la plaie utérine produite par le décollement du placenta , et c'est une hémorrhagie n'ayant rien de traumatique. Elle résulte :
« De l'activité réelle et franche des mouvements vitaux, seuls capables de diriger d'une manière régulière et successive le phénomène éruplif, tant dans la durée que dans la proportion, sa marche tranquille et sa terminaison naturelle. Rien ne serait plus irraisonnable et contraire à l'expérience que de vouloir attribuer à une cause simplement mécanique de tels actes se passant dans un corps vivant et animé. » (Page 208.)
Le flux lochial est avantageux, et sa suppression produit dans ce premier moment des fièvres aiguës inflammatoires ^ des douleurs HêrvetAses de Vutérus^ des aUérationè graves du mésentère^ et
DES NATCJRÎSTES — STAHL 331
plas tard raménorrhée et des affections hystériques hypochondriaques et spasmodiques. Ce sont là autant d'assertions contraires aux résultats de Texpérience.
Héraorrhagies vraiment pasi^ives.
Si Stahl a, par système autant que par défaut de connaissances, exagéré le rôle de l'action dynamique dans la production des hémorrhagies, qu'il appelait pour cette raison actives, il n'a pas méconnu celles qui constituent les hémorrhagies passives étrangères aux actes vitaux spontanés de la nature. Ce sont celles qui résultent de la rupture des vaisseaux^ de l'arrachement des tissus, des plaies et des blessures profondes des parties organiques, et des érosions ▼asculaires internes. Nulle part il n'est question : des hémorrhagies mécaniques par compression des vaisseaux, — des hémorrhagies produites par les tubercules non ulcérés du poumon, — des hémorrhagies du cerveau par oblitération des artères cérébrales, — des hémorrhagies par altération du sang, etc., c'est-à-dire de celles qui sont de beaucoup les plus nombreuses et pour lesquelles l'étude approfondie de la structure matérielle du corps humain est absolument nécessaire.