‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 48 sur 124 · II. — DES CX)NOESTIONS SANGUINES · texte numérisé non relu

II. — DES CX)NOESTIONS SANGUINES

Après l'étude des hémorrhagies, Stahl commence celle des congestions sanguines, indiquant plutôt un état réel d'activité qu'un simple état de passivité, et devenant la source de divers états passifs connus sous le nom de fluxion, ô* engorgement, de stase et d'obstruction. C'est là une vue importante et depuis cette époque un peu trop négligée.

L'acte impulsif de la congestion est un mouvement tonique actif aboutissant à l'obstruction, où il n'y a rien que de passif, état remarquable et négatif de toute activité. Il peut se fah*e partout, et détermine, avec la présence du sang, une tension locale avec irritation gravative^ rougeur, chaleur et gonflement des parties. Il se produit ordinairement chez les pléthoriques, avec Yinteniion spontanée (tun all(}geme}it de la masse sanguine (p. 286), c'est-à-dire d'un effort hémorrhagique. On Tobserve d'une façon périodique ou intermittente, et il aboutit soit à Vhémorrhagie, soit au rhumatisme, c'est-à-dire à des déplacements congestifs rapides, soit à V inflammation, soit à la douleur, considéré§s au point de vue de sa provenance congestive.

1* Congestions sanguines en tant qu* actes hémorrhcLgiqueê, — Les congestions hémorrhagiques ont lieu dans l'enfance, vers la tête; à Tadolescence et chez Tadulte, vers la poitrine ou vers l'anus; et parmi les maladies qui en résultent, Stahl cite le coryza, la toux humide, la diarrhée, les tumeurs froides œdémateuses ou squirrlieuses, etc. Ce sont là des asserlions à démontrer.

i*" Du rhumatisme. — Pour Stahl le rhumatisme est une affection idiopathique, c'est-à-dire subsistant par soi (p. 297), constituant une espèce particulière et propre qu'on ne doit jamais regarder comme cause d'autres maladies et comme capable d'engendrer d'autres espèces morbides auxquelles on donne aussi parfois le nom d'idiopathiques ou A* essentielles. C'est une forme de la congestion. Il engendre certaines maladies qui comprennent à leur tour diverses espèces morbides spécifiques qu'il vaudrait mieux regarder comme effets que comme causes (p. 399). C'est un des meilleurs chapitres de la Vraie théorie médicale^ et les données qu'il renferme, même pour l'époque, ont été confirmées par l'observation ultérieure.

3"* De V inflammation, — Quand la congestion produit la stase du sang, il se fait une coagulation, et c'est le premier effet matériel de l'état inflammatoire. La chaleur, le gonflement, la rougeur, la tension et la douleur viennent ensuite, et après, arrivent la résolutiou ou la suppuration^ la mortification et la gangrène, avec un état fébrile plus ou moins prononcé.

Il Y a trois sortes d'inflammations : Vérysipèle, le phlegmon et l'abcès.

Partout la stase sanguine en est le point de départ, et le médecin, dès le début, doit tendre à Tempêcher en modérant la violence du mouvement fluxionnaire, et si après d'inutiles tentatives la suppuration s'établit normalement, il doit saisir avec habileté le moment opportun pour faciliter au pus sa sortie. Il veillera ensuite à la purification des tissus lésés, afin que la nature, dans son acte médiateur, puisse, sans entrave et d'une manière régulière, arriver à la consolidation et à la cicatrisation complète des parties affectées.

Des douleurs. — Pour Stahl, les douleurs qui ne puisent pas leur source dans des causes externes dépendent communément tant de l'effet que de l'acte propre de la congestion. Brûlantes, ardentes, prurigineuses, pongitives et lancinantes, mordicantes, tensives, gravalives, gUu:iales ou horripilantes, versatiles, acres, aiguës, té-

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rèbrantes, etc., ou innommées, leur cause est originairement la même. C*est là une erreur^ et ici nous devons noter une omission importante relative aux souffrances causées par les maladies organiques des nerfs et par les névralgies, où il serait diffîcile de démontrer l'existence d'une congestion.

Sous le titre : Des mouvements insolites qui se produisent dans le corps, Stahl a décrit les altérations et les anomalies morbides des mouvements vitaux et animaux, et cela comprend : i"" les variations toniques anormales; "^^^ les spasmes; 3* les convulsioyi^ ; i* les défectuosités des mouvements vitaux. C'est une des plus importantes sections de la Vraie théorie médicale.

C'était l'idée de Stahl, fort exacte d'ailleurs, que l'exercice régulier des mouvements vitaux et animaux suppose dans les parties un degré sufGsant de vigueur et d'énergie, variable selon les circonstances, qui est le ton et que l'on appelle mouvement tonique.

Mais si ces mouvements toniques affectent une marche irrégulière^ sont violents, désordonnés, lents, languissants, précipités, etc.« il s'établit une véritable aberration et confusion dans la régularité des fonctions organiqnes.

i^ Variations anormales des mouvements toniques. — L'acte et le mouvement toniques sont le point de départ de la progression universelle des humeurs, et ils peuvent être augmentés ou diminués. C'est par eux que s'expliquent la chair de poule, l'horripilation, le rapetissement des parties, les sécrétions et excrétions par lesquelles se terminent les fièvres aiguës, les crispations^ les angoisses épigastriques, cardiaques, etc.

2<> Spasmes, — L'exagération du mouvement tonique qui soumet les membres à une roideur permanente en les enlevant au pouvoir du malade, forme le spasme, ordinairement partiel, quelquefois général en formant le tétanos. Elle engendre le torticolis, la contracture des membres, de l'œsophage, de l'estomac, de l'intestin, la strangurie, le ténesme, les crampes, etc.

3** Convuhions, — Les alternatives de contraction et de relâchement des parties musculaires constituent les convulsions, et elles résultent des causes morales, des maladies aiguës, des corps étrangers de l'oreille, de Tirritation du système nerveux, de la constipation, des lombrics, etc.

4*" Défectuosité des mouvements. — Le dernier genre de lésion des mouvements vitaux dont s'occupe Stahl comprend : 1° les débilités proprement dites ou Tabsence complète des forces; â® V impuissance et le tremhleinent des organes; i^ la parcdysie; 4o enfin Yapoplexie et Vhémiplégie. Ce ne sont pas des d^rés différents de la lésion des mouvements toniques, mais des espèces différentes, et elles consistent « dans un relâchement extraordinaire du mouvement tonique vital. )> (Page 4!28.) Stahl ajuate même . « Quant aux causes médiates qui finissent par produire dans rorganisme cette grande atonie^ il nous répugne de nous servir à leur égard des expressions à la mode» et de les rapporter à robstruction des nerfs et à Tinterception de Tinflux des esprits. De pareilles expressions, en effet, ne réveillent aucune idée, ne facilitent pas la découverte d'un agent thérapeutique convenable, ne résolvent pas les difficultés insurmontables à tout traitement médical, ne sont nullement en harmonie avec un phénomène si remarquable, et n'indiquent en rien comment il se fait qu'une obstruction de cette espèce arii?e aussi rarement ; il est donc bien évident que leur emploi aCTecté est sans excuse et ne vaut pas plus que si l'on avait franchement gardé le silence. Ce qu'il y a de certain, en outre, c'est que cette vieille hypothèse qui fait retomber toute la faute sur le système nerveux et sur la suspension de l'influx des esprits vitaux, n'est aucunement d'accord avec la vérité, attendu qu'en pareil cas il n'y a purement et simplement que défectuosité dans le mouvement tonique vital. Il est dès lors logique de penser que, après avoir perdu la cause de leur origine, les actes volontaires soumis à une direction n'ont plus lieu. >

Cette manière d'envisager les paralysies plutôt comme lésion des mouvements vitaux (|ue comme la conséquence d'une altération matérielle du système nerveux, est la pensée dominante de Stahl. C'est évidemment là une exagération, et sans nier que dans beaucoup de cas il ne puisse se produire des paralysies essentielles, ces faits sont infiniment moins nombreux que les cas de paralysie symptomalique, et il serait plus conforme à la réalité de faire à ces dernières une place plus grande qu'aux autres. Or, Stahl a fait précisément le contraire, et il a inéme presque entièrement méconnu le groupe des paralysies symptomatiques.

tj III. — DES FIÈVRES.

Une section tout entière de la Vraie théorie médical est consacrée à l'étude de la fièvre et des fièvres en générai.

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La fièvre, phénomène utilitaire, destinée à favoriser l'atténuation du sang par le mouvement local, consiste « .... dans une altération remarquable et assez uniforme du mouvement du sang, constamment accompagnée de sensations alternatives de chaleur, de froid, et d*atonie ou d'impuissance d'exécuter librement les mouvements volontaires. » — Elle a ses périodes d'mvaston, i*augmenty d'éta/ et de terminaison par crise ou lysis. Elle tend à Télimination des matières qui, d'une manière directe ou éloignée, poussent à la dissolution du corps vivant.

Après avoir signalé les causes interjies et externes de la fièvre, Stahl en étudie les effets, la marche continue ou intermittente, la durée aigué ou chroniqne^ et revenant de nouveau sur la fin avantageuse de ce phénomène eu égard à la conservation de l'individu, il en déduit le traitement par la proscription énergique de tout ce qui pourrait entraver le travail de la nature. C'est en s'adresaant au médecin qu'il dit :

€ Il verra combien il serait désavantageux de combattre par des tentatives téméraires les salutaires efforts et les mouvements généreux de la nature, de les affaiblir par des moyens inopportuns, ou même de les négliger sous un prétexte quelconque; il comprendra combien il est utile, au contraire, et à tous égards, de suivre sans réserve, en éludant les autres modes de curation, la méthode naturelle qui est indiquée par cette observation souverainement importante, et qu'on ne devrait jamais oublier, savoir : « Que c'est précisément à l'aide des assauts c fébriles ainsi que des effets légitimes et proportionnés de l'attaque, » que les hommes sont intégralement délivrés des fièvres, par la puissance spoivtanée de la nature^ en dehors de tout concours de la médecine^ < et sans l'intervention d'aucun moyen artificiel. >

Toute la fin de cette partie consacrée aux fièvres n'est que le développement de cette pensée en termes différents, qui ne sont qu'une apologie assez bien motivée, on doit en convenir, des efforts de cette nature mcdicairice dont il a été tant de fois question jusqa'ici. C'est là où il dit que la fièvre présuppose une énergie appréciatrice des choses et des actes à effectuer, et en faisant appel à l'observation il en fait ressortir l'importance par ces mots :

c Loin de négliger ou de troubler en quelque manière les actions fébriles, franches ou réelles, qui, par des sécrétions successives et proportionnées, par des excrétions opportunes, par une efficace expulsion de la matière inorbifique, opérée à l'aide de ses actes préservateurs, tendent simultanément à une issue dont le résultat est la conservation salutaire de la vie, l'art doit, au contraire, les

respecter, les diriger, les aider même en quelque sorte, et les pousser sagement vers leur fin naturelle. Telle est noire théorie générale des lièvres. > (Page 463.)

Tous ceux qui ont éludié la médecine avec soin et observé beuicoup de malades seront de Tavis de Stahl sur ce point : Laisser agir la nature dans les lièvres dont on ne connaît pas la cause et n'intervenir que sur des indications précises, quand on saitceqo*0D veut obtenir et pourquoi on agit, telle doit être la règle de la pratique.

La troisième partie de la Vraie tJiéorie médicale est consacrée à la pathologie très-spéciale et à l'étude de chaque espèce morbide en particulier. De là des répétitions que nous tâcherons d'éviter ea nous bornant à faire ressortir les pensées de Tauteur sur quelques points nouveaux, et à montrer les mérites très-réels de son talait d'observation. Dans cette troisième partie, Stahl revient sur la question des hémorrhagies et décrit Tépislaxis, l'hémoptysie, l'héina' témèse, les hémorroïdes, l'hématuriei Thémorrhagie utérine, en indiquant les maladies qui se rattachent plus particulièrement à chacune d'elles.

Ainsi rhémoptysie est Toccasion pour lui de décrire la phthisie d'une façon très-remarquable. C'était pour Stahl une maladie héréditaire, produite soit par Thémoptysie, soit parla congestion pulmonaire, et produisant l'ulcération des poumons. Sans ulcération des poumons c ayant pour compagne assidue la lièvre hectique >, il n'y a pas de phthisie, car il ne veut point appeler de ce nom le marasme, la consomption, Vétisie, dus à des causes toutes différentes. Sauf rindication du tubercule, la lésion pulmonaire était alors considérée comme indispensable à la constitution de la maladie, et lette lésion lui était si bien connue qu'il dit :

ti Une lois Tulcération établie, quelle que soit la partie restreinte où elle s'est grelVée et localisée, son opiniâtreté devient telle qu'on doit la regarder désormais comme incurable. » (Tome V, p. 60.)

Puis il ajoute :

« En voilà bien assez, sans doute, pour ranger parmi les hontes de la science médicale cette superstitieuse crédulité qui porte les homuics à faire journellement un impudent trafic de ces ingrédients dont l'emploi répugne à rexpérience et au simple bon sens. »

A rhéniaténiùse Stahl rattache le mal hypochondriaqucy qu'il décrit, tantôt comme la conséquence d'un engorgement de la rate, tantôt comme le résultat d'une gêne à la circulation de la veine poi te ou de la circulation menstruelle, mais on voit qu'il n'a sur ce syndrome que des données assez confuses.

Son chapitre sur les hémorrhofdes, justement renommé, ren- »rnie une description de cette maladie faite autrement que nous ne i faisons aujourd'hui. La partie descriptive y est sacrifiée à la partie ogmatique ; mais il n'y a pas lieu de s'en plaindre, car rien d*essntiel ne manque, et les faits arrivent juste à leur place pour juslier le rôle que l'auteur attribue à la circulation hémorrkoïdale, à in influence sur les fonctions circulatoires, digestives ou intelleclelles, et pour faire comprendre Ttitilité de certains flux hémorhoîdaires. Il y a évidemment là de l'exagération ; mais on ne peut iisconvenir que, dans les climats chauds spécialement, les hémorhoîdes et le flux sanguin qu'elles entraînent ne soient tels que les eprésente la description de Stahl. On se demande cependant quel "apport cet auteur a pu trouver entre la sciatique et les hémorrhoîles pour faire de la première de ces maladies une annexe de l'au- Ire. Sans doute les hémorrhoîdes peuvent localement agir sur le plexus sacré et amener une sciatique ; mais cela est assez rare, et cette névralgie reconnaît d'autres causes toutes différentes. D'ailleurs, la description qu'en donne Stahl est fort incomplète et à tous égards laisse beaucoup à désirer.

Ce volume renferme un long chapitre sur le flux menstruel et sur h métrorrhagie ; mais il est évident que l'auteur n'a pas la moindre idée du râle physiologique de la menstruation. C'est là une erreur do temps. Ainsi il écrit :

< Personne ne soutiendra que le flux menstruel soit une chose absolument indispensable à la femme, pas plus qu'il n'est une fonction contre nature (lorsque sa marche est régulière); il est plus raisonnable de penser que c*est un genre d'évacuation que l'on peut nnger parmi les choses non naturelles, et qui se prête admirablement au bien-être de toute l'économie, quand il s'effectue avec une régularité successive, tandis que par ses défectuosités il peut engendrer toutes sortes d'indispositions. » (Tome V, p. 127.)

Telle est son opinion sur le flux menstruel. Il ne soupçonne pas dnantage la cause de son abondance ou de sa diminution ou de sa suppression, car il attribue la première à la pléthore et les autres à b biblesse. On saut au contraire aujourd'hui que les règles excessives sont beaucoup plus souvent la conséquence de l'anémie et de Tétai de faiblesse qui prédispose à la phthisie pulmonaire. Mais si la dissertation de Stahl pèche un peu par sa base physiologique, elle devient plus vraie sous le rapport clinique et dans ce qui a trait an conséquences de l'aménorrhée, de la dysménorrhée et de la aénopanse. Ainsi l'hystérie, dont il fait une sœur de l'hypochondrie, en regardant ces maladies comme c convulsives, spasroodico-

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nerveuses >^ est la conséquence ordinaire des désordres de la tODCtion utérine.

« S*il n*.y a pas entre l'afieclion hystérique et les évacuations viciées de la matrice un lien immédiat et direct, il existe au moins qd rapport de succession que Ton doit reconnaître ici comme le fondement vrai de tout mal, ce qui fait qu'on ne peut s*attendre i aucun soulagement réel et durable, sans la correction, le rétablissement ou Tamélioration du flux menstruel ; du reste, toute négligence, à cet égard, serait infailliblement suivie des dangers les plus graves, surtout si l'on porte son attention et que l'on dirige la médication vers un but absolument contraire. » (Page 176, t. V.)

Pour lui, toute l'hystérie est sympathique des désordres de la fonction utérine, et bien qu'il ne la dérive pas dans ses phénomèDes avec la minutieuse exagération des nosographes contemporains, il eu donne une excellente idée, de façon à conduire le médecin dans une thérapeutique aussi vraie que rationnelle.

Vhématurie ou pissement du sang; — la néphrite simple et calculeuse, dans ses rapports avec la sciatique et la goutte ; — la théorie de la formation des calculs des rems et de la vessie; — les différentes espèces à'hydropisie; — les affections congestives comprenant la céphalée, le coryza, Vodontalgie, le rhumatismej les affections inflammatoires y la gangrène, le cancer, le squirrhey les affections spasmodiques^ notamment Vépilepsie; Tétude de l'arthrite et de la goutte, comprenant leurs difl'érences, leurs corrélations, leurs causes, leurs conséquences, enfin les paralysies; les délires et les affections nerveuses (aliénation, érotomanie, fureur utérine, hypochoudrie, hallucination, monoinanie, rage et hydrophobie), remplissent la fm de ce volume. — Ce sont des descriptions plus spéciale^ que générales, où se retrouve l'esprit philosophique de l'auteur, atténué par le détail des faits pathologiques. Il faut toujours en arriver là. Des hauteurs d'une doctrine, dominant toute l'étendue d*une science, il faut descendre si Ton veut en connaître tout le domaine. Qui reste dans les nuages s'expose à perdre de vue la terre où il est obligé de vivre, et s'il est d'une absolue nécessité de s'élever pour reconnaître le pays et la route que Ton veut suivre, il faut, dans la vie réelle et pratique, se servir de ce qu'on a appris en s'élevant pour arriver au but qu'on se propose. Ce n'est pas tout de regarder en haut, il faut savoir ce qui se passe à ses pieds. Ainsi a fait Slahl. Mais dans cette partie de sa tâche, il est évidemment inférieur à lui-même, et nous ne lui en faisons pas un reproche. Si les principes généraux et les vérités fondamentales d'une science varient peu, en revanche les vérités de fait changent sans cpsse : ce fait que

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l'on croit vrai 'aujourd'hui el par lequel on remplacera la vérilé d'hier, sera'probablement Terreur de demain, quand aura surgi la découverte d'une nouvelle vérité de fait. A cet égard la science pratique et les vérités de fait au temps de Stahl ne sont plus sur beaucoup de points notre science ni ce que nous appelons des vérités. Il ne faut donc pas juger la pathologie spéciale de Stahl par la nôtre, sous peine de nous donner un avantage immérité sur lui. Ses desciîptions rentrent un peu dans le domaine de la curiosité historique plutôt que dans celui de la critique, et il ne faut y rechercher qu'uue chose, c'est la pensée doctrinale. Sous ce rapport, si l'homme s'y montre moins à découvert que dans les traités qui précèdent, et il était impossible qu'il en fût différemment, on le retrouve toujours semblable à lui-même, subordonnant à l'action vitale les phénomènes du mécanisme humain.

Parmi les autres traités de Stahl il en est un qui a fait beaucoup de bruit et qui a une très-grande importance, je veux parler de celui qui a pour titre De vena portœ^ porta malorum hypochondriacoy splenetico^ suffocativo, hysterico, colicOy hœmorrhoidariorum. Ce traité a été traduit dans une thèse de H. J. Brongniart sur la dyscrasie veineuse. Après avoir fait l'anatomie et la physiologie de la veine porte, en montrant que la respiration et les contractions péristaltiques des intestins sont la cause du bours du sang dans son intérieur, Stahl s'occupe de la question pathologique. Il montre que les maladies de cette veine se rattachent à quatre points principaux : 1<^ les changements survenus dans la capacité de la veine, soit à cause du resserrement des ramifications veineuses, soit à cause de l'épaississement du sang qui, par reflux, produit l'engorgement des parties situées au-dessous ; 2^ les altérations de consistance du sang devenu trop épais par les aliments acides, visqueux, gras, féculentSy^etc. ; 3° les troubles passifs du cours du sang dans le système même de la veine porte; 4^ enfln les troubles des mouvements actifs des solides et des liquides dépendant du système de la veine porte, c'est-à-dire rafTaiblissement du mouvement tonique des capillaires amenant les congestions des viscères du ventre, suivis de dyspepsie, de flatulence, d'hémorrhoîdes, etc., troubles Uôsignés sous le nom d^hypochondriaco-splenico-coliques.

Tout cela est très-exact. Il n'est pas douteux que tous les désordres de la circulation porte soient suivis de congestions spléniques, intestinales, utérines, organiques, hémorrholdaires, etc., qui engendrent des malaises souvent indéterminés, amenant l'hypochundrie, l'hystérie, les hémorrhoîdes, la dyspepsie, le nervosisme, etc.; mais il n'y a pas que cela qui puisse produire ces accidents. La

science a marché, et il faut ajouter à ces vérités un peu confuses de Stahl les troubles découverts à notre époque, de la sécrétion gastrique, pancréatique et biliare, ceux de la fonction glycogénique do foie et]de Faction de la rate sur les globules rouges du sang. Toutes ces circonstances exercent une action réelle sur Yétat hypoètum" driacO'SvffocativO'hysterico-colico-hœmorrhoidariorumj et c'est cette action toute primitive qui réagit ensuite sur la circnlation de la veine porte. Il ne faudrait donc pas rapporter aux troubles primitifs de cette circulation un état morbide déterminé par d'autres causes, et où le désordre de la circulation porte n'est au contraire qu'un effet purement mécanique et secondaire.

Nous en avons assez dit dans cette exposition des détails de l'œuvre de Stahl pour montrer quelle a été la force de ce champion du naturisme habillé en animiste. Tout le monde n*aurait pas été également propre à réaliser cette transformation et à personnifier ce que les hippocratistes appelaient la nature dans un être immatériel considéré à la fois comme principe de la conscience et de la vie. Il fallait pour cela une organisation privilégiée, une haute aptitude philosophique et un savoir médical rare à cette époque. Stahl offre toutes ces qualités, mais la première, au point de vue de sa doctrine, c'est sa qualité de philosophe chétien. Ici je ne juge pas, mais je constate, parce que l'historien qui passerait à côté de cette circonstance particulière de la vie de Slahl ne comprendrait pas les origines ni les développements de Tanimisme. En supprimant ce fait, on éteint le flambeau qui éclaire la Vraie théorie médicale ,et Ton reste devant la docirine sans pouvoir en découvrir la raison d'être. Chrétien vraiment philosophe, logicien vigoureux, anatomiste distingué, mettant les organes au-dessous de leurs forces d'action, chimiste supérieur ayant contribué à la naissance de la chimie moderne par ses découvertes du phlogistique et des ferments; physiologiste poursuivant le secret des actions normales comme prélude des actions morbifiques; enfin médecin aussi avancé qu'on pouvait l'être de son temps, tel a été Stahl. Il serait injuste de lui contester ces mérites, et l'esprit d'opposition des systèmes contraires au sien a toujours eu tort de l'amoindrir pour le faire oublier. On ne refait pas l'histoire, et la partialité des historiens ne prévaut que pour un temps contre la réalité. La doctrine de Stahl a eu et aura ses éclipses, mais elle occupera toujours une place d'honneur dans Tesprit des médecins distingués. Elle renferme un principe impérissable, car sous le nom d'animisme elle accorde à l'âme le rôle que d*autres attribuent à la nature, et, il faut le reconnaître sans hésitation, la nature est le premier des médecins.

Stahl n'a qu'un seul tort, c'est de n'avoir pas vu qu'entre l'âme, principe de la vie, et le mécanisme de la vie, c'est-à-dire roi|;anisation, il y a quelque chose d'intermédiaire et de particulier, qui est à la vie ce que le fluide nerveux est à la contraction musculaire; ce que la vapeur et l'électricité sont aux organes d'une locomotive ou d'un télégraphe; enfin ce que l'ingénieur est à la machine * dont il réalise la conception dans un mécanisme compliqué. En attribuant à l'âme la direction des fonctions, il lui a donné des attributs au-dessous de sa nature , essentiellement libre et incorporelle, et la belle pensée de l'animisme n'a été délaissée que pour avoir méconnu les véritables éléments de la nature de l'homme, qui sont, d'une part; V agent vitcU promoteur de la matière organique dans la création ou dans l'eniretieu des organismes, et de l'autre, Vorga» niscUian avec toutes ses 'propriétés de tissu. Laissez à l'agent vital son rôle subalterne d'agent de formation et d'entretien, ainsi qu'aux propriétés organiques leur rôle d'exercice fonctionnel, et lanimisme ainsi modifié ralliera bientôt autour de lui tous les dissidents du vitalisme , et ceux qui soutiennent ce principe fondamental , que Vorganisation n'est pas la vie^ vérité qu'un poète moderne a si bien exprimée en disant :

« Noo, ce globe o'est pas tOQ père, « Le nid n'a p&s créé Toiseau. »

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