‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 68 sur 124 · DB L'EMPIRISME ANCIEN · texte numérisé non relu

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nalogisme pour éclairer le classement et la thérapeutique des faits nouveaux. C'est ce que nous appelons maintenant l'analogie. — Quand un fait de cette nature se présentait à l'obsenration on le comparait aux faits anciennement observés et, selon ses analogies, on se croyait en droit d'agir en conséquence.

L'Empirisme ainsi méthodiquement formulé ne pouvait résister aux coups du Dogmatisme qui, lorsqu'il n'abuse pas du droit de raisonner, donne à la science une allure, une liberté et une grandeur particulière. Sans cesse harcelé, et déprécié, l'un de ses chefs, Hénodatos, voulut y introduire un élément de plus par l'usage de VÉpHogisme^ c'est-à-dire la raison suppléant à l'insuffisance des sens et de l'expérience. — Il est évident que c'est là un hommage rendu au dogmatisme mais dissimulé sous le voile d'une dénomination nouvelle. L'expérience à laquelle on supplée par le raisonnement n'est pas autre chose que le Dogmatisme, et la différence des méthodes disparait dès qu'elles se confondent dans leurs procédés.

Quoi qu'il en soit, l'Épilogisme était destiné à renforcer par la raison les données insuffisantes de l'expérience et du témoignage des sens. Ainsi les phénomènes d'une maladie étant cachés dans la profondeur du corps, on cherchait à les deviner et on faisait des suppositions quelquefois exactes, souvent erronées, mais en tout cas contraires aux vrais principes de la méthode expérimentale. Dans un cas de gène de respiration, à l'aide du phénomène appréciable, dyspnée, l'épilogisme concluait à une cause cachée qui était la lésion des organes respiratoires ; ailleurs sur un homme qui souffrait de la vessie d'une certaine manière, comme l'expérience antérieure avait appris que dans ce cas il y avait des calculs dans la vessie, Tépilogisme disait, sans voir ni toucher le calcul et à l'aide de la raison, qu'il existait un calcul vésical.

C'est au moyen de Texpérience ainsi réglementée que TEmpirisme avait formé des groupes de symptômes caractérisant des concours^ ou maladies ou unités morbides dont il restait ensuite à chercher le traitement, but principal de la médecine. — Toutes les définitions de la maladie devaient consister dans une exposition abrégée des symptômes principaux, sans faire intervenir le problème de sa nature intime. On ne devait pas dire la pneumonie est une inflammation des poumons, mais la pneumonie est un mal où s'observent tels et tels phénomènes caractéristiques. C'est la méthode employée de nos jours pour beaucoup de maladies, mais cela ne se fait pas d'une btçon systématique, et on évite de le faire quand la nature d'an mal est bien connue. Ce n'est pour notre époque qu'un moyen de dissimuler son ignorance des causes.

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La Ihérapeutique des Empiriques était toute fondée sur Texpérience, et c*est par là qu'elle est tombée dans le ridicule. Il n'y avait pas à raisonner sur la nature et les propriétés des substances employées. Chercher pourquoi un remède calme, ou bien pourquoi un autre fait uriner, était une perte de temps inutile. Il ne fallait que guérir et les remèdes dont le hasard avait démontré Tutilité^ ou que Fanalogie recommandait à la pratique, devaient être employés. De lA. aux pratiques superstitieuses et absurdes, à l'usage des substances les plus repoussantes et de la polypharmacie, il n*y avait qu'un pas et la méthode empirique, si utile pour empêcher les écarts de la raison dans les recherches scientifiques, vint échouer sur Técueil de la pratique médicale. Du premier coup, \es Empiriques allèrent au fond de leur doctrine, et se livrant aux pratiques les plus repoussantes et les plus absurdes, ils tombèrent dans le discrédit, de sorte que leui' nom est devenu pour toujours synonyme d'ignorant et de charlatan.

Rien n'est plus mérité. Tout le monde fait de la médecine, les prêtres les religieuses, les gens du monde, les somnambules, les magnétiseurs, chacun a une formule de remède à oflnr à ceux qui souffrent, et cela au nom de l'expérience et des succès antérieurs obtenus dans des conditions analogues. Les médecins eux-mêmes, qui ne pratiquent qu'an moyen d'un livre de formules plus ou moins recommandées par l'expérience antérieure, sont de meilleurs empiriques, mais ne sont que des empiriques, et il devient évident que si le téinoignagne des sens est la base de la médecine pratique, ceux qui n'y joignent pas les secours de la raison se réduisent à la condition du premier venu qui conseille contre la cécité le remède qu'un autre lui a donné. — Tout le monde est capable de faire de r Empirisme et de prescrire aveuglément des remèdes vantés contre une maladie, mais le savant qui raisonne ce qu'il fait est seul capable de juger et de faire ce qui convient pour guérir. Or celui-là tout en s'aidant de l'expérience ne sera jamais un Empirique. Si Tinfluence de TEmpirisme systématique des hommes éminents a toujours été le point de départ des plus grossières pratiques médicales, il n aussi été le signal des reclierches thérapeutiques importantes sur refficacité des remèdes. Ainsi, lors du début de la seconde secte empirique en même temps qu on vit les médications les plus grossières se succéder et régner, il parut quelques ouvrages de matière médicale qui sont restés célèbres, et dont je parlerai plus loin.

Le De herbùrihus virtutibus dApulenius CelsuSy médecin qui vécut sous Tibère, un livre sur les médicaments de MénécrcUe, qui vivait à la même époque et auquel on doit Templàtre dUichyion; \e

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pharmaca écrit par Asclepiades pharmacien durant le premier siècle ; l'ouvrage sur les médicamenU aisés à préparer par Apollonius d*Antioche; sur la composition des médicaments par Criton cité par Galien ; le recueil de médicaments par Scrihonius Lar^ gus, empirique très-célèbre qui vivait sous Claude; le recueil de médicaments à^Andromaque de Crète, qui vécut sous Néron et où se trouve ce fameux Antidote nommé Galène ou Tranquille, et qui est depuis connu sous le nom de Thériaque, ce qui veut dire spécial aux bêtes sauvages, parce. qu^elle était Tantidote de toutes les morsures venimeuses ; la matière médicale de DioscoridCy médecin au temps de Néron, ayant voyagé avec les légions romaines el ayant recueilli un grand nombre d'indications sur des substances empruntées aux trois règnes et usitées en médecine, sont les plos connus. Le dernier est le plus important des ouvrages de thérapeutique laissés par Fantiquité et il a été fort en honneur jusqu'à la fln du xvr siècle.

Dans ce livre où Dioscoride donne le nom des substances à employer, leur synonymie,. leur description succincte, il n'y a pas moins de 6 à 700 plantes dont il indique les propriétés médicales, n nous a aussi laissé un ouvrage sur les poisons connus et sur les virus, sur les venins et sur les antidotes célèbres que l'on peut considérer comme un traité de toxicologie.

Ces ouvrages joints à son livre sur les remèdes faciles à se procurer où il démontre Timportance des remèdes indigènes, joint à quelques chapitres de matière médicale de Pline l'Ancien, représentaient bien l'état de la thérapeutique au j)remier siècle de l'ère chrétienne, à l'époque du déclin de la seconde secte Empirique.

Galien joint aux empiriques différents personnages, tels que Cal- Uclès ; ùiodore^ LycuSy Aeschriony mais Leclerc lui conteste cette appréciation pour les trois premiers. Quant à Aeschrian^ concitoyen et maître de Galien, le jugement est irrévocable, et on lui doit un remède contre la rage que Galien a fait connaître et qu'il cite avee an véritable honneur. Personne ne voudra me croire quand j'en aurai dit la nature. C'était de la poudre d'écrevisses grillées tontes vivantes 1

On ne sait pas après Galien quels sont les Empiriques restés célèbres. Un seul est cité par Leclerc. C'est Marcellus, surnommé VEmpirique^ qui vivait sous Théodose à la un du ii« siècle, et il a laissé un recueil de médicaments pour toutes les maladies. Il est probable qu'il y en a eu bien d'autres, mais ils n'ont rien laissé qui les désigne particulièrement à l'attention des modernes ou ce qu'ils ont laissé ne leur a pas survécu.

L'Empirisme est arrivé jusqu'à nous ; c'est une secte qui ne périra jamais, car elle est le refuge des ignorants ou des charlatans qt se couvrent de son nom, mais, dans sa forme ancienne, elle nepea être le principe des savants qui raisonnent leurs connaissances.

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