‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 94 sur 124 · DÉCOUVERTES DE L'EHPIRISMS MODERNE · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES DE L'EHPIRISMS MODERNE

tiquvs syphilis y il\l ; Beckell William , 1 7 i 8 ; De Heusler (Imprimé à AUona en 1783); — Jourdan, DesrueUes, Ca^enave, Spreugel dans ton Histoire de la médecine, etc., qui avec raison ne trouvent pas de preuves suffisantes en faveur de celte manière de voir les choses. Cette opinion fut partage par Aslruc {Traité des mal. t>énériennes^ 1777), par Girtanner (idem, 1788), par Freiad (Histoire de la médecine, 1728), par Fallope (De morho gallico^ etc., 1560), par Sancbez (Origine de la maladie vénériennCy 1752).

Il faut cependant convenir que si la syphilis n'a pas été importée d'Amérique elle s'est développée spontanément en Europe assez subitement pour frapper d'épouvante les peuples et leurs médecins. — Son apparition a été une surprise. C'est une date dans Thistoire de la science et de Thumanité. Avant l'année 1493, il ^ avait des maladies vénériennes, et la blennorrhagie , longuement signalée dans le LévUique (versets 2 à 13) était bien connue ; il y avait des lèpres écailleuses et pustuleuses, que l'on a dit s être transformées en syphilis (Leonicenus ; Sydenham, etc.), mais il n'y avait pas ce que nous appelons la syphilis vraie.

Donc la maladie était bien nouvelle. — Bruner l'attribue à Texpulsion des Maures ou Maranes ou juifs clandestins après la conquête de Grenade, car ils en étaient la proie par suite de leurs vices et ils la disséminèrent partout (Morbi Gallici origines Maranicœ, leoa, 1793). (Voir Sprengel, tome U, p. 107.) D'autres crurent qu'elle résultait des influences astrologiques, soit de la conjonction de Saturne avec Mars dans les signes de la Vierge ou des Gémeaux, soit de la conjonction de Jupiter et de Saturne dans le Scorpion, etc. (Voyez Fracastor, Poème de la syphilis^ liv. 1, p. 12.)

Quoi qu'il en soit de tous ces témoignages opposés, de ces aCQrmations suspectes et de ces théories étranges nées d'un Empirisme aussi superstitieux que peu éclairé, le fait qui se dégage de toutes ces recherches est l'observation presque simultanée dans toute TEurope de la maladie qui a reçu les noms de mal français et de syphilis, — Les descriptions en ont d'abord été très-incomplètes et se sont ressenties de l'incompétence des premiers narrateurs, mais plus tard sont venues les véritables descriptions médicales avec toutes leurs hypothèses sur la nature du mal et leurs erreurs de diagnostic. — Je citerai par ordre celle de Marcel (kimanus, chirurgien des troupes vénitiennes, 1495; — de S. Brani, professeur d'humanité, à Bàle, 1406; ^ de Nicolas Leonicenus, de Vicenœ, professeur à Padoue, 1407 (deSiorbogaUico)\ — de Gaspard TorreUâ de Valence, médecin du pape Jules II, en 1497 ; — de Bar- Ikélemi Monlagnaoa de Padoue; -* d'Aoteine Beoivieai de Fia-

rence, 1502; — de Jacques Catanée, médecin génois, 1505; — de Bérenger de Carpi en Modène, 1513; — de Jean de Vigo, niédecin de Jules II {Pratique de chirurgie), 1514; — de Nicolas PoU, médecin de Charles-Quint, 1517; -^ de Ulrick de Hutten, gentilhomme importateur du gaïac (de Morhi gcUlici per administra^ tionem ligui gaïaci), 1519; — de Beihincourt de Rouen, qui le premier employa le nom de maladie vénérienne; — Carême de pénitence pour le mal vénérien, 1527; — de Jérôme Fracastor, né en 1483, mort en 1553, et auquel on doit un poème très-remarquable en vers latins sur la syphilis^ 1530; et un opuscule sur le mal français dans le de ContagionihuSy 1546; — de Hatthiole, en 1535; — de Paracelse, en 1536; — de Cheiradin Barberousse, fameux corsaire qui inventa des pilules anti- syphilitiques portant son nom, 1538; — de Yesale, de Cardan, de Fallope, en 1555; — de Fernel, en 1556, etc., car il serait un peu long d'indiquer le nom de tous ceux qui se sont d'abord occupés de la maladie syphilitique à son apparition. Ce sont des renseignements que l'on trouvera très au complet dans le remarquable ouvrage d'Astruc sur les maladies vénériennes.

Parmi tous ces vieux auteurs il en est un dont la réputation méritée est venue jusqu'à nous. — C'est Fracastor, qui, dans un poème en trois chants et dans un opuscule spécial, nous a laissé le tableau de la syphilis du xvi* siècle. L'opuscule est surtout destiné aux médecins. Le pocme s'adresse à tous, et comme on pourra en juger par cet extrait, il n'est pas indigne de la science sérieuse.

ec Dans le corps humain c'est le sang qu'il attaque tout d'abord, et ne s' alimentant que d'humeurs grasses et visqueuses, c'est aux parties épaisses et corrompues de ce fluide qu'il s'attache de préférence. D

( C'est aux organes de la génération que se porte le virus, tout d'abord, pour s'irradier de là sur les parties voisines et sur les régions de l'aine. »

« Bientôt après se manifestent des symptômes plus tranchés. Lorsque s'éteint la lumière du jour pour faire place aux ombres de la nuit, à Theure où la chaleur innée des corps vivants abandonne les parties périphériques pour se concentrer sur les viscères, soudain d'atroces douleurs éclatent dans les membres chargés d'humeurs viciées et torturent les articulations, les bras, les épaules, les mollets. C'est qu'à ce moment, en effet, la nature vigilante, ennemie de toute impureté, travaille à réagir contre les ferments putrides que le mal a introduits dans les veines, et dont il a pénétn^

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