‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 10 sur 125 · BOUCHOT · texte numérisé non relu

BOUCHOT

HISTOIRE DK LA MÉDRCINIÎ

des fails qui chaiigenl enlièreinenl noire manière de raisonner, mais, en présence des affirmations de la chimie qui doute de l'exactitude des résultats connus, et qui avoue qu'en matière d'analyse des liquides organiques elle est impuissante , il faut élre très-réservé dans ses déductions. — Les conquêtes modernes en chimie organique ont culbuté les théories chimiques du moyen-àge, comme celles-ci avaient renversé les doctrines humorales de l'antiquité, mais dans tout cet immense travail de reconstitution et de progrès, il ne faut voir que la victoire des découvertes de détail sur les erreurs du passé, sans que pour cela le principe mêrtie de l'Humorisme ail été atteint d'une façon vraiment sérieuse.

Sans contester en rien le mérite des découvertes modernes qui permettent d'expliquer autrement qu'on ne le faisait, l'iniluence morbitique du sang, de la lymphe ou de la bile, il n'en reste pas moins acquis l'indestructibilité de ce principe étiologique que la bile, la lymphe ou le sang sont, par leurs altérations et leur déplacement, le point de départ d'une foule de maladies. Là où les anciens disaient : intempérie d'humeur, la renaissance a dit : âcrelé, acidité, fermentation, effervescence, tandis que nous plus sûrs de notre science, nous le croyons du moins, nous disons hyperglohulie ou hypoglobulie; hypérinose ou hypinose, urémie, etc., etc.

— Ce sont des faits d'une grande importance qui montrent de noire part une connaissance plus approfondie des éléments de nos humeurs, mais en principe, cela ne modifie pas leur rôle pathogéni(|ue, et c'est là le côté philosophique important de la question.

*Malgré ses vicissitudes diverses, ses époques de prospérité ou de déchéance, l'Humorisme est resté vivace parmi les doctrines médicales les mieux accréditées dans l'opinion. Il ne mourra pas. Cela se comprend, car le sang est l'oi'igine des organes et des humeurs sécrétées, il se transmet des parents à la descendance et tout le monde comprend cette belle parole du poëte :

« En remontant le cours des générations on trouve toujours dans la première goutte de sang l'origine de la dernière. »

Par cela même qu'il y a dans le corps humain des humeurs associées aux solides qui le constituent, et aux forces qui l'animent, ces humeurs peuvent s'altérer, et il n'est pas permis de penser que ces altérations n'exercent pas une influence considérable sur la santé.

— Toutes les arguties du solidisnie qui nie cette influence et qui se croit maître de l'éliologie ou du Scepticisme qui proclame l'inanité de toute recherche doctrinale n'y feront rien il y a un Humorisme c'est-à-dire il y a une doctrine qui soutient que les humeurs en s'allérant sont l'origine d'un grand nombre de maladies. — Il faut

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n'êlre pas médecin ou être aveuglé par l'esprit de système pour nier qu'il en soit ainsi.

Seulement, le fait étant admis, il y a lieu de discuter la question de savoir si ces altérations humorales Sont primitives, comme on l'a dit, avec Hippocrate, si elles ne sont que secondaires ou enfin si elles sont tantôt -primitives et tantôt secondaires, ce que je discuterai plus loin.

Pour l'instant, acceptons donc la vérité de l'Humorisme et voyons ce que cette doctrine renferme d'utile à la science, en dehors de toute exagération systématique.

Il est bien certain que si l'on prétend trouver dans l'altération primitive des humeurs l'origine de toutes les maladies, on se trompe singulièrement et Hippocrate, dont on connaît le Naturisme, en physiologie et en pathologie, peut être considéré comme le défenseur de cette opinion en pathogénie. C'est une manière de voir à laquelle l'observation des malades ne permet pas de souscrire entièrement et qui a été combattue d'abord par Erasistrate, puis par Galien et enfin par tous les Empiriques. Sous celte forme, l'Humorisme devient un système où l'erreur se mêle à des vérités utiles et il ne saurait être accepté. — Tout autre est l'Humorisme de Galien. — Bien qu'il soit excessif, il n'est pas absolu et dans son livre sur les causes des maladies, ainsi que dans une foule d'autres ouvrages^ cet auteur admet des maladies produites soit par l'altération primitive des solides, soit même par le trouble des forces ou facultés. — Là est l'Humorisme acceptable pour tous les médecins cliniciens; on pourra discuter sur la nature humorale ou organique ou métaphysique de telle ou telle maladie qui sera considérée par les uns comme due à un trouble primitif des humeurs, tandis que d'autres n'y verront qu'une altération primitive des solides ou des forces. Cela n'est plus la question de principe et ne concerne que les détails de la pathologie. — Comme Galien il faut être naturiste, humoriste et organicien ou solidiste tout à la fois. De cette façon, l'Humorisme représente un côté vrai de la pathogénie car le médecin admettant chez l'homme des humeurs à côté de l'agent vital et des solides, montre ensuite que ces humeurs altérées peuvent être primitivement la cause d'un certain nombre de maladies. Cet Humorisme n'a rien d'exclusif, et quand il ne dit que ce qui est réel et exempt d'hypothèses, son importance est considérable.

Je viens de dire : quand il ne dit que ce qui est réel ; c'est qu'en effet, si l'Humorisme a été tour à tour en honneur et en discrédit, c'est qu'à l'instar des autres doctrines, il s'est lancé dans l'hypothèse en prétendant à une domination absolue et qu'il a submergé

l'excellejice de son principe sous un amas d'erreurs de détail. Aujourd'hui que le temps et l'expérience ont jeté leur lumière dans 1».'^ profondeurs de ce passé d'affirmations hypothétiques on compreni à merveille le pourquoi de ces vicissitudes de la doctrine, et comment elle est arrivée jusqu'à nous ainsi transformée, j'allais dire méconnaissable.

Personne ne voudrait défendre aujourd'hui la théorie de la chaleur innée, ni l'Humorisme hippocratique formé par les altéralions du sang, de la bile, de la pituite et de l'atrabile correspondant à des qualités organiques de chaud, de sec, de froid et d'humide, mais il n'a pas fallu attendre jusqu'ici pour trouver des adversaires à cette manière de voir. Aristote mettait en doute l'influence pathogénique de la bile, comme Erasistrate, qui d'ailleurs plaçait tout sonHumorisme dans le sang et dans ses déplacements, ou [métemptose (1). Galien n'sbt pas plus défendable mais, malgré ses erreurs, que de grandes idées renferment ses livres d'où elles ont passé dans les nôtres ! Son Humorisme contient toutes les erreursimposées par la physiologie et la chimie du temps, mais dès qu'on s'élève un peu, combien de vériléa générales n'a-t-il pas formulées, sans que les siècles aient pu les détruire ! C'est lui, dans son humorisme intelligent, qui tout en accordant un rôle pathogénique aux altérations de la pituite, de la bile el de l'atrabile mettait en première ligne les altérations du sang, « cettai humeur principale génératrice de toutes les autres », absolument; comme nous le faisons aujourd'hui à son exemple.

Personne ne voudrait davantage défendre les doctrines chimiques et chimiatriques, par lesquelles, au moyen âge et à la renaissance,^ on a combattu ce viel Humorisme des quatre humeurs, communi-r quant les unes avec les autres dans les organes, à travers les porosités des tissus. Si les essais alchimiques de Paracelse, le mystique, le naturiste et l'astrologue du moyen âge, ont inauguré un nouvel Humorisme, amplifié par Van-Helmont qui voyait dans les fermentations l'instrument d'action de son archée, cet Humorisme» développé par Sylvius de le Boë, plus tard éclairé par la découverte? de la circulation sanguine et lymphatique, ainsi que par la physio-t logie des glandes, nous semble aujourd'hui plus étrange que l'Humorisme grec. Aussi quelles luttes n'eut-il pas à subir, el comme il' méritait bien les attaques de Riolan et de Guy-Palin ses plus violents adversaires! — Que signifient ces âcretés, ces efl"ervescences, cesj acidités ou ces alcalinités humorales de Th. Willis et de ses adeplest dont rien ne montre aujourd'hui l'existence? Ce sont autant d'erreursi

(1) Voir plus haul, pugc \ i.

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de détail qui déjà ont été mises en lumière à. cette époque par Robert Boyle, et ensuite par Fr. Hoffmann d'abord chimiatre, puis à la fin de ses jours converti an Solidisme dont il fut l'un des plus célèbres soutiens. — La science n'a rien à prendre dans cet Humorisme qui l'ut vite abandonné et que le xviii« siècle se hâta d'allier à l'Humorisme ancien, dont le principe vivace survivra toujours aux hypothèses dont les novateurs pourront l'entourer. — Quoi qu'on fasse , et quelles que soient les découvertes de l'avenir, je suis assuré qu'il en sera toujours ainsi, nos progrès en Humorisme font vieillir trèsvile les découvertes de la veille, et nous poussons en arrière l'Humorisme du xviii* siècle comme celui-ci a chassé bien loin celui de Sylvius de le Boë ; mais, au delà nous retrouverons les bases indestructibles de l'Humorisme grec sur lequel nous appuyons encore nos recherches actuelles.

Ne soyons donc pas trop fiers de notre présent. La chimie et la physiologie ont fait beaucoup pour l'Humorisme moderne ; mais il faut bien avouer qu'au milieu des vérités qui lui servent de base, i 1 s'est glissé un grand nombre de faits mal interprétés par suite de l'imperfection des analyses, et un plus grand nombre encore d'hypothèses {\m se chassent les unes les autres du jour au lendemain.

Noire Humorisme diffère donc considérablement de celui de nos prédécesseurs. Si le point de départ est le même, notre manière d'envisager les altérations humorales est toute autre et l'analyse des éléments du sang et des liquides qui en sortent a remplacé les théories purement philosophiques des anciens. C'est là un progrès incontestable. Quelle que soit la manière dont on veuille envisager la question, que Ton accorde ou que l'on refuse aux altérations du sang la préséance dans certains cas de palhogénie, les faits n'en restent pas moins acquis à la science, et nous avons dans notre Humorisme un des éléments du problème si complexe de l'étiologie.

Cela me conduit à discuter la question de savoir si les altérations des humeurs sont primitives etantérieures aux lésions des solides ou, au contraire, si une altération des solides préexiste toujours à l'altération des humeurs. — Dans le premier cas, l'Humorisme reste une doctrine et dans le second l'Humorisme n'existe plus que comme élément parliculier dans l'anatomie pathologique des maladies.

Les médecins qui soutiennent que le sang et les humeurs ne sont jamais altérés que d'une façon secondaire et consécutive à une lésion des solides me semblent tenir plus compte de leurs idées préconçues que des fails. Il est bien cerlain, et Calien l'a déjà dit, que dans certains cas, la maladie du solide existe avant l'altération des humeurs, et j'ajouterai que souvent elle la fait naître, mais, il y a

aussi des cas où l'altération humorale est le point de départ des accidents pathologiques.

Ainsi, la pléthore et la chlorose sont des altérations du sang dont aucune lésion connue n'explique le développement. — On fait trèsbonne chère et on devient pléthorique, où est la maladie organique primitive ? Serait-ce par hasard, comme on l'a dit d'une façon assez paradoxale, une maladie des organes de l'assimilation. — Cela n'est pas soutenable — Quant à la vraie chlorose des jeunes filles, qu'il ne faut pas confondre avec l'anémie symptomatique, est-ce que la diminution des globules du sang résulte d'une lésion des solides ? Pas davantage. — J'en dirai autant du scorbut avec altération de la fibrine devenue incoagulable; — de l'hémorraphilie ; — de Vhypinose ou (diminution de fibrine) ; — de quelques fièvres continues graves; — de l'hydrémic avec analbumie produite par la famine et la mauvaise alimentation ; — de lacholihémie subite après une frayeur vive ; — de la glycohémie passagère ; — des nosohémies virulentes telles que la variole inoculée , la rougeole, la scarlatine, la rage, le charbon, la syphilis, la morve, etc.-, des nosohémies parasitaires dues au développement d'algues, de bactéries ou d'espèces infusoires quelconques dans le sang ; — des nosohémies miasmatiques telles que le typhus, la peste, la fièvre jaune, la fièvre typhoïde ; — des nosohémies par effluves qui pénètrent dans le sang, telles que la fièvre intermittente simple et pernicieuse, enfin des dialhèses héréditaires, maladies humorales qui sont le point de départ d'une foule de lésions des solides, etc.

Dans toutes ces maladies appelées depuis bien longtemps des maladies générales, l'origine du mal est évidemment une altération humorale primitive, inconnue pour plusieurs, mais déjà démontrée pour beaucoup d'autres si les résultats de l'analyse chimique et du microscope sont exacts. — Quant aux altérations qu'elles présentent dans les solides, et qui sont aussi secondaires que la pustule variolique l'est dans la variole, telles que les congestions et inflammations glandulaires ou viscérales, ce ne sont là que des efl'ets d'une lésion du sang et des humeurs émanées du sang. En présence de pareils faits, l'Humorisme qui persiste à s'affirmer semble avoir toute raison d'être, et tant qu'on n'aura pas démontré que chez un individu bien portant ayant respiré l'atmosphère d'un varioleux, il y a une lésion des solides, primitive et antérieure à l'infection qui résulte de l'empoisonnement du sang par le miasme variolique, tous les esprits sages admettront avec moi l'existence des altérations primitives du sang comme éliologic incontestable d'un grand nombre de maladies.

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La manière d'agir des miasmes, et des eftluves, si comparable à celle des poisons volatils, prouve bien qu'en pathogénie, toutes les particules nuisibles que l'on respire ou que Ton avale, pénètrent dans le sang où elles se développent avant de produire les symptômes qui révèlent leur absorption.

Maintenant, à côté de ces faits si explicites et qui consacrent à jamais la réalité des anciennes doctrines humorales, il y a des cas particuliers où une lésion du solide accidentelle engendre des altérations humorales d'où pourront naître des maladies ultérieures. — Ici, l'altération des humeurs est secondaire; mais, relativement aux efTels qu'elle entraînera et qu'une lésion du solide exempte de celte complication n'aurait jamais déterminés, elle est le phénomène primitif. Ce n'est pas la brûlure, qui fait mourir, si elle vient à se compliquer depyémie; c'est la pyémie elle-même, et sous ce rapport les altérations humorales gardent encore toute leur importance pathogénique.

Que les altérations du sang et des humeurs soient le phénomène primitif de l'état morbide au-delà duquel on ne trouve pas de lésion des solides ; ou que ces altérations consécutives à une lésion organique antérieure, produisent un état morbide afférentàsa cause, la conclusion est la même, il faut être humoriste.

Mais comment faut-il faire de l'Humorisme? Est ce à la façon d'Hippocrale qui était un peu trop exclusif, ou comme Galien qui, malgré ses erreurs, sut allier dans sa pathogénie l'influence des altérations humorales à celle des lésions survenues dans les solides et au trouble des facultés, ou enfinàla façon des chimiatres qui continuent à notre époque la chimiàtrie de la renaissance? — Ni l'une ni l'autre de ces manières de pratiquer l'Humorisme ne convient à la science actuelle, car, en acceptant le principe vrai et fécond de la pathogénie humorale des anciens Grecs, elle en a proscrit tout l'esprit d'hypothèse pour se renfermer dans les bornes d'une analyse sérieuse et d'une observation attentive. — C'est ainsi que l'iiumorisme actuel se trouve à peu près constitué : 1° par l'étude des Nosohémies, dans lesquelles il faut reconnaître trois espèces révélées : l'une par l'analyse cliimique, la seconde par l'examen à l'aide du microscope et la dernière par l'observation des malades; 2° par l'étude clinique des différentes diathèses.

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