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DE LA. CHIRURGIE MODERNE AUX XYII^ ET XVIII' SIÈCLES

•1° XVII e siècle.

Après la mort d'Ambroise Paré, en 1590, comme après celle de Guy de Chauliac, la chirurgie eut encore une éclipse de près d'un demi-siècle dans lequel il ne parut aucun nom ou publication de quelque importance. — L'antagonisme des barbiers chirurgiens, des maîtres chirurgiens de Saint-Come et de la Faculté continuait toujours en France au grand détriment de la science et de l'humanité, car elle relardait de plus en plus l'avènement d'une branche des connaissances médicales les plus utiles et la plus digne d'être encouragée.

L'histoire est unanime pour condamner le mobile de ces querelles qui ont duré si longtemps et engendré plus de mille mémoires, de procès, de brochures et d'articles de toute sorte où la question de préséance des médecins et des chirurgiens semblait être l'unique préoccupation des savants (1). — Pour'êlre moins vive, la lutte au xviF siècle n'en persista pas moins et, comme le dit Dezeimeris :

« La faculté de Paris ne pouvait laisser au collège des chirurgiens le repos et la liberté dont les fruits menaçaient de faire oublier ses propres travaux. Les moyens ne lui avaient jamais manqué pour nuire à ses rivaux; mais elle sut trouver dans cette occasion le phis sûr et le plus funeste : ce fut d'avilir et de dégrader par une association déshonorante le corps qui lui faisait ombrage. Grâce à l'inipudence de ses valets, les barbiers, et à la bassesse de quelques chirurgiens indignes d'appartenir au collège Saint-Louis, elle réussit par surprise et par intrigue à faire prononcer par l'autorité suprême (1655) la réunion des barbiers et des chirurgiens en une seule corporation et à faire exclure de l'Université la chirurgie qui y avait ^ un instant reconnue, et dont la dignité se trouvait alors si gravement compromise. » ^

(I) Voir à ce sujet Hist. de Vanatomie et de la chirurgie de Portai., tom. VJI,I p. 722.

« Depuis lors tout zèle et toute émulation pour la chirurgie furent 1 éteints en France; à peine pourrait-on citer les noms de quelques I hommes généreux qui cherchèrent à relever l'honneur de leur état, 1 les travaux d'un petit nombre de chirurgiens qui auraient pu briller

idans un siècle moins défavorable (Dezeimeris, page 157; Let-

ttres sur l'Histoire de la Médecine) {{).

Comme on le voit, Tétat de la chirurgie en France au commenceiment du xvir siècle ne fut pas brillant, mais il n'en fut pas de imême dans le reste de l'Europe, et « pour suivre ses progrès il faut ; aller dans des pays moins esclaves des préjugés et moins asservis rau joug des privilèges (p. 158). »

Je commencerai par l'Italie, là où le culte des recherches anato- Jmiques avait ranimé les études chirurgicales. — En effet, tous les panatomistes furent presque tous chirurgiens. — Vesale; Eustachi; IG. Fallope; J. A. délia Croce; Colombo, auquel on attribue à tort H'idée beaucoup plus ancienne de la trépanation du sternum; Ingrassia; Azanzi; Varoli; Palazzo; Arcolani, auquel on rapporte le trailement de la carie dentaire par l'aurification; ~ J. Casserio, grand partisan de la bronchotomie qu'il a décrite avec talent; — Durand ^Sacchi, qui a écrit sur les maladies des yeux, sur les maladiesde la vessie, sur les tumeurs, sur les ulcères, sur les maladies des os; Fabrice d'Aquadente, dont les ouvrages sont encore très-renommés aujourd'hui.

Ce Fabrice, né en 1537, mort en 1619, disciple de Fallope, professeur d'anatomie et de chirurgie à Padoue, est par quelques personnes considéré comme le réinventeur des valvules des veines : on lui doit quelques autres petites découvertes anatomiques, des Œuvres chirurgicales ou Pentateuque chirurgical, comprenant les tumeurs, les plaies, les ulcères, les fractures et les luxations : et me infinité d'ouvrages, dont le nombre effraierait en ce temps-ci ■tous les médecins qui ne produisent rien et qui se font si volontiers les ennemis de ceux qui travaillent.

Sa chirurgie, quoique fort timide, était fort complète et, comme toute celle de ce temps, surchargée d'onguents et d'emplâtres. Il ■employait surtout le fer et le feu. Il proscrivait l'incision de la con-

(1) Ce ne fut qu'en ITiS que le roi rendit une ordonnance qui remit les chirurgiens de S'-Conie au môme élat où ils étaient avant leur jonction avec les Barbiers -.tnprôs bien des discussions; l'arrôt ne fut dénnitir qu'en 1749, un an après la fonlalion de 1 Académie royale de chirurgie où d'abord se tiouvaienl librement réunis ■ous les m.'ulreH chirur^'iens de Paris. - Ce nusl que plus tard qu'un nouveau ré- ,'leuifnt [,xa le nombre des académiciens, basé sur le privilège.

jonctive, l'incision des amygdales, l'opération des hernies. Sous ce dernier rapport on peut dire qu'il avait bien raison. ^ Dans son procédé de bronchotomie, il est le premier qui indique l'emploi d'une canule simple avec des ailes latérales pour empêcher son introduction dans les bronches.

Marc Aurèle Severin (1637-1056), professeur d'anatomie et de chirurgie à Naples, a joui d'une très-grande réputation. On le vante sous le rapport de l'énergie chirurgicale et de l'ardeur presque cruelle qu'il a mise à réhabiliter l'action du fer et du feu ou à blâmer les chirurgiens qui n'osaient pas entreprendre l'opération des anévrysmes ou de la litholomie qu'on laissait faire à de hardis ignorants.

On lui doit différents opuscules anatomiques et plusieurs livres de chirurgie, un entre autres appelé la Médecine efficace en raison du rôle de l'intervention chirurgicale.

Son traité des abcès est fort important et comprend toute espèce de choses, les abcès critiques avec ou sans métastase; les différents abcès par congestion, les abcès anormaux, les abcès en général, les abcès ou paedarthrocaces chez les enfants, les vices de conformation, les épinyglides, rousseurs et engelures, enfin une affection pestilentielle.

Dans sa Médecine efficace il traite de la cautérisation, de la sai- *gnée et des scarifications — des ponctions ou paracentèses — de la bronchotomie — de la fistule à l'anus, — de l'amputation de la mamelle, etc. Tout cela est très-diffus — mais à l'époque où vivait l'auteur, ce livre a eu une très-grande réputation et il représente la chirurgie italienne de la première moitié du xviie siècle.

Pierre de Marchettis (1654), professeur de chirurgie à Padoue.

— Il est l'auteur de trois traités sur la fistule à l'anus , sur les ulcères, et sur le spina-ventosa. — Ce fut un adversaire résolu de la suture des tendons et des nerfs. — II a eu quelque célébrité.

En Allemagne et en Suisse, la chirurgie eut alors quelques repré sentants célèbres, Féliz Wulz dont j'ai déjà parlé; Conrad Gessner et enfin Fabrice de Hildan dont le nom est encore Irès-estlmé.

Fabrice de Hildan, né en 1500, était professeur de chirurgie à Bâle en 1610 et très-partisan de l'anatomie pathologique. Il a publié un grand nombre d'observations presque toutes chirurgicales.

— Ne pouvant les citer ici, je me bornerai à dire qu'il protesta Irèsénergiquement sur l'abandon de la taille aux charlatans et qu'il donna l'exemple aux chirurgiens pour reprendre l'usage de cette

opération qu'il pratiquait selon la méthode Marianus Sanctus, c'està-dire par le grand appareil.

Th. Bonet, qui rendit de grands services à la science en publiant son sepulchretum où se trouvent des observations d'anatomie pathologique chirurgicale, qui ne pouvaient que faire progresser la chirurgie.

Georges Bartisch (1583), de Dresde; célèbre par ses travaux d'oculistique et qui est, dit-on, le premier auteur d'un traité spécial d'ophlhalmologie, mérite assez faible puisque les maladies des yeux sont traitées très-longuement dans Celse, Paul d'Egine, Albucasis, etc. On lui doit un instrument pour relever la paupière.

Schenck de GrafTenberg (1607), qui en Allemagne a étudié avec soin la composition des pierres qui se forment dans la vessie.

Jean Scultet (1595-16-45), né à Ulm, élève de Spigel à Padoue, nous a laissé un livre traduit en français, en 1658, sous le nom à' Arsenal de chirurgie, dans lequel il a représenté tous les instruments, appareils et bandages usités de son temps. et par les auteurs qui l'avaient précédé. — Il est l'auteur de différents bandages de fractures encore employés de nos jours.

A son Arsenal de chirurgie se trouvent jointes des observations de chirurgie très-intéressantes, entre autres celles qui sont relatives à la régénération complète du cubitus et du tibia. Sous ce rapport il est le précurseur de ceux qui de notre temps ont mis en honneur la pratique des résections sous-périostées en comptant sur le périoste pour obtenir la régénération de l'os.

Salmulh, qui en Allemagne a publié un opuscule de chirurgie en 1585.

Matthias Godefroi Purmann,(1684), de Breslaw, est un chirurgien militaire qui se soumit deux fois aux injections de substances médicamenteuses dans les veines; il était fort partisan comme les anciens de l'emploi des cautères et des sétons et pratiquait la taille à la façon de Celse par le petit appareil.

Dans les Pays-Bas, après la chute du gouvernement espagnol et la proclamation de l'indépendance nationale, les sciences prirent un développement considérable et on y trouve beaucoup d'anatomistes et de chirurgiens.

Pierre Foreest (1522-1597), qui étudia à Ferrare, à Padoue et à Paris, avant d'être professeur à Delft en Hollande. — Il fut assez célèbre comme chirurgien. On lui doit beaucoup d'observations chirurgicales. 11 y en a sur les maladies des yeux et des paupières sur les maladies des oreilles, du nez, de la bouche, du gosier, sur les

^-o HISTOIRE DE LA MÉDECINE

tumeurs, sur les plaies du cerveau avec déperdition de substance suivie de guérison, sur les ulcères, sur les maladies des os, etc. La plupart de ces observations ont une réelle importance.

Jean de Horne (1652), disciple de Severin, fut professeur d'anatomie et de chirurgie à l'Université de Leyde. — Il a écrit une brochure pour disputer à Pecquet l'honneur de la découverte du canal Ihoracique, et on lui doit une lettre sur les anévrysmes et différents travaux estimés d'analomie et de chirurgie. — Ce chirurgien eut une célébrité considérable.

Paul Barbette (1658), médecin et chirurgien d'Amsterdam dont les écrits chirurgicaux renommés alors n'ont plus rien de remarquable aujourd'hui; sa chirurgie anatomique a surtout le mérite de rapprocher l'anatomie de la chirurgie comme on la fait depuis par Fanalomie chirurgicale.

Henri deRoonhuysen (1662), chirurgien d'Amsterdam qui a publié en hollandais plusieurs fragments de chirurgie dans lesquelles il y a lieu de remarquer quelques chapitres sur le bec de lièvre, sur les piqûres des nerfs; sur les fractures du crâne pour lesquelles il ne semble pas très-partisan de la trépanation, sur l'opération césarienne, et l'invention d'un tire-tête de son invention dont il a été parlé plus tard à l'Académie de chirurgie par Lamper.

Job de Meckern (4668), chirurgien d'Amsterdam qui a publié en hollandais, des observations médico -chirurgicales, traduites en latin par A. Blasius, en 1682, après la mort de l'auteur. — C'est le résumé de sa vie chirurgicale, comprenant les observations les plus curieuses qu'il ait rencontrées. — Sous ce rapport, c'est un livre très-utile. On y trouve une observation de plaie de tête avec abcèmétastatique du foie ayant déterminé la mort. — Il s'élèva contri l'audace de ceux qui avaient entrepris d'enlever l'utérus et monirr. que dans quelques cas ce qu'on a appelé la procidence de ^ulcru^ n'était qu'une végétation polypiforme.

Corneille Solingen (1673), chirurgien de La Haye dont le manuel de chirurgie très-renommé a été traduit par extraits dans les Actes de Leipsic.

Jean Muys (1682), chirurgien hollandais qui a publié quelques observations sur des plaies de tête avec perte de substance du cerveau.

Antoine Nuck (4685), chirurgien, professeur de Leyde et de La Haye, donLles recherches analomiques, surloutla sialographic et les ouvrages de chirurgie, sont très-eslimés. — Il se servait du trépan même sur la portion écailleuse du temporal que les anciens n'osaient trépaner; il opérait le strabisme, mettait des yeux artificiels.

pratiquait la cataracte, l'ablation des polypes, employait les cornets acoustiques, l'incision de la luette, la bronchotomie, les appareils orthopédiques dans le torticolis et blâmait la ponction de l'hydrocéphalie. Dans l'opération de l'anévrysme il se servait de la vessie de loup ou hovist contre l'hémorrhagie et, chose grave, il en proposait aussi l'emploi dans les amputations des extrémités à la place de la ligature. — Ce fut un grand partisan de la transfusion.

Corneille Stalpart (1686), chirurgien de La Haye qui avait ima giné une méthode d'injection conservatrice des pièces d'anatomie et qui publia deux centuries d'observations chirurgicales, sur les fractures de la tête à l'occasion desquelles il fit vingt-deux fois le ■trépan; — il a laissé des travaux sur Tanencéphalie, sur la grossesse exlra-ulérine, sur les monstruosités du fœtus; sur l'emboîtement d'un œuf dans un autre, etc., livre curieux et instructif qu'il y a encore tout profit à parcourir.

En Danemark, où la chirurgie fut si longtemps avilie par la domination médicale qui rejetait les chirurgiens au dernier rang, malgré leurs connaissances anatomiques et leur habileté opératoire, il n'y a guère à mentionner au xvif siècle que Thomas Bartholin, deuxième fils de Gaspard.

Ce Thomas Bartholin (1616-1680) était de Copenhague, il vint étudier à Leyde, à Paris, à Montpellier, à Padoue et dans toute l'Italie, avant de se faire recevoir docteur à Bâle et de rentrer dans son pays pour y professer l'anatomie et la chirurgie.

Ce qu'il a écrit en anatomie est immense, mais il a peu ajouté à ce qu'avait fait Gaspard Bartholin, son père. — Sa physiologie est plus originale et on a de lui, en anatomie-palhologique et en chirurgie, des observations nombreuses sur l'anévrysme qu'il conseille d'opérer en liant les deux bouts de l'artère et en vidant le sac; sur' une loupe de la vessie prise pour une pierre; sur une fille ayant deux nez; sur un homme à deux verges; sur des filles ayant du lait dans les mamelles; sur le splna bifida ; sur les monstruosités; sur les cornes de la peau ; sur l'opération césarienne, sur les accoucheiments par des voies anormales; sur une plaie du cœur ayant laissé 'Vivre le sujet pendant cinq jours; sur la vérole des deux jumeaux f^t une infinité d'observations qui font de lui une des personnalités ïanatomiques et chirurgicales les plus illustres de ce siècle.

En Angleterre. —Dans ce pays, la chirurgie que nous avons vue si languissante aux xv« et xvi' siècles ne se réveilla qu'au xviia et encore fut-elle longtemps à y prendre un véritable caractère scientifique.

BOUCHUT. „.

On pourrait citer Jean Banister (1578), et Groenevelt 1G84, lithotomistes qui eurent quelque réputation chirurgicale à Londres, mais le vrai représentant de la science à cette époque fut Wiseman, (1676), qui eut une grande influence sur la restauration de la chirurgie anglaise, et dont les écrits sont le point de départ d'un mouvement d'étude qui ne s'est plus ralenti. Il a puhlié en anglais un traité de chirurgie en huit livres, comprenant : les tumeurs ; les ulcères; les maladies de l'anus; les écrouelles ou maladies analogues; les plaies ordinaires et d'armes à feu; les fractures et luxations et la vérole. — Ce n'est pas là un plan bien séduisant, mais pour l'époque, ce fut assez, en raison de l'intelligence xle l'auteur, pour obtenir un succès considérable.

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