INVENTIONS ET MÉTHODES CHIRURGICALES DES ET XVI» SIÈCLES
L'onguent mercuriel contre les poux, par Balescon de Tarente ou Valescus.
L'autoplastie et larhinoplastie, inventées par Branca et depuis lors piatiquées par Balthazar Pavone, Bojano et Tagliacozzi.
L'extirpation de la matrice tombée hors du vagin, par Bérenger de Carpi.
La taille par le grand appareil, inventée par Jean de Romani, puis employée par Marianus Sanclus.
Le mercure à l'extérieur dans la Syphilis, par Béranger de Carpi, et à l'intérieur par Matlhiole;
Les appareils de fracture avec des cercles de fer maintenus à distance par une tige et des vis, inventés par Paracelse pour remplacer les appareils contentifs.
La taille par le haut appareil de Germain Colot et surtout de Franco.
La substitution delà ligature des artères à leur cautérisation pendant la pratique des amputations due à Amb. Paré.
Le diagnostic exact des fractures du col du fémur et de la luxation de la hanche indiqué par A. Paré .
L'invention d'une nouvelle pince d'arrachement pour les polypes du nez.
Le nouveau traitement des plaies d'armes à feu par enlèvement des esquilles et un pansement simple substitué à la torture de la cautérisation faite dans le but de combattre un empoisonnement de ces plaies qui n'existe pas.
A ce sujet, il ne sera pas sans intérêt de comparer le traitement des plaies d'armes à feu auxv° etau xix^ siècle.
Des plaies d'armes à feu au siècle. — Au xv» siècle, l'homme n'avait pas encoré fait sortir de la découverte du moine Roger Bacon, sur la poudre de guerre, tout le parti qu'il en tire aujourd'hui pour sa propre destruction. C'était le temps des arquebuses et des mauvais canons. En raison du nombre assez restreint des projectiles lancés, le courage humain n'était pas paralysé par le spectacle des ravages de la tuerie moderne, et il pouvait se déployer dans toute son énergie. La lutte des armées en campagne n'était pas aussi meurtrière qu'elle est de nos jours, et l'ardeur ou la foi des combattants dans la justice de leur cause pouvait, en excitant leur enthousiasme, changer en leur faveur l'issue des combats.
Aujourd'hui, la vaillance personnelle est soumise à une épreuve infiniment plus redoutable, car il lui faut lutter contre la science qui, multipliant le nombre et la portée des projectiles lancés dans un court espace de temps, la domine par ses calculs, et lui ôte une partie de ses ressources d'autrefois. A nombre égal, les plus savants sont les plus forts. Soyons donc savants.
Si l'art de la guerre et ses conditions ont changé, l'art de guérir les blessures de la guerre, surtout les plaies d'armes à feu, n'a pas moins été profondément modifié. Entre ces deux métamorphoses, il y a cependant une bien grande différence. Les perfectionnements de l'art militaire sont la honte de l'humanité, ceux de la chirurgie en sont la gloire. Plus que jamais cette science peut dire :
Ad cxdes hominum prisca amphithcatra patebant; JJt longum discant vivere nosira patent.
Au commencement du xvie siècle, après le fléau de la guerre, il y avait le fléau des barbiers chirurgiens. Quelle barbarie dans le traitement des plaies d'armes à feu! Être blessé n'était rien en comparaison des atrocités qu'il fallait subir après sa blessure.
Dans la croyance où l'on était, alors, que les plaies d'armes à feu étaient envenimées et empoisonnées en raison de leur couleur noire, gangreneuse, les uns donnaient de la ihériaque à l'intérieur pour neutraliser le venin, les autres y passaient le fer rouge, de l'huile bouillante, du vitriol ou du sublimé corrosif pour anéantir le poison. Ces dernières pratiques, qui étaient celles de Jean de Yigo et d'Alphonse de Ferri, avaient prévalu et elles étaient devenues générales. Ce n'était pas assez d'être blessé, il fallait encore après subir la torture du fer rouge ou la brûlure à l'huile bouillante. Puis pour calmer la douleur inutilement provoquée, on couvrait la plaie de lard,
HISTOIRE DE LA MÉDECINE de beurre frais ou de jaune d'œuf batlu dans l'essence de térében^
Si la plaie était compliquée de fracture des os, et que l'amputation fut juifée nécessaire, une fois le membre abattu on avait encore icirecours au fer rouge pour cautériser la plaie et arrêter l'hémorrnagie.
Franchement, c'était bien mal récompenser le courage d'un brave soldat que de lui infliger de pareilles soufl-rances, après son malheur d avoir ete blessé, et on a quelque peine à s'imaginer comment avait pu naître et se perpétuer l'idée d'un semblable traitement. Cela s'explique cependant lorsqu'on sait que la chirurgie telle qu'elle s'enseigne et se pratique aujourd'hui, était alors repoussée de la faculté et abandonnée à la corporation des barbiers chirurgiens.
Une des puissances de ce monde avec laquelle on a souvent tort de ne pas compter, tant elle a de force pour déjouer les combinaisons les mieux établies en apparence, vint renverser ce système de torture inutile et lui substituer des procédés moins douloureux. Le hasard, qui reste tel pour le vulgaire et qui donne au génie des leçons dont il sait profiter, est l'auteur de la réforme dont l'humanité a tiré un si grand profit.
Ce fut en 1536, après la rupture de la paix de Cambrai signée en 1529 entre François P-" et Charles-Quint. Celui-ci avait envahi la ^Provence, et la lutte avait commencé. Divers combats avaient eu lieu et la chirurgie, meilleure d'intention que d'action, prêtait ses douloureux secours aux blessés. Après l'afl'aire du Pas-de-Suze. le tour des chirurgiens pour accomplir leur mission était venu. Parmi eux, se trouvait Ambroise Paré, âgé de 19 ans, chirurgien du maréchal de Monte- Jan et qui, après avoir vu opérer les autres, allait faire de même. Par un hasard heureux, l'huile bouillante ayant manqué, il ne put, selon la règle, cautériser aucune blessure, ce qui le remplit d'inquiétude et l'empêcha de dormir à son aise ; mais, à sa grande admiration, ses blessés se trouvèrent mieux que les autres qui avaient subi la cautérisation.
Ce qui aurait pu passer inaperçu, sous les yeux d'un esprit systématique et borné, fut un trait de lumière pour A. Paré qui, dès ce jour, renonça à cautériser les plaies d'armes à feu, et s'appliqua à faire prévaloir l'idée d'un traitement plus simple et surtout moins douloureux, il y a réussi, et c'est là l'origine de la réforme dont nos blessés bénéncienl encore aujourd'hui. La science n'a pas moins profilé de cette heureuse innovation que l'humanité, car elle dut abandonner la supposition que les blessures d'armes à feu étaient brûlées et empoisonnées. On vit alors que les balles n'étant pas chau-
des, ne pouvaient brûler, et, que la poudre ne renfermant pas de poison, ne pouvait engendrer aucun venin. La coloration noire des plaies s'expliqua par une sorte de gangrène superficielle, limitée, due à la violente confusion du projectile, et l'on mit ainsi en rapport la théorie avec les pratiques nouvelles.
Si l'on ajoute à cela l'idée de mettre temporairement les blessés dans la position où ils se trouvaient en recevant le coup de feu, afin de faciliter l'extraction de la balle, puis, la ligature des artères d'un membre amputé pour remplacer la brûlure des parties avec le fer rouge, on verra que la science n'a pas déployé moins de génie dans la conservation des victimes de la guerre, que la balistique n'en a fait preuve dans le but de les multiplier.
La première de ces innovations eut lieu en 1543, au camp de Perpignan, à l'occasion d'un coup de feu reçu par le maréchal de Brissac, dans les environs de l'omoplate droite. Les chirurgiens n'avaient pu trouver la balle, Paré fut envoyé , et dès qu'il eut fait mettre le blessé dans la position qu'il occupait en recevant le coup, il trouva sous la peau une balle qu'il fit extraire par Nicolas Lavernault, chirurgien du Dauphin.
L'autre invention résulta de cette induction légitime, que la ligature des artères divisées réussissant à arrêter les hémorrhagies d'une plaie, elle devait également réussir contre les hémorrhaçies de l'amputation d'un membre. A la première occasion qui s'offrit au siège de Damvilliers, en 1552, M. de Rohan ayant eu la jambe broyée d'un coup de couleuvrine, Ambroise Paré fit l'amputation, et au heu d'appliquer le fer rouge il fit la ligature des artères et sauva son malade.
Ce fut partie gagnée, et la routine venait d'être vaincue par un 1 barbier chirurgien.
A cet égard : La Méthode de tr aider les plays f aides par les hacquebictes et aultres basions à feu, etc., composée par Amhroyse Paré, maistre chirurgien à Paris, est une des œuvres •qui honorent le plus la chirurgie française, et dont l'humanité dewra conserver l'inaltérable et reconnaissant souvenir. Plusieurs fois réimprimée du vivant de son auteur, et placée dans la collection de ses oeuvres, elle reste comme un témoignage de sagacité et ■d'ingéniosité digne des plus grands éloges.
La réforme dont Paré se fit le promoteur ne s'accomplit pas sans résistance, et il fallut bien des années pour qu'elle devînt générale. Acceptée par quelques chirurgiens, repoussée par les autres, elle eut été très-périlleuse pour son auteur s'il n'eût pas été en aussi grandefaveuràlacour. La Faculté, qui ne songeait qu'à abaisser
la corporation des maîtres barbiers chirurgiens en voulant la réduire à un rôle de mestier manuel, n'attendait qu'une occasion favorable pour sévir. Paré la lui offrit en publiant une relation des épidémies de rougeole, de petite vérole et de peste qu'il avait observées et où il vantait l'antimoine. Le 28 mai 1575, il fut par elle déclaré « notoirement ignare et ne connaissant pas les premiers éléments de la grammaire et des langues latine et grecque. » De plus on le déféra au Parlement.
Le prévôt et les échevins demandèrent que son livre fût brûlé comme renfermant choses impudiques et contraires à la morale publique, et que dorénavant les livres de médecine et de chirurgie ne pussent être imprimés ni vendus sans autorisation de la Faculté. Un arrêt du Parlement, du 14 juillet 1575, confirma cette décision, et, le 3 avril 1578, Paré passa sous les ciseaux de la compagnie de la rue de la Bucherie pour y être examiné et châtié comme il le méritait.
L'histoire ne nous dit pas si Paré « l'ignare, ne connaissant ni le français, ni le latin, ni le grec, » a beaucoup souffert de ces injures de la Faculté, ni de cet arrêt du Parlement, ni des mutilations de de son œuvre par la censure des Liebault, des Marescot, desLatour, des Hautain, des Lusson, des Rebours et des Héron, commission ni ■ *parla science officielle du temps; mais les blessés qu'on ne brûlait plus à l'huile bouillante ni au fer rouge n'en souffrirent guère.
Ce fut le principal pour l'humanité qui eut la faiblesse bien excusable, à mon sens, de préférer l'art bienfaisant d'un barbier dépourvu de grec et de latin aux douloureuses façons d'agir des théoriciens latinistes que l'expérience n'instruit jamais. La réforme de Paré se propagea partout et, soit en théorie, soit en pratique, elle est le fond des procédés actuels de la chirurgie. Sauf des modifications de détail, son principe reste intact, et, consacré par une expérience déjà bien longue, il n'est guère à craindre qu'il puisse péricliter.
Ce que la chirurgie moderne a fait à l'égard des plaies d'armes à feu est considérable, mais ne porte pas atteinte à ces principes. On a modifié les règles relatives à l'extraction des projectiles, à l'époque des amputations jugées nécessaires par la gravité des désordres produits, mais, si ce sont là des choses de la plus grande importance pour le salut des blessés, ce ne sont pas des réformes qui puissent faire date dans l'histoire de la science. Il y a cependant parmi les procédés actuels de traitement des plaies d'armes à feu, des découvertes qui ajoutent aux premiers bienfaits de l'art com-
palissant du célèbre Paré, celles d'une chirurgie conservatrice et maîtresse de supprimer la douleur.
Ainsi, au xviii» siècle, en 1768, Whytt, chirurgien de Manchester, la, pour la première fois, essayé de conserver aux blessés un raem- )ore dont les os étaient fracassés, en substituant la résection des oarties osseuses à l'amputation. Au lieu d'enlever le bras d'un soldat dont l'os avait été mis en éclats vers sa partie supérieure, à 'épaule, il se contenta d'enlever les fragments ou esquilles, et il fut lissez heureux pour lui conserver le coude et la main avec tous leurs mouvements.
L'exemple fut aussitôt suivi, et maintenant, quand cela est rendu possible par le genre des blessures, tous les chirurgiens essayent, isar une résection habilement faite, de conserver la main ou le pied tu lieu d'amputer la totalité du membre. Le bras ou la jambe sont dus courts, mais ne vaut-il pas mieux cette difformité qu'une horiible mutilation. D'ailleurs, les mouvements des doigts sont con- ■ ervés, comme le sont ceux de lajambe, qui peut servir à la staion ou à la déambulation, et sous ce rapport, en se faisant conserratrice, la chirurgie des plaies d'armes à feu a réalisé un immense nrogrès.
Aujourd'hui beaucoup de blessés, ayant subi cette résection d'un tes os de l'épaule, du coude ou du genou, auront le bonheur de conserver un membre fracassé qu'ils eussent perdu à une autre époque ou entre les mains de chirurgiens moins ingénieux ou moins expérimentés.
La dernière conquête de la chirurgie des plaies d'armes à feu, 1 plus étonnante peut-être et la plus heureuse pour les pauvres 'lessés, date du xix" siècle. C'est la suppression de la douleur, qui liisse au chirurgien toute sa tranquillité morale et qui lui permet 'agir sans précipitation pour exécuter avec plus de soin les infinis -élails d'une opération délicate et difficile. A l'aide des vapeurs soorifiques du chloroforme, l'opérateur plonge son malade dans un :3l état de sommeil et d'insensibilité qu'il lui enlève toutes les anoisses physiques et morales de l'opération, et qu'au réveil le malseureux se cherche lui-même pour savoir ce qui lui manque. Penlant une heure on peut disséquer le pourtour d'un de ses os en éclats our en extraire les fragments sans rien blesser d'utile, et il ne s'en ist pas aperçu. Quelle merveille, et que nous sommes loin du temps ù ce pauvre blessé se serait tordu de douleur sous l'action de huile bouillante et du fer rouge!
Voilà les différences du traitement des plaies d'armes à feu au v« et au xix« siècle. A la théorie de l'empoisonnement de toutes
HISTOIRE DE LA MÉDECINE ses plaies, la chirurgie a substitué le fait de l'allrition par la force d'impulsion des projectiles ; à la cautérisation par l'huile bouillante du prétendu venin, elle a opposé les pansements simples; au fer rouge contre l'hémorrhagie des amputations, elle a préféré la ligature; dans ses idées conservatrices, elle a imaginé les résections et enfin par un dernier triomphe sur la sensibilité des organes, elle s'est mise en possession du pouvoir d'anéantir la douleur.