ÉCLECTISME ANCIEN
Dans l'ancienne médecine, l'Eclectisme a joué un rôle considérable. S'il n'est pas de ces doctrines dont la formule représente un ou plusieurs éléments do la nature de l'homme ou une méthode précise d'examen, de façon à s'incarner glorieusement dans un homme ou dans une idée, il a du moins l'avantage de permettre à la science de résister à la tyrannie des systèmes.
BOUCHUT. lî. , 37
HISTOIRE Dlî LA MÉDECINE
Galieii en parle comme d'une secle greifée sur le Mclliodisme, par quelques disciples qui n'élaienl pas du tout du sentiment des autres. (Introduction, cap. 4.) « Quelquesruns, dit-il, furent appelés Episynthéliques comme Leonidès d'Alexandrie (ce qui signifie assembler ou entasser), et quelques autres Eclecliques comme Archigène, d'Apamée, en Syrie. » C'est ce même Archigène dont j'ai parlé à propos des pneumatiques, et il est bien difficile aujourd'hui de prouver sa participation à l'Eclectisme.
Agalhinus de Sparte, disciple d'Athénée, et Archigène, élève d'Agathinus, sont, dit-on, les auteurs de l'Eclectisme médical, mais ils ne nous ont rien laissé touchant les procédés de leur méthode. Le nom de la secte a parlé pour eux, et on sait seulement que, s'écartant des principes de leurs maîtres, ils se sont donné le droit de faire leur doctrine à l'aide de l'assemblage (episyntetici) ou du choix {eclectici) (1) des vérités contenues dans les autres systèmes. Leur exemple n'a pas été perdu, car, depuis lors, il s'est toujours trouvé des esprits indépendants qui n'ont jamais pu s'asservir à la doctrine en vogue, et qui se sont fait leur manière de voir par eux-mêmes, en choisissant, dans les connaissances médicales, ce qui leur semblait être la vérité. "A l'époque dont nous parlons, c'était le moment où venaient de se formuler les différents systèmes qui, à travers bien des vicissitudes, sont parvenus jusqu'à nous, en nous apportant leur part de vérité et d'erreur. La lutte était aussi violente que passionnée. En dehors des sectaires, il y avait les indifférents et les esprits qui, n'acceptant le joug d'aucune autorité, ne représentent qu'eux-mêmes. Ce sont ces hommes qui, choisissant dans les faits qui leur semblent utiles, exercent un sévère contrôle sur toutes les -vérités qu'on présente à leur jugement et prennent çà et là ce qui convient à la tournure de leur esprit. Ce sont autant d'originalités scientifiques ou philosophiques impossibles à réunir par aucun autre lien commun que l'indépendance de la pensée.
Résistant à l'entraînement de la foule courbée servilement sous la domination des réformateurs réunissant le pouvoir officiel à la puissance du système, ils savent douter et au besoin résister. Ce sont des sceptiques de l'idée en vogue; ils se refusent d'y voir la vérité tout entière, car pour eux elle est partout et ne se trouve dans aucune secte en particulier. — C'est principalement au moment du conflii des secteb, et de leurs prétentions opposées, que parait Y Eclectisme et qu'il a sa raison d'être, comme refuge pour les esprits indépendants et comme sauvegarde des intérêts scientifiques compromis par le despotisme d'une doctrine en faveur.
(1) De là les noms d'école Episynthéliquo ou Eclectique.