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ÉCLECTISME ANCIEN

Dans ces cas, VEclectisme, c'est-à-dire le droit de choisir, ou la liberté de penser par soi-même, rend de réels services. Il n'a pas l'importance d'une doctrine. C'est presque une protestation, et, néanmoins, c'est par lui que tombent et s'oublient tous les systèmes. 11 en a été ainsi dans tous les temps ; ce fut la manifestation des anciens médecins, ù Rome, contre le principe des premiers dogmalistes, des premiers méthodistes et des premiers empiriques.

Après Agathinus, fondateur de la doctrine, Celse est le plus ancien des représentants de l'Eclectisme antique et, bien qu'il ait été considéré par quelques personnes comme un sectaire des méthodistes, il est évident, en lisant sa préface, que d'après la manière dont il parle des trois écoles de son temps, son opinion ne leur était pas favorable sur tous les points. C'est ce qui permet de le considérer comme un éclectique et, en raison du mérite de ses œuvres, comme l'un des chefs de cette école (i).

Voici, au reste, son jugement sur les différentes sectes médicales et on verra bien qu'il se range lui-même parmi ceux « qui prennent un moyen terme entre plusieurs sentiments contraires. »

DE l'Éclectisme par celse. — (des étangs, lib. i, p. T.)

« On a tant écrit sur le Dogmatisme et sur l'Empirisme qui parmi les médecins ont été souvent et sont encore l'objet des plus vives controverses, qu'il est utile d'exposer les idées auxquelles nous reconnaissons le plus grand degré de vraisemblance. Dans cette manière, on n'adopte exclusivement aucune opinion^ de même qu'on n'en rejette aucune d'une manière absolue; mais on conserve un moyen terme entre ces sentiments contraires^ et c'est en général le parti que doivent prendre, dans les discussions ceux qui recherchent la vérité sans ambition, comme dans le cas présent. Les philosophes, en effet, même les plus instruits, ne peuvent savoir de science certaine, mais seulement par conjecture, quelles sont en dernière analyse les causes qui maintiennent la santé ou produisent les maladies, non plus que celles qui président à la respiration, à la déglutition et à la digestion. Il n'y a pas à cet égard de notions positives, et par conséquent une simple opinion ne peut faire découvrir un remède infaillible. C'est donc l'expérience qui, dans la pratique médicale, apporte le plus utile secours. Mais ainsi qu'il y a

(1) Celse a vécu à la fin du règne d'Auguste, sous Tibère; disons aussi sous Caligula. Il a composé une Encyclopédie dus sciences humaines que le temps a dé- Imite et il n'en est resté que la partie médicale dont la limite est si parfaite qu'elle est citée comme exemple.

i^oU HISTOIRE DE LA MÉDECINE

dans les arts un grand nombre de sujets qui, sans relever directement de leur élude, leur servent pourtant d'auxiliaires en stimulant le génie de l'artiste; de même, si la contemplation des choses naturelles ne fait pas le médecin, elle le rend du moins plus apte à exercer la médecine. Il est naturel de penser qu'ilippocrate, Erasislrate, et tous ceux qui, ne voulant pas se réduire au traitement des plaies et des fièvres, ont également interrogé la nature des choses, n'ont pas été' médecins par cela seul, mais que, par leurs méditations, ils sont devenus plus grands dans leur art. Il est certain que la médecine, bien qu'elle oie puisse reposer sur les causes occultes et les actions naturelles, est souvent oUigée de recourir au raisonnement; car c'est un art conjectural qui, dans bien des cas, est trahi non-seulement par la théorie, mais encore par la pratique ; en effet, la fièvre, l'appétit, le sommeil n'ont pas une manière d'être invariable. Plus rarement, il est vrai, on observe des maladies nouvelles; mais il est évident qu'on en rencontre quelquefois, puisque de nos jours nous avons vu succomber en peu d'heures une femme chez laquelle s'était présentée brusquement, à l'extérieur des parties génitales, une tumeur charnue qui se flétrit; les praticiens les plus distingués cherchèrent vainement à déterminer la nature du mal et ne purent davantage lui trouver un remède. Ils ne firent aucnn essai, je le présume, parce que la malade étant d'une classe élevée, personne n'osa donner son opinion, dans la crainte d'être accusé de sa mort, si on ne parvenait à la sauver; mais il est vraisemblable que, sans cette misérable circonspection, ils auraient cherché les moyens de la secourir, et que peut-être il s'en serait offert dont l'application eût été suivie de succès. L'analogie n'est pas toujours utile dans les affections de ce genre; quand elle peut l'être cependant, c'est encore par un procédé rationnel qu'après avoir examiné les maladies d'espèce semblable et les remèdes de même nature, on arrive à choisir celui qui convient le mieux au cas qui se présente. Le médecin doit donc, en pareille circonstance, découvrir des moyens de traitement qui, sans être infaillibles, se montrent le plus souvent efficaces. Il devra prendre aussi conseil, non des causes cachées, puisqu'elles demeurent enveloppées de doute et d'incertitude, mais de celles que l'exploration peut atteindre, c'est-à-dire des causes évidentes. Car, il est important de savoir si c'est la fatigue, la soif, le froid ou le chaud, l'insomnie, l'abstinence, l'excès dans le boire et le manger ou l'abus des plaisirs qui a donne naissance à la maladie. Il faut connaître en outre le tempérament du malade et voir s'il est d'une constitution sèche ou humide, faible ou robuste; s'il est habituellement bien ou mal portant, et si, lors-

DE l'éclectisme — ÉCLECTISME ANCIEN

que sa santé se dérange, ses maladies sont graves ou légères, courtes ou de longue durée ; enfin si la vie qu'il mène est remplie par le travail ou le loisir, et si. la nburriture est frugale ou recherchée. C'est sur de semblables investigations qu'on peut souvent fonder un traitement nouveau. »

Evidemment Celse ne se prononce ici en faveur d'aucune doctrine médicale. L'Empirisme et le Dogmatisme ont pour lui des avantages incontestables. Il déclare ne pas pouvoir plus se priver de l'expérience que du raisonnement, et il conclut en donnant le conseil de tenir compte des causes évidentes aussi bien que des causes occultes ou cachées de l'expérience, aussi bien que de l'analogie, laissant chacun libre de choisir partout où il pourra les éléments de sa thérapeutique. Ce sont là les fondements de VEclectisme — et ceux qui ont pensé que Celse appartenait à V école des méthodistes se sont trompés, car il les a combattus, en même temps que les partisans de l'Empirisme et du Dogmatisme, par des arguments sans réplique dont la solidité et le mérite sont encore aujourd'hui incontestables Avec Eloy et Andral je pense qu'il faut le considérer comme un éclectique.

A peu près au même temps, ou peu après, vécurent Léonidès, d'Alexandrie, et Archigène, d'Apamée, qui sont signalés comme des éclectiques par Caîlius Aurelianus et par Galien, mais il ne reste rien de leurs ouvrages, et ce ne sont que des noms à recueillir et à ' transmettre. Les tendances éclectiques de cette époque n'allèrent pas plus loin, et bien que de nos jours (1) M. Andral ait voulu ennoblir l'Eclectisme en inscrivant le nom de Galien sur la liste de ses défenseurs, cette école s'est éteinte, car, n'ayant d'autres principes que ceux du bon sens ou du scepticisme, évitant l'écueil des systèmes, là par raison, là par dédain, elle disparaît dès qu'il n'y a rien à détruire ou à railler. Galien fut le défenseur du Dogmatisme d'IIippocrate relativement à la nécessité de l'observation, à la nature de l'homme et à la nature médicatrice, à la marche des maladies et aux crises, aux sympathies et aux effets de la révulsion, ce fut un naturiste et un dogmatique. S'il combattit l'Empirisme antique et le Méthodisme, c'est qu'il trouvait CCS méthodes mauvaises, telles qu'elles avaient été formulées par leurs auteurs, mais il ne repoussait rien de l'expérience qui est le fond de toutes les doctrines. 11 tenait compte de tous les éléments de la nature de l'homme, parce que c'est le devoir du médecin véritablement philosophe et parce que

(I) Cour^ Kiir rilisloire de la médecine, 185'i.

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son esprit était assez vaste pour embrasser l'ensemble de l'organisation humaine. Pour en faire un éclectique, il faut forcer la signification des choses. Galien, sans être le servile C(3nlinuateur d'Hippocrate, ne fut que son plus habile interprète, ajoutant au passé les connaissances anatomo physiologiques de l'époque et créant une science personnelle dont l'autorité fut si grande qu'on Ta pendant longtemps personnifiée sous le nom de Galénisme.

Laissons donc Galien dans la grande individualité de son génie, seul, à côté d'Hippocrate, comme un de ses plus brillants continuateurs, et plaçons l'Eclectisme au niveau plus inférieur des esprits justes, froids ou indifférents.

Pendant toute la période du règne de Galien et des Arabes, au moyen-âge et dans la renaissance, il n'est plus question d'Éclectisme médical. Tout le monde en fit, plus ou moins, sans connaître ni la chose ni le nom, et chacun choisit et enseigna ce que l'observation lui avait démontré être l'expression de la vérité. Il faut passer sans transition des premiers siècles de l'ère chrétienne à la renaissance, vers le xvi^ siècle, et au nôtre pour retrouver l'Éclectisme médical ayant acquis une véritable importance.

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