APPRÉCIATION CRITIQUE DU SOLIDISME
Si l'homme n'était constitué que par une agglomération d'éléments solides comme certains monuments et certains mécanismes de l'induslrie liumaine, on pourrait soutenir que l'altération de ces éléments est la cause absolue de nos maladies. Mais il n'en est rien, et c'est pour avoir méconnu la constitution réelle de l'homme sain, que le Solidisme n'a eu que des triomphes de courte durée et n'a pu prendre racine dans la science.
Il y a en effet dans l'homme autre chose que des éléments solides et anatomiques, il y existe des éléments liquides qui sont les premiers formés, et aux dépens desquels les autres prennent naissance. — La première goutte de sang est la source de la dernière et en elle se trouvent toutes les diathèses du nouvel être. — On ne peut donc pas logiquement placer dans les solides la source de toutes les maladies.
En prenant même l'homme tout formé, son corps n'est qu'un mélange admirable de tissus, formant des organes baignés par un liquide nourricier dont ils vivent, par lequel ils se régénèrent bien ou mal i et qui à leur tour sécrètent des humeurs dont la qualité , la quantité et le mode d'excrétion ou de résorption peuvent êire primitivement nuisibles à la santé. — Ici encore la science est obligée de reconnaître que la maladie peut prendre naissance en dehors des lésions primitives du solide.
La question du solidisme anatomique attribuant à des lésions matérielles la production des troubles fonctionnels observés chez les malades se résout de la même façon. — En effet, si dans la majorité des cas la présence d'une lésion organique trouble les fonctions de l'organe affecté et engendre une maladie, il n'en est pas toujours ainsi et il y a des lésions latentes cancéreuses ou tuberculeuses du cerveau, de l'estomac^ de l'utérus, des ovaires, etc., des lésions fibrineuses des orifices du cœur aux feuillets de la plèvre, etc., qui ne produisent aucun symptôme appréciable et qui ne provoquent point de maladie. Ce sont les maladies latentes et le nombre en est grand. J'en ai parlé longuement ailleurs (1).
Reste enfin ce Solidisme ontologique qui se plaçant au-dessus de la lésion apparente admet une altération invisible des tissus ou des organes qualifiés par les uns de striclum ou de laxum, par d'au- Ires de spasmes et A'alonie, enfin par un certain nombre de
(1) E. Boucbut, pathologie générale. 2« édilioii, page 290.
DU SOLIDISME — SOLIDISME MODERNE
sthënie ou d'asthénie et d'irritation. — C'est le solidisme de Thémison, de Frédéric Hoflmann, de Cullen, de Brown et de Broussais. — Celui-là donne moins de prises à la critique et peut se mieux défendre que les autres. Il pourrait toujours prétendre à la réalité des propriétés invisibles qu'il attribue aux solides vivants et dire que malgré l'antériorité des humeurs sur les solides et malgré l'existence des humeurs, c'est le trouble de la sensibilité organique surexcitée ou amoindrie qui est le point de départ de la maladie et de ses lésions. Cela serait vrai s'il n'y avait pas d'hérédité transmise par les humeurs de la génération, si on ne savait qu'une diathèse, c'est-à-dire une altération humorale, peut engendrer primitivement cet état sthéniqueou aslhénique d'où sort la maladie; si enfin l'altération des humeurs et leur résorption ne pouvaient produire locale ment ou à l'intérieur les troubles les plus graves.
La doctrine étiologique du Solidisme exclusif ne résiste donc pas au contrôle de la clinique; tout au contraire, le Solidisme qui s'é lève au-dessus des lésions visibles pour arriver dans les régions de l'ontologie se défend mieux, mais il demeure toujours évident que la composition variable des humeurs est la source de l'impressibililé différente des solides vivants et de leur réaction spéciale contre les causes morbides.
LIYUE HUITIÈME