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CHAPITRE PREMIER

CCfELIUS AURELIANUS

C'est dans Cœlius Aurelianus (230 après J.-C.) qu'il faut chercher les principes doctrinaux et thérapeutiques du Méthodisme, car il est le seul écrivain de cette secte médicale dont les écrits soient parvenus jusqu'à nous. — Encore faul-il ajouter que ses ouvrages écrits en latin ne sont d'après son aveu que la traduction de ceux de Sora-

nus d'Éphèse écrits en grec. — On n'est pas fixé sur l'époque de son apparition, mais comme il n'est aucunement fait mention de lui dans Galien qui parle de tous les autres méthodiques, on pense qu'il doit lui être postérieur. — Quoi qu'il en soit, en lisant ce qu'il nous a laissé, on voit qu'il divisait les maladies en deux classes : 1° les maladies aiguës et 2° \esmaladies longues ou chroniques, avec la manière de les traiter, selon les règles des méthodiques, à la réserve de celles qui demandent les secours de la chirurgie. — Les premières renfermaient les maladies aiguës fébriles et les maladies aiguës non fébriles. Pour lui, toutes les maladies aiguës ou chimiques étaient comprises sous deux genres principaux, le genre resserré et le genre relâché, d'où il pouvait sortir un troisième genre dit mêlé.

Les maladies aiguës dépendantes du resserrement, morbi strictura, étaient « la phrénésie, bien qu'il y en eut une espèce appartenant au relâchement, laquelle se distinguait de la première par des décharges fréquentes du ventre ou par des sueurs continuelles (1); la léthargie dépendante d'un resserrement plus fort que celui de la phrénésie; V esquinancie ; les convulsions ; V iléus ; la rage ou hydrophohie; la pleurésie et la pneumonie, qui sont du genre mêlé ; à cause du flux bronchique et de leur état inflammatoire. »

Les maladies chroniques causées par le resserrement étaient « la douleur de tête qui revient de temps en temps ; les vertiges ; Y asthme ; Yépilepsie ; lâmanie ; \a jaunisse ; X&suppression des hémorrhoïdes et celle des mois; la polysarcie, la mélancolie; les catarrhes; la phthisie, la colique; la dyssenterie et Vhydropisie (2), » mais ces dernières étaient regardées comme étant du genre mêlé.

Les maladies aiguës produites par le relâchement, morhi solutionis, étaient la passion cardiaque; le choléra; le crachement de sang; la diarrhée; le flux excessif des mois; Vamaigrissement; le flux hémorrhoïdal, etc.

Quant aux moyens de reconnaître le genre auquel appartenaient les maladies, voici ce qui avait lieu. — « Dans les maladies du genre resserré, les évacuations ordinaires étaient retenues et les parties s'enflaient, devenaient plus grosses ou plus dures qu'elles ne sont ordinairement; le contraire arrivant à l'égard des maladies qui sont sous le flux, dans lesquelles les évacuations accoutumées deviennent plus grandes; certaines matières qui doivent être retenues dans le corps en sortant , les corps se rendent plus mous, plus

(1) Daniel Leclerc, Hist. de la méd., p. 459.

(2) Daniel Leclerc, loc. cit., p. /(GO.

lâches OU plus maigres, etc. (1). — Ce sont là, comme on le voit, et comme nous le répéterons plus loin dans notre appréciation du méthodisme, des signes bien insuffisants pour servir de base à une classification dichotomique des maladies; aussi dans les cas où, parmi les principaux symptômes, il n'y en avait aucuns qui indiquassent le flux ou le resserrement, on se rejetait sur les symptômes de moindre conséquence, et on arrivait de cette façon à se tirer d'embarras. — Ainsi dans Vhydrophohie où se trouvent Vaversion de l eau et Venvie de mordre qui n'ont aucun rapport avec le flux ou le resserrement, Cœlius ne prend souci que du hoquet, de la soif, et de la rétention des excréments, et d'après ces symptômes secondaires et variables, il place l'hydrophobie dans les maladies du genre resserré. — Il en est de même pour toutes les maladies. Sauf quelques-unes d'entre elles que l'on peut classer facilement dans l'un ou dans l'autre des genres relâché ou resserré, pour la plupart leur classification dépend tout à fait de l'arbitraire et de la fantaisie de chacun.

A part ce défaut fondamental de l'ouvrage de Cœlius Aurelianus, défaut qui appartient à la doctrine plus qu'à l'auteur, le livre est remarquable par des descriptions où éclate un réel lalent d'observateur et de médecin. — C'est avec l'ouvrage d'Arelée le meilleur traité de pathologie descriptive qui nous reste de cette époque.

Ainsi, dans la partie relative aux maladies aiguës qu'il divise en maladies aiguës fébriles et maladies aiguës optjrétiques, i] range *dans la première catégorie la phrénésie, la léthargie et la catalepsie, degrés différents d'une même affection cérébrale aiguë que nous n'envisageons plus aujourd'hui de la même manière, et qui sont caractérisées l'une par le délire, l'autre par le coma, et la troisième par la stupeur avec abolition des sens et de la parole. — Ces trois formes, ou plutôt la maladie dans laquelle elles se produisent, existent à l'état continu sous forme de fièvre intermittente, et alors constituent ce que nous connaissons comme de véritables fièvres pernicieuses.

Dans le second groupe des maladies aiguës sans fièvre, Cœlius parle d'abord de Vapoplexie, qu'il considère comme étant du genre resserré et, comme on pourra le voir par la description suivante empruntée aux leçons de M. Andral, sauf la lésion, il connaissait déjà les symptômes de la maladie.

« L'apoplexie est ainsi nommée parce que le malade est pris subitement, comme frappé d'un coup violent, terrassé, assommé.

(1) Daniel Lcclerc, loc. cit., p. 460.

DES ANCIENS MÉTHODIQUES- — GŒLIUS AURELIANUS 143

— Elle est caractérisée par une perte soudaine de connaissance, de mouvement et de sentiment qui, le plus souvent, ne s'accompagne pas de fièvre. Tantôt avant la chute qui marque l'invasion du mal, on n'observe aucun signe précurseur; tantôt il se manifeste quelques phénomènes qui peuvent faire prévoir l'attaque; ces phénomènes sont : des pesanteurs de tête, des vertiges, des tintements d'oreille, de la difficulté des mouvements; la tristesse est peinte sur la figure; on observe de légers mouvements spasmodiques, des soubresauts dans les membres, un tremblement des lèvres et de la langue; la parole est moins accentuée; parfois l'individu, en train de parler, s'arrête subitement et sans motif au milieu d'une phrase commencée, d'autres fois il prend un mot pour un autre Quand

l'attaque survient, le malade perd tout à coup connaissance; la voix s'arrête, l'intelligence s'éteint, tout le corps est frappé à la fois d'immobilité et d'insensibilité ; les paupières ne se rapprochent plus, la respiration est courte, bruyante, stertoreuse; la figure prend une teinte de plomb (cyanosée). Si le mal s'aggrave, la peau devient froide, les traits du visage s'allongent, les lèvres sont pendantes, la respiration s'embarrasse de plus en plus, et la mort arrive au milieu de tous ces phénomènes. Dans quelques cas, la maladie se termine par la guérison, et alors la connaissance revient peu à peu avec le sentiment et le mouvement; le malade recouvre la parole, l'ouïe et la liberté de la respiration; mais il y en a qui restent paralysés d'un ou de plusieurs membres, et quelquefois d'une moitié du corps » (hémiplégie) (1).

11 décrit également très-bien le choléra qu'il range parmi les maladies du genre relâché, et il le définit : LHssue rapide des humeurs qui s' échappent en abondance par la bouche et par les intestins. — Ses symptômes étaient : le froid, l'affaissement, l'extinction de la voix, la soif, les vomissements, la diarrhée excessive et peu à peu, quand le malade se relève, le retour de la chaleur et des fonctions, ce qui est très- exact. — Il parle aussi très-longuement de Vhydrophobie qu'il considère comme une maladie nouvelle, de la salyriase,d\i priapisme, de la passion cardiaque, elc.

Il y a une autre partie de l'ouvrage de Cœlius où il est surtout qnestion des maladies longues, c'est-à-dire des maladies chroniques, infiniment plus difficiles à traiter que les maladies aiguës dont la guérison est si souvent le seul effet des forces de la nature. Là, il parle de la céphalée continue ou intermittente; du vertige produit par une foule de causes différentes et qui est quelquefois l'origine

(l) Leçons de M. Andral (Union médicale), 1853.

de l'épilepsie dont il donne la description. Il décrit ensuite — la folie et le traitement moral qu'on lui opposait par des fêtes, des concerts, des comédies et des distractions de toutgenre; — laparaiysie limitée au mouvement, au sentiment ou à ces deux facultés cérébro-spinales;

— les hémorrhagies; — les engorgements de la rate accompagnés de gonflement ou de ramollissement des gencives, de fétidité de la bouche et d'ulcères aux jambes très- difficiles à guérir; — la phthisie avec consomption par ulcère des poumons, — Vasthme

— la dysenterie el les ulcérations du gros intestin qui l'accompagnent; — les vers de l'intestin; — Yhérédité des maladies; — les arthrites comprenant la goutte avec ses tophus articulaires et le rhumatisme dont les noms n'existent pas dans son ouvrage; Miydropisie, qu'il considère comme le symptôme d'une maladie générale de relâchement, sans tenir compte de l'opinion de quelques médecins du temps qui attribuaient l'anasarque à une altération des reins et l'ascite à une maladie du foie; la tympanite enfin, que pour la première fois on distingue de l'ascite en disant que dans un cas le ventre très-sonore est rempli d'air, tandis que dans l'autre, il est distendu par de la sérosité.

Thérapeutique de Cœlius Aurelianus. A l'exemple de ses maîtres qui, négligeant l'étude des causes et des lésions, se bornaient à déterminer à quel genre : resserré ou relâché, appartenaient les maladies, Cœlius cherchait leurs communautés évidentes et ^disait que la considération des parties qui souffrent n'est d'aucun usage pour indiquer les remèdes dont on doit se servir. — Il pensait qu'on devrait s'attacher à guérir par les choses les plus simples et par celles dont on fait usage dans la santé comme Vair que nous respirons, la nourriture que nous proions, etc.

— Docile aux lois thérapeutiques de la secle, il prescrivait selon l'indication, Vair relâchant de chambres vastes, claires et peu chaudes, ou l'air resserrant de chambres obscures et fraîches ; le coucher dur ou moelleux ainsi que la posture à garder au lit, el l'aiimeniafion resserrante ou relâchante. — 11 bannissait les spécifiques inventés par l'empirisme, « souvent contraires aux indications de l'art parce que les uns resserrent quand il faut relâcher, et relâchent lorsqu'il est nécessaire de resserrer (1). » Les purgatifs sauf le cas d'hydropisie, les diurétiques, et les cautères. Comme eux il attribuait la plus grande importance à celte abstinence de trois jours, ou Diatrisos (ce qui fait qu'on les appela diatritarii), suivie

(I) Daniel Leclerc, p. 470.

DES ANCIENS MÉTHODIQUES. — CŒLIUS AURELFANUS 145 d'une petite alimentation, d'une nouvelle abstinence et d'un retour à l'alimentation et ainsi de suite, comme nous l'indiquerons plus loin en parlant de la métasxjncrise expliquée au traitement des maladies chroniques.

Les REMÈDES RELACHANTS employés par Cœlius étaient la saignée, sur différentes parties du corps, les ventouses sèches ou scarifiées, les sangsues, les fomentations d'eau tiède ou àliuile chaude, etc. Au contraire, les remèdes resserrants étaient Veau froide, l'huile froide. Veau vinaigrée, l'eau de plantain, de pourpier, de roses, l'application de poudre de craie ou A'alun contre les sueurs, etc.

Dans les maladies chroniques, Cœlius avait recours à cette méthode diététique dont nous avons déjà parlé, sous le nom de métasijncrise, et qui avait pour objet de modifier et de reconstituer l'organisation en rétablissant le rapport dérangé entre les pores et les atomes. - Cette méthode désignée par Galien sous le nom de iXETaTOpoTToi'eat; et par Cœlius sous celui de recorporatio, se composait d'une série de moyens diététiques employés d'une façon régulière se succédant à certains intervalles en formant un cercle ou cycle diététique, d'où le nom de méthode circulaire ou cyclique par laquelle on la désigne quelquefois.

On peut avoir l'idée de cette méthode dans sa rigueur et dans son absolutisme en lisant ce qu'en rapporte Cœlius pour la description du traitement de la céphalée chronique, car la méthode était la même pour toutes les maladies longues.

De l'usage de la métasyncrise ou manière de traiter les maladies longues et en parUculier du mal de (été, et de la règle cyclique ou circulaire. {Extrait de Cœhus Aurehanus, traduit par Daniel Leclerc.)

« La douleur de tête, dit Cœlius, n'étant pas encore bien forte, H tant que le malade couche dans une chambre médiocrement iraiche et obscure, qu'il ait la tête un peu haute sur le chevet; qui! observe un grand silence, et qu'il se tienne en repos tant par rapport à l'esprit, que par rapport au corps, s'abstenant dailleurs de manger jusqu'au premier diatritos , c'est-à-dire jusquau d'jour. Pendant cet intervalle il faut lui frotter doucement et légèrement les jointures, et lui fomenter ou bassiner la lèlc avec de 1 huile froule, ou qui soit tirée d'olives vertes; y ajoutant même queU,ue suc astringent sans être répercussif, comme est le du pour i r 1 ' Polygonu'", àu plantain, de la chicorée,

ZloL deviendrons de la vigne, du solannm,

n. — di)

du inourron, du fidérilus, du myrle. Toutes ces plantes ou leur suc peuvent aussi servir pour en faire des cataplasmes, en y joignant de la farine d'orge. On peut enfin appliquer sur le front quelque médicament, où il entre plusieurs simples de la nature de ceux dont on vient de parler, tel qu'est le médicament appelé diathéon. Si la douleur est plus violente, ou si elle augmente, alors il faut loger le malade dans une grande chambre, médiocrement chaude, mais qui ne soit pas trop éclairée, de peur que la trop grande lumière ne lui nuise. Il faut aussi appliquer sur les parties dont on a parlé de la laine fine, légère et bien nette que l'on trempera continuellement dans de l'huile douce qui soit chaude. Et si la douleur est encore plus grande, on se servira tour à tour de laines ou de draps fins ou minces pliés en plusieurs doubles, que l'on trempera dans la même huile, et après les avoir légèrement exprimées, on les appliquera sur les tempes. On se servira en menie emps de vessies remplies d'huile chaude, et de sachets plems de farine, passant doucement la main chaude et les doigts sur les parties qui souffrent sans que le malade parle ou se remue en quelque manière que ce soit. Si la douleur tend du côté des dents, le malade tiendra du mulsum (1) chaud, ou de l'huile dans la bouche, sans faire aucun mouvement; supposé qu'il puisse supporter cela sans qu'il lui cause des nausées ou des envies de vomir.

« Si la douleur augmente, nonobstant les remèdes dont on vient Me parler, il en faudra chercher de plus efficaces, si les forces le permettent, on tirera du sang du bras, le S" jour, c est-à-dire du bras qui sera le plus commode, si toute la tête fait mal; mais si la douleur n'est que d'un côté, on fera la saignée du bras du côte opposé afin que le mouvement que cause cette évacuation se lasse plus loin de la partie malade. Après cela on permet au malade de se laver la bouche, et on lui fait boire de l'eau chaude. On lui oint aussi, dans le même jour, la tête avec de l'huile douce qu on a fait échauffer, on lui bassine le visage avec de 1 eau chaude et on lui donne à boire et à manger. Sa nourriture en cette rencontre est du pain layé avec de l'eau chaude ou un bouillon fait avec le mlica et l'hydromel ou du pain délayé et cmt dans 1 eau y a outant fort peu'de semence d'aneth, de sel et de "-'^ On Peu aussi donner des œufs mollets, et cette même sorte de nournt doit être réitérée de deux jours l'un, pendant le cours de la mala die, jusqu'à ce que les douleurs diminuent. »

« Le mal ne diminuant pas, on tondera le malade de fort près,

(1) Vinum mulsum, mélange de vin et de nuel ou oinomel.

pour soulager la partie qui souffre, ou pour lui donner quelque rafraîchissement, en rendant les pores plus ouverts, et pour la mettre mieux en état pour l'application des remèdes. On pourra même raser la tête avec un rasoir. On la couvrira de cataplasmes, on y appliquera une ventouse légère pendant le temps de l'accès ou de redoublement de douleur, une ventouse scarifiée dans îe temps du déclin, choisissant pour cela l'endroit où est la plus grande douleur. On appliquera aussi des sangsues, et on sera d'autant plus obligé de le faire, si l'inégalité des endroits douloureux de la tête empêche que la ventouse y puisse tenir. Après cela on fomentera la tête avec des éponges trempées dans de l'eau chaude, ou dans une partie d'eau et une partie d'huile, ou dans une décoction de guimauve. Si le ventre a été resserré pendant quelques jours, on donnera un lavement composé avec de l'eau chaude, de l'huile de ricin et du miel. On fomentera par ce moyen les intestins, et on soulagera la tête en vidant les excréments qui contribuaient à augmenter la douleur par leur mouvement, et par les vapeurs qu'ils lui envoyaient. C'est pourquoi il faudra venir à ce remède, avant même que d'appliquer les ventouses. On continuera dans la suite les cataplasmes laxatifs, composés avec des farines de lin, et de fénugrec ou de panic, l'huile et le miel y joignant un peu d'eau .

« La douleur ayant diminué ensuite de ces remèdes, on se servira de cérats ou d'onguent, et de malagmes simples, tel qu'est celui qu'on appelle diachylon, et on commencera à diversifier un peu de nourriture, choisissant celle qui a le plus de rapport avec la simplicité de celle qu'on a donnée en premier lieu. Telle est la nourriture qui se tire de la cervelle de pourceau ou de chevreau, des poissons tendres, des grives, des pigeonneaux, des poulets, et entre les herbages, des courges, des mauves, des blettes que l'on apprêtera tantôt à Vhuile du garum (1), tantôt un peu plus délicatement. Ces herbages contribuent beaucoup à tenir le ventre fibre, et il est bon de s'en servir en ce cas, puisque l'on voit des personnes, qui étant dans la plus parfaite santé se trouvent la tête pesante pour manquer un seul jour d'aller du ventre. Il faudra, toutre cela, employer la gestation de se faire porter en chaise devant le repas le plus doucement qu'il se pourra. Il faudra aussi se promener à pied et ensuite se faire oindre et fomenter la tôle, après que tout le corps aura été relâché, et que les soupiraux auront été ouverts par le mouvement susdit, qui sert ù relâcher les

(l) Suc des cnlrailles de poisson, et surtout du poisson garus.

parties qui sont pressées, et à atténuer celles qui sont épaisses. En outre, lorsque le mal diminuera de plus en plus, on baignera le malade, et dans un diatritas on lui présentera un peu de vin trempé. »

« La douleur ayant cessé, il faudra que le malade tâche d'oublier les heures qu'elle avait accoutumé de venir, qu'il demeure fort en repos pendant quelque temps, évitant tout ce qui pourrait le faire retomber, comme de se tenir au soleil ou auprès d'un grand feu, l'indigestion, l'acte vénérien, le vin pur, les viandes qui pour leur dureté donnent de la peine à mâcher, les ragoûts, les bains chauds et la vapeur qui s'en élève. Il faut s'abstenir de parler trop haut et avec force, de se mettre en colère et il faut se tenir le ventre libre. y>

« Enfin si la douleur de tête devient une maladie chronique et qu'elle reprenne de temps «i temps, revenant périodiquement, il faut se servir, dans le temps du retour, des choses dont on a parlé; les mêmes remèdes qui ont été employés au commencement, étant utiles dans la récidive. Mais il doit y avoir cette différence dans la continuation de la cure, que dans le temps de la douleur ou de l'intervalle libre, on doit agir avec un peu plus de hardiesse, par rapport à l'exercice et aux autres choses dont on a parlé. Il faut donc se servir de la gestation, comme il a été dit; et si l'intervalle est parfaitement libre, et que les forces soient anlières, le malade se promènera dans une chaise tirée par des hommes ou par des bêtes, et on fera en sorte que le mouvement soit égal, choisissant, si le temps n'est pas beau, un lieu couvert qui ait pourtant du jour, et qui soit médiocrement chaud. Si l'air est tempéré et qu'il ne fasse point de vent, la promenade se fera a découvert; mais en quelque lieu qu'elle se fasse, il faudra prendre garde qu'il ne faille pas tourner trop souvent, ce qui causerait des vertiges et pourrait renouveler le mal.

« Dans le même temps, la promenade à pied sera aussi fort utile. Au commencement le malade se promènera doucement; dans la suite il marchera un peu plus vite; et si la tête est dégagée, il pourra, avant que de se promener, lire à haute voix, sans pourtant l'élever trop. Cet exercice conviendra particulièrement aux gens de lettre. Après cela il fera encore bien de continuer à s'exercer et de s'oindre. Cet exercice consistera à courir étant habillé, et on se fera frotter et oindre étant nu. On pratiquera souvent la lutte, selon les préceptes de la gymnastique, et I on viendra successivement aux exercices les plus violents, ou qui demandent le mouvement le plus prompt. On ira même jusqu aux

exercices qui ont accoutumé de remplir la têlè, ou de la faire tourner, comme font les mouvements en rond; ces exercices étant finis, le malade se lavera la bouche , se fera fomenter les jointures, et se baignera pendant quelques jours, il commencera aussi à se nourrir d'une nourriture moyenne, buvant du vin qui n'ait pas beaucoup de force. Dans le temps que l'on accorde cette nourriture, il faut d'ailleurs que le malade se divertisse, et qu'il ne s'occupe l'esprit que de choses agréables. On appelle cette manière de traiter qu'on vient de marquer en dernier lieu, et dont la principale partie consiste à nourrir comme il faut le malade, afin qu'il se remette, on l'appelle, dis-je, le cercle résomptif, parce qu'elle aide les malades à se reprendre ou à se remettre des fatigues, que leur ont causées les remèdes précédents. Voici particulièrement comme on doit s'y prendre. »

« Le premier jour le malade prendra fort peu de nourriture, et ne boira que de l'eau; ou, s'il le peut supporter, il s'abstiendra entièrement de boire et de manger; et le jour suivant il prendra un léger exercice; et se fera ensuite oindre avec des huiles appropriées. Après cela, il commencera à se nourrir, prenant, pour la première fois, seulement la troisième partie du pain qu'il avait accoutumé de manger en un repas, et ce pain sera léger et bien levé. On y joindra des œufs, et entre les herbages on choisira la blette, la pàlience, la citrouille, la mauve et les bulbes, entre les poissons, ceux qui ont la meilleure chair, comme sont la saure, l'asellus ou le merlu; entre les oiseaux, les grives, les becfigues. Le malade continuera celte manière de se nourrir, soit par rapport à la qualité, soit par rapport à la quantité, pendant 2 ou 3 jours, selon que ses forces le permettront. En sorte qu'il ne s'affaiblisse point trop, faute de nourriture, et quil ne se charge point plus qu'il ne faut. Alors on ajoutera une troisième partie du pain qu'on avait retranché, et on donnera au malade des grives, des becliques, des poulets et des pigeonneaux. Enfin, après 3 ou 4 jours, on donnera la quantité entière du pain que l'on donnait pour l'ordinaire, et on viendra au gibier, comme au lièvre, au chevreuil, etc. Ensuite on mangera de la chair de porc apprêtée simplement avec un peu d'anel et de sel. On partagera aussi le vin, comme on a fait du pain; on en augmentera la quantité, comme on a fait à l'égard du pain, et si le malade voulait davantage boire, on lui donnera de l'eau. Les exercices seront pareillement augmentés à proportion de la nourriture. »

« Ayant achevé de celle manière le cercle résomptif on passera au cercle métasyncriliqne, qui se fera par parties et montant à

la fois; car le mal de lêle revient aisément, et la tête, qui est naturellement fort susceptible des injures du dehors, ne peut pas supporter les changements qui se font tout d'un coup. Le premier jour on fera jeûner le malade, le jour suivant, après qu'il se sera bien fait porter en chaise, pendant un petit espace de temps, et qu'il se sera oint et même baigné, si la douleur le lui permet, on lui donnera le tiers de la quantité du pain qu'il avait accoutumé de manger, et qu'il pouvait aisément digérer dans la sanlé. Il mangera aussi des viandes salées et rôties, apprêtées avec de la moutarde, des olives vertes confites au sel, et autre chose de cette nature; mais il s'abstiendra de poireau, de l'ail, de l'oignon et des autres herbages qui remplissent la tête. Pour la boisson, on lui donnera du vin et on continuera à le nourrir de cette manière deux ou trois jours, s'il peut aisément le supporter, sinon, on joindra à ces viandes salées de la cervelle ou des poissons dont on a parlé. Après cela on ajoutera le second tiers du pain qu'on avait retranché, et on donnera au malade des herbages, de la^ cervelle et du poisson, continuant de le conduire de cette manière pendant trois ou quatre jours. Ensuite on achèvera de donner le reste du pain qu'on avait retranché, et l'on passera de la nourriture moyenne à celle que fournit la volaille, que l'on continuera autant de jours que la précédente, finissant par la chair de porc avec laquelle on donnera toute la quantité de pain qu'on avait accoutumé de manger. »

« Si l'on veut changer plus souvent, on peut partager le pain en quatre parties, afin que l'on puisse en ajouter une à chaque fois que l'on changera de viande, c'est-à-dire une partie lors de la nourriture moyenne, une partie lorsqu'on donnera de la volaille, une autre lorsqu'on donnera du gibier, et une autre enfin, lorsqu'on viendra à la chair de porc. Mais afin que le malade ne s'ennuie pas de manger pendant quelques jours d'une même sorte de viande, il faudra varier autant qu'il se pourra chaque espèce de nourriture, en sorte que les jours où on mangera du salé, par exemple, on donnera à un repas de la sardine et à l'autre du petit thon, et de même lors de la nourriture moyenne, et lorsqu'on en sera à la volaille, prenant tantôt des grives, tantôt des becfigues, tantôt des ortolans, tantôt des poulets ou des pigeonneaux, et ainsi du reste. On donnera aussi quelques fois des pommes en petite quantité, afin qu'elles n'enfient dans le temps que l'on mangera de là chair de porc, on ajoutera des herbes, prenant d'ailleui-s garde de n'excéder ni pour la quanité, ni pour la qualité des choses donl on usera. Secondement lorsqu'on passera d'une quantité à l'autre,

le premier jour on ne boira que de l'eau, et l'on s'oindra, mais les autres jours, on pourra boire du vin et se baigner : mais non pas nécessairement tous les jours parce que le bain trop fréquent pourrait renouveler le mal de tète. 11 faut aussi augmenter et diminuer tous les jours le mouvement du corps. »

« Cette première partie du cercle métasyncritique étant achevé, on viendra à la seconde dans laquelle on ne. s'attachera qu'à faire vomir le malade, et pendant cet intervalle la nourriture, tirée des choses acres et salées, n'aura point lieu. Ce premier jour donc, le malade, après s'être un peu promené, tâchera de se faire vomir avec des racines de raifort ou avec d'autres médicaments, si les raiforts manquent, et voici de quelle manière cela se fait. On prend l'écorce de racine de raifort au poids d'une livre pour le plus et l'ayant coupée fort menue on la fait tremper dans l'eau mêlée de miel, que l'on appelle hydromel, où l'on aura joint un peu de vinaigre simple, ou de vinaigre fort avec de l'oignon de scille. Cette écorce étant ainsi préparée, on la mange toute, un peu avant le temps ordinaire du repas, et l'on boit peu à peu toute la liqueur où elle a infusé par-dessus. Après cela on se promène doucement, et l'on se repose ensuite, lorsqu'on commence d'avoir des rapports acres et chauds, qui marquent le mouvement qui se fait dans les entrailles, et qui arrivent pour l'ordinaire au bout d'une heure. Alors on prend deux verres d'eau tiède, et non davantage de peur d'énerver trop le médicament, et mettant les doigts dans la bouche, on s'excite à vomir, et l'on continue jusqu'à ce qu'on ait rendu tout ce que l'on avait pris; après quoi, on boit une bien plus grande quantité d'eau que la première, pour laver l'estomac et pour éteindre les restes du feu que le raifort y avait allumé. Sur cela, on s'excite de rechef à vomir et l'on recommence ensuite à boire de l'eau, et à se faire encore vomir, réitérant la même chose trois ou quatre fois consécutives, ou jusqu'à ce que l'eau sorte de de l'estomac aussi claire qu'elle y est entrée. »

(£ Le vomissement fmi, on se fait fomenter la tête, et on se lave la bouche avec de l'eau chaude. Quelque temps après, on se promène doucement, pour remettre la lête de l'agitation et du trouble qui lui avaient causé de fréquents vomissements, à moins qu'on aime mieux se faire oindre et frotter avec les mains, en commençant par le haut, et en finissant par le bas; ce qui fait le même effet que la promenade, en procurant à tout le corps une transpiration aisée et égale. »

« Cela étant fait, on boit deux verres d'eau chaude et on se met au lit, et ou l'on se tient dans un grand repos de corps et d'esprit

152 niSTOIRE DE LA MÉDECINE

sans manger ni boire, de quelque temps, el même sans dormir, si ce n'est dès que l'agitation causée par le remède est calmée.' Il faut en user ainsi, parce que si on se laisse aller au sommeil, avant ce temps-là, c'est-à-dire pendant l'agitation qui remplit et resserre d'abord la tète au lieu de la relâcher, si l'on s'endort, dis-je, le propre du sommeil étant de causer du resserrement, il se trouve que l'on fait tout le contraire de ce que l'on s'était proposé de faire, qui était de relâcher. Il faut aussi s'abstenir de manger, de peur que la viande ne se corrompe, par la chaleur et l'irritation qui restent dans l'estomac, incontinent après le vomissement, sans compter de petites pièces de raifort qui y restent aussi quelquefois el qui étant mêlées dans la nourriture la corrompraient et enverraient des vapeurs à la tête qui augmenteraient son mal au lieu de le diminuer. »

« Le jour suivant on se baignera, on se nourrira de viande de moyen ordre, et au bout de deux ou trois jours on achèvera les autres parties du cercle qu'on a commencé ; si l'on manque de raifort pour provoquer le vomissement, on se servira en leur place de graine de moutarde détrempée dans de l'eau, ou de moutarde liquide que l'on boira, ou d'un mélange d'eau, de miel, de poivre et de vinaigre. On pourra aussi employer du cresson, ou de la semence de roquette, ou de la décoction de thym, ou d'origan, ou d'hysope. On pourra même prendre de la saumure et des bouillons où ilentr e de l'eau avec du miel et du vinaigre. »

««Si l'on voit que le malade se trouve sensiblement mieux, et qu'il ait des intervalles où il soit entièrement libre de douleurs, après lui avoir fait repasser le cercle résomptif, on reviendra aux vomissements y joignant la drimyphagie, et l'on achèvera hardiment ce qui reste du cercle métasyncritique. On mettra pour cela en usage les remèdes locaux, commençant par le plus doux, el finissant par le plus fort. Dans celte vue, on rasera la tête lanlôl à contre poil, tantôt autrement jusqu'à à ce qu'elle rougisse et mettant le malade dans le bain, on lui frottera la tête avec du niire en poudre. On emploiera ensuite la paroptèse, qui est une manière d'échauffer une partie du corps (1), et l'on choisira pour cela des braises dont la chaleur soit égale. Un autre jour on se servira de ventouses qu'on appliquera avec beaucoup de llamme, commençant par le dos et par la nuque, el finissant par la lôle, et l'on fera en sorte que ces dernières tirent le plus qu'il se pourra.

(I) On chaufTait rorlemenl lu partie en l'approchanl d'une machine remplie de braise nlluméo.

Après cela, on viendra au dropax, qui est une sorte d'emplâtre fort adhérente et qu'on arrache ou qu'on lève par force. Cette emplâtre, qui est encore appelée sympasma par notre auteur, sera appliquée 1° aux jambes et ensuite au dos et à la poitrine, depuis la première vertèbre du col jusqu'au bas du dos. La raison pourquoi on s'attache à ces endroits, c'est qu'il y a communication, entre les nerfs de ses parties, et ceux des parties plus hautes. On appliquera enfin le dropax sur la tête, sur le devant du col, sur le menton, et sur les muscles des tempes ayant premièrement rasé ces parties et, afin que le reste du corps ne prenne pas du froid, pendant ces applications, on fera frotter et oindre les autres parties, et on oindra de même celles sur lesquelles le dropax aura été appliqué, après quoi on entrera dans le bain. »

ce Les parties de la tête ayant été relâchées, ramollies et ouvertes par ces remèdes, on les entretiendra en cet état i^ar l'exercice de la voix , par le fréquent sinapisme, et par les remèdes qui font éternuer. Et après s'être promené quelque temps, on se gargarisera avec de la moutarde détrempée dans de l'eau, ou l'on en mâchera de la sèche, ou du poivre avec du miel avant que d'entrer dans le bain. Sur quoi, il faut remarquer que la méthode n'a pas mis en usage le dernier de ces secours, dans le dessein de tirer simplement quelque flegme, mais afin que les parties du dedans de la bouche étant ouvertes, ou émues par ce remède, elles communiquent leur émotion au cerveau. Par la même raison, on peut prendre aussi du suc de blette noire, ou de pain de pourceau, la quantité d'une cuillerée, et ayant fait renverser la tête du malade, lui faire entrer de ce suc dans les quatre narines. De cette manière il se fait une décharge d'humeur, dont on se trouve soulagé, non parce que cette humeur est sortie, mais plutôt, comme on vient de le dire, parce que le mouvement des narines, ou l'irritation qui s'y fait se communique à la tête, et fait ouvrir ce qui était resserré. On met aussi au rang des remèdes ou des secours locaux, l'usage de quelques autres matières différentes de celles dont on a parlé, comme sont l'euphorbe et les compositions où cette drogue entre, l'ortarée, l'opobalsamum, l'aphronitrum, la myrrhe. On joint enfin à ces remèdes l'application de ces sortes d'onguents, qui ont la qualité de tirer de fort profond, et pour effacer pour ainsi dire les causes des maladies. »

« Cependant on se souviendra de ne pas passer d'un remède local à un autre, que le trouble que ce remède aura causé, ne soit calmé, et que les parties ne soient en état de supporter une seconde agitation semblable à la première. C'est pourquoi si nous

voyons que le corps ail été fort fatigué après un premier remède de celte nature, cela marquera qu'il n'en faut employer qu'un seul dans chaque cercle. Mais dans les corps qui l'auront aisément supporté, on passera à un autre sans hésiler -, d'ailleurs, on observera d'employer chacun de ces remèdes le jour qui suivra celui auquel on aura changé la matière de la nourriture, afin que l abslinence qu'on fait ce jour-là rende le corps plus ouvert et plus dispose à se prévaloir des remèdes. On observera aussi que le dropax soit appliqué lorsqu'on se servira de la nourriture moyenne, et de la paroplèse, le sinapisme, et les sternutatoires, dans le temps qu'on se nourrit de volaille. Car alors le corps n'est ni trop affaibli par la drimyphagie, ou par les viandes salées qui ont précédé, ni trop rempli par l'usage d'une trop forte nourriture. On s'abstiendra donc de toute sorte de remèdes locaux dans le temps de la drimyphagie, tant seulement ; à moins que ce ne soit un remède fort léger, et que .les forces ne soient bien entières. Laraisonj pourquoi l'on doit cesser d'appliquer des remèdes locaux ou extérieurs dans le temps que l'on vient de marquer, c'est-à-dire pendant que l'on use des viandes salées et acres, c'est que cette manièro de se nourrir, que l'on appelle, comme il a été dit, Drimyphagie,j émouvant assez le dedans, il n'est pas à propos d'émouvoir en mêini temps le dehors, de peur de causer une trop grande agitation dam tout le corps. »

« On peut encore joindre à tous les remèdes précédents le cataclysme, qui est une manière de laver la tête par une chute violente de quelque eau sur celte parlie, et il faut que cette eau soi 1" chaude et ensuite froide. Après cela, on substitue à l'eau commune qu'on avait employée au commencement les eaux mv\é raies, mais il ne faut pas qu elles aient une odeur qui puisse incommoder. On peut aussi nager, mais il faut prendre garde qa( ce ne soit pas à ciel découvert, parce que la tête, qui est seule ment exposée à l'air, se refroidit nécessairement pendant que ii reste du corps qui est dans l'eau se réchauffe. »

« Enfin si le mal de tête ne cède pas à fous ces remèdes, et qu'i revienne par intervalles , le malade s'élanl suffisamment fortifi( par la bonne nourriture et par le repos, on en viendra à Yel léhore; et on prendra 1° des raiforts qui auront été piqués avei les fibres du même ellébore el qui auront ensuite infusé dan l'hydromel el l'on ajoutera un peu de vinaigre. Ce remède ayan suffisamment fait vomir , on emploiera les cuisiniers , et on a nourrira de toutes sortes de bonnes viandes , a/iu que le corp> qui aura été ouvert par le violent mouvement causé par U

remèdes précédents et qui sera déchargé de la vieille chair dans laquelle le mal avait son siège, en reprenne une nouvelle ou reprenne la chair naturelle. Si la maladie s'opiniâtre nonobstant tout ce qui a été fait, il faut revenir 2 ou 3 fois à l'ellébore, reprenant entre deux des forces pour supporter ce remède. On se servira aussi des eaux minérales et des étuves sèches, et l'on entreprendra quelque longue navigation sur mer, les navigations qui se font sur les fleuves, dans les étangs ou dans les ports, n'étant pas propres, parce que ces eaux remplissent la tête d'une vapeur qui s'élève de la terre; au lieu que les vapeurs de l'eau marine ouvrent insensiblement le corps et le dessèchent par leur salure, en sorte qu'il y arrive un grand changement. Il faut encore chercher des lieux où régnent des vents doux, ou des vents contraires à ceux qui ont accoutumée d'augmenter le mal de tète; et surtout avoir l'esprit libre, et ne s'occuper que des choses •qui divertissent, particulièrement après le repas, parce qu'il n'y a rien qui remplisse la tête, comme la méditation ou le grand attachement de l'esprit sur quelque sujet (1). »

S'il i\ jamais existé une méthode diététique rigoureuse, c'est bien la règle circulaire de traitement adoptée par les Méthodistes pour la métasijncrise ou la récorporation. — En effet, cette pénible hygiène devait avoir la plus grande influence sur l'organisation et on ne comprend pas qu'il y ait eu de malades assez dociles pour s'y soumettre aveuglément. — Toutefois sans rien préjuger des succès de cette thérapeutique et en ne la considérant qu'au point de vue expérimental, ce que nous savons de la méthode moderne d'entraînement des Jockeys de Course permet de conclure par analogie et de croire que la métasijncrise devait être dans quelques circonstances très-utile aux malades. — En présence d'une pareille méthode de traitement, on comprend mieux que par un long discours la différence qui sépare les méthodistes des naturistes se déclarant les ministres de la nature croyant à ses efforts cura tifs, aux sympathies, aux crises et à l'efficacité de la révulsion. — Cela explique bien la critique ardente que cette école faisait des doctrines d'Hippocrate en disant qu elles n'étaient qu'une méditation sur la mort. — A côté de la thérapeutique des méthodistes, celle des naturistes pouvait en effet passer pour de l'inaction, mais entre l'une et l'autre il n'y a définitivement pas à hésiter, et l'histoire a jugé le procès en * laissant le Méthodisme dans l'oubli.

(1) Daniel Leclerc. Hishirc de la médecine, pr.gc 'i.'iO.

SECTION III Du méthodisme moderne.

Le Méthodisme ancien, tel qu'il a été inauguré par Asclépiades et son disciple Thémison, accordant toute activité aux solides du corps et supprimant l'être moral, ne paraît pas s'être soutenu longtemps dans l'opinion des médecins. — Écrasé par la critique de Galien, devenu l'autorité médicale de son époque et des siècles suivants, il ne survécut guère à Cœlius Aurelianus, qui fut un de ses plus célèbres représentants. S'il eut encore quelques disciples, ce fut dans l'ombre et aucun d'eux ne releva le drapeau de la doctrine de façon à l'opposer au galénisme officiel, qui était un mélange inlelligeul du Naturisme et de l'Humorisme.

. Pendant quatorze siècles, il ne fut plus question du Méthodisme, mais tant de choses reparaissent sous de nouvelles formes et sous de nouveaux noms, qu'il n'y a pas lieu d'être surpris de voir revivre les idées de cette doctrine d'abord assez timidement dans les ouvrages de Prosper Alpin, né en 1553 à Marostica, dans la Vénélie, mort en 161(3, professeur de botanique à l'Université de Padoue. On lui doit différents ouvrages sur la médecine des Egyptiens, et sur les plantes d'Egypte ; des prédictions sur la vie et la mort des malades et sur la médecine méthodique, qu'il pratiquait avec un mélange de galé- * nisme et d'arabisme.

La manifestation fut un peu plus complète dans les théories de la tension et du relâchement des fibres de Baglivi; — de Yohstructio7i vasculaire de Boerrhaave; — du spasme et de V atonie de Fr. Hoffman et de Cullen ; — de Vexcitahilité et de l'incilabilité de CuUen; — des maladies Sthéniques et Asthéniques de Brown; — de Virritation de Broussais — et de l'irritabilité fonctionnelle, sécrétoire ou nutritive de "Virchow, — Sous toutes ces formes, c'est encore le Solidisme qui essaie de détruire I harmonie qui résulte de l'ensemble des éléments de la nature humaine pour y substituer l'arbitraire d'un seul d'entre eux, comme si l'élude d'un élément pouvait être isolée des autres.

Pas plus que l'Humorisme, ou que toute aulre doctrine ne considérant qu'un des éléments de l'organisation, le Solidisme et le Méthodisme ne rendent compte de toutes les particularités de la vie humaine nidesmaladies qui l'affligent. — Naturisme, Pneumatisme, Animisme, Yitalisme, Organicisme, Cellularismc, etc., aucun de ces systèmes ne résiste à la critique d'un observateur instruit, et s'ils renfermeiil

une part de vérité, leur absolutisme les rend dangereux pour lascience et ne peut conduire qu'cà l'erreur. Quelle différence avec l'hippocratisme ou avec le galénisme qui ne sont que la réunion de ces différents systèmes, c'esl-à dire c[ui ne sont que la doctrine personnelle et grandiose d'hommes n'ayant rien méconnu de ce qui constitue l'organisation humaine et qui, dans leur médecine, tenaient compte de la force naturelle ou nature qui dirige la matière, des solides en mouvement et des humeurs qui lefe lubréfient.

Quoi qu'il en soit, dans ce Méthodisme ou dans ce Solidisme moderne, comme on voudra, il y a des idées éminemment utiles qui n'ont que le tort de vouloir être prépondérantes, et je vais les faire connaître en parlant des hommes qui les représentent. Les plus célèbres sont : Fr. Hoffmann, Cullen, Tommasini, Rasori, Brown et Broussais.

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