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CHAPITRE II

CULLEN

Guillaume Cullen, né le 41 décembre 1712 et mort en 1790, eut \ compter au début de sa carrière avec les nécessités de la vie et malgré tout son mérite, sans la protection du duc d'Argyle et du duc fHamilton, il ne serait peut-être jamais parvenu à l'emporter sur les médiocrités qui s'imposent par l'intrigue et par la camaraderie.

Il fut successivement professeur de chimie et de médecine à Glascow, puis professeur de chimie, de matière médicale et enfin de médeciiie théorique et pratique à Édimbourg.

Sa réputation fut immense et méritée. Lorsqu'il parut, sous le

règne des doctrines mécaniques et humorales de lioerrhaave, qu'il devait combattre, il se fit le promoteur d'un système qui n'avait de nouveau que la forme et qui rappelait d'une façon indirecte le méthodisme ancien. Tenant compte des travaux de Haller sur l'irritabilité et à l'instar de "Willis, de Baglivi et de Frédéric Hotfinann de l'action du système nerveux sur l'organisme et sur la détermination des maladies, il promulgua cette fameuse théorie des fièvres, basée sur l'existence du spasme et de V atonie. C'était la reproduction des idées de Frédéric Hoffmann, modifiées par l'addition de quelques faits nouveaux et généralisées à une plus grande partie de la pathologie.

Pour lui, la plupart des maladies, et non pas toutes les maladies, comme on lo dit trop souvent par erreur, en exagérant la pensée de CuUen, étaient le résultat d'une affection du système nerveux, agissant sur les puissances motrices, mais il admettait également des causes mécaniques et humorales puisque pour lui (lom. I, page 376), il admettait que la petite vérole, la rougeole, la scarlatine dépendaient d'un ferment transmissible par contagion et infectant les fluides de l'économie. Le système de Cullen n'avait donc rien d'absolu, comme le disent ces historiens de la médecine qui ne sont que des érudits et qui ne connaissent pas assez la science médicale pour juger les hommes dont ils parlent. Il n'excluait pas plus les altérations des solides que celles des liquides (1), et il faut le savoir ^ pour ne pas attribuer à cet auteur des opinions autres que celles qu'il a défendues et pour ne pas en faire un fondateur du solidisme vital ou un véritable méthodiste. Entraîné par l'étude de certains phénomènesdelafièvre, il allribuales pyrexies continues ou intermittentes, les pyrexies inllammatoires et un peu les hémorrhagies à un étal particulier de spasme et d'atonie du cœur ou des petits vaisseaux, se succédant plus ou moins vite, se localisant sur un point ou sur l'autre, et c'est en combinant la succession de ces deux étals différents qu'il a donné la remarquable théorie des fièvres dont je vais parler. On peut ne pas adopter ses opinions, mais il est impossible de ne pas y reconnaître un observateur de premier ordre; sauf ce que l'on pourrait y ajouter en anatomie pathologique, tout ce qui regarde l'étude des causes des symptômes et du traitement ne laisse rien à désirer pour un médecin de notre temps. C'est un chapitre qui n'a pas vieilli, et pour en donner une idée je vais reproduire tout ce qui est relatif à la théorie du spasme et de Vatonie. C'est, à mon sens, le meilleur moyen d'instruire mon lecteur et de le

(t) VoirGullen, proposition, n" 50.

— CULLEN

mettre en situation d'apprécier l'importance du système et celle de ma critique. Voici ce que dit Cullen à l'occasion de la cause prochaine de la fièvre. (Tom. I, page 15.) C'est, comme on le verra, quelque chose d'analogue à ce que Marey a démontré sur le resserrement el la dilatation des capillaires, donnant lieu à l'accélération des mouvements du cœur. Seulement de nos jours, M. Marey explique le phénomène par les lois de la mécanique, matière complètement ignorée de Cullen, qui ne veut voir dans la fièvre que spasme et atonie du cœur et des petits vaisseaux. Qui a raison de M. Marey ou de Cullen? Tous les deux peut-être, car en acceptant que le relâchement, c'est-à-dire l'atonie ou paralysie momentanée du système capillaire, oblige le cœur à se contracter plus souvent pour maintenir la circulation, cette accélération ou ce spasme, dirait Cullen, n'a rien de mécanique, c'est un instinct de la nature du cœur et un fait vital de. premier ordre. En tout cas voici la théorie de Cullen :

33. — La cause prochaine de la fièvre semble avoir échappé jusqu'à présent aux recherches des médecins. Je ne prétends pas la déterminer de manière à ne laisser aucune difficulté; mais je ferai mes eflbrts pour approcher du but; j'espère qu'ils pourront être de quelque utilité pour diriger le médecin praticien dans le traitement de celte maladie, et en même temps pour éviter plusieurs erreurs, qui jusqu'ici ont généralement été adoptées sur ce sujet. »

39. — Les médecins ont pendant longtemps pensé que la force augmentée du cœur et des artères, qui a lieu pendant l'accès de chaud des fièvres, devait être considérée comme Teffet des efforts que fait la nature pour opérer la guérison ; et je suis disposé à assurer qu'une partie de l'accès de froid peut être attribuée à ces mêmes efforts. J'en juge ainsi, parce que cet accès paraît être un moyen universel de produire la chaleur, et que le froid, appliqué extérieurement, produit souvent des effets semblables : j'adopte celte opinion avec d'autant plus de confiance, qu'il semble que l'accès de chaud accélère plus ou moins la fin du paroxysme, et qu'il produit une solution plus complète cl une inlermission plus longue, en proportion du degré de tremblement qui a paru pendant l'accès du froid. »

40. — Il faut particulièrement observer que, pendant l'accès de froid, il paraît qu'un spasme général affecle les extrémités des artères, et spécialement celles de la surface du corps; ce qui semble évident par la suppression de toutes les excrétions, et par la diininuiion du volume des parties externes : cela pourrait s'attribuer, en partie, à la faiblesse de l'action du cœur à pousser le sang dans

ïo'* HISTOIRE DE LA MÉDECINE

l'exlrémité des petits vaisseaux. Cependant, comme ces symptômes continuent souvent lorsque l'action du cœur est rétablie, on est fondé à croire que la constriction spasmodique a lieu, qu'elle subsiste quelque temps, et qu'elle entretient l'accès de cbaud; car cet accès cesse dès que la sueur coule, et que les autres excrétions se rétablissent; ce qui annonce le relâchement des vaisseaux qui étaient avant dans un état de constriction.» (Voyez Hoffmann, Méd. rat. systéin. Tom. IV, p. 1, sect. I, chap. i, art. 4.)

41. — D'après ceci, l'idée qu'on peut se former de la fièvre, est qu'elle consiste dans un spasme de l'extrémité des petits vaisseaux, produit par une cause quelconque, qui irrite le cœur et les artères, et que cette irritation continue jusqu'à ce que le spasme soit diminué ou détruit. Il y a beaucoup de symptômes qui viennent à l'appui de celte opinion, et l'on ne peut guère douter qu'il existe un spasme qui irrite le cœur, et doit par conséquent être considéré comme constituant la partie principale de la cause prochaine de la fièvre. Néanmoins il restera toujours une question à déterminer, savoir quelle est la cause de ce spasme? est-il directement produit par les causes éloignées de la fièvre, ou n'est-il qu'une partie de l'action de la nature, qui tâche d'opérer la guérison? »

42. — Je suis disposé à embrasser la dernière opinion, par les raisons suivantes. Premièrement, quoiqu'il soit certain que la faiblesse est la cause de la fièvre, on ne voit pas facilement de quelle manière la faiblesse produit le spasme, ni comment elle augmente Taction du cœur et des artères, qui semble être l'effet de ce spasme. Secondement, dans tous les cas où la nature fait un effort pour guérir, cet effort commence presque toujours par un accès de froid et par le spasme des vaisseaux capillaires. » (Voyez Gaub. Path. Médecin, art. 750.)

43. — On doit donc présumer que cet accès de froid et ce spasme qui surviennent au commencement de la fièvre, sont une partie des efforts que fait la nature pour opérer la guérison; mais en même temps il me paraît probable que, durant tout le cours de la fièvre, l'atonie subsiste dans les petits vaisseaux, et que le spasme ne peut diminuer que quand le ton et l'action de ces vaisseaux se rétablissent. »

44. — Ceci peut être difficile à expliquer; mais je pense qu'on peut l'admettre comme un fait, en considérant les symptômes qui ont lieu, tels sont l'anorexie, la nausée et le vomissement. »

« Il est assez constant, d'après un grand nombre de circonstances, qu'il y a une sympathie entre l'estomac et la surface du corps; et dans tous les cas où il y a sympathie entre des parties éloignées, il

est à présumer qu'elle est due à la connexion du système nerveux, et que la sympathie qui se manifeste contre les fibres sensitives et motrices de deux parties, est telle que, quand un certain état domine dans l'une, il se communique bientôt à l'autre. »

« A l'égard de l'estomac et de la surface du corps, leur sympathie se manifeste particulièrement par la connexion que l'on observe entre l'état de la transpiration insensible et l'appétit des personnes qui jouissent de la meilleure santé Or, si l'on peut présumer que l'appétit dépend du ton des fibres musculaires de l'estomac, il s'ensuivra que la connexion qui existe entre l'appétit et la transpiration insensible, est due à la sympathie des fibres musculaires de l'estomac avec celles des petits vaisseaux de la surface du corps, ou de l'organe de la transpiration. »

« Une autre preuve de la connexion qui existe entre l'appétit et la transpiration, et même des circonstances dont dépend cette connexion, c'est que l'action du froid sur la surface du corps est toujours un puissant moyen d'exciter l'appétit, lorsqu'il n'arrête pas la transpiration, mais qu'il agit comme stimulant à son égard. »

« Après avoir ainsi démontré la connexion ou la sympathie qui existe entre des parties éloignées, nous concluons que l'anorexie, la nausée et le vomissement dépendent évidemment, dans beaucoup de cas, d'un état de faiblesse ou de la perte de ton des fibres musculaires de l'estomac : l'on peut, en conséquence, présumer que, dans le commencement de la fièvre, ces symptômes sont dus à l'aonie des fibres musculaires des petits vaisseaux de la surface du :orps, qui se communique aux fibres musculaires de l'estomac. »

« Une observation de Sydenham paraît particulièrement prouver que la faiblesse de l'estomac, qui produit le vomissement dans le commencement des fièvres, dépend réellement de l'atonie des petits vaisseaux de la surface du corps. Dans l'attaque de la peste, il survient un vomissement, qui empêche qu'aucun médicament ne reste tians l'estomac; et Sydenham rapporte que, dans ce cas, il ne peut faire cesser ce vomissement qu'en appliquant à l'extérieur des moyens capables d'exciter la sueur, c'est-à-dire, de ranimer l'action des vaisseaux de la surface du corps. »

« Cette même sympathie, qui existe entre l'état de l'estomac et celui des petits vaisseaux de la surface du corps, est encore évidente par ■ie vomissement qui survient si fréquemment pendant l'accès de roid des (lèvres, cesse communément aux approches de la chaleur, 3t toujours dès qu'il y a apparence de sueur (14). Il est Irès-prooablequele vomissement qui s'observe dans l'accès de froid des lièvres, est un moyen que la nature emploie pour rétablir la déler-

minalioli des humeurs vers la surface du corps. Il y a encore une circonstance qui vient à l'appui de ce que je viens d'avancer, et qui en même temps démontre la connexion générale qui existe entre l'estomac et la surface du corps, c'est que les éméliques qui sont introduits dans ce viscère, et qui y exercent leur action pendant l'accès du froid, font communément cesser ce dernier, et accélèrent celui de chaud. »

« Une autre preuve de cette même connexion, c'est que l'eau froide, introduite dans l'estomac, produit une augmentation de chaleur sur la surface du corps, et est très-souvent un moyen conve nable et efficace de déterminer la sueur. »

(C D'après tout ce que nous venons de dire sur ce sujet, je pense qu'il est assez probable que l'anorexie, la nausée et le vomissement dépendent de l'atonie des petits vaisseaux de la surface du corps et en sont une preuve; en conséquence, cette atonie, que l'on doit maintenant regarder comme un fait, peut être considérée comme la circonstance principale qui constitue la cause prochaine de la fièvre. »

45. — Nous supposons que cette atonie dépend de la diminution de l'énergie du cerveau, et nous concluons que cette diminution a lieu dans les fièvres, non-seulement d'après la faiblesse, dont nous avons parlé plus haut (35), qui domine dans un si grand nombre des fonctions de l'économie animale, mais principalement d'après les symptômes particuliers au cerveau même. Le délire est un symptôme fréquent de la fièvre; et comme la physiologie et la pathologie nous apprennent que ce symptôme dépend communément de quelque inégalité dans laction du cerveau ou de l'organe inlelfecluel, nous en concluons que le délire dénote dans la fièvre une diminution de l'énergie du cerveau. Il est vrai qu'il semble dépendre souvent de l'augmentation de la circulation du sang dans les vaisseaux de ce viscère, et qu'en conséquence il accompagne la frénésie. Il paraît encore fréquemment dans l'accès de chaud des fièvres, avec le mal de tête et le battement des artères temporales; mais comme la force avec laquelle le sang se porte dans les vaisseaux de la tête est souvent considérablement augmentée par l'exercice, la chaleur externe, les passions, et d'autres causes, sans produire aucun délire; en supposant que la même force excite le délire, dans le cas de fièvre, on ne peut en rendre raison, qu'en admettant qu'il y a alors quelque cause qui diminue l'énergie du cerveau, et empêche la libre communication entre les parties d'où dépend l'exercice des fondions intellectuelles, .le suppose aussi, d'après le même principe, qu'il } a une autre espèce de délire, qui dépend plus parfaitement de ladi-

DU MÉTHODISMli MODERNE

— CULLEN

minulion de l'énergie du cerveau, et qui, par conséquent, peut surr venir lorsque la forée de la circulation du sang n'est pas augmentée, plus que de coutume, dans les vaisseaux du cerveau : tel paraît être le délire qui survient au commencement de l'accès de froid des fièvres, ou dans l'accès de chaud de celles qui s'annoncent par des marques très-évidentes de faiblesse dans tout le système. »

46. — D'après tout ce que je viens de dire, notre doctrine des fièvres se réduit évidemment aux principes suivants. Les causes éloignées (36) sont certaines puissances sédatives appliquées au système nerveux, qui diminuent l'énergie du cerveau, produisent, en conséquence, la faiblesse dans toutes les fonctions, et particulièrement dans l'action des petits vaisseaux de la surface (43, 44). Cependant, telle est en même temps la nature de l'économie animale, que cette faiblesse devient un stimulant indirect pour le système sanguin : ce stimulant, à l'aide de l'accès de froid, et du spasme ([ui l'accompagne (39, 40), augmente l'action du cœur et des grosses artères (40), et subsiste ainsi (41) jusqu'à ce qu'il ait pu rétablir l'énergie du cerveau, communiquer celte énergie aux petits vaisseaux, ranimer leur action, et surtout détruire, par ce moyen, leur spasme ; ce dernier étant dissipé, la sueur et tous les autres signes du relâchement des conduits excréteurs se manifestent. »

47. — Cette doctrine servira, à ce que je crois, à expliquer nonseulement la nature de la fièvre en général, mais même ses variétés. Néanmoins, avant que d'aller plus loin, il convient d'indiquer les opinions, ou plutôt, suivant ma manière de voir, les erreurs qui ont été jusqu'ici le plus généralement adoptées sur cet objet. »

Dans cet exposé on voit que ce méthodisme dilTère complètement du méthodisme ancien, qu'il a pour base le spasme ou resserrement et V atonie ou relâchement des vaisseaux et des organes tandis que dans la doctrine ancienne ce resserrement et le relâchement s'appliquent à la porosité des tissus en général. — Si le principe est semblable, l'application est essentiellement différente, et tandis que l'ancien méthodisme relève de la philosophie atomique de l'ouverture et de la constriction des pores relative au mouvement des atomes, le méthodisme de CuUen s'inspire de la découverte phy- 'siologique de l'irritabilité.

A cet exposé de doctrine, Cullen ajoute une réfutation des autres Ihéories de la fièvre ayant une certaine vogue dans le moment. Il nie contre Bellini et Boerrhaave que l'accès de froid des fièvres et ses suites soit une lenteur ou une viscosité dominant la masse du sang et restant en stagnation dans les vaisseaux (1) contre l'école

(I) n» 48, Cullen.

Hippocrafique, que l'aclion augmentée du cœur et des artères soit un effort de la nature pour chasser une matière morbifique; cependant il admet les crises et les jours critiques; contre l'humorisme enfin, que la fièvre soit la cause d'une surabondance de bile. — C'est alors que, se croyant victorieux des systèmes opposés au sien, il déclare « que la plupart des symptômes des fièvres dépendent des (( changements qui surviennent dans l'état des puissances motrices c( du système animal. »

Après cette conclusion, Cullen dit qu'il va rendre raison de la différence des fièvres et voici sa théorie contraire, dit-il, à l'opinion de la plupart des médecins. 11 suppose que dans toute fièvre il y a des mouvements organiques nuisibles qui tendent à altérer et à détruire le corps, mais que par contraste et comme effet de la force niédicatrice de la nature, tom. 1, page 35, n" 59. il y a des mouvements qui tendent à prévenir les effets de la puissance nuisible pour les corriger ou pour les détruire. »

50. — En supposant que ces deux mouvements ont lieu dans chaque paroxysme de fièvre, on verra que c'est particulièrement dans le temps de l'accès de chaud que la réaction agit pour dissiper l'état morbifique. C'est pourquoi cet accès sera plus ou moins long, suivant que l'effet de la réaction sera plus ou moins prompt. Mais comme la longueur du paroxysme dépend particulièrement de l'accès de chaud, on doit attribuer la prolongation de cet accès et -^es paroxysmes, ou k la résistance opiniâtre qu'oppose l'élat morbifique ou à la faiblesse de la réaction salutaire, et il est probable que tantôt l'une de ces circonstances a lieu, et tantôt l'autre. »

64. — Il semble que ce n'est que par le degré du spasme, que l'on peut juger de la résistance qu'oppose l'état morbifique de la fièvre; et j'observerai, relativement à ce spasme, que la cause qui le détermine peut varier dans différents cas, ou que le degré différent d'irritabilité de chaque individu peut donner lieu à un degré de spasme plus ou moins grand, quoique la cause soit la même : en conséquence, dès que la réaction est commencée dans la fièvre, l'accès de chaud et tout le paroxysme peuvent être plus ou moins longs, suivant le degré du spasme qui s'est formé. »

62. — Il y a une des causes de la durée opiniâtre du spasme • dans les fièvres, qu'il est aisé de reconnaître. Dans les maladies inflammatoires, il existe une dialhèse plilogisiique qui domine dans le corps ; je suppose que cette diatbèse consiste dans l'accroissement du Ion de tout le système artériel. (Vcst pourquoi, lorsqu'elle accompagne la fièvre, comme il arrive quelquefois, on peut admettre qu'elle donne lieu au spasme fébrile de se former avec plus de

force, et que c'est ce qui produit des paroxysmes plus longs . C'est pour cette raison que l'on voit que toutes les fièvres inflammatoires sont du genre des continues, et que toutes les causes de la diathèse inflammatoire ont une tendance à changer les intermittentes en continues. Or, comme les fièvres continues sont souvent accompagnées de la diathèse inflammatoire, nous en concluons que, dans beaucoup de cas, cette diathèse est la cause de leur type continu. »

63. — Cependant, dans la quantité de fièvres, il n'y a aucun signe évident de la présence de la diathèse inflammatoire, ni de toute autre cause capable de produire un spasme plus considérable : dans de semblables cas, on doit, en conséquence, attribuer le prolongement des paroxysmes, et le type continu de la fièvre, à la faiblesse de la réaction. Nous jugeons que cette cause a lieu, parce que nous voyons les symptômes les plus évidents d'une faiblesse générale, dans quantité de fièvres où les pacoxymes séparés sont fort prolongés et s'observent très-difficilement -, et nous concluons de là que, dans ces .cas, la prolongation des panoxysmes, et le type continu dépendent de l'inertie de la réaction qui est due à ce que les causes de faiblesse sont des plus puissantes, ou à quelques circonstances particulières à la constitution du malade, qui favorisent l'action de ces causes. »

6i. — Ces principes nous conduisent à expliquer en général,

i avec quelque probabilité, la différence des fièvres ; mais il faut avouer que l'on rencontre beaucoup de doutes et de difficultés pour faire l'application de cette doctrine aux cas particuliers. Elle peut servir à rendre raison, d'une manière assez supportable, des différents états intermittents, lorsqu'elles sont bien caractérisées, ou qu'elles approchent de plus en plus du type de la fièvre continue : mais il reste encore, quant à plusieurs circonstances des fièvres intermittentes, quelques difficultés, et ces difficultés sont encore plus grandes, relativement à la diff'érence de ces fièvres continues, que nous avons distinguées, dans notre Nosologie, des inlermitten-

i tes, et nommées spécialement continues, à raison de leur différence (voyez syn. Nos. meth. p. V, ch. i, secl. II), et dont nous avons donné plus haut une explication plus détaillée. » ■ Ici, le terrain manque sous les pieds de l'auteur, et il entre dans

! une voie d'hypothèses où je ne le suivrai pas. — Il ne faudrait pas croire que pour lui sa théorie des pyrexies reposât tout entière dans celte étude de la cause prochaine {spasme et atonie); non — Cullen est un homme profondément versé dans l'étude de la clinique et qui, malgré son ambition de doctrine médicale, ne sacrifie rien de la vérité ou de son jugement. C'est ce qui le rend respectable. Il

étudie ensuite les causes éloignées auxquelles il donne une importance relative trés-convenable. Ce sont les miasmes et les contagions d'où naissent les endémies et les épidémies, le froid, \apeur, Y intempérance, etc., puis il aborde le pronostic des fièvres, avec une largeur de vues et une sagacité que je ne puis m'empêcher d'admirer. — Tout ce chapitre peut être lu aujourd'hui encore avec profit et, de nos jours, il y a peu de médecins qui soient de force à en écrire un semblable.

C'est dans le traitement des pyrexies qu'on retrouve le syslémalisateur et, il faut bien le dire, la manière dont CuUen fait la part du spasme et de l'atonie dans la thérapeutique des fièvres continues, loin de donner matière à la critique, fait briller de nouveau son talent de clinicien. Ne s'occupant que des indications, il se propose, d'abord, de modérer la violence de la réaction en diminuant l'action du cœur et des artères ; et, ensuite, de dissiper le spasme des petits vaisseaux. — Pour cela, il ordonne d'éviter les impressions qui agissent sur les sens externes, le mouvement du corps, l'exercice de l'esprit, l'alimentalion trop substantielle ; de remédier à la soif par les boissons acides, aux crudités d'estomac par les vomitifs, à réchauffement par des laxatifs, à l'acrimonie des humeurs par les antiseptiques, à la chaleur fébrile par les applications du froid, par les acides délayés, à la tension du système sanguin par la saignée ou par les purgatifs , au spasme des petits vaisseaux par les déloyautés : notamment l'eau en boisson, par les sels neutres, les sudorifiques, les émétiques et enfin les antispasmodiques. — Dans cette dernière catégorie se trouvent mentionnés (n» 209) l'hydrothérapie, le sucre de Saturne, l'Ens veneris de Boyle, les préparations de fer, l'arsenic, l'alun et l'écorce de Pérou ou quinquina.

Puis, contre la faiblesse et l'atonie, le vin et l'alimentalion deviennent les remèdes les plus utiles à employer.

Toute celle thérapeutique des pyrexies, suffisamment détaillée par Cullen, offre un Irès-grand intérêt à la lecture et montre un auteur iogiquemenl conduit de l'élude des causes à l'application des remèdes. — Nous relrouverons les mêmes qualités dans les chapitres des inflammations, elles sont un peu moins évidentes dans le livre des Hémorrhagies et des ProfLuvia ou flux, mais dans le reste de l'ouvrage, la théorie du spasme et de l'atonie disparaît insensiblement el il y a des chapitres où il n'en est plus question du tout. Tels sont ceux où il est question de la petite vérole, de la rougeole, de la scarlatine, de la goutte, etc.

Comme novateur, Cullen ne prendra pas une grande place dans l'histoire de la médecine el des doctrines médicales. Ce fut un es-

prit des plus distingués, un médecin fort instruit, ayant eu assez de pénétration pour percer à jour le mécanicisme et l'humorisme,

■ sortis de l'école de Boerrhaave : mais il ne fut qu'un brillant reflet de Fréd. Hoffmann, destiné à s'éteindre sous la grande lumière de Brown, son élève, devenu son rival et bientôt son ennemi victorieux.

:En effet, Cullen, dominé par les droits de l'observation, assujetti par l évidence d'une raison élevée, voulut borner son système à cette théorie du spasme et de l'atonie dans les fièvres et quelques autres espèces morbides, sans se douter qu'un système partiel ne triomphe jamais de la foule ignorante qui veut qu'on lui simplifie l'étude des choses. De même que Fréd. Hoffmann, Cullen s'est arrêté et n';i pas osé fonder sa nosologie sur la division des maladies en spasmodiques et atoniques, ce qui était la conclusion naturelle de ses premières

'recherches

Ce fut un méthodiste honteux. Plus hardi, et ce qui peut nous en rendre compte, assez ignorant, Brown osa ce que ne voulut pas Cullen : il alla jusqu'au fond de la doctrine et fit sortir du système de ■son maître ce vrai méthodisme moderne, c'est-à-dire commun aux temps reculés de Thémison, une dichotomie morbide, permettant ide classer toutes les maladies en deux classes, l'une renfermant celles que caractérise un excès de force, et l'autre destinée à contenir celles qui résultent d'un état plus ou moins prononcé de faiblesse. On verra plus loin ce qu'il faut penser de ce système.

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