BROWN
^ Jean Brown, né en 1735 à Boucle, en Écosse, mort en 4787, a été l'ami et l'élève de Cullen, et c'est à lui et à sa théorie du spasme et de l'atonie qu'il a emprunte la première idée du système qui devait
' le rendre si célèbre. Sa vie a été très-agitée par les eflets de sa philosophie médicale. Les médecins en renom ne peuvent souffrir
' l'avénement d'un rival et Brown l'apprit à ses dépens. Poursuivi par la haine et la jalousie de ses confrères d'Edimbourg, son premier lieu de résidence, il vint à Londres où il trouva de nouveau, avec le succès, les mêmes mauvaises passions confraternelles. Les corporations sont ainsi faites, elles ne souffrent aucune supériorité isolée, elles n'acceptent que celles qui ont eu l'habileté de s'imposer ou que fait naître lo cours des événements el sur lesquelles il n'y a pas
moyen de mordre, elles sonl alors aussi serviles envers la médiocrilé lilrée qu'elles sont lâches vis-à-vis du mérite obscur et solitaire qui n'a pas d'appui et dont on ne craint pas les protecteurs. Brown rendit, au reste, coup pour coup, et son enseignement ne ménageait guère ceux qui s'étaient déclarés ses ennemis. — Toutefois, c'est une justice à lui rendre, il n'a rien imprimé dans son livre qui soit de nature à blesser les esprits délicats, à compromettre sa dignité médicale et qui sente la haine de ses ennemis. Son œuvre, au contraire, a une sérénité de composition et une supériorité de vues telle qu'elle s'élève très-au-dessus des passions du vulgaire, et qu'on l'admire encore lors même qu'on est résolu à ne pas en adopter les conclusions.
Si la médecini! n'était qu'une œuvre d'imagination, et s'il devait suffire pour être un médecin illustre de construire, avec charme, un système chimérique en dehors des exigences de l'observation , Brown serait un des plus célèbres parmi les illustres du xviii<= siècle. Entre Fré.1. Hoffmann et CuUen, qui sont ses prédécesseurs, et lui, il y^a communauté de vues scientifiques, mais quelle différence entre le talent clinique des premiers et la pathologie écourlée du second ! — Brown est le logicien du méthodisme moderne : il a été au fond de la doctrine, il en a tiré toutes les conséquences qu'on pouvait en tirer avec un talent rare et un charme d'exposition que je m'em- , presse de reconnaître.
' Là où Hoffmann et Cullen ont hésité pour généraliser leur idée du spasme et de Vatonie dans l'état morbide et dans toutes les maladies, Brown, sans tenir compte des exceptions et des difficultés cli- j niques, entraîné par une conviction que l'on ressent à la lecture de j son livre, a fait entrer toute la pathologie sous le dichotomisme de Vctat sthénique et asihénique. — A la timidité des conclusions de ses prédécesseurs, il a substitué des vues d'une excessive hardiesse et a construit ce système célèbre qui, pour être faux et incomplet sur beaucoup de points, n'en renferme pas moins un grand nombre de vérités utiles. On va en juger par l'analyse que j'ai cru devoir faire de l'ouvrage qui le renferme sous le titre A'Éléme}its de médecine (1).
Les éléments de médecine se composent de cinq parties, précédées d'une excellente préface du traducteur Moscati. De ces cinq parties, la première toute théorique et les quatre autres pratiques.
Dans la première partie, Brown pose les éléments de son système
(1) \ivown,Elémcnls de médecine, nvec une prMace do Moscati, trîiduils par M. b'ouquier, an XIII'- s. — ISÛ5.
de la façon la plus claire et la plus saisissante. — Que n'est-ce aussi vrai que cela est simple ?
Chapitre premier. — La médecine est une science qui a pour objet de conserver la santé des êtres vivants, de prévenir et de guérir leurs maladies.
Les maladies sont communes à toutes les parties du corps. Les unes sont générales et les autres bornées à quelque partie seulement ou locales. Celles qui sont générales le sont dès le principe et les autres ne le deviennent que rarement. Les premières supposent toujours une opportunité préalable et sont la conséquence de l'affection du principe vital. Elles exigent un traitement de tout l'organisme tandis que les autres ne réclament qu'un traitement de la partie malade.
Chapitre ii. — Incitahilité, incitants et de leur action. — Tout ce qui vit est susceptible d'être affecté par les choses externes ou par certaines actions qui leur sont propres. Les choses externes sont : la chaleur, les aliments, le sang et les humeurs qui en sortent, l'air, les contractions musculaires, l'action du cerveau dans la pen' sée et les passions.
La propriété par laquelle agissent ces influences eslVincitahilité et elles sont nommées puissances incitantes. — Sensation, locomotion, pensée, affections morales, vitalité, toutes ces fonctions résultent de l'effet commun des puissances incitantes.
Il faut appeler Incitation l'effet de l'impression des puissances menantes sur l'incitabilité - et ces puissances sont les stimulants. Ils sont généraux, agissant sur tout l'organisme ; ou locaux, agissant sur une partie.
Chapitre m. — Comment agissent les puissances incitantes ~ Un ne sait ce qn'esl l'incitabilité ni comment elle est affectée par les puissances incitantes, mais on la trouve dans l'être qui commence a^ vivre. Elle varie suivant les individus et dans le même inmvidu. bans en faire une matière ou une faculté inhérente à la matière, on dira qu'elle abonde ou qu'elle s'épuise.
Il y a toujours une certaine quantité d'incitabililé et laclion des puissances incitantes est plus forte ou plus faible, mais jamais nulle '1 ou la vertu stimulante de ces puissances excessive, médiocre où taible.
^J^i ^T!^^'"' ''^ P'^'^"'^ ^«"•«^ puissances incitantes nefl FH ' ^incitation, est renfermé dans certai-
rTe rWM ■ /""«Po^lionnelle à la force du stimulus , modé-
rée, c est la santé ; forte, elle produit des maladies spéciales • faible, elle en produit d'autres remarquables par la débilité. '
BOUCIIUT.