‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 36 sur 125 · BROUSSAIS · texte numérisé non relu

BROUSSAIS

nous allons l'examiner dans les glandes lymphatiques, qui nous offrent des faisceaux de capillaires où prédomine la matière albumineuse. Nous rechercherons ensuite comment elle modifie les tissus où les capillaires non sanguins sont moins prédominants.

7° L'inllammation chronique considérée dans les capillaires propres des glandes

lymphatiques.

« Les glandes lymphatiques proprement dites, en faisant abstraction du tissu qui les entoure, sont, en majorité, le produit de la réunion de plusieurs vaisseaux absorbants qui viennent s'y plonger chargés de fluides blancs. Il s'y rend aussi des vaisseaux sanguins et des nerfs, ce qui n'empêche pas que les vaisseaux blancs n'y prédominent. »

« Cependant, lorsque l'irritation s'y développe d'une manière aiguë, elles rougissent et même éprouvent la suppuration phlegmoneuse. Mais si l'inflammation y passe à l'état chronique, les glandes deviennent grisâtres, blanchâtres, quelquefois demi-transparentes, et dans cet état quelques médecins lui donnent le nom de tubercules crus. »

« Ce tissu peut persister longtemps sans aucun changement ; la délitescence et la résolution y sont difficiles; mais l'irritation peut s'accroître dans la masse déjà en partie désorganisée : alors, au lieu d'un liquide sus-animalisé, comme le pus du phlegmon, ou albuminoso-gélatineux, comme l'exsudation des membranes, elle donne pour produit une matière blanche, concrète, inodore, offrant assez exactement l'aspect et la consistance du fromage {état caséeux), plus disposée à s'acidifier qu'à se putréfier. »

<L Cette matière se rassemble, le plus souvent, au centre de la glande, et s'accumule au point que celle-ci ne semble plus entourée que d'une espèce d'écorce qui paraît être de la même nature que la glande indurée. Enfin, il arrive une époque où il ne reste rien de ce qui pourrait rappeler le souvenir de la glande, et l'on ne voit plus qu'une masse blanche, entourée d'un tissu cellulaire, quelquefois même sans adhérence apparente, et comme plongée immédiatement dans les faisceaux capillaires et dans le tissu aréolaire du lieu. Quelquefois la matière se réunit en petits foyers isolés dans la glande, qui semble composée en partie de grains glanduleux, en partie de I^rains blancs; mais l'accroissement de ces derniers finit toujours par faire disparaître le tissu glanduleux : on dirait qu'il se convertit en celte matière blanche que l'on est convenu d'appeler tuberculeuse. Lorsque la glande ne présente plus qu'une masse de celte nature, on lui donne le nom de tubercule ramolli ou cuil. »

HISTOIRE IJE L\ MÉDECINE

« Quels que soient l'origine et le mode de formation de la matière tuberculeuse, on la voit souvent se ramollir à son centre, et se transformer en un fluide de la consistance et de la couleur de la crème, qui devient assez ténu pour être détaché de la portion consistante, et expulsé quand le tubercule communique avec l'extérieur. Il est probable aussi qu'il peut être résorbé. De cette manière les tubercules les plus gros disparaissent, et laissent à leur place une cavité qui se change quelquefois en ulcère dans les parenchymes. »

« Telle est la marche régulière de la phlogose chronique glanduleuse; mais quelquefois le produit de son irritation se combine diversement, et donne des substances calcaires, osseuses, cartilagineuses, etc. )) (1).

« Pendant que les glandes lymphatiques s'altèrent et se désorganisent avec lenteur, la même irritation qui les dénature et qui réside ordinairement dans la membrane muqueuse voisine, lorsqu'il s'agit des viscères, se répand bien souvent dans toute l'atmosphère cellulaire environnante, ou dans le parenchyme tout entier, et y développe une foule de petites masses tuberculeuses, qui sont probablement l'efl'et de la désorganisation des principaux faisceaux de capillaires lymphatiques. Ce désordre est quelquefois porté au point que des vastes portions de tissu cellulaire, ou des viscères tout entiers, sont transformés en une masse squirrheuse, blanche ou «aséiforme. »

(( Tels sont les effets de l'irritation chronique bornée aux capillaires destinés à la lymphe; ils annoncent que ces capillaires, prodigieusement développés, ont comprimé peu à peu les autres vaisseaux, et ont fini par éteindre leur activité et les réduire à une nullité presque absolue. »

(( Ce genre d'altération est possible dans toutes les parties, surtout dans celles qui sont destinées à de copieuses sécrétions, parce que les lymphatiques y abondent; il suppose toujours que les capillaires sanguins y sont peu irrités. »

« Lorsque les glandes lymphatiques qui s'allèrent sont plongées dans un tissu cellulaire et graisseux, si les capillaires sanguins y sont languissants, il survient à ce tissu une sorte d'altération particulière, assez rapprochée de celle des faisceaux lymphatiques purs et simples : c'est ce qui va maintenant nous occuper. »

(!) Toute cette théorie de la transformation de l'Exsudal inflammatoire en matière cfiséciisc et Uibcrculcuse esl exaclcmeiit celle des liislologistes actuels, qui ont emprunté leurs idées à Broussais. {Noie de M. Bouchut.)

8° L'inflammation chronique, considérée dans les'capillaires du lissu celluluire, et des organes où ce tissu peut se développer.

Le tissu cellulaire ne suppure pas toutes les fois qu'il est le siège d'un point d'irritation chronique, comme à la suite des abcès et dans les plaies avec délabrement, et avec foyers pénétrant entre les muscles, etc. Dans ces cas, que nous avons déjà notés, l'inflammation se perpétue dans les capillaires sanguins. Il en est d'autres où elle semble bornée aux capillaires blancs, indépendamment de l'affection simultanée des glandes et des faisceaux lymphatiques; c'est du moins ce que j'ai cru devoir conclure de l'examen de ce genre d'altération qui a reçu des modernes les noms de tissu lardacé, tissu squirrheux, ou encéphaloïde. »

« La dégénération lardacée est cet état des parties de notre corps qui présente à la coupe un aspect jaunâtre et compacte, comme la graisse rancie du porc. Ces tissus, ainsi que les deux autres, sont durs et résistants; souvent on n'y voit point de vaisseaux sanguins; si l'on en dissèque un grand nombre, on finit par s'assurer que cet état dépend de l'accumulation, dans les mailles du réseau cellulaire, d'une matière concrète dont la couleur et les autres attributs varient beaucoup : ainsi on trouve des pelotons graisseux, jaunes, d'autres blancs, d'autres qui ressemblent au suif (1); on rencontre des espèces de masses fibrineuses, albumineuses (2), caséiformes (3), des fluides de consistance mielleuse ou lymphatique, et des glandes tuberculeuses, ou de petits dépôts de matière tuberculeuse, de forme irrégulière. »

« Tous ces fluides sont tenus dans un tissu transparent, lamelleux, de la nature des membranes séreuses ou du tissu cellulaire; mais il n'est point rare de rencontrer aussi, dans la masse désorganisée,

(1) Cette matière, que je comparais i^i suiT, me paraît correspondre à ce qu'on a appelé depuis tissus cncéplialoïdes, et qui peut être le résullal du ramollissement du squirrheux. Je persiste à croire que ce sont là des sécrétions morbides, produit de l'irritation, et non des tissus. (Note de Broussais en 18:j8.)

(2) Ces masses dites ici albumineuses, correspondent au prétendu ti>su siiuirrlieux, imitant la couenne de lard et dit laidacé par les auteurs. Le mot lardacé n'est Ici appliqué qu'à la graisse dégénérée. La dégénéralion squii'rheiise n'est p;is plus un lissu que l'cncépbaloïdc : ce sont des sécrétions morbides qui se ïoni dans les lisssus naturels. (Note de Broussais en 1838.;

(•'0 Le caséiforme est le détritus de la matière tuberculeuse, possible, ainsi que le tubercule, partout où il existe des tissus lamelleux et séreux, comme dans les faisceaux et les glandes d'absorption dans les parenchymes, dans les os, elc etc. (Note de Broussais en 1838.) ' '

des tissus plus épais et d'aspect fibreux, ligamenteux ou tendineux, qui donnent beaucoup de consistance à la tumeur. »

« Ces dégénérations fibro-cartilagineuses sont propres au tissu cellulaire : lorsqu'elles semblent envahir les muscles, les ligaments, les cartilages et les os, c'est par le moyen des lames celluleuses qui s'introduisent dans le tissu propre qu'elles y pénètrent, comme nous avons dit que l'inflammation rouge parvenait à s'y introduire. Voici ce qui me conduit à cette opinion :

« Lorsque les muscles, les parenchymes celluleux sont lardacés, etc., le tissu cellulaire qui s'y insinue l'est aussi, et la maladie a commencé par lui. Dans ce cas, les vaisseaux sanguins et le tissu propre de l'organe sont, pour ainsi dire, étouffés. — Lorsqu'au contraire l'irritation des capillaires rouges a prédominé, tout est sanguin dans le tissu cellulaire comme dans le propre : l'irritation a commencé dans le tissu cellulaire environnant l'organe; les vaisseaux ainsi que les fluides blancs, sont considérablemeni amoindris ou totalement éclipsés. Dans le premier cas, tout est devenu vaisseaux blancs; dans le second, tout paraît avoir été transformé en vaisseaux rouges. »

« Si l'irritation persiste longtemps, et à un faible degré, dans les membranes, elle les altère diversement, selon l'ordre des capillaires où elle a établi son siège. L'irritation peut tenir longtemps dans les faisceaux rouges de la peau; il en résulte un épaississement rouge, et quelquefois une suppuration à peu près analogue à celle du tissu cellulaire. Si elle réside dans les excréteurs, ses effets sont des sueurs, des pustules croûleuses, des exsudations, des vésicules de forme scabieuse, herpétique, teigneuse, etc.; toutes ces variétés tiennent à l'extrême susceptibilité de la peau, au grand nombre d'excitants qui peuvent la modifier, à la complication de son tissu, et aux qualités diversement stimulantes des fluides qu'elle sécrète. »

« Mais si l'irritation est fixée sur les faisceaux blancs et lymphatiques, la peau s'épaissit et devient lardacée (1), comme les autres tissus dont nous venons de parler. Lorsque le tissu cellulaire souscutané éprouve le premier celte désorganisation, la peau finit souvent par y participer en se résolvant en feuillets celluleux. »

9° L'inflammation chronique considérée dans les tissus des membranes.

« Dans les membranes muqueuses, l'irritation chronique produit l'endurcissement rouge, les fongositts, qui en sont une variété, et

(1) Ce lardacé correspond au squirrheux des anatomo-palliologistcs qui l'appellent aussi lardacé, et non pas à notre graisse défrcnoréc à laquelle nous donnions alors le nom de lardacé. (Note de LJroussais eu 1838.)

des altérations du fluide excrété, qui varient beaucoup moins que dans la peau. La dégénération lardacée, la squirrheuse, l'encéphaloïde, se rencontrent aussi, 1° dans les endroits où le tissu cellulaire qui unit la muqueuse à l'organe sous-jacent est extensible, c est-à-dire dans les organes creux, qui changent souvent de forme pour se prêter à la dilatation qu'y occasionnent certains corps ; 2° dans les points où ces membranes sont renforcées par un réseau capillaire sanguin très-intimement uni à des vaisseaux blancs au moyen du tissu cellulaire : tels sont le cardia, le pylore, le col de la matrice, et l'ouverture externe des muqueuses en général. »

« Le plus ordinairement les muqueuses ne se résolvent point en tissu lardacé; mais ces tissus, et tous ceux qui portent le nom de squirrhe, de carcinome, sont presque toujours précédés de l'iuflammation chronique de la muqueuse à laquelle ils sont adossés, et celle-ci présente ordinairement alors des ulcérations qui pénètrent quelquefois jusque dans la masse dégénérée. Au surplus, quand la membrane muqueuse n'est pas ulcérée, elle est au moins phlogosée. C'est un fait dont j'ai fini par acquérir la conviction. Il se développe quelquefois, dans la propre substance de ces membranes , des endurcissements blancs , mais qui sont rarement simples, et paraissent commencer dans les glandes destinées à fournir la mucosité.

Les séreuses chroniquement irritées s'épaississent et rougissent, en laissant exsuder une matière qui varie beaucoup lorsque l'irritation est vraiment inflammatoire; mais si elle est faible, obscure et qu'elle dure longtemps, la membrane tout entière paraît transformée en un tissu blanc, qui ressemble au cartilage ou au fibrocartilage, et qui même quelquefois nous présente un aspect lardacé et des dépôts tuberculeux et osseux plus ou moins près de la surface libre. Chez un grand nombre de sujets la couleur rouge de l'état aigu se change en noire dans toute l'étendue du péritoine. Cette couleur est due au sang, et la cavité est aussi parfois inondée d'une sérosité noirâtre, et présente des caillots de sang noir. »

« Quelquefois la désorganisation porte moins sur la membrane proprement dite que sur le tissu sous-jacent, qui, par l'engorgement de ses cellules, offre une couche lardacée très épaisse. Plus le tissu postérieur est lâche et fait pour se prêter aux changements de configuration des viscères, plus la désorganisation blanche est marquée après les irritations longuement soutenues dans un faible degré. Il faut aussi noter que plus la désorganisation blanche et lardacée est considérable, plus la matière exsudée, dite le pus, est épaisse,

caséiforme, et rapprochée de la matière tuberculeuse. Il n'en est pas ainsi si la dégénération de la séreuse est carlilagiiiiCorrae. »

Après avoir ainsi montré par l'analomie pathologique les caractères de l'inflammation des difl'érents tissus dans les formes et dans les terminaisons variables qu'elle présente à l'état aigu et à l'état U chronique, ainsi que le rôle de l'irritation dans les phénomènes inflammatoires, ce qui a été reproduit par l'auteur de la Pathologie cellulaire (Voyez Cellularisme), Broussais s'occupe de l'ulcération. — nia sépare de la phlogose proprement dite qui est l'irritation des capillaires sanguins, mais c'est un phénomène consécutif à l'inflammation, et il est occasionné par une irritation spéciale des vaisseaux " blancs lymphatiques.

D'après lui, l'ulcération de la phlogose aiguë et manifestement sanguine, tend promplement à sa terminaison; celle de la phlogose sanguine combinée avec l'irritation des faisceaux blancs est d'autant plus rebelle et plus rongeante, que les capillaires rouges sont dans une action plus considérable, c'est-à-dire qu'il y a plus d'irritation, pourvu toutefois qu'il n'en résulte pas une escarre gangréneuse , dont la chute pourrait ramener la surface ulcérée à l'état de plaie simple. Celle des parties lardacées où l'irritation sanguine paraît le plus faible est rare et fait peu de progrès. Il résulte de ces trois proportions : 1° que l'irritation des capillaires sanguins seule ne produit • point les ulcères rongeants et le cancer; 2° que l'irritation des "capillaires blancs peut donner lieu à ces aff'ections; 3» que la réunion des deux irritations dans le même tissu communique à ces ulcérations le plus haut degré d'activité dont elles soient susceptibles.

Vient ensuite l'étude des effets de l'inflammation sur les fonctions et de la cause de l'inflammation qu'il rapporte à la douleur résultant de l'irritation. — Mais là, Broussais, qui a la prétention d'être très-net, ce dont on peut juger par les extraits qui précèdent, paraît fort gêné dans ses déductions. — On voit qu'il est forcé de reconnaître que la douleur n'est pas le principe constant de la phlogose et que, si dans la slimulaLion venant de l'extérieur la douleur est assez fréquente, elle est très-variable, souvent très-faible cl parfois absolument nulle. — Cela ne l'empêche pas de conclure en disant : « C'est donc la douleur qui est la cause provocatrice la plus « puissante des phlegmasies. 11 est donc très-exact de dire que les « troubles sympathiques sont, aussi bien que les désordres locaux, « en raison directe de la douleur. » — Maintenant, comme seconde cause d'inflammation, Broussais parle de h stimulation venue de

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l'intérieur, dont il admet l'effet, par analogie, en concluant d'après les résultats produits par un irritant extérieur. — Là encore, il croit à l'intervention de la douleur comme origine des phénomènes locaux congeslifs de la phlogose et il s'écrie (1) : « La douleur préside donc à la formation de toutes les inflammations. » C'est là une conclusion erronée, en désaccord avec l'observation des malades et qui atteste que la doctrine de l'irritation telle que la comprenait Broussais n'est pas exacte. — Broussais a basé tout son système sur cette idée que la stimulation produisant la phlogose est perçue par le malade, qu'elle est douloureuse, que c'est dans le sens vulgaire du mol une irritation comparable à l'épine enfoncée dans les chairs, et que c'est cette irritation qui produit soit l'engorgement des capillaires sanguins, soit l'engorgement des capillaires lymphatiques. — De là, l'irritation comme cause, l'inflammation avec ses phénomènes matériels comme effets et les adoucissants, émoUieuts, narcotiques et antiphlogisliques comme thérapeutique. — C'est là une grande erreur qui se reproduit sans cesse depuis qu'après avoir découvert la sensibilité on en a fait l'attribut du système nerveux et que l'on regarde le mot de sensibilité comme entraînant toujours l'idée de sensation consciente. L'irritabilité de Haller, l'incitabilité de Brown, l'excitabilité des physiologistes, l'irritation de Broussais impliquent toujours l'idée d'un irritant produisant des perceptions, et il faut arriver à Bichat pour voir la sensibilité autrement considérée et divisée en deux espèces : l'une dite animale consciente donnant lieu à des perceptions et l'autre organique ou sensibilité insensible destinée à la nutrition et à la vie inconsciente des tissus. — C'est ce que j'ai appelé Vimpressibilité pour l'opposer à la sensibilité ordinaire et pour éviter de dire sensibilité insensible ou sensibilité in^ consciente.

Tant qu'on fera des agents nécessaires à l'entretien de la vie ou des corps qui troublent la santé des irritants, on sera tenté de combattre les maladies par les contraires, c'est-à-dire par les contre-irritants, de là les erreurs de Rasori et de Broussais, mais si laissant là l'irritation, on ne se préoccupe que de l'impressibilité ou faculté inconsciente de sentir, indépendante du système nerveux, attribut de la matière vivante ou simple propriété vitale, on ne fera pas jouer à cette impressibililé un rôle absolu dans la pathogénie et dans la thérapeutique. C'est évidemment par l'impressibilité et par les impressions raorbifiques que s'engendrent toutes les maladies dont l'homme peut être affecté, mais ce n'est plus là une question de

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BOUCHUT.

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quantité, plus ou moins d'incitation selon Brown,et plus ou moins d'irritation d'après Broussais. — Non, les organes ressentent les impressions extérieures et d'après la nature de l'impression, qui est presque toujours inconsciente, à moins qu'elle ne soit associée à un acte de sensibilité animale, l'organe réagit selon la nature de son tissu et produit l'ime ou l'autre des maladies connues. C'est ce qui m'a permis de dire : « Aucune altération de la structure du corps ne se produit sans une impression préalable y> et, en d'autres termes : « Toutes les maladies ne sont que des impressions transformées. »

Ce que Broussais dit de l'inflammation en général se retrouve dans les différents chapitres qu'il consacre au catarrhe, à la pleurésie, à la pneumonie, à la phthisie, à la gastrite, etc. — C'est partout l'irritation produisant l'inflammation aiguë ou l'inflammation chronique et, par cette dernière, les dégénérescences organiques qui forment les maladies organiques. Un instant on a cru que Broussais s'était trompé, mais l'histologie moderne ou, plutôt, le microscope est venu réhabiliter ses recherches et leur donner raison. Non, il n'est pas vrai que le cancer et le tubercule et la matière caséiforme ou caséeuse et crétacée, soient des produits morbides composés d'éléments de nouvelle formation. — Broussais avait vu juste en les considérant comme des transformations ou des métamorphoses des exsudations inflammatoires, et il avait vu en grand dans les organes ce que les médecins de notre temps, avec Virchow, ne voient plus qu'en petit dans les éléments cellulaires qui composent ces organes.

Si Broussais n'avait pas poussé son système aussi loin, dans ses conséquences pratiques; s'il n'avait fait que de la théorie et s'il n'avait pas voulu instituer une thérapeutique, aussi fortement débililante en rapport avec ses idées doctrinales, peut-êlre aurait-il eu la joie de voir durer sa réforme, mais il a eu le tort de croire que la nature phlegmasique d'une lésion devait entraîner forcément l'usage d'une médication antiphlogistique ayant pour base la déplétion sanguine. — Cela l'a conduit à traiter d'un façon exagérée la plupart des maladies qu'il croyait être des inflammations par la diète, par la saignée et par des sangsues , ce qui affaiblissait outre mesure les malades et ce qui leur faisait souvent plus de mal que de bien. Là est la cause de l'abandon du système. — Si Broussais avait tenu compte des efforts de la nature qui guérissent bien des maladies, et s'il avait su que l'état des forces mérite d'être pris en considéralion, avant l'élat local inflammatoire , il aurait vu que môme en admettant sa doctrine étiologique, on pouvait ne pas en déduire sa

médication antiphlogistique, car il y a des cas où pour combattre une phlegmasie aiguë ou chronique le quinquina et les toniques valent mieux que la diète et la saignée. Sous ce rapport Brown avait raison contre Broussais bien que celui-ci l'emportât sur l'autre au point de vue de l'étude physiologique des maladies. — Il faut admettre la doctrine de Broussais, moins sa thérapeutique, et prendre beaucoup dans la thérapeutique de Brown sans accepter sa nosologie. En jugeant ainsi les choses on est, je crois, très-près de la vérité.

Maintenant, comment se fait-il que Broussais soit généralement classé parmi les méthodistes, bien qu'il n'ait pas formulé de dichotomie nosologique. Il est facile de le dire et cela peut s'expliquer aisément. — Sa doctrine de l'inflammation et de l'irritation impliquant l'idée que toute maladie était plus ou moins inflammatoire et devait être combattue un peu plus ou un peu moins par les antiphlogistiques, et qu'en outre il y avait des maladies produites par l'affaiblissement qui résulte des pertes de sang ou des sécrétions abondantes, on en a conclu que son système était l'analogue de celui de Themison et de Brown et qu'il y avait entre ces médecins une parenté très-évidente. La conclusion est plus vraie en apparence qu'en réalité et, si je devais caractériser Broussais, j'en ferais un solidiste exagéré sorti de l'école anatomique ou, si l'on veut, un chef important de l'anatomie pathologique moderne. — Son positivisme et sa physiologie pathologique le rapprochent bien plus de cette école que de celles qui ont pour drapeau des propriétés chimériques d'organisation que Broussais repoussait de toutes ses forcés sous le nom d'Ontologie.

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