MÉCANISME CARTÉSIEN
On considère généralement Borelli de Naples comme le promoteur du système iatro-mathématique. Cela n'est pas exact. Ce physiologiste éminent, auquel on doit un ouvrage sur les fonctions du rein et sur le mouvement des animaux , dans lequel il expose ses idées médicales sur le mécanisme humain, ne vient déjà qu'après d'autres essais du même genre qui ont ouvert la voie. — Ce que Borelli a fait en physiologie mécanique est sans doute beaucoup plus étendu et plus précis que ce qui avait été publié précédemment, mais il faut attribuer à Sanclorius, à Descaries et à son école, Régius, Corneille de Hoghlande, Malebranche, Corneille de Gosenza qui porta les idées du maître à Naples, l'initiative de l'emploi du calcul et des explications physiques à l'élude des fonctions. C'est, au reste, l'opinion de Joseph Donzellini, médecin de Venise et l'un des célèbres iatro- mathématiciens de l'époque.
Sanclorius, de Capo d'Istria, est, certainement, l'un des premiers qui aient fait de la physiologie mathématique et précise. C'est évidemment le précurseur de là doctrine iatro-mécanique. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire avec soin ses remarquables travaux de
médecine statique sur la transpiration cutanée, sur la vitesse du pouls déterminée au moyen d'un pulsiloge, sur la chaleur morbide appréciée au thermomètre et sur le système de pesées faites régulièrement sur lui-même pendant de nombreuses années pour calculer, d'après le poids du corps, celui des aliments et des boissons, celui des excréments et des urines, le poids et la transpiration insensible. — Il a introduit le calcul dans la physiologie au point de donner à ses expériences une précision vraiment mathématique et de fixer rigoureusement certains points d'hygiène, mais il n'a rien laissé d'important relativement à la médecine proprement dite. Voici, d'ailleurs, le résumé de ses travaux qui a été très- bien présenté par Tourlelle. {Histoire de la médecine, tome II, page 370.)
SANCTORIIIS
Sanctorius, né en Italie l'année 1561, fut successivement professeur àPadoue et à Venise, où il mourut en 1636, à 75 ans.
Ce fut un des médecins anatoraistes qui, par l'expérience, contribuèrent le plus au progrès de la physiologie. Il pesa tous les jours pendant plus de quarante ans, ses aliments, ses boissons, ses urines et ses excréments, et il établit ainsi que là où il vivait, le corps perdait, en vingt-quatre heures, cinq livres de son poids par la perspiration, que cette quantité varie selon la température , selon le lieu et les climats.
* D'après son livre de Médecine statique, on voit :
1° Que la transpiration insensible qui se fait par la peau et parles poumons, est plus considérable à elle seule que toutes les évacuations sensibles prises ensemble.
2" Lorsque chaque jour le corps revient au même degré de pesanteur parce qu'il transpire également, la santé se conserve sans altération, elle décline, au contraire , lorsque le corps conserve son poids ordinaire par une plus abondante évacuation des excréments ou des urines que de coutume.
Mais si, au bout de quelques jours, le corps ne recouvre pas son poids ordinaire, soit par une transpiration copieuse, soit par d'autres évacuations sensibles, il faut s'attendre à la fièvre ou à quelque autre maladie prochaine.
3» Plus la transpiration est pure, c'est-à-dire dégagée de sueur, plus elle est saine.
Se sentir le corps pesant, quand il est léger à la balance, est l'annonce d'une disposition mauvaise et différente que de se sentir pesant quand on l'est en effet. Au contraire, se sentir léger quand
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on est plus pesant à la balance, c'est un signe qu'on jouit d'une santé parfaite .
5° La douleur de tête ou de quelque autre partie du corps, diminue la transpiration.
6' De légers purgatifs ne diminuent pas sensiblement la transpiration : il n'en est pas de même des forts purgatifs, ils l'empêchent ou du moins la diminuent considérablement.
7" Dans les jeunes gens d'une bonne santé et qui vivent sobrement, le corps s'accroît tous les mois de deux ou trois livres. Quelquefois, vers la fin du mois, ils ont la tête pesante, et ils éprouvent plus ou moins de lassitude et d'abattement; mais bientôt une éjection d'urine, un peu de trouble, ou quelque autre évacuation les rétablit dans leur état ordinaire. '
8" Les principales causes qui diminuent ou arrêtent la transpi-, ration, sont le froid humide, les aliments gluants et visqueux, le jeûne, la frayeur, l'insomnie et les évacuations trop abondantes.
9» Les jeunes gens transpirent plus que les vieillards ; et la quantité de la transpiration varie selon les tempéraments, le régime, les saisons et les climats,
Sanctorius conseille de calculer exactement chaque jour combien on a perdu par la transpiration : voici comment, selon lui, il faut s'y prendre pour se conserver en santé jusques dans l'extrême vieillesse.
Après avoir copieusement soupé, on examine combien au bout de douze heures le corps a perdu de son poids par la transpiration ; je suppose qu'on en ait perdu cinquante onces (1).
Une autre fois il faut se peser le matin, quand on n'aura ni soupé la veille, ni fait aucun excès dans le dîner précédent; je suppose qu'on ait perdu par la transpiration vingt onces (2). Cela posé, il faut s'astreindre à une diète, à un exercice, à un usage modéré des six
' choses non naturelles, qui procurent une transpiration moyenne entre cmquante et vingt onces; et en se mettant journellement à ce poids, on atteindra, dit Sanctorius, l'âge de cent ans sans infirmités. Mais outre que ce serait un assujettissement extrême, que de vivre
■selon cette méthode, il faut que l'auteur lui-même n'ait pas pu la
^ pratiquer, car il est mort à l'âge de soixante-quinze ans.
Keil a prescrit une autre règle ; il veut, avec raison, que l'appétit
t naturel et non désordonné soit la mesure de la diète. Par ce moyen on n aura pas besoin de se peser chaque jour pour déterminer la
rl) Environ 1500 ou IGOO grammes.
(2} Environ 60O grammes.
HISTOIRE DB LA MÉUliCINE
quantité d'aliments et de boissons qu'on doit prendre ; la nature ne demande que ce qu'il lui faut, elle ne demande ni plus ni moins. Gorter et tous les médecins philosophes sont de ce sentiment.
Il faut, outre cela, faire chaque jour de l'exercice, et user avec modération des choses nécessaires à la vie; chacun peut éprouver la bonté de ce conseil par sa propre expérience.
DEUXIÈME SECTION De l'air.
lo La transpiration est notablement diminuée dans un air froid pur et sain ; mais le corps y gagne de la force, et cette diminution de la transpiration n'est pas ordinairement nuisible ; elle est d'ailleurs suppléée par les urines ou d'autres évacuations. Au contraire dans un air humide et malsain, non-seulement la transpiration est retenue, mais les fibres sont relâchées, et il peut résulter de ces effets beaucoup de désordres et d'accidents.
2° L'air des villes est en général moins bon que celui de la campagne : chargé d'une plus grande quantité de vapeurs, il favorise moins la transpiration, et particulièrement émousse l'appétit.
3° L'air froid et le bain froid échauffent les corps, et les rendent plus légers. C'est le contraire pour les gens faibles et délicats, qui y deviennent plus froids et plus pesants; et plus ce froid est soudain plus il est dangereux.
4° Une pluie continuelle est plus malsaine que la sécheresse. ^
5° On éprouve plus de lassitude en été qu'en hiver, quoiqu'on soit plus léger à la balance d'environ trois livres, mais parce que l'air chaud relâche et affaiblit.
6° De toutes les saisons l'automne est la plus malsaine, parce qu'on passe brusquement d'une température chaude à une froide, et que la transpiration- est facilement arrêtée. Pour éviter cet inconvénient, il faut se tenir bien habillé, et user d'un régime convenable. En général, il ne faut pas quitter ses vêtements d'hiver trop tôt au printemps, ni les reprendre trop tard en automne, autrement on court les risques d'avoir la fièvre en été et des fluxions en hiver.
TROISIÈME SECTION Des aliments et des boissons.
1° Le corps transpire peu lorsque l'estomao est trop rempli, comme lorsqu'il reste trop longtemps sans recevoir des aUments.
DE L'IATRO-MRGANISME — SANCTORIUS
2° L'excès dans les aliments est nuisible à ceux qui prennent peu d'exercice. Il convient à ceux qui en prennent beaucoup de manger davantage que les premiers. En général,, la nourriture doit être proportionnée à l'exercice de chaque jour.
3° Les aliments qui pèsent le moins à l'estomac, sont ceux qui sont les plus aisés à digérer et qui sont les plus perspirables.
A° On transpire peu quand on se couche sans souper quoiqu'on ait appétit. Si on le fait souvent, on court risque d'avoir la fièvre.
4° La chair des jeunes animaux, le mouton, et le pain de froment bien fait, fournissent une nourriture légère et facile à digérer, et excitent la transpiration.
6° Lorsqu'on a mangé quatre onces d'un aliment, fort et nourrissant, tels que sont le porc, l'anguille, ou quelque poisson gras, le corps paraît plus pesant que si on avait mangé six onces de quelque aliment qui nourrisse moins, comme du poulet, des oiseaux, etc. En général la digestion difficile rend la transpiration lente et em barrassée.
7° Une grande quantité de nourriture, prise à la fois dans un seul et même repas, cause plus de pesanteur et de malaise qu'une plus grande prise en deux fois. On ruine insensiblement sa constitution en ne faisant qu'un repas par jour quelque quantité d'aliments qu'on y prenne.
8° Lorsqu'on mange plus qu'on ne peut digérer, on est moins nourri, et on maigrit ordinairement.
9" Le vin d'une bonne qualité, et pris modérément, favorise la digestion et la transpiration.
10" Un grand feu en hiver augmente la transpiration, de même que le soleil en été.
QUATRIÈME SECTION Du sommeil et de la veille.
1" Selon Sanclorius, un sommeil tranquille est très-favorable à la transpiration dans les personnes saines et robustes ; souvent elle donne cinquante onces en sept heures, c'est-à-dire deux fois autant que la veille. Mais d'après les tables de Keil et les expériences de Gorter, la transpiration nocturne est à peine de seize onces, et en Hollande comme dans la Grande-Bretagne on transpire plus de -. .|our que durant la nuit.
2° Après le sommeil nocturne, le corps est plus léger, tant parce que les forces ont été réparées que parce qu'on est débarrassé du lardeau de la transpiration.
3" Tout ce qui empêche le sommeil arrête la transpiration.
i" La transpiration est plus dérangée par un vent frais du midi durant le sommeil, que par un grand froid pendant la veille.
5" Le changement du lit diminue la transpiration.
6» Le sommeil trop long rend le corps froid, pesant et stupide.
7» L'usage du vin facilite la transpiration, son excès y met obstacle.
CINQUIÈME SECTION De l'exercice et du repos.
1° Un exercice immodéré donne au corps de la légèreté et de la vigueur et favorise la transpiration.
2° Le trop long repos diminue et arrête la transpiration.
3" De violentes agitations du corps et de l'âme soutenues longtemps accélèrent la vieillesse et hâtent la mort.
¥ L'exercice du cheval augmente la transpiration surtout dans les parties supérieures.
5° Le trot et le galop dans un chemin rude, l'exercice le plus violent et le plus malsain, outre qu'ils précipitent la transpiration et qu'ils font transpirer des matières crues et non préparées, ébranlent trop le corps et surtout les reins.
6" La promenade favorise plus la transpiration que toute autre espèce d'exercice.
7° La danse modérée la facilite encore davantage, elle est un des exercices les plus sains.
8» L'exercice est le remède le plus efficace pour rétablir la transpiration.
SIXIÈME SECTION Des plaisirs de l'amour.
lo L'abstinence entière et l'excès dans les plaisirs de l'amour sont nuisibles à la transpiration ; mais surtout le dernier.
2» L'excès débilite l'estomac, diminue la chaleur naturelle et la transpiration.
3» Il est encore plus pernicieux en été qu'en hiver, parce qu'en été la digestion se fait moins aisément.
4° On reconnaît qu'on ne s'est point excédé quand on n'éprouve ni faiblesse, ni fatigue, ni abattement, et que le corps est alerte et vigoureux.
5° Le moindre excès dans ce genre est très-funeste aux vieillards.