BOERHAAVE
Boerhaave est le seul médecin qui ait tiré de l'Iatro-mécanisme •les applications médicales raisonnables, et qui ne se soit pas dérobé uux conséquences de la physiologie mécanique. Tous les autres •alro-inécaniciens, à l'exemple de Baglivi, ont en effet essayé de sé- )arer leurs théories de la pratique, et après avoir professé l'iatronécanisme physiologique, on les voit, en médecine, se transformer rin chimialres ; en observateurs n'ayant d'autre guide que l'expé- •ience. — Boerhaave a été plus hardi. Seulement, il a su, en grand ;linicien qu'il était, se défendre des erreurs du système mécanico- Jhysiologique. Il n en a pris que ce qu'il fallait pour édifier sa doc-
Irine, conformément anx exigences de l'observation clinique, afin de rester dans le vrai et d'éviter l'erreur. Pour qui saura comprendre ses écrits, et redonner à certains mots vieillis ou démodés le sens qu'ils doivent avoir, on y verra l'expression d'un sens clinique très-fin, et une science réelle infiniment moins chargée d'hypothèses que celle des autres iatro -mécaniciens. — 11 est d'ailleurs l'auteur d'une thé"orie médicale importante dont le titre seul a disparu, mais dont le principe resté dans la science redevient en très-grand honneur aujourd'hui. Je veux parler de la théorie de l'obstruction, qui s'appelle maintenant Embolie.
En pathologie Y obstruction caractérise médicalement Boerrhaave, comme Vacrimonie des humeurs caractérise Sylvius et les fermentations rappellent Van Helmont.
Herman Boerhaave, IGOB-dlSO, né à Leyde où il devint professeur, eut un tel succès d'enseignement qu'if encombrait la ville de ses élèves venus de tous les pays voisins, et sa réputation médicale se répandit si loin dans les différentes parties du monde que Fontenelle rapporte qu'on lui adressait des lettres avec cette suscription : A M. Boerhaave, en Europe. — On n'usurpe pas une pareille renommée ; le charlatanisme seul y peut prétendre, mais les contemporains jaloux n'ont parié de ce médecin qu'avec la plus grande considération, et il est probable qu'il n'a dû la célébrité qu'à son lalent.
Au reste je vais en- faire juger par l'analyse de quelques-uns de * ses travaux qui sont très-nombreux, et particulièrement par son traité des Explications mécaniques appliquées à la médecine, par ses Aphorismes, et par ses histitutions de médecine dont La Mettrie nous a laissé une bonne traduction.
Parmi ces différents travaux, les uns sont relatifs à la physiologie et les autres à la médecine et à la chirurgie.
Vus dans leur ensemble, ils sont l'expression très-accentuée de la doctrine mécanique alliée en petite proportion à la chimiâtrie.
En physiologie, après avoir fait ses réserves en faveur de l'àme dont il ne croit pas devoir rechercher le mode d'action, il limite ce qu'il va dire aux fonctions de la vie matérielle qu'il considère comme étant le résultat d'un agencement mécanique. Laissant de côté les dernières causes métaphysiques et les premières causes physiques tels que les éléments, l'origine de la première forme, des semences et du mouvement, qu'il déclare inutiles et impossible à un médecin de rechercher, il soutient qu'on ne doit adopter que ce que l'expérience pure et simple a véritablement démontré enanatomie, en chimie, en mécanique et en physique.
DE L'iaTRO-MECANISME EN HOLLANDE — BOERHAAVE 273
Ainsi le corps humain est composé de solides et de fluides. Les premiers [Aphor. XL) sont, ou des vaisseaux qui contiennent les humeurs ou des instruments tellement construits, figurés et liés entre eux, qu'il se peut faire par leur fabrique particulière certains mouvements déterminés, s'il survient une cause mouvante.
On trouve en effet dans le corps des appuis, des colonnes, des poutres, des bastions, des tégumens {Institutions de médecine, Aphor. XXYII), des coins, des leviers, des aides-leviers, des poulies, des cordes, des pressoirs, des soufflets, des cribles, des filtres, des canaux, des auges, des réservoirs.
La faculté d'exécuter des mouvements par le moyen de ces instruments, s'appelle fonction; ce n'est que par des lois mécaniques que ces fonctions se font, et ce n'est que par ces lois qu'on peut les expliquer.
Voici maintenant ce que sont les fluides (1). « Pour les parties fluides, elles sont contenues dans les solides, mues, déterminées dans leur mouvement, mêlées, séparées, changées. Elles meuvent les vaisseaux avec les instruments qui sont liés avec eux, usent, changent leurs parois, et réparent les pertes qu'elles y ont causées. Ces actions se font suivant les lois hydrostatiques et mécaniques. On doit donc les expliquer conformément à ces lois, quand on est venu à bout de connaître auparavant la nature de chaque humeur en particulier, et les actions qui en dépendent uniquement, autant qu'on peut les découvrir par toutes sortes d'expériences. »
Du rapport convenable de ces liquides et des solides, résulte la vie, c'est-à-dire l'entretien du commerce réciproque do l'âme et du corps , dont les phénomènes physiques constituent le domaine du médecin. Pour les étudier, Boerhaave commence par la digestion, et d'abord par les aliments. Il les suit dans la mastication, acte musculaire mécanique qu'il décrit dans tous ses détails anatomiques (Aphor. LX); dans le broiement par les dents ; dans l'humeclation par la salive qui ramollit et produit la fermentation, comme dans la farine {Aphor. LXVI) ; dans l'aération qui favorise le mélange ; dans la déglutition dont il détaille le mécanisme physique avec un luxe de développements presque incroyable, enfin dans l'estomac où ils sont soumis à une pression mécanique associée à la chaleur du corps et au mélange des sécrétions muqueuses qui y viennent sans cesse. — Comme on le voit, il ne parle point du suc gastrique ni de la fermentation gastrique. C'est qu'en efl"et pour lui la tritura-
'1) Tmlitiilions de médecine, loine 1, p:iffe 130,
BOOCIIUT.