‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 46 sur 125 · II · texte numérisé non relu

II

HISTOIRE m LA MÉDECINE

lion et la chaleur de l'estomac semblent suffire à la première élaboration des aliments.

Il montre ensuite les aliments dans le duodénum imbibés de la bile cystique et de la bile hépatique qui neutralisent les acides, de la lymphe pancréatique qui forme le chyle en état de pénétrer dans les vaisseaux. — Dans tout cela, comme on le voit, il y a peu de chimiatrie, et les opinions de Sylvius de le Boë et de Van Helmont ne sont même pas signalées.

La circulation du sang est le résultat de l'action d'une machine hydraulique dont le cœur est le piston (1) et il combat résolûment l'opinion de ceux qui croyaient à une fermentation, à une ébullilion et à une effervescence dans le cœur et dans le sang {Aphor. CLXXVII).

La respiration est également un acte mécanique dont certains muscles assurent l'exécution, et l'hématose n'est que le mélange plus parfait du chyle et du sang accompli mécaniquement par la pression de l'air sur les vésicules pulmonaires. « Et c'est ici principalement que commence à se former la couleur rouge qui est la marque essentielle d'un sang bien conditionné {Aphor. CC). — Ici, plus de mélange de l'air au sang, comme le professait Borelli. plus de rafraîchissement du sang par l'air introduit dans le poumon, comme l'a dit Sylvius, point d'incorporation au sang d'un fluide aérien subtil nilreux qui lui donne sa couleur rouge, comme le pensait Lower. — Non : il ne s'agit que d'une action mécanique destinée à favoriser la circulation. Et cependant Boerhaave sent bien que ■son explication est incertaine et laisse à désirer, car tournant autour de la vérité, qui ne devait apparaître qu'avec Lavoisier, il dit : « Cependant outre les effets dont nous avons parlé, l'air en a encore d'autres qui tournent au profit de celui qui respire ; car s'il n'est point renouvelé sans cesse, il devient mortel, non à cause de sa chaleur, ou de sa densité, mais par rapport à une autre cause occulte. Est-ce parce que ce qui constitue proprement ses parties élastiques se consume? Serait-il l'aliment caché de la vie, comme se l'imaginent les alchimistes ? pourquoi la respiration vitale ne peut-elle se faire sous l'eau, et y est-on saisi d'une suffocation qui cause très-promptement la mort, quoique le thorax et le poumon ayant la faculté de se dilater et de se resserrer réciproquement paraissent pouvoir faire la même chose que l'air. Question trèsdifficile. »

La sécrétion du fluide nerveux est pour lui, comme pour les autres iatro-mécaniciens, « le résultat de l'atténuation du sang qui

(I) I)n nsn raliocinii mcchanici in mmiioinîi .

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arrive au cerveau contre la pesanteur avec moins de force et divisé par d'innombrables petits capillaires , et par la membrane arachnoïde.

« Ce fluide fdtré au travers de la substance corticale du cerveau et du cervelet est poussé de l'un et de l'autre, à chaque instant de la vie, par l'action du cœur et des artères dans les nerfs et par leur canal dans toutes les parties du corps ; circulation aussi réelle et aussi constante que celle du sang et de la lymphe {Aphor. 286).

« Cette humeur est si simple, si mobile, si parfaitement volatile qu'on l'appelle l'esprit nerveux, lequel se divise en naturel, vital et animal {Aplwr. 291).

« Mais comme la sécrétion de ces esprits n'est jamais interrompue, qu'il s'en refait toujours de nouveaux pour réparer ce qui s'en perd ou s'en consume, il paraît que ceux qui ont rempli entièrement leur emploi passent des derniers filaments des nerfs dans les petites veines lymphatiques ; de là ils sont portés dans d'autres veines un peu plus grandes, puis dans les vaisseaux lymphatiques communs, d'où ils se rendent au cœur par les veines sangiiinifères; et aussi ce fluide subtil circule incessamment dans ces vaisseaux, comme les autres humeurs {Aphor. 292). »

Les sécrétions dans les glandes sont aussi l'efl^et de la résistance que le tissu glandulaire apporte au cours du sang artériel, une partie de ce sang rentrant dans les veines, et l'autre plus ténue, plus fluide, transparente, proportionnée au diamètre de leur ouverture de passage, qui n'est plus du sang, forme la sueur, la matière de la transpiration, la matière des pores, les larmes, une cire adipeuse, la matière cérumineuse, la mucosité, la salive, les crachats, la lymphe, le sérum, la bile, le sperme, le lait, la graisse, etc. — C'est l'efl'et de la dislance des glandes au cœur, et la conséquence d'une foule d'autres influences mécaniques.

« Ainsi la distance de l'artère au cœur, sa situation par rapport au cœur, et au tronc dont elle sort, sa différente complication, ses diverses divisions à ses extrémités, la différente vitesse du sang par son canal, sa proportion du rameau particulier au tronc, la ditîérente force exprimante externe et interne, le séjour dans la cavité commune; de là ensuite sa distribution dans des lieux dont la structure change la nature des humeurs, la séparation ou l'évaporation des parties les plus liquides de l'humeur dont la sécrétion s'est faite; voilà autant de causes qui séparent non-seulement du même sang din"érentes humeurs en divers lieux, mais qui, après leur sécrétion, en changent encore la nature d'une façon surprenante {Aphov. 2r)2j ».

Pour lui « celle fabrique se déduit avec une parfaite évidence des lois mécaniques » sans qu'il soit nécessaire « d'imaginer des pores de figure diverse » et encore moins « d'avoir recours à aucun ferment particulier ».

Il en donne une nouvelle preuve en examinant l'action physiologique des reins :

« On conçoit de là le mécanisme de la sécrétion de l'urine. Le cœur étant assez proche des reins qui d'ailleurs est muni de fortes artères, il suit qu'un sang aqueux est fortement poussé dans les petits vaisseaux des reins; et comme ces vaisseaux se fléchissent, se contournent en mille façons et opposent une extrême résistance, ce sang aqueux reçoit une infinité d'impressions, de mouvements et de secousses difl'érentes; et enfin trouvant des tuyaux qui ne sont qu'un peu plus étroits que les vaisseaux sanguins qui l'ont apporté, sa partie la plus liquide s'y sépare, s'y amasse, y prend son cours et en est expulsée {Aphor. 359). »

Sa théorie de la contraction musculaire diffère entièrement de celle du chef de l'école. Borelli l'attribuait à l'effervescence produite par le mélange du suc nerveux avec le sang des muscles tandis que Boerhaave n'y voit^ sans action chimique ni fermentation aucune, qu'un afflux de l'esprit vital qui « remplit les membranes des fibres, change leur figure oblongue en une plus ronde, augmente les plus petits diamètres, diminue les grands et rapproche les tendons l'un de l'autre ».

Il étudie ensuite les fonctions de la peau ; — l'excrétion de la sueur; — la transpiration de Sanctorius; — l'accroissement elle décroissement des parties dont le mécanisme physique se trouve indiqué aux Aphorismes 452 et 453; — enfin les organes des sens, le tact, l'odorat, le goût, l'ouïe et la vision.

Toute cette physiologie, un peu confuse , remplie d'erreurs, est bien conforme au programme de l'Iatro-mécanisme, et tout y relève des actions physiques plutôt que de la Chirniatrie qui n'y apparaît presque point, différence considérable avec la physiologie des autres iatro-mécaniciens. A part ce point de vue personnel, elle ne renferme rien d'original, et elle ne reproduit aucune des expériences de l'auteur. Cela ne saurait surprendre puisqu'elle n'est qu'un résumé aphoristique de la science et que celle forme exclut les développements de détail.

La Pathologie de Boerhaave me plaît davantage. C'est dans cette école iatro-mécanique, celle qui renferme le moins d'hypothèses chimiques et mécaniques. — Le médecin y retrouve ce qu'il es! habitué avoir, ce qu'il cotmaît et, malgré les difl'érences de forme, il

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sent bien vite qu'il a sous les yeux le travail d'un observateur plutôt que d'un érudit. — Elle est renfermée dans un volume d'Aphorismes traduits en assez mauvais français par de La Mettrie en 1745.

Après avoir établi ce que c'est que la maladie, la nécessité de connaître la physiologie, Boerhaave déclare que la méthode d'apprendre la médecine a pour base l'observation ou l'expérience et l'analogie ou comparaison ; — qu'il faut commencer par les maladies les plus simples, qui sont celles des solides, et dans celles-ci les lésions de la fibre simple élémentaire. — C'est un essai de Pathologie fibrillaire basé sur l'étude de ce qui était alors le dernier terme de la divisibilité de la matière constituante des organes, comme aujourd'hui nous parlons des lésions de la cellule élémentaire primitive qui forme ce que Virchow a appelé la Pathologie cellulaire.

Boerhaave reconnaît dans les fibres solides simples différentes altérations : elles sont faibles et lâches et elles résistent peu à l'effort de mouvement des liquides; ce qui amène les tumeurs, le croupissement des liquides, la putréfaction et une infinité d'autres effets, que nous appelons aujourd'hui congestions passives, hypostases, atonie ; ou bien elles sont raides et élastiques , résistant à l'action des fluides devant lesquelles elles cèdent pour conserver la santé, mais comme elles rendent les vaisseaux moins flexibles plus étroits, plus courts il en résulte des obstructions, des obstacles aux sécrétions, etc! — Ces altérations sont l'élément des maladies des viscères faibles et lâches ou des viscères forts et raides. — J'ai vu des érudits ne pas comprendre ce langage. Cela ne m'étonne point, mais il n'est pas un clinicien qui ne voie sous ces titres surannés, ce qui a fait la base de la théorie dustrictum et du laxum, ou des théories dynamiques récentes deFr. Hofl'mann, de CuUen, de Brown, etc., enfin ce que nous connaissons en clinique sous le nom de tempérament mou, humide, lymphatique et de tempérament sec ou sanguin.

Il s'occupe ensuite des vices les plus simples des humeurs qu'engendre ralimenlalion ; d'abord V acrimonie acide produite par les farineux, les sucs acides crus, les végétaux fermentés, la disette de beau sang, la faiblesse de la fibre et l'inaction qui est vraiment la • viscosité glutineuse ; puis V alcalinité résultant de l'excès de nou- ' riture animale excepté le lait, la nourriture au poisson, aux oiseaux voraces, les végétaux alcalescents, l'abondance de sang, etc., qui amènent souvent la putridité ou la dissolution de ce fluide. Il y a I là un souvenir de la chimiatrie de Sylvius qui ne saurait échapper, mais c'est un bien pâle reflet de cette doctrine, car ni l'eft'ervescencc, ni la fermentation, ni l'âcreté n'en font partie, cl il était

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impossible de moins emprunler à moins de s'abslenir entièrement. — Or, il n'est pas de médecin qui, en parlant des altérations des humeurs, ne fasse delà Chinriiatrie sans être pour cela un cliiniiatre.

Viennent ensuite les maladies de la circulation qui jouent le rôle important dans l'Iatro-mécanisme de Boerhaave ; d'abord celles qu'engendre le seul excès de la circulation dû à la contraclion plus fréquente et plus forte du cœur, lorsque le cerveau et le cervelet y envoient une trop grande quantité d'esprits, dans les passions de l'âme, dans la douleur, ou bien à l'irritation exercée par le retour du sang, veineux accéléré par l'exercice, les matières acres, aromatiques, salines, acides, alcalines, purulentes, putrides, etc. , puis les maladies dues à un défaut de circulation ; à la pléthore qui amène la dilatation des vaisseaux, le dérangement des sécrétions, la compression des veines, l'étranglement de la circulation, l'inflammation; la rupture des vaisseaux, etc., enfin V obstruction qui semble être le point capital de cette pathologie mécanique.

Vohstruction est un engorgement de canal qui empêche l'entrée du liquide vital sain ou morbifique qui doit y passer, et qui a pour cause la disproportion qui se trouve entre la masse du liquide et le diamètre du vaisseau.

Elle vient donc, de l'étroite capacité du vaisseau, de la grandeur de la masse qui doit y passer ou du concours des deux.

à Un vaisseau se rétrécit, parce qu'il est extérieurement comprimé, ou par sa propre contraction , ou enfin par l'épaississement de ses membranes. »

« La masse des molécules s'augmente par la viscosité du fluide ou par le vice du lieu où il coule, enfin, par ces deux causes à la fois, lorsque les causes de l'un et de l'autre mal concourent ensemble.

« Les vaisseaux sont extérieurement comprimés par une tumeur voisine inflammatoire, purulente, squirrheuse, chancreuse, œdémateuse, variqueuse, anévrismale, topheuse, pituiteuse, calculeuso, calleuse, — parla fracture, la luxation, la distorsion, la distension des parties dures, qui compriment les vaisseaux, qui sont des parties molles; — par toute cause qui tiraille trop et allonge les vaisseaux, soit une tumeur, soit la pression d'une partie dérangée de sa place, soit l'action d'une force externe; — par des vêtements étroits, par des bandages^ par le poids du corps tranquillement couché sur une partie, par des ligatures, par le niouveineiil. par le frottement, par le travail. »

« La cavité d'un vaisseau se rétrécit quand sa propre contraclion, celle des fibres longitudinales, et principalement de ses fibres spi-

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raies, augmente. Cette contraction a pour cause tout ce qui augmente le ressort des fibres des vaisseaux et des viscères, la trop grande plénitude des petits vaisseaux qui forment les parois et la cavité des grands, la diminution de la cause qui dilataient les vaisseaux soit que ce fût l'inaction ou l'inanition. C'est pourquoi les vaisseaux coupés retiennent bientôt leurs liquides. L'augmentation de l'épaisseur des membranes même du vaisseau, vient de toute tumeur qui se forme dans les vaisseaux qui composent ces membranes ou de callosités membraneuses cartilagineuses, osseuses, qui s'y forment. La masse des parties fluides s'augmente jusqu'au point de devenir iraméablé. Lorsque leur figure sphérique se change en une autre qui présente plus de surface à l'ouverture des vaisseaux ou, lorsque plusieurs particules qui étaient auparavant séparées se reunissent en une seule petite masse. »

« Ce changement de figure arrive principalement lorsque les molécules fluides n'étant plus également ni en même temps pressées de toutes parts, sont abandonnées à leur propre ressort; c'est-à-dire lorsque le mouvement languit, ou que le tissu du vaisseau est relâché, ou que la quantité du fluide est diminuée. »

« L'union des molécules vient du repos, du froid, de la gelée, du dessèchement, de la chaleur, de la violence de la circulation, et de la forte pression du vaisseau, de coagulans acides, autres spiritueux, absorbans, de matières visqueuses, huileuses. »

« Les parties d'un fluide deviennent imméablespar le vice du lieu où il coule, lorsqu'elles ont été poussées avec force dans un vaisseau dilaté vers sa base et trop étroit vers son extrémité- dans laquelle elles ne peuvent finir leur circulation, La pléthore, l'augmentation du mouvement, la raréfaction des liqueurs, le relâchement du vaisseau sont les principales causes de celte dilatation, surtout lorsqu'elles sont immédiatement suivies des causes contraires. On connaît par là les causes et la nature de toutes sortes d'obstructions. »

Effet des obstructions. — « Quand elles se trouvent formées dans un corps vivant, elles s'opposent au passage des humeurs qui y doivent couler ; elles arrêtent tout ce qui vient heurter contre elles, elles en reçoivent l'efi^ort, expriment les parties les plus subtiles, réunissent les plus épaisses, extendent les vaisseaux, les dilatent, les atténuent, les brisent, condensent le fluide dont elles causent la stagnation , suppriment les fonctions qui dépendent de l'inlégrité de la circulation, désemplissent et dessèchent les vaisseaux qui en doivent être arrosés, diminuent la capacité qui leur est nécessaire pour transmettre les liqueurs, augmentent la (luantité et la vélocité des liqueurs dans les vaisseaux libres et produisent

enfin tous les maux qui en peuvent dépendre. Ces effets se manifestent différemment selon la différente nature du vaisseau obstrué, et de la matière de l'obstruction.

Elle produit une inflammation du premier genre dans les artères sanguines, un autre du second genre dans les artères lymphatiques, un œdème dans les grands vaisseaux lymphatiques, des douleurs sans tumeur apparente dans les petits, d'autres eflets dans les conduits adipeux, osseux, médullaires, nerveux, biliaires. Celui qui connaîtra bien le siège, la nature, la matière, les causes, les effets des différentes obstructions dont j'ai parlé, ne se trompera point aux signes qui manifestent l'obstruction, qui fout prévoir celle qui doit arriver et les eflets. Et toutes les espèces de ce mal étant connues, il ne sera pas difficile de trouver la cure propre à chacune.

En effet, celle qui vient d'une compression externe indique la nécessité d'ôter la cause de cette compression, si cette ablation est i possible. ij

Celle qui vient de l'augmentation de la contraction des fibres se connaît non-seulement par les signes de la rigidité des fibres des vaisseaux, des viscères, mais encore par les signes clairs de la cause, si c'est la contraction produite par la seconde cause, ainsi que l'autre que nous avons attribuée au même lieu, à l'inanition qui a précédé. Cette obstruction se dissipe, par les remèdes propres à ? corriger la trop grande rigidité des fibres des vaisseaux, principale- ^ment si on peut les appliquer à la partie même affectée sous la forme de vapeur, de fomentation, de bains, de liniments, de clystères, en désemplissant les vaisseaux trop pleins qui composent les membranes par des évacuans en général, mais surtout par des laxatifs , des délayans, des dissolvans, des alténuans, des détersifs, des purgatifs appliqués à ces petits vaisseaux, par des médicaments qui ont la vertu de fondre les callosités. Mais il est bien rare que l'on guérisse (si on le fait jamais) l'obstruction qui naît de celte cause. Les meilleurs remèdes sont les émolliens et les relàchans. Tant il est vrai que la mort est inévitable, et qu'il est très-ditficile de se procurer une vie longue par le secours de la médecine.

La difficulté qu'ont les fluides à passer par les vaisseaux , laquelle vient de ce qu'ils ont perdu leur figure sphérique, se fait aisément connaître par l'examen de ses causes, car elles sont ordinairement sensibles.

L'on y remédie en rétablissant cette figure, c'est-à-dire en augmentant le mouvement des liqueurs dans les vaisseaux et dans les viscères par les irrilans, les fortifiants, l'exercice. Quant aux concrétions du sang, elles se forment par tant de causes différentes

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qu'elles exigentdivers remèdes ou diverses méthodes selon la circonstance. C'est celte variété soigneusement recherchée en chaque maladie qui indique les secours nécessaires et la manière de s'en servir.

Cependant on les guérit, en général, par le mouvement réciproque du vaisseau, par des délayans en y portant une liqueur fluide qui atténue la matière, par son mélange et son mouvement, en faisant cesser la cause coagulante.

On donne du ressort aux vaisseaux en diminuant leur tension par la saignée, par les fortifians, par le frottement, et l'action des muscles, par les irritans. L'eau délayée surtout si on la prend chaude en boisson, en injection sous la forme de fomentations ou de vapeurs déterminées vers le siège de la concrétion, les attractifs, dérivatifs, sont bons aussi à cet usage. Les atténuans sont, l'eau, le sel marin, le sel gemme, le sel ammoniac, le sel de nitre, le borax, le sel fixe alcali volatil, les savons faits d'alcali et d'huile, naturels, composés, fuligineux, volatils, fixes, la bile, les préparations mercurielles qu'on détermine vers la partie affectée par des dérivatifs , des attractifs, des propulsifs. On détruit la cause coagulante en la faisant passer dans une autre qui l'attire.

C'est ainsi que les alcalis absorbent les acides, les huiles, etc., et c'est principalement par des expériences chimiques qu'on fait ces découvertes.

Lorsqu'un fluide qui a été poussé dans les lieux étrangers y de vient impénétrable et forme par là des obstructions, plusieurs maladies malignes s'en ensuivent. C'est pourquoi ce genre de mal mérite d'être examiné attentivement.

On le connaît lorsqu'on sait qu'il a été précédé de ses causes, qu'il est ordinairement assez aisé d'observer -, que des causes contraires leur ont ensuite succédé quand on voit clairement les effets. Il est aussi facile d'en prévoir les suites selon ce qui a été dit. La cure consiste à faire rétrograder la matière de l'obstruction dans de plus grands vaisseaux, à la résoudre, à relâcher les vaisseaux, à la faire suppurer. Ce mouvement de rétrogradation se procure, en évacuant par de grandes et subites saignées les liqueurs qui par leur mouvement forçaient la matière de s'engager davantage : et par ce moyen le vaisseau à force de se contracter, la fait rétrograder , par des frictions faites de l'extrémité du vaisseau vers la base.

La matière de l'obstruction se résout par les remèdes écrits cidevant.

Toute cette théorie,\formulée en termes un peu confus, est cependant très-exacte et elle est justifiée dans un grand nombre de cas par 1 observation moderne. On la retrouve dans toute la pathologie

de Boerhaave, à quelques exceptions près pour des maladies doril une aulre explication mécanique peut rendre compte. y>

Ainsi, la douleur apparaît, « toutes les lois qu'une fibre nerveuse qui prend son origine du cerveau est tellement tendue ou autrement disposée qu'elle est prête à le rompre (Aphor. 220). »

« Les convulsions dépendent de l'afflux de suc nerveux dans les muscles attaqués (Aphor. 231). »

L'inflammation dépend du croupissement du sang artériel dans les plus petits vaisseaux (aph. 374), et le croupissement a pour cause ce qui rétrécit tellement les extrémités coniques des vaisseaux que le diamètre de leur orifice devient plus petit que le diamètre du globule de sang et toutes les causes d'obstruction qui sont énumérées successivement les unes après les autres. — Alors... « les artères capillaires et à peine visibles obstruées déjà s'augmentent étant dilatées par le sang, ce qui forme une tumeur rouge. La même chose arrive aux vaisseaux lymphatiques artériels, auparavant transparents et invisibles : ce qui augmente la rougeur surtout, les vaisseaux les plus délicats et les vésicules du pannicule adipeux se trouvant remplis d'un sang engagé de force, épais, et privé de sa partie la plus liquide. »

Les petits vaisseaux à force d'être tiraillés ou tendus sont prêts à souffrir rupture dans leurs petites fibrilles ; de là vient la douleur piquante. Les solides et les liquides agissent et réagissent fortement « les uns sur les autres : d'où naissent en la partie la dureté et la résistance» De la résistance, de l'impulsion et de la compaction, du rétrécissement des vaisseaux non obstrués par la tumeur que cause les obstrués, provient la grande et mutuelle attrilion des solides et des fluides qui produit la chaleur et l'ardeur. Et parce que le sang que le cœur a poussé avec force vers l'extrémité du vaisseau bouché, en dilate les parois, on sent une pulsation. Les fibres se trouvant irritées et le sang circulant avec trop de célérité dans les vaisseaux qui lui sont ouverts, reporté qu'il est par les veines et retenu en plusieurs artères, le mouvement du pouls est accéléré; la fièvre survient accompagnée de soif, de débilité, d'inquiétudes, de veilles, de trislesse. »

Telle est l'inflammation qui n'a pas encore atteint son étal.

Si les humeurs qui circulent sont douces, si leur cours est modéré, si la cause de l'obstruction est petite et a principalement son siège dans les arlères, ou dans le commencement des vaisseaux lymphatiques; si les vaisseaux sont mobiles et lâches, le véhicule délayant, on résout l'inflammation en rendant au sang sa fluidité, le mouvement à celui qui est en stagnation et en le faisant rétrograder. »

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« Si les humeurs qui circulent n'ont aucune âcreté, si la circulation est rapide, l'obstruction si considérable qu'on ne puisse la résoudre, si les symptômes deviennent plus violents, les vaisseaux distendus avec douleur, chaleur^ pulsation, tumeur, se rompent, se putréfient un peu, les solides même dont le tissu est d'une grande délicatesse à force d'être broyés, divisés, atténués, se mêlent avec les fluides et ne forment ensemble qu'une seule humeur, blanche, épaisse, glulineuse, grasse, qu'on appelle pus, c'est ainsi que l'inflammation dégénère en suppuration. »

« Si les humeurs sont àcres, agitées, l'obstruction grande, les vaisseaux trop forts et trop élastiques, tous les symptômes violents se montrent, alors les vaisseaux se rompent sur-le-champ, les liquides se putréfient : il se forme sous l'épiderme des bulles de matière ichoreuse, assez semblable à la lavure de viande ou à de la sanie jaune, la partie devient grise, brune, noire, pâle, la rougeur, la chaleur, la douleur, la pulsation quittent le lieuafl'ecfé, pour passer dans le voisinage ^ la partie affectée meurt. »

« Voilà ce qu'on entend par gangrène, troisième terminaison de l'inflammation, y.

Il ajoute une telle importance à ce phénomène qu'tà l'occasion du traitement il propose les moyens destinés à rendre fluide la matière de l'obstruction tels que les atténuants, les délayants, les bains, fomentations , cataplasmes , emplâtres , onguents , etc. {Aphor. 398).

Ses explications de la fièvre sont ce qu'elles n'ont pas encore cessé d'être aujourd'hui, c'est-à-dire très-obscures. — L'Ialro-mécanisme y joue également son rôle.

C'est une plus fréquente contraction du cœur amenant la grande vitesse du sang des artères sous l'influence réciproque du suc des nerfs et du cervelet dans le corps des ventricules cardiaques.

Il en énumère les causes avec la sagacité d'un homme habitue aux malades, et lorsqu'il en expose- le traitement modifié selon des indications raisonnables et vraies, il signale certaines indications mécaniques relatives à l'état fébrile produit par les obslruclions.

« L'on y réussit en dissolvant les humeurs qui sont comme entassées de force, en relâchant les vaisseaux obstrués par des bains, des fomentations, des frictions, en rasant les cheveux, en rendant la peau propre et nette. »

« Lorsque le sang comprime tellement les vaisseaux par sa trop grande abondance, qu'il se trouve quelque humeur forcée de croupir vers leurs extrémités, on rend à cette humeur sa fluidité et sa circulation, en diminuant le volume du sang par hi saignée. Ce vicu

se manifeste par la pléthore. Mais si le spasme, la contraction et conséquemment le rétrécissement des fibres, des tuyaux capillaires procurent le même croupissemeni dans l'extrémité de ces petits tuyaux, il faut relâcher les fibres, dissiper l'âcreté qui cause la contraction par les remèdes que nous avons indiqués. »

« Si le croupissement a pour cause la viscosité ou la lenteur de quelque humeur, ce mal se guérit par plusieurs remèdes dont le principal est la fièvre même, modérée de façon à pouvoir dissiper cette coagulation. Ainsi il faut régler sa vivacité afin qu'elle ne puisse exciter l'inflammation, la suppuration, la gangrène, le sphacèle, toutes maladies qui donnent lieu de craindre la véhémence des symptômes et surtout l'excès de la chaleur comparée avec le peu de force des petits vaisseaux, de peur que le trop grand mouvement du sang n'en dissipe les parties les plus fluides : ce qu'on connaît par la sécheresse des narines, des yeux, du gosier, de la langue, par la voix rauque, par l'aridité de la peau, par la petite quantité des urines, par la petitesse, la vitesse et l'inégalité du pouls. Il faut la régler de peur qu'elle ne devienne trop languissante avant la coction, en sorte qu'il ne soit plus dans son pouvoir de dompter, d'émouvoir la matière morbifique, d'en procurer les sécrétions et excrétions, ce que l'on reconnaît par la largeur parfaite des actions vitales, dans le temps qu'il ne paraît encore aucun signe de coction, »

Dans sa théorie des phénomènes fébriles, c'est toujours au méca- «nisrae qu'il s'adresse.

Ainsi « le froid suppose la diminution du frottement des liqueurs entre elles et contre les vaisseaux, le ralentissement de leurs cours, la stagnation des fluides dans les extrémités, une moindre contraction du cœur, une moindre évacuation, une moindre influence des esprits du cervelet (Aphor. 621), »

Le tremblement « suppose une circulation du liquide artériel et du suc nerveux , tantôt continuée , tantôt interrompue {Aphor. 627). y>

L'anxiété fébrile « vient de ce que le sang ne peut sortir du cœur et par conséquent ne peut passer par les vaisseaux capillaires du poumon (Aphor. 631). »

La débilité fébrile arrive quand le cours et la pression du suc nerveux dans les muscles sont empêchés par le vide des vaisseaux qui résulte de la dissipation de leurs humeurs, par l'imméabililé des liquides, par Vohstruction du canal; et par sa compression dans le cerveau, etc. {Aphor. 660).

La chaleur fébrile n'est occasionnée que par le grand mouvement des fluides qui partent du cœur, et par la grande résistance

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opposée parles vaisseaux {Aphor. 676). — Ici, encore, robslruclion et les causes physiques jouent un grand rôle surtout dans le traité^ ment où il indique les moyens de combattre les différentes espèces d'obstruction qui ont engendré la fièvre.

Il en est de même dans le délire, dans le coma, dans l'insomnie, dans la convulsion , dans la sueur fébrile qui ont également leur explication mécanique.

Boerhaave aborde ensuite l'étude des maladies aiguës fébriles employant parfois des dénominations qu'on ne connaît plus beaucoup el que ne comprennent pas les historiens étrangers à la pratique de la médecine, ce qui leur fait commettre les plus graves erreurs d'appréciation.

Il parle d'abord de la phrénésie ou manie aiguë idiopathique, ou symptomatique des maladies aiguës viscérales (pneumonie ou pleurésie, variole, etc.)-, — de l'esquinancie aqueuse (1), inflammatoire (2), squirrheuse (3), suppurante (A), gangréneuse, convulsive et paralytique (5); — de la vraie et fausse péripneumonie; de la pleurésie; - de l'hépatite; — des maladies de l'estomac et des intestins: — de l'apoplexie; — de la phlhisie pulmonaire et autres; de l'empyème, etc.

Dans toute cette pathologie écrite d'une façon concise et claire, sous une forme aphoristique, qui provoque la critique de l'ignorant mais qui par ses idées fait réfléchir le médecin, j'ai trouvé un observateur sérieux, et un véritable clinicien. A part les explications mécaniques de la nature des maladies, qui sont fausses ou hypothétiques et qui valent tout autant que la plupart des nôtres sur le même objet, les symptômes sont exposés avec toute la netteté désirable pour une époque qui n'avait point d'auscultation ; le pronostic vaut mieux que celui de nos contemporains, et la (hérapeulique déjà dégagée des formules de l'iatro- chimie , épurée des superstitions arabiques, semble ne chercher que la science des indications.

Sa théorie des obstructions est profondément vraie, et l'anatomie pathologique aussi bien que la clinique lui prêtent le plus grand appui. Toutes les recherches microscopiques récentes sur les phénomènes physiques de l'inflammation n'ont fait que confirmer les

1) Œdème de la glotte.

(2) Amygdalite aiguë.

(3) Hypertrophie des amygdales.

(4) Abcès des amygdales

(5) Angine ulcéreuse elcouenneuse et gangréneuse.

(6) Parnlys'e on spasme du pharynx.

idées de Boerhaave. — Ce que Abercrombie, Gendrin, Roslan el moi avons dit des obstructions, dans les artères cérébrales préludant à l'apoplexie par ramollissement, n'a fait que confirmer ce qu'il a écrit. — La phlegmatia alba dolens n'est qu'une obstruction des veines. — Les travaux de François sur l'obstruction sénile des artères produisante gangrène; — l'obstruction du cœur par des caillots amenant la mort subite ; — le rôle des thromboses (mot nouveau qui signifie obstruction) et les idées de Virchow sur les embolies artérielles et veineuses, c'est-à-dire sur les migrations d'une obstruction vasculaire d'un point sur un autre, etc., montrent tout ce qu'il y avait de juste dans celte théorie si célèbre un moment et si promptement oubliée.

Ainsi me paraît avoir été le célèbre professeur de Leyde. Que les médecins de cabinet le jugent sévèrement, cela ne me surprend guère, mais il n'en sera jamais ainsi de ceux qui ont l'habitude de consulter la nature et qui savent comparer l'observation du temps présent à celle des temps passés.

Boerhaave est le dernier représentant de la doctrine iatro mécanique. Elle déchut rapidement après lui et n'eut alors que de médiocres défenseurs incapables de diriger l'opinion et de pouvoir prendre place dans la science. — Elle avait même cessé d'exister lorsque, dans ce siècle, la nouvelle médecine et la physiologie moderne par leurs découvertes lui redonnèrent un nouveau droit de cité dans la science. Deviendra -t- elle une doctrine exclusive? Je vois bien qu'elle * y prétend, mais je doute qu'elle puisse réussir. Pour le moment elle n'est qu'un moyen de précision pour la médecine et pour la physiologie, ce qui n'est pas à dédaigner.

DU SYSTÈME lATRO-MÉCANlQUE EN ALLEMAGNE

En Allemagne proprement dite l'Iatro- mécanisme eut de nombreux sectateurs mais il n'eut pas de chefs, car Fr. Hoffmann dont quelques érudits ont fait un mécanicien appartient surtout au Méthodisme moderne. — Il n'eut rien d'original et ne fit. que reproduire riatro-mécanisme italien, avec grande affectation de langage mathématique, d'axiomes, de théorèmes, de corollaires, elc, entourant les propositions émanées des principaux chefs de l'école el \ introduisant quelques idées newtoniennes ou animistes. Parmi représentants, je citerai brièvement :

Ilamberger, 1746, postérieur à Boerhaave et dont Sprengel a longuement analysé le système (tome V, p. 183). Cet iatro-mécanicien a donné de la circulation et des sécrétions les plus étranges explica-

DE L'IATRO-MÉCANISME EN FRANCE l'S?

lions qu'on puisse trouver. Ainsi, pour en prendre une idée il suffit de savoir qu'il admettait que la forme pyramidale et rhomboïdale des oreillettes permettant le facile afflux du sang les dispensait d'une force musculaire très-grande; — que le sang veineux moins dense que le sang artériel montait dans les veines pendant la systole comme dans les tubes capillaires sans le secours des valvules qui n'étaient qu'un renl'orcement du vaisseau; — que les sécrétions dépendaient en outre du diamètre des courbures ou des flexuosités vasculaires de l'atlraction exercée sur les molécules du sang dont la densité se rapprochait de celle du vaisseau absorbant, etc.

Ghreiber, 1731, de Leyde, élève de Boerhaave auquel on doit une dissertation de l'irritabilité de la fibre, des recherches sur le fer contenu dans le sang et d'incroyables calculs sur la force du cœur, sur la vitesse du sang évalué à 48 pieds par seconde, etc.

Godefroi Brendel, 1711-1758, auquel on doit des calculs sur le I nombre des molécules qui composent un globule du sang.

Kruger, 1715-1760, maître de Sprengel (p. 188), iatro-mécanit cien, qui partageait la plupart des opinions de son école, sauf la réallilé des calculs de Borelli et qui se montra fort partisan de l'appli- I cation des lois de l'attraction à l'étude du cours du sang et des sé- I crétions.

Neifeld, de Lublin, 1751, ialro- mécanicien partisan du rôle de ll'attraction et des courbes vasculaires dans l'acte sécrétoire auquel ton doit cette singulière analyse des sécrétions : que lorsque des humeurs de différente densité circulent dans les vaisseaux sécrétoires de diamètre inégal, « leur vitesse est égale à la racine des orifices rmultipliés par la densité (tome V, p. 191). »

DU SYSTÈME lATRO^MATHÉMATIQUJÎ BT lATnp-MÉC4.NISME EN FRAISCE * OU lATRO-MÉCANISME STAHLIEN

En France, soit à Montpellier, soit à Paris, où la Ghimiatrie semblait conserver plus de faveur, l'Iatro-mécanisme n'a eu qu'un très-médiocre succès. Pour en propager les principes, il eût fallu de plus sérieuses habitudes d'esprit et de plus profondes connaissances iinathématiques ou physiques qu'il n'en existait alors chez les médeicins français. — Le goût des hypothèses chimiques, malgré les critiques de Guillemeau et de Levasseur, était trop répandu surtout li Montpellier pour qu'on laissât s'introduire l'Iatro-mécanisme, qui mit la prétention de lui substituer les données précices du calcul '-il de la mécanique. Les écrits de Pierre Fabre (1), de Ch. Barbey-

(I) Sapienlia univerealis, Francfort, 1056.

crac (4), de Calmelle (2), de Blegny (3), de Jean Pascal (4), de Jacques Minot (5), de Vieussens (6), Andry (7), François Bayle(8), d'Aslruc, de Falconet, etc., dominaient généralement et il fallut tous les excès du système chimiatrique pour que l'Ialro-mécanisme puisse se faire jour. On cite cependant des chimiatres qui, ne voyant pas d'incompatibilité entre les deux systèmes, pensaient avec raison qu'on n'en sait jamais trop en médecine et qui tentèrent de les allier ensemble comme l'avaient entrepris déjà beaucoup d'Iatro-mécaniciens d'Italie et d'Angleterre. Pierre Chirac entre autres fut, à ce qu'il paraît, tellement frappé de l'importance des recherches iafromécaniques qu'il légua à la ville de Montpellier une somme de trente mille livres destinée à fonder deux chaires, dont l'une devait être consacrée à l'explication des recherches de Borelli.

Ce qui caractérise surtout l'Iatro-mécanisme français c'est en général, l'absence des calculs mathématiques, ses affinités chimiatriques et ses tendances animistes et vitalistes. Ainsi, Claude Perrault dans la mécanique des animaux accompagnée de beaucoup de planches gravées [Œuvres de Perrault, tome III) ne fait aucun calcul et, après des réserves en faveur de l'âme (9), se borne à expliquer le jeu de la machine humaine par les actions mécaniques et par la Chimiatrie. — Il est le premier qui ait expliqué la produclion de la voix par la vibration des ligaments du larynx. — Il en est de même deDodart (10) qui développa très-longuement les mêmes idées, mais celui-ci fit un peu plus de calcul, car pendant 28 ans il répéla • des expériences de statique animale de Sanctorius sur la transpiration insensible et donna quelques conclusions différentes. On pourrait encore citer le célèbre anatomiste Antoine Ferrein, quicombat- ^tit les idées de Perrault sur la production de la voix en considérant "^le larynx comme un instrument à cordes; qui considéra l aclion des poumons sur l'air comme étant toute mécanique, et auquel on doit une bonne dissertation sur le mouvement des deux mâchoires : — puis Philippe Hecquet, connu par sa théorie des troubles circulatoires produisant les maladies ; — Jean Silva, à la fois iatro-malht -

(1) Sur les maladies, Amsterdam, 1731.

(2) Riverlus Renovatus, Lyon, 1714.

(3) Zodiacum mcdico gallicum, 1702.

(4) Sur les causes des maladies, Paris, 1088.

(5) Nature et cause des fièvres, Paris, 1714.

(6) Des liqueurs du corps humain, Toulouse, 1715.

(7) Des aliments du Carême, Paris, 1710.

(8) De corpore animalo, 1700.

(9) Avertissement, page 1 .

(10) Mém. de l'Acnd. des Sciences, — Paris, 1700, p. 315.

APPRÉCIATION DE L'UTRO-MÉCANISME 289 maticien et iatro-mécanicien ; Gourraigne et enfin l'illustre Boissier de Sauvages, d'abord animiste et secondairement sectaire assez avancé de l'Iatro-mécanisme. - On lui doit une nosologie très-appreciee en tête dé laquelle se trouve comme prolégomènes un chapitre de philosophie médicale de la plus haute importance — C'est la ou il définit l'homme : une âme qui a vie et mouvement et une macinne hydraulique unies ensemble (p. 45).

On lui doit aussi une traduction avec notes intéressantes vérificatives de 1 hémostatique ou statique des animaux, publiée en Angleterre par le docteur Haies. - Il ne prit de l'Iatro-mécanisme que ce qu un médecin sensé peut et doit prendre, choisissant avec intelligence parmi les opinions des chefs de la doctrine, qu'il cite avec honneur celles que confirme l'observation de manière à laisser de cote les hypothèses compromettantes.

En définitive, si le raécanicisme médical français est moins pur et moins accentué que celui de l'école de Borelli, de Pitcairn et de Boerrhaave, il n a rien de systématique et semble presque moins entaché d erreur C est l'Iatro-mécanisme de tous les médecins, car il n'est pas un observateur qui ne reconnaisse la justesse de certaines explications mécaniques de nos fonctions. Ici, seulement, cet iatro-mécanisme ne préjuge rien sur la philosophie médicale de celui qui en use Il n est qu'une méthode de recherches sur quelques points limités de la physiologie ou de la médecine, et il peut s'associer indifféremment a toutes les doctrines médicales. Claude Perrault, et Boissier de Sauvages en France; Mcholls {de anima medica praeleciio. Londres 1750); Porterfield; Jean Tabor en Angleterre, l'ont mis au service de leur animisme comme nous verrons Frédéric Hoffmann le placer sur le second plan de son Méthodisme. Ne pouvant être par lui-meme une doctrine et renfermant des vérités physiologiques de domaine commun que tout médecin doit connaître, on le trouvera nécessairement au milieu de toute discussion doctrinale et partie constituante de tous les systèmes un peu importants de la médecine.

APPRÉCIATION CRITIQUE DE LA DOCTRINE I ATRO-MATHÉMATIQUE ET lATRO-MÉCANIQUE

C'est en vain qu'on essaie de faire violence à l'esprit médical tela ne dure pas. S'il plie et succombe un moment il se redresse et \?Zu- 7 ^^Y'I^'^'l ^^'l'q^es et sa direction, dans le chemin de la vén te. Ce qu .1 professe aujourd'hui en médecine, il le croit vrai et s il 1 admet ainsi c'est au nom de l'expérience. Je ne parle ici nuê des hommes sérieux. - Si pendant longtemps les doctrines d'Hinpocrate et de Galien ont été sa loi, c'est au nom de l'observation

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