CHAPITRE II
ÉRAS'ISTRATE
Erasistrate, l'autre fondateur de l'école d'Alexandrie, né dans l'île de Sé, ne vint que lard à Alexandrie disputer à Hérophile la gloire de la culture première de l'anatomie, et continuer tout en les modifiant un peu les traditions du Dogmatisme grec. — Disciple de Chrysippe, il était gnidien et jouissait d'une grande réputation de praticien à la cour du roi de Syrie, lorsqu'il fut appelé à la cour de Ptolémée, où il fit rapidement de grands progrès et où il se signala ' par de grandes découvertes d'anatomie. Comme Hérophile, il mena de front l'anatomie, la physiologie et la médecine et devint un peu trop le contradicteur de cet anatomiste, sans songer que ces disputes amoindrissent le nom des hommes et déshonorent la science.
Erasistrate soutint longtemps, contre Hérophile, que les nerts avaient pour origine les méninges, mais enfin il reconnut son erreur. Il fit connaître les deux sortes de nerfs pour le mouvement et pour le sentiment;" — les valvules du cœur qu'il nomma hicusptdes, tricuspides et sigmoides à cause de leur conformation. — Il fit aussi connaître les parenchymes, masses viscérales en apparence homogènes et formées de trois espèces de tissu, artères, veines et nerfs, associés en proportion variable, contournés en tous sens divisés à l'infini, toujours accolés les uns aux autres, ne se quittant jamais et agissant les uns sur les autres.
Sa pathologie commence à s'éloigner des doctrines Hypo^raje dont il combat assez souvent les idées, par des raisons déduites de ses découvertes anatomiques, mais elle sent encore l influence ci" Dogmatisme grec sur beaucoup de points.
ANATOMISME ET ECOLE ANATOMIQUE — ÉRASISTRATE 307 Erasistrale n'accepte pas que le vice des quatre humeurs soit la cause des maladies, ce qui le sépare des hippocratistes : de leur rôle pathogénique il exclut le phlegme, la bile et l'alrabile et il ne s'occupe que de l'influence laissée au sang. Ce liquide est pour lui la seule humeur dont le mouvement et le déplacement puissent engendrer la maladie ou métemptose, [x£T£[X7tToaiç. Il en admettait trois espèces principales : la fièvre, les inflammations, les hémorrhagies.
Il croyait que le liquide sanguin pouvait sortir de ses canaux naturels (les Veines) pour remplir les artères, accroître la chaleur animale, provoquer les battements du cœur, augmenter le pouls et enfin occasionner la fièvre. Il n'y avait de fièvre que dans cet état particulier du système artériel dont l'air se trouvait remplacé par du sang. C'était la conséquence forcée de son ignorance du mécanisme de la circulation. D'après cette même idée fausse, il pensait que le sang déplacé de ses veines et accumulé dans une partie au heu d'être disséminé dans tout le système artériel, y produisait les mflammatwns absolument comme plus tard ceux qui avec d'autres idées admirent la théorie des obstructions. {Voy. Boerrhaave.) Enfin e sang qui sortait des veines pour se répandre au dehors constituait les hémorrhagies. Pourquoi le sang.s'échappait-il ainsi des veines pour se répandre au dehors et pour pénétrer dans les artères par metemptose, c'est ce qu'Erasistrale, encore au début de ses études anatomiques, cherche à expliquer par d'insoutenables raisons II disait : que la quantité trop grande du sang pouvait distendre les veines et que ce liquide sortant par les pores vasculaires entrait dans les artères, ou se répandait au dehors, pour faire une hémorrhagieque chez d'autres, diff-érentes circonstances pouvaient diminuer l'air contenu dans les artères, produire le vide et favoriser l'aspiration et la metemptose du sang par les pores préalablement dilatés : autre explication que l'avenir n'a pas accepté.
Sa théorie des hémorrhagies est bien préférable quoiqu'il n'admette la présence du sang que dans les veines et non dans les artères. C'était aussi la conséquence de la métemptose. Il en admettait deux classes ayant elles-mêmes quelques subdivisions. Dans la première classe, les hémorrhagies étaient la conséquence d'une déchirure veineuse et dans la seconde classe elles avaient lieu sans déchirure des veines, par modification de la structure des vaisseaux et augmentation du diamètre des pores vasculaires.
Les hémorrhagies de la première classe étaient provoquées par des blessures ou une altération des parois veineuses pourries ou pulréliees, ce qui veut dire défaut de consistance des parties cédant à une pression intérieure trop forte ou à une trop grande quantité de sang
308 niSTOlRE DE LA MÉDECINE
Les hémorrhagies de la seconde classe pouvant avoir lieu sans déchirure des veines, et par le passage du sang à travers leurs pores ((jTO[xaTa) étaient considérées comme des hémorrhagies par anastomose. II y en avait trois variétés : 1° par dilatation primitive des pores veineux dont la cause est inconnue, 2" par dilatation consécutive à la pression d'une trop grande quantité de sang, 3° par altération de la composition du sang, qui est plus ténu, diffus, putride , et dont les molécules moins volumineuses on plus facilement séparables traversent les porosités veineuses ayant conservé leur diamètre naturel. C'est ce que nous appelons aujourd'hui les hémorrhagies scorbutiques et typhoïdes. Cette doctrine fut, à ce que dit Galion, acceptée avec quelques variantes par la plupart des médecins de l'antiquité mais, parmi les successeurs d'Erasistrate , un novateur, Asclépiades, la combattit comme il fit de la plupart des idées de son temps. Asclépiades soutint qu'il y avait toujours rupture dans les hémorrhagies, que le sang était toujours trop épais pour sortir par les pores des veines et quelle que soit l'altération du sang ou l'altération des pores. C'est un problème qui s'agite encore aujourd'hui chez nous presque dans les mêmes termes où nous venons de le
poser. .
Erasistrate a le premier formulé une théorie des paralysies qui mérite d'être prise en considération Elle est en rapport avec le^ découvertes anatomiques du temps, et elle peut être considérée ,comme le point de départ des idées de Galien sur la circulation et "sur l'arrêt des esprits animaux. Erasistraste pensait non sans raison que la paralysie devait dépendre : soit de l'altération des nerfs, soit de l'altération de leur cavité, car alors, comme aujourd'hui depuis la découverte d'Ehrenberg, les nerfs étaient considères comme des tubes creux parcourus par une' humeur spéciale, soit enfin de l'altération de l'humeur nerveuse circulant dans les nerfs et dont l'intégrité importait beaucoup au mécanisme des sensations. Il pensait que cette humeur pouvait s'épaissir, devenir plus visqueuse, s'opposer à la sensation des objets extérieurs ou à l'influx des forces qui du cerveau mettent les muscles en mouvement. Nous ne disons pas mieux aujourd'hui, et ces explications anatomiques sont encore celles de tous les médecins du temps présent.
Sil'analomie aporté Erasistrate à modifier le Dogmatisme grec sur la nature des maladies, la médecine qu'il pratiquait montre bien encoiv que de son temps les doctrines d'Hippocrale n'avaient pas beaucouifaibli. Il tenait beaucoup au régime et à l'hygiène. Il semble avoir été très-sobre de remèdes. Comme Hippocrate, il conseillait a décoction d'orge, les sucs végétaux, le vin, et la diète raisonnee. 11 emplojan
beaucoup les vomitifs et rarement les purgatifs ou la saignée au sujet desquels il contredit vivement la pratique d'Hippocrale, Ainsi il n'accepte pas l'action des purgatifs sur telle ou telle humeur, et il combat l'usage de la saignée en disant que les émissions sanguines enlevaient des forces qu'on devait ménager; elles n'étaient utiles que dans la pléthore. Dans sa pensée encore, fait-il des réserves, car il dit : En saignant vous ne détruisez pas la cause qui rend le sujet pléthorique, vous enlevez du sang qui va se reproduire et vous n'aurez fait que pallier le mal. C'est avec de telles raisons qu'Erasistrate saignait peu et que ses élèves ne saignaient pas du tout. Dans les maladies chroniques il attribuait la plus grande importance au régime et à l'influence de l'air. Il n'était point partisan de la ponction abdominale dans les cas d'ascite, car il attribuait l'hydropisie à l'obstruction des vaisseaux du foie, et il a vu plusieurs fois des abcès de cette glande. Ce fut un homme très-remarquable, et il s'éteignit en laissant à ses disciples, les Erasistraléens, le soin de propager ses idées et d'affermir une gloire que la postérité a consacrée.
SECTION II De l'anatomisme au temps de Grilien.
Transportée à Rome par Galien, l'anatomie fut l'arme avec laquelle cet homme éminent put combattre l'Empirisme et le Méthodisme qui s'y trouvaient en grande faveur, tout en luttant contre les épisynthétiques, les pneumatiques et les éclectiques. — A son aide, il put constituer la science médicale sur de plus larges bases que celles qui avaient appuyé les systèmes d'Asclépiades, de Thémison, de Thessalus, de Cœlius Aurelianus, d'Aretée ou de Celse.
C'est en apportant la lumière au sein de l'obscurité produite par la divergence des opinions qu'il a pu renverser l'esprit de système des méthodiques, mettre à néant la philosophie du scepticisme qui, s'élant introduite jusques dansTart de guérir, avait supprimé les droits de la raison en faveur du témoignage des sens.
Galien fut, comme je l'ai dit, un naturiste encyclopédique, sachant tenir compte de tous les éléments de la nature de l'homme. Par une sage philosophie, il sut faire la part de l'âme raisonnable, des forces et des facultés organiques, de l'organisation qu'il a tant contribué à faire connaître, des fonctions dont il a en grande partie révélé le mécanisme, et de l'expérience enfin dont le contrôle lui a servi de guide en toute occasion. Mais l'expérience est trompeuse, l'expérimentation difficile, et le raisonnement facile à égarer, ce qui explique
comment, malgré cette méthode si belle et si vaste, Galien a pu commettre les erreurs dont on lui a fait un crime.
Toute son anatomie repose sur la dissection des animaux, notamment celle des singes appliquée à l'homme, et il est évident qu'il n'a eu que de rares occasions d'ouvrir des cadavres humains. — Elle renferme les données les plus précieuses et, comme on a pu le voir dans l'article que j'ai précédemment consacré à Galien, elle constitue, avec l'anatomie d'Erasistrate plus complète, un ensemble considérable où la physiologie expérimentale a pu s'essayer de la façon la plus heureuse. Je n'y reviendrai pas ici, et je renvoie à ce que j'ai dit précédemment. Qu'il me soit seulement permis de rappeler qu'il manquait à celle anatomie la connaissance de la circulation , celle des lymphatiques, des organes génitaux et par-dessus tout celle des dispositions spéciales au corps de l'homme. (Voyez Galien, tom. I.)
SECTION m De l'anatomisme après Galien.
Malgré tout ce qu'elle avait d'incomplet et d'erroné, l'anatomie de Galien associée à son Dogmatisme a vécu plus de dix siècles. Pendant ce long espace de temps bouleversé par la destruction de l'empire Romain d'Occident, par l'invasion des Arabes au midi de UEurope, par la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, ses doctrines ont dominé d'une façon presque exclusive sur le monde médical connu, en s'imposant comme Orthodoxie scientifique par l'autorité politique et religieuse qui condamnait toute recherche capable de les contredire. — Ce fut le règne du Galénisme. Sauf quelques modifications de détail, ou de petites découvertes chirurgicales de Rhazès, d'Avicenne, d'Avenzoar, d'Albucasis et diverses additions de formules thérapeutiques destinées à propager l'usage des médicaments nouveaux introduits par les Arabes auxquels la religion défendait l'anatomie, la médecine est arrivée jusqu'au xii° siècle dans l'état où l'avait laissée Galien; on peut même affirmer qu'elle s'élait plutôt amoindrie que perfectionnée par les révolutions des empires et par les efforts de la crédulité et de la superstition humaine.
C'est au commencement du xii" siècle que les choses ont commencé à se modifier, et que des recherches analomiqucs ont pu être faites en Italie et en Sicile. — Ainsi, on enseignait l'anatomie à Bologne en 1151 et il y a eu en Sicile une loi de l'empereur Frédéric II, mort en 1250, qui défendait de pratiquer la chirurgie sans être préa-
lableinent instruit de l'anatoraie : sous son règne on faisait des cours publics d'anatomie sur des cadavres humains. — Mais un édit du pape Boaiface VIII publié en 1300, qui défendait de faire bouillir les cadavres pour en faire des squelettes, vint entraver ce progrès et reculer l'ère des découvertes anatomiques. Ainsi Mundini, au xiv" siècle, le principal restaurateur de l'anatomie, s'excusant de n'avoir pas fait de recherches plus exactes sur l'ostéologie du crâne, dit : Ossa autem alia qua sunt infra basilare non benè ad sensum apparent, ni esse illa decoquentur ; sed peccatum dimittere consuevi. C'est lui qui, en 1306, disséqua le premier cadavre livré au scalpel des médecins dans les temps modernes, et cependant son ouvrage, qui a été classique dans les universités pendant deux siècles, ne faisait que reproduire, sauf divers changements dus à ses études, l'ancienne anatomie de Galien.
C'est surtout après la destruction de l'empire romain d'Orient, consécutivement à la prise de Constantinople, en 1453, et par suite de l'émigration des savants en Italie qu'un grand mouvement commença à se produire. A la renaissance des lettres, des arts et des sciences largement favorisée par la découverte de l'imprimerie (1445) . et par la réforme religieuse, succéda une renaissance analogue des sciences médicales. On vit alors peu à peu apparaître une médecine nouvelle se mettant en lutte avec les traditions du passé, et appuyée sur une nouvelle anatomie destinée à ouvrir les voies glorieuses de la chirurgie, de la physiologie, de l'anatomie pathologique et du diagnostic moderne.
Ici, commence le véritable Anatoraisme, c'est-à-dire la prétention de subordonner plus ou moins entièrement la médecine à la connaissance de la configuration et de la structure du corps humain ainsi que des altérations offertes par les organes. Sans cesse auront lieu dorénavant des luttes entre les médecins, les anatomistes, les chirurgiens et les physiologistes pour savoir à qui appartiendra la suprématie des connaissances médicales, et pour déterminer laquelle de l'observation, de l'empirisme, de la physiologie ou de l'Anatomisme est la plus importante à l'art de guérir. De ces disputes oiseuses qui prouvent mieux que jamais que, pour être digne de ce nom, le médecin doit être au courant de tout ce que les méthodes les plus différentes d'examen peuvent lui apprendre sur la nature de l'homme , il ressort que l'anatomie, la chimie et la pjiyçique, la physiologie, la chirurgie, l'observation et l'histoire, la clinique, l'expérience et l'induction, lui sont indispensables, et la science qui prétendrait se baser sur l'un d'eux exclusivement ne serait pas une science, mais un simple système ayant le sort éphémère de tous les systèmes.
c'esl-à-dire quelques années d'éclat suivies d'un oubli profond et mérité.
Quoi qu'il en soit de ces prétentions rivales, l'Anatomisme est un produit de la fin du moyen âge et de la renaissance. — Il a eu pour parrain Mundini, et bientôt après ses adeptes, parmi lesquels je citerai Gabriel de Zerbi; Alex. Benedetti; Achillini; Bérenger de Carpi, qui disséqua cent cadavres humains en vingt-cinq ans; Gon- Ihier d'Andernach, qui introduisit les éludes anatomiques en France : Jacques Dubois dit Sylvius ; Rondelet; Servet ; Vesale et tous ceux dont je vais parler un peu plus loin à l'occasion du xvi' et du XVII* siècle.
C'est à l'anatomie humaine qu'il faut attribuer les progrès de la chirurgie et de l'anatomie pathologique, de la physiologie et de la chimie moderne, ainsi que l'art de reconnaître sur l'homme vivant les altérations de la structure des organes. Par elle, la médecine a définitivement appris la configuration des organes et leurs rapports réciproques de façon à encourager tous les essais de la chirurgie et à rendre compte des symptômes des maladies internes, de l'altération des organes dans chaque maladie, du mécanisme des fondions expliqué par la physique et la chimie, de la structure des tissus, de l'action chimique de certains remèdes, etc. Ce sont là des titres sérieux à la reconnaissance de l'histoire, et sans demander compte aux hommes de leurs prétentions personnelles, ni des abus doctrinaux qu'ils on! «faits de l'anatomie, il me suffira de signaler les services qu'ils ont rendus à la science pour rendre à leur mémoire l'hommage qui lui est dû.
C'est à l'Anatomisme qu'il faut rapporter certaines formes de VHumorisme et du Solidisme modernes venant s'associer en proportions différentes à la Chimiâtrie de Sylvius; — Vlalro-mécanisme de Borelli, de Boerrhaave, de Haies; — la Médecine analomo-pathologique de Bonet et de Morgagni ; — la Médecine physiologique de Haller ; — VOrganicisme de Rostan et de Piorry ; — la Micrologie de Schwann, de Vogel, de Lebert et de Robin, et la Pathologie cellulaire de Wirchow; le Transformisme ; le Parasitisme, etc. C'est de lui enfin que sort VOrganoscopie d'Avenbrugger, de Recamier, de Laennec, d'Helmollz, etc., aboutissant à la percussion, à l'auscultation, à la cérébroscopie, au spéculum, etc., découverles brillanles faisant la gloire de la médecine moderne et constituant pour elle le progrès dont j'aurai à parler plus loin.
SECTION IV De l'anatomisme à la renaissance des sciences et des lettres
Comme je viens de le dire, c'est à Mondini de Milan en 1306 qu'il faut rapporter l'honneur d'avoir remis l'anatomie humaine en pratique, d'où le nom de restaurateur de Vanatomie sous lequel on l'a désigné.
On l'a accusé d'avoir tout copié son livre dans Galien, mais c'est là une accusation faite à la légère, comme quelques médecins ont la détestable habitude d'en formuler contre ceux de leurs confrères que le savoir élève au-dessus du niveau commun. — Rien ne prouve qu'il en soit ainsi ; — car au milieu d'un fonds général qu'il ne pouvait inventer, se trouvent des remarques analomiques personnelles qui prouvent qu'il avait disséqué des cadavres humains. — Chacun de ses chapitres est suivi de remarques de chirurgie qui indiquent combien il était déjà instruit dans cette partie de la science et, sous le double rapport de l'anatomie et de la chirurgie, son ouvrage fut le seul qui servit aux praticiens pendant de nombreuses années. — Il a eu l'honneur de servir à en préparer d'autres, 2t c'est d'après lui que se sont formés Gabriel Zerbi de Vérone, processeur à Padoue et à Rome; Alexandre Achillinide Bologne, 1512; ^Nicolas Massa, 1559; Gonthier d'Andernach en France, 1536; Bé- "enger de Carpi et tous les anatomistes du xiv^ et du xv" siècle.
Il faut arriver jusqu'à Vésale, en 1539, pour voir s'opérer une /raie révolution anatomique marquée par un contrôle plus direct et 3lus général des descriptions anatomiques précédentes.
Horriblement attaqué et calomnié par Jacques Sylvius, par Riolan, iloyen de la faculté de Paris, et par une foule de contemporains, servies complaisants de la science offlcielle, il ne se détourna pas de ion but, et ses dissections sur les cadavres humains, pris au charnier Iles Innocents, le mirent bientôt au premier rang. Après avoir étudié i Montpellier, il vint enseigner à Paris, puis à Louvain, sa patrie, 'i3t à Padoue, où la république de Venise l'avait fait appeler. — C'est ;n 1539 qu'il publia l'atlas qui l'a immortalisé, et dans lequel il n'hésita pas à signaler toutes les erreurs qu'il put découvrir dans ^es œuvres de Galien et de ceux qui l'îivaient précédé.
Sans être complète, son ostéologie est des plus remarquables et, •oit (ht en passant, il montra que l'os du cœur, admis jusque-là, i existait point, pas plus que l'os sans poids incorruptible et incom- •ustihle sur lequel devait s'opérer la résurrection et dont la thcoogie admettait l'existence
HISTOIRE DK LA MÉDIlCINK
Il établit que le sternum n'a que trois pièces au lieu de sept décrites par Galien, et alors Jacques Sylvius, partisan de la tradition, ne trouve rien de mieux à répondre après avoir constaté l'exactitude du fait, que c'est la race humaine qui a changé de forme et que nos contemporains rabougris n'ont plus la vaste poitrine des Romains disséqués par Galien.
Les cartilages bien étudiés, les muscles devenus plus nombreux par suite d'une dissection plus habile, les ligaments convenablement isolés sont décrits de même, de visu, d'après l'étude des cadavres disséqués avec plus de jour.
Dans sa troisième partie, il expose la configuration des veines et de leurs valvules; la disposition du cœur dont la cloison n'est pas perforée, comme le disait Galien; celle des artères, des nerfs du cerveau et de la moelle épinière; puis vient la description des viscères du bas-venlre, de la poitrine et de la tête où l'on retrouve les mêmes qualités descriptives que dans les livres précédents.
Tout cela nous semble incomplet, et l'est en réalité ; mais si l'on se reporte aux temps de ces recherches, on verra qu'elles étaient un immense progrès et que la réputation de l'auteur est bien méritée. — Bien qu'il y eût encore beaucoup à faire, que certaines descriptions incomplètes laissassent à désirer, l'impulsion était donnée et ne devait plus se ralentir.
Vésale est, en effet, l'homme dont les travaux ont le plus contribué *aux progrès de l'anatomie moderne, et son mérite lui suscita, comme toujours, les plus ardentes inimitiés. — C'est à ce point, qu'étant appelé à Madrid comme premier médecin de Charles-Quint, il fut accuse d'avoir ouvert encore vivant un gentilhomme qu'on croyait mort cl qu'il fut exilé par l'inquisition en Palestine où il mourut. J'ai voulu vérifier la réalité de ce fait dans l'histoire de l'inquisition espagnole, dans la Biographie de Vésale par Burgraeve, et nulle part on ne mentionne le nom du gentilhomme ni les circonstances de ce fait qu'on peut considérer comme apocryphe (voir E. Bouchut, Traita dessignes de la mort, p. 21). — Il n'y a de vrai que le voyage à Jérusalem entrepris dans un but de santé, car Vésale n'y est pas morl. et d'après Portai, il. aurait {Histoire de VAnatomie, tome 1. page 568) même été nommé à Padoue pour succéder à son élève Fallope qui venait de mourir. — Il est assez d'usage parmi ceux qui croient que l'histoire de la médecine n'est qu'une alïiiire de diile el de bibliographie ou de linguistique, plutôt qu'une affaire de doctrnie. de dire que V Histoire de l'anatomie de Portai est remplie d'erreurs. — Il faut revenir de ce jugement. — L'histoire de Portai est la seule pù l'on trouve de suffisants détails sur les anatomistes pour
les bien connaître et ceux qui la critiquent sont bien heureux d'y trouver des renseignements qu'ils ne sauraient trouver ailleurs. Quoi qu'il en soit, les successeurs de Vésale continuèrent ce qu'il avait si hardiment commencé. — Parmi eux je citerai :
Cannani, célèbre par ses découvertes sur les interosseux, sur les muscles et sur la valvule de la veine azygos ; — Philippe Ingrassias, par son ostéologie minutieuse, sa découverte de l'étrier et la description de l'os hasilaire ; — Gabriel Fallope, auquel on doit tant de recherches importantes et qui est mal à propos regardé comme le premier qui ait découvert les trompes de la matrice qui portent son nom, car l'honneur de cette découverte appartient à Hérophile ou plutôt à Rufus d'Ephèse (Dutens, origine des découvertes attribuées aux modernes. Vol. II, part, m, chap. I, n° 193, p. 27). — C'est lui qui a donné à la membrane du tympan le nom qu'elle porte ; il raconte que lorsque les anatomisles manquaient de cadavres, ils demandaient aux princes de leur accorder un criminel qu'ils faisaient périr par l'opium et qu'ils disséquaient ensuite (V. Sprengel, p. 12, tom. IV), — Je mentionnerai également : — Guido Guidi, qui a fait ' connaître ]es sinus pétreux; — B. Eustache, qui décrivit les trompes qui portent son nom; — Cardan; — Colombo ; — Fabrice d'Aquapendente; — Aranlius l'embryologiste; — Varole, célèbre par ses études sur le cerveau; — Servet, qui fit connaître la petite circulation pulmonaire, ainsi que Colombus et A. Césalpin; — Bolal, dont le nom !se rattache à la découverte du trou ovale et du canal artériel déjà connus avant lui; — Riolan; — Barlholin et tant d'autres qui, après avoir contrôlé ce qu'on croyait être la vérité, eurent la gloire de confirmer ce qui était connu, et d'accroître le domaine de la ^science par de nouvelles découvertes anatomiques.
Si je faisais une histoire de l'anatomie, je devrais exposer une à i une, dans leur ordre d'apparition, les découvertes petites ou grandes qui ont illustré tout ce quinzième siècle, mais je ne parle ici de I l'anatomie que dans ses rapports avec les doctrines médicales et Iles méthodes qu'elle a inspirées. Je serai donc obligé de me resitreindre.
Kien n'est inutile en anatomie descriptive, car cette partie de la 'science doit être complète, seulement parmi les découvertes de cette [époque je veux choisir et n'insister que sur celles qui ont des appliiphcations directes avec la pathologie médicale et chirurgicale. Il n'en l^aut pas plus pour montrer les heureuses conséquences de cette introduction des études anatomiques et de l'expérimentation sur la ^narche et les progrès de la science.
En ostéologie, eurent lieu en 1489 h découverte de Venclume et
HISTOIKE DE LA MÉDEClNIi
du marteau avec leurs usages; — du vestibule, du labyrinthe par Vésale ; — du manche du marteau par Etienne ; — de VÉlrier en 1548, par Ingrassias ; — des trompes, déjà un peu connues, par Eustache; — du Tympan par Bérenger; — des Sinus pétreu.i par Guidi; — de l'os Basilaire par Vésale; — des cornets inférieurs par Bérenger; — des os wormiens par Alberti; — du nombre véritable des pièces du sternum réduites à trois par Vésale au lieu de sept admises par Galien ; — des cinq pièces du sacrum par Vésale, etc.
En Myologie, Fallope rectifiait les erreurs accréditées sur les muscles de l'œil et découvrait Yoccipito frontal; — Coyter découvrit le sourcilier ; — Vésale lepterygoïdien interne auquel Fallope ajouta les pterygoïdien et peristaphylin externes; — Eustache le Stylo-Hyodien; — Fallope les trois Scalènes au lieu d un qui était admis par Galien ; — Vésale le coraco-Brachial, etc.
En angéiologie, la direction et l'usage des veines et des artères fut mieux comprise et préludait à la découverte de la grande et petite circulation de Harvey, dont je parlerai dans un instant. Puis vint la découverte des vaisseaux lymphatiques et lactés avec leur réservoir commun, par AselU et Pecquet.
La splanchnologie s'enrichit également d'études sur le péritoine par Massa, Sylvius et Vésale; — sur la muqueuse intestinale et ses valvules par Fallope ; — sur le cœcum et sa valvule par *Bauhia; — sur les reins par Bérenger ; — sur le médiastin par Vt' sale; — sur les cartilages arythénoïdes par Bérenger; — sur leglandes lacrijmales, sur les organes génitaux, sur les ligamerds de l'utérus, sur les trompes, etc.
En névrologie — le nerf olfactif était reconnu par Metzger et le quatrième ventricule ou citerne du cervelet par Aranzi ; — la quatrième paire de nerfs par Achillini; — la sixième par Eustache ; — la description du glosso-pharyngien et sa séparation d'avec la sixième paire par Fallope, etc.
Au commencement du xvii» siècle, l'ardeur des éludes analomiques un instant ralentie par la disparition des princes de l'Italie qui avaient favorisé leur essor se propagea dans les pays voisins, el bientôt le mouvement reprit avec une nouvelle activité; c'est \o siècle dans lequel Harvey a découvert la circulation du sang ,• - Aselli et Pecquet la circidation des vaisseaux lymphatiques c\ celle du canal thoracique; — Malpighi la structure des Glandes. — de Graafia présence des vésicules ovariques ; — el Ruysch l'arl des plus fines injections analomiques.
Autour de ces grands noms qu'immortalise une découverte si'-
ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE MODERNE à\l
rieuse dont l'influence sur les doctrines médicales a été très-grande, il y en a une foule d'autres recommandables par des recherches qui pour être moins originales n'en ont pas, moins une certaine importance. Les citer tous dépasserait le but que je me propose dans ce livre consacré aux doctrines, mais en voici quelques-uns :
En France, parmi les noms les plus célèbres il faut citer : Jean Riolan (1607-1657), érudit célèbre, qui fit beaucoup d'anatomie et auquel on doit des travaux sur le péritoine et sur l'epiploon, sur Yappendice cœcal, sur la vésicule Biliaire, sur les testicules, sur l'utérus, sur les valvules de la veine azygos, sur les injections d'air dans les vaisseaux, ou analomie pneumatique, sur le mouvement du sang, etc. Il a été l'un des adversaires les plus acharnés de la découverte de la circulation de Harvey et de la découverte des chylifères dePecquet.
Habicot(1624.), anatomiste et chirurgien très-fortement attaqué par Riolan pour sa giganstologie, auquel on doit une bonne description des muscles interosseux, des muscles du pharynx, des muscles des lèvres, de l'œsophage, des médiastins-, du cœur et des vaisseaux, etc.
Yieussens (1641), qui a laissé un grand nombre d'ouvrages anatomiques importants parmi lesquels il faut citer sa névrologie. Ce fut en même temps un Chimiàtre très-partisan de la fermentation,
Pierre Duverney (1701) et Jean Duverney, son fils, infiniment plus célèbre et qui a publié un grand nombre de travaux d'anatomie et de chirurgie.
Claude Perrault, dont j'ai parlé à propos de l'Iatro-mécanisme et qui est bien connu par sès travaux sur le larynx et sur la théorie de la voix.
Littre (1658-1725), auquel on doit une bonne description de l'urètre, des ovaires et de remarquables travaux sur les hernies et sur les plaies du ventre.
Mery (1645-1722), auteur de travaux anatomiques sur V oreille et d'un grand nombre ie j)uhlications chirurgicales .
En Allemagne, Rolfinck d'Iéna (1645), qui a publié différentes dissertations anatomiques sur les os, sur les muscles, sur les nerfs et sur les viscères ainsi que sur la chirurgie; — Schneider (1641), qui a laissé beaucoup de recherches anatomiques, entre autres celles sur les fosses nasales et sur la membrane qui porte son nom; ~— Maurice Hoffman (1685), qui a fait un hon commentaire de Vanatomie de Jean Horne; — Meibomius (1697), qui a laissé son nom aux petites glandes des paupières ; — Peyer (1677) et Brunner (1672), qui sont connus par di! excellents travaux d^anatomie.
notamment par leurs recherches sur les follicules de Vvitestin ; — Bohn, de Leipsick (1668), à la fois anatomiste, chirurgien e'i physiologiste, auquel on doit de bons travaux sur la génération, sur la circulation et sur les glandes, etc.
En Hollande : Walens (1670), qui s'est fait remarquer par la défense qu'il fit contre Primerose et Parisanus de la découverte de Harvey sur la circulation; Sylvius De le Boë (1641), auteur de beaux travaux anatomiques, mais beaucoup plus connu par sa Chimiàtrie (V. le chapitre relatif à cette doctrine) ; — J. de Horne (1652), disciple de Severin, anatomiste et chirurgien, un des premiers qui ait décrit le canal thoracique chez Vhomme, auteur d'un livre assez célèbre sur le microcosme, de recherches sur les glandes salivaires, etc.; — de Graaf (1664), auteur de bonnes recherches sur les glandes, sur le pancréas, sur les organes de la génération, notamment sur ceux de la femme et sur les ovaires où il a décrit les vésicules qui portent son nom; — Diemerbroeck (1649), qui a fait de bons travaux sur la valvule cœcale, sur les lymphatiques, sur le thxjmus, sur le cerveau et sur la circulation qu'il professait selon la doctrine de Harvey; — Leuvenkoeck (1657), si connu par ses travaux microspiques sur l'anatomie de texture de tous les tissus, alors que le champ n'avait pas encore été exploré, de sorte que ses découvertes en ce genre sont innombrables ; — Antoine Nuck (1685), dont la sialographie, les travaux sur les glandes, sur les lymphatiques sont encore très-appréciés; — Swammerdam (1637- ^1680), natif d'Amsterdam, connu par ses innombrables travaux d'anatomie comparée surtout chez les insectes et par ses recherches anatomiques et physiologiques sur la respiration, sur la structure de la moelle épinière, sur les vaisseaux de la matrice, sur les ovaires et les vésicules ovariques, etc.
Werheyen (1648-1710), auteur d'un traité d'anatomie, fort discuté et cependant qui a fait époque bien qu'il ne renferme pas de découverte importante.
Godefroy Bidloo (1649-1713), d'Amsterdam, anatomiste et chirurgien, auquel on doit de nombreuses recherches anatomiques e surtout un atlas important d'une centaine de planches gravées.
En Danemarck, Thomas Bartholin (1637-1680), un des plus grands anatomistes du xvii« siècle, connu par une grande quantité de dissertations anatomiques, par ses recherches sur les veines lactées, par son histoire des vaisseaux lymphatiques dédiée à Riolan, par sa célèbre épitaphe de la mort du foie dépossédé du rôle que lui attribuait le galéuisme et par de nombreuses observations chirurgicales.
ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE MODERNE • 3î9
Nicolas Sténon, de Copenhague (1638-1685), célèbre anatomiste, devenu évêque catholique de Titiopolis, professant à la fois l'anatoniie et la religion. — Il nous a laissé de nombreux et importants travaux anatomiques, notamment celui qui a pour objet les glandes salivaires et où se trouve la description du canal excréteur de la parotide qui porte son nom. C'est aussi à lui qu'on doit la découverte du canal excréteur de la glande lacrymale.
En Suède, Olaus Rudbeck (1630-1702), auquel on doit en 1650 la découverte des lymphatiques dont j'ai parlé précédemment et qui lui a été contestée par Batholin.
En Angleterre, Harvey,'si connu par la découverte de la circulation qui immortalise son nom et qui en outre a laissé d'autres travaux beaucoup moins appréciés sur la génération. J'en reparlerai plus loin.
Glisson, de Cambridge (1677), très connu par ses travaux sur le foie et sur la capside qui l'entoure; sur le rachitisme; sur la contractilité {de natura suhstancia energetica, 1672), sur la diminution des muscles pendant la contraction, etc.
Warlhon, de Londres (1685), connu par un très-beau travail sur Vanatomie de toutes les glandes en général et dans lequel se trouve la découverte du conduit excréteur des glandes maxillaires qui porte son nom.
Willis (1622-1675), à Londres, moins connu comme anatomiste que comme physiologiste et auquel on doit cependant des recherches anatomiques sur le cerveau et sur les nerfs qui ont une grande importance.
Higmore (1651), connu par de nombreuses recherches sur les lymphatiques, sur les glandes, sur le sillon des côtes qui dans l'espace intercostal longe les vaisseaux et sur les sinus de l'os maxillaire où se trouve V antre qui est appelé de son nom.
Richard Lower (1691), connu par son ouvrage sur la structure du cœur, sur ses essais de transfusion chez lesatiimaux, sur V œdème et sur h paralysie qui résultent de la ligature de la veine cave; sur les sinus de la dure mère, etc.
Guillaume Cowper, de Londres (1694), célèbre chirurgien qui a fait de bons travaux anatomiques sur la myologie avec des figures gravées ; et qui s'est ensuite compromis en publiant sans nom les figures de l'atlas de Bidloo.
Dans le xviiie siècle, le nombre de ces analomistes, chirurgiens
et physiologistes augmente encore; il est incalculable et on n'a que l'embarras du choix pour en citer de célèbres. Parmi ces illustralions je mentionnerai :
En Italie, Lancisi, qui a publié les planches d'Eustachi; — Pacchioni et ses recherches sur la dure-mère, sur Varachnoïde et sur les glandes qui portent son nom; — Bianchi et ses recherches sur le foie; — Valsalva et ses fravaucc sur l'oreille; — Fanloni père et flls; — Caldani; — Fontana; — Cotugno; — Moscati; — Spallanzani;
— Rezia. — Santorini, sur la structure et le mouvement des muscles ; Zinn et ses travaux sur l'œil; — Morgagni, — Scarpa, — Palella.
— Brugnone; — Mascagni, etc.
En France, Winslow; — Tarin; — Senac ; — Lecat; — Courcelles; — Demours; — Pourfour du Petit; — Berlin; — de Lassone; — Sue; — Anl. Petit; — Lieutaud; — Bordeu; — Bonhomme; — Lobstein; — David; — Sabatier; — Portai; — Vicq d'Azyr; — Desault; — Tenon; — Bichat.
En Allemagne , Heister; — Weitbreicht; — Cassebohn; — Lieberkuhn; — J. J. Meckel; — Th. Valter; — Wrisberg; — Blumenbach, Reil; — Fischer; — Mayer; — Soemmering; — Hildebrandt ; etc.
En Angleterre, J. Douglas; — Cheselden; — Wintringham; — Guillaume et John Hunter ; les deux Monro ; Jenty ; Hewson , Gruikshand.
En Hollande, Albinus; — Camper; — Bonn — Sandiforf.
En Suisse, le grand Haller auquel on doit la grande physiologie et la découverte de l'irritabilité qui a joué un si grand rôle dans les doctrines médicales du xviii' et xix" siècle. (Voir le chapitre de rirrilabilité.) J'en reparlerai plus loin.
Ce qui a été fait dans ces trois siècles par tous ces anatomisles comme découvertes et descriptions d'organes, distribution de vaisseaux et de nerfs, structure de tissus (glandes, muscles, nerfs, substance cérébrale, etc.), applications physiologiques et chirurgicales est immense et confond la pensée. S il fallait en écrire l'histoire il faudrait y employer des volumes et cela changerait entièrement la nature de cet ouvrage. — D'ailleurs cette histoire a été
ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE — DE LA CIRCULATION 321 bien faite selon moi par Portai (1) que j'ai lu avec infiniment de profit et dont jai été beaucoup plus satisfait que son critique Sprengel.
A mon point de vue. ne voulant établir ici que l'influence exercée parles découvertes anatomiques sur les doctrines médicales sur les systèmes de pathologie et de physiologie, sur les méthodes thérapeutiques ou diagnostiques telles que la chirurgie et l'organoscopie, je me bornerai à cette simple énumération. — Seulement après avoir montré quelles ont été les conditions du progrès de l'anatomie depms l'époque de la renaissance, je vais m'occuper de prendre parmi ces découvertes celles qui ont eu pour la science les résultats les plus considérables.
Il en est plusieurs qui sont particulièrement importantes et dont es résultats font date dans I hisloire. La physiologie et la médecine lui doivent fout leur essor dans les temps modernes. Ce sont ■
La découverte delà circulation du sang. - U découverte des chijhferes et de la circulation du système des lymphatiques - La découverte de la structure des glandes et du mécanisme des sécrétions. — La découverte des spermatozoaires et des ovules devant aboutir à la véritable théorie de la génération. Enfin la découverte de VtrritaUlité — des phénomènes chimiques de la diqestton — et des fonctions de la moelle et des nerfs. — Mieux une tous les discours elles montrent l'importance de l'analomie et de la physiologie appliquées à la médecine et l'utilité des recherches physiologiques.
Plus loin, je ferai ressortir tout ce que la chirurgie a gaçné en précision par l'étude plus complète des rapports que présentent les organes entre eux, mais pour l'instant, je vais indiquer quels ont été les résultats fournis à la médecine proprement dite par la connaissance des circulations sanguine et lymphatique, par la structure des glandes, par l'irritabilité et par la découverte des phénomènes Chimiques de la digestion ou des fonctions de la moelle et des nerfs.